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12/01/2009

Le retour du vacarme sarkozyen

Le retour du vacarme sarkozyen

Cette 88ème semaine de Sarkofrance a peut-être été supportable pour les sourds et les malentendants. Mais pour les autres, le vacarme orchestré (si on peut dire…) par le président a atteint un degré de décibels inégalé. Pour quoi faire? Rien. Comme d'habitude.


Le retour du vacarme sarkozyen

En cette 88ème semaine depuis son élection à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy a fait sa rentrée sous le signe du vacarme : déplacement finalement inutile au Proche Orient, interpellation narcissique du président américain, «bruit» sur l'instruction judiciaire, les prétextes à divertir l'opinion française de ses difficultés croissantes nous ont été servis en rafale.
Du vacarme au Proche Orient
Sur le moment, la décision de Nicolas Sarkozy d'élargir le déplacement prévu au Liban le 6 janvier à une tentative de médiation avait créé quelques espoirs. Israël avait certes refusé le 31 décembre la proposition européenne de trêve humanitaire. Mais on imaginait que la fameuse efficacité agitée du président français, après 6 mois de crises internationales à répétition, serait au rendez-vous. On imaginait que sa réconciliation avec le dictateur syrien, reçu en grande pompe le 14 juillet dernier à Paris, servirait enfin la cause de la paix. On imaginait que l'Union pour la Méditerranée et le réchauffement de nos rapports avec Israël permettraient de calmer les esprits. Que nenni ! Ce déplacement fut inutile. L'ex-président du Conseil Européen a échoué. Tsahal est passée à l'attaque terrestre à peine le président français parvenu sur place; la seule concession israélienne, l'ouverture quotidienne d'un «couloir» humanitaire de quelques heures, répondait à la pression de l'ONU et non de la France. Et Sarkozy a même commis une boulette provocatrice en stigmatisant le Hamas au moment même où les chars israéliens entraient dans la bande de Gaza.

Sarkozy a-t-il péché par orgueil et cru que son simple déplacement en solo résoudrait le conflit ? Bernard Kouchner, clown triste de cette farce diplomatique, déclarait encore, le 5 octobre dernier à Jérusalem: «Ayant été durant plusieurs heures à Jénine, je sens que quelque chose se passe, que quelque chose a rétabli la confiance chez les Palestiniens, en parlant avec les Israéliens, y compris avec les plus hauts responsables.» Quel visionnaire !

Du vacarme en France
Mercredi, Nicolas Sarkozy devait reprendre la main. Les parlementaires se plaignent d'un calendrier trop chargé. Les sénateurs UMP boudent, vexés par l'arrêt de la publicité après 20h sur les chaînes publiques alors que l'examen de la loi audiovisuelle débute à peine au Sénat. Les ministres «cacophonent» sur la relance. L'un dit qu'un second plan de relance sera possible si le premier ne suffit pas. Un autre déclare le contraire. Le ministre du Budget Woerth garantit que les dépenses sont parfaitement maîtrisées ... à 80 milliards d'euros près. La ministre Lagarde se réjouit de l'arrivée du froid pour stimuler les soldes de pulls et de manteaux. Sarkozy lui-même s'est pris à raconter n'importe quoi sur les banques mercredi lors de ses voeux aux parlementaires («Quant aux 10,5 milliards qui ont été versés aux banques, sur les 40 autorisés par le parlement, ils sont là non pas pour sauver une banque de la faillite mais pour éviter la contraction du crédit. (...) Ces 10,5 milliards (...), les banques les rémunèrent et les rémunèrent à 9%. y-a-t’il un seul d’entre vous qui aujourd’hui a placé ses économies à 9%? ")

Pour faire oublier cette incompétence collective, Nicolas Sarkozy a usé là aussi de sa parade habituelle : il annonce une nouvelle «rupture», qu'il sait par avance polémique. Et cela marche ! L'information fuite gentiment dans les colonnes du Monde la veille de son intervention. La profession judiciaire s'écharpe le mercredi matin, Libération en fait sa «une». L'après-midi, le plat est chaud. Le président balance: il s'abrite derrière des dérapages plus ou moins récents pour expliquer qu'un juge d'instruction ne pouvait à la fois conduire une enquête et en garantir son impartialité. Il faut donc le supprimer. Schéma classique, les proches du président, Fillon en tête, déminent ensuite («mais oui, on va débattre, ... comme pour l'audiovisuel...»). Pourquoi une telle annonce aujourd'hui ? On ne sait pas. Une commission était chargée de rendre ses propositions de réforme de la procédure pénale dans un mois. Deux de ses membres ont moyennement apprécié : une magistrate et un journalist e ont démissionné vendredi.

Du vacarme contre Obama
Jeudi, Nicolas Sarkozy profite d'un colloque de propagande coûteuse et inutile sur le «renouveau du capitalisme» pour interpeler bruyamment... Barack Obama ! «il ne peut plus y avoir un seul pays qui explique aux autres : «payez la dette qui est la nôtre». Il ne peut plus y avoir un seul modèle» crie-t-il à l'estrade. Quelques heures plus tard à l'Elysée, il remet ça : «les engagements vis-à-vis des contribuables et vis-à-vis des citoyens. Ils attendent des résultats et nous les obtiendrons. Franchement, si on peut les obtenir en accord avec Barack Obama, ça sera vraiment plus facile, mais ce n'est pas une condition sine qua non».

