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07/01/2009

Les économistes ne donnent pas cher de notre peau

Les économistes ne donnent pas cher de notre peau

Avec France Inter, la chronique économique de Bernard Maris, journaliste et écrivain, qui revient sur le coût de l'environnement. Car certains économistes se sont tout de même essayés à calculer sa valeur. Ils ont même évalué le prix de la vie humaine. Résultat? N'importe quoi.



(photo : David G. Romero - Flickr - cc)
(photo : David G. Romero - Flickr - cc)
Retour sur la valeur de la nature : l’Union Européenne a chargé un financier de fixer le prix de la biodiversité. Il s’agit d’un financier iranien, Pavan Sukhdev. M. Sukhdev doit évaluer la facture de la dégradation des écosystèmes. Il a une petite idée : il dit que ça représente 7% du PIB mondial. Il rappelle que 60% des écosystèmes sont dégradés, que 10% des espaces naturelles sont voués à la disparition d’ici 2030, et que le rythme de disparition des espèces est infernal. Comment évaluer ces dégradations ? Et bien, si un récif corallien disparaît, on peut évaluer les coûts des digues à construire pour suppléer aux digues naturelles. C’est un exemple entre mille.

C’est totalement arbitraire, d’autant qu’on ne peut évaluer le coût de ce qui n’en a pas. Quel est le prix de la disparition des tigres blancs, par exemple ? Monsieur Sukdev a pour habitude de dire que le prix de la perte des écosystèmes est infini. Mais il faut absolument donner une valeur à leur dégradation, ne serait que pour frapper les esprits.


Les économistes ne donnent pas cher de notre peau

Un cadre sup vaut deux smicards
On se souvient que Nicolas Stern, ancien chef économiste de la Banque mondiale, avait évalué les effets du réchauffement climatique, si on ne faisait rien, à 5500 milliards de dollars. Ce qui ne signifie rien, mais ce qui a eu le mérite de faire peur aux hommes d’argent, les hommes politiques et les banquiers. D’une certaine manière, Stern les frappait enfin au portefeuille. Dans ce monde mercantile qui est le nôtre, tout a une valeur.

La vie humaine aussi. C’est ce qui est le plus simple à calculer. C’est l’économiste et démographe Alfred Sauvy qui a initié ce genre de calcul. Vous faites le total de ce qu’un individu est susceptible de gagner au long de sa vie, vous le pondérez par le taux d’intérêt, vous l’actualisez disent les financiers, et vous avez le coût de la vie humaine. Un individu qui gagne le smic toute sa vie vaut deux fois moins que celui qui gagne deux fois le smic toute sa vie.
Dans ce cas pourquoi mettre la même énergie à sauver sur la route un smicard qu’un milliardaire ? Parce que c’est tout le paradoxe de l’espèce humaine. Elle fixe un prix à tout, y compris aux blessures et à la mort, mais elle sait bien que la vie n’a pas de prix. L’économie, je le crains, ne relève pas de l’humanisme.

Mercredi 07 Janvier 2009 - 08:40
Bernard Maris

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