Y-avait-il une quelconque raison à cette interpellation préventive ? Non. L'actualité internationale est assez largement occupée par le drame de Gaza, et Barack Obama n'a fait aucune déclaration récente laissant entendre qu'il n'était pas prêt à réformer le système financier international. Sarkozy a laissé parler son narcissisme. Un vacarme de plus, un péché d'orgueil, un souci maladif et permanent de se placer au centre de la scène, fusse-t-elle internationale. Après son déplacement au Proche Orient, qui n'a rien débloqué, rien facilité, il a besoin d'aboyer contre Obama.

Celui qui prendra les rênes de la Maison Blanche dans dix jours annonçait d'ailleurs le même jeudi les premières mesures de son propre plan de relance. Cruelle comparaison avec le monarque français. Certes, la future administration américaine semble laisser filer son déficit budgétaire (à près de 10% du PIB !); mais les priorités sont différentes : réduction voire remboursement d'impôt pour les classes moyennes, investissements dans les «énergies nouvelles», amélioration de l'efficacité énergétique des logements, construction de nouvelles classes, bibliothèques, et laboratoires. Savez-vous qu'en France, le plan de relance de 26 milliards comprend 2,6 milliards d'euros d'équipements militaires ?

Derrière le vacarme, la reprise en main
On a peu parlé de la reprise main de la scène politique par Sarkozy : le monarque réorganise d'abord l'UMP, en y nommant ses ducs, dans une procédure démocratique digne de la Corée du Nord. Il prend soin de rassembler son camp. Au gouvernement, il promeut le félon Eric Besson à l'Identité Nationale, en remplacement de Brice Hortefeux qui reprendra les Affaires Sociales. Sarkozy entend ainsi dédiaboliser sa politique de rafles d'immigrés clandestins. Face à une opposition très éparpillée, le monarque débauchera aussi quelques centristes supplémentaires d'ici les élections européennes. Et Edouard Balladur planche sur la fusion de certaines collectivités locales, tandis que le secrétaire d'Etat Alain Marleix a redécoupé les circonscriptions législatives. Si vous ajoutez un budget de communication gouvernementale qui triplerait cette année et des sondages trompeurs, le plan est parfaitement huilé. La machine s'est cependant grippée, pour le plus grand honneur de notre démocratie. Jeudi, le Conseil Constitutionnel a rejeté le projet de redécoupage des circonscriptions qui voulait garantir deux députés minimum par département, un schéma plutôt favorable aux zones rurales et conservatrices. Les Sages ont également censuré la disposition qui prévoyait prévoyait qu'un ministre, ancien élu, puisse retrouver automatiquement son siège quand il quitte le gouvernement.

Derrière le vacarme, les souffrances de rentrée
Education, hôpital, précarité, moral des ménages, économie, les sujets de souffrances et d'inquiétude ne manquent pas sur le front intérieur. Et le gouvernement reste illisible. Il dépense des milliards d'un côté, et rogne sur quelques postes de fonctionnaires de l'autre.

Après la suppression de 13500 postes à l'Education Nationale en 2009, de 3000 postes de RASED (Réseaux d'Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté), et de 3000 stagiaires à l'école primaire, voici les recrutements à l'Education Nationale qui sont en cause : les postes ouverts au recrutement d'instituteurs/trices en 2009 seront réduit de 3000 par rapport à 2008. Mardi 6 janvier, la direction générale du ministère de l'intérieur a informé les syndicats que les effectifs de la police baisseraient de 4 800 postes d'ici 2011.

Vendredi, Nicolas Sarkozy a voulu convaincre que l'hôpital ne manquait pas de moyens mais d'organisation. Le cortège hivernal de grippes, bronchiolites, accidents du froid et quelques décès dramatiques ont porté l'attention du public sur les difficultés de l'hôpital. Sarkozy a peur d'un nouveau front social. Lourdement déficitaires, les hôpitaux publics sont contraints de parvenir à l'équilibre en 2012, d'après le chef de l'Etat. Bizarrement, les raisons qui poussent chaque année davantage de Français aux portes des établissements publics ne sont jamais évoquées : et si le déremboursement des soins avait quelque chose à voir avec l'engorgement actuel ?

Lui qui instrumentalise le moindre fait divers douloureux pour sa propre cause idéologique, il a répété que «L'hôpital est une institution trop importante pour les Français, pour qu'il soit le lieu de polémiques parfaitement déplacées». En revanche, utiliser le malheur d'une famille qui perd son gamin de 26 ans assassiné par un psychopathe dans les rues de Grenoble pour justifier l'installation de caméras de surveillance dans les asiles, c'est très digne !

A chacun son vacarme...

Connaissez-vous la différence entre un train et Nicolas Sarkozy ?
Quand le train déraille, il s'arrête.

Dimanche 11 Janvier 2009 - 12:32
Juan

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