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25/02/2009

Pérol: conflit d'intérêt ou problème de compétence?

Pérol: conflit d'intérêt ou problème de compétence?

La probable nomination du secrétaire général adjoint de l'Élysée à la tête de la future deuxième banque française, née de la fusion entre la Banque populaire et la Caisse d'épargne, suscite nombre de réserves. Certaines sont critiquables, d'autres recevables. Mais personne n'ose remettre en cause la compétence du bonhomme.



(photo : Môsieur J. - Flickr - cc)
(photo : Môsieur J. - Flickr - cc)
François Pérol à la tête de la deuxième banque française qui naitra de la fusion Caisses d’épargne-Banques Populaires. L’annonce n’a pas manqué de faire grimper au rideau un certain nombre de politiques et de commentateurs, comme au PS. Mais les arguments avancés sont différents, voire contradictoires selon les cas.

Première critique, la nomination de Pérol serait anti-déontologique, voire illégale, comme déclaré, par exemple François Bayrou. Sur le plan du droit, il convient apparemment de distinguer deux problèmes bien distincts. François Bayrou a cité sur Europe n°1 article 432-13, « qui interdit qu'une personne qui a exercé une autorité publique, qui a exercé une surveillance ou à donner un avis sur les opérations d'une entreprise privée puisse dans les trois ans occuper un poste de travail ou quelque autre responsabilité à l'intérieur de cette entreprise privée. » Apparemment,  le député Jean-Louis Bianco, proche de Ségolène Royal est moins gêné par cette nomination : «Qu'un politique soit à la tête d'une banque dès lors qu'il est compétent, entouré de gens compétents, ça me paraît même une bonne chose».

En réalité, rappellent les proches du dossier, l’Etat intervient de fait et non de droit dans le dossier ; Autrement dit, les instances dirigeantes en mesure de décider de la fusion entre les deux banques, à savoir le Conseil d’administration de la Banque populaire et le directoire des Caisses d'épargne sont indépendants de l’Etat.

Oui mais dans les faits, les Banques Populaires ont besoin d’une intervention massive de l’Etat, et c’est cette intervention qui motive la désignation d’une personnalité qualifiée pour le représenter

La nomination de François Pérol pose un autre problème déontologique : il a été, lorsqu’il travaillait à la banque Rotschild, le conseiller des Banques populaires. C’est lui qui est notamment intervenu pour agréger Natexis  à Ixis, la banque d’investissement de la Caisse des dépots et consignation, pour créer Natixis sous l’égide commune des caisses d’épargne et des Banques populaires. Or c’est justement cette agrégation qui a plombée la situation financière des deux établissements.

Les dirigeants des Caisses d’épargne considèrent ainsi que sur ce dossier, François Pérol n’est pas légitime pour diriger le nouvel ensemble puisqu’il a été très proche, des années durant de l’une des deux parties. Les syndicats de la Caisse d’épargne seraient ainsi en train de se saisir de ce dossier. Or, on se souvient qu’ils avaient obtenu gain de cause auprès du Conseil d’Etat en 2003, à propos de la nomination, en 1999, de Bruno Mettling au directoire des Caisses d’épargne, après que ce dernier ait été membre du cabinet de Dominique Strauss-Kahn de 1997 à 1999.

Deuxième problème qui revient dans les critiques, la « poutinisation » rampante, comme le dénonce Jean-François Kahn, de la gouvernance de Nicolas Sarkozy. Ce dernier est fort proche de plusieurs dirigeants industriel de Martin Bouygues à Patrick Kron (Alstom) en passant par Vincent Bolloré, Bernard Arnault, Serge Dassault. Il est tout aussi amical avec nombre de grands patrons des médias (qui sont souvent les mêmes, singularité française). Et voici maintenant que la nomination de François Pérol va en faire de cet ami proche du Président le patron de la deuxième banque française ! Ce n’est donc pas tant le fait que l’Etat monte au capital d’une banque qu’il sauve de la banqueroute, ni qu’il en désigne le futur patron qui pose problème, mais bien la personnalité et le parcours de celui qui est nommé.

D’autant que, et il s’agit là d’une critique que l’on ne trouvera guère dans les médias et dans les partis d’opposition, si François Pérol n’a pas la réputation d’être un tueur, sa compétence elle-même pose problème. En conseillant aux Banques populaires d’intégrer Natexis, François Pérol a largement contribué à nourrir cet établissement en créances pourries. Or, dès le moment de cette opération, en 2006, il devenait patent pour nombre d’observateurs du marché, que la crise des subprime était lourde de difficulté à venir.

Ce qui rejoint une question plus générale sur le niveau de conscience de nos élites face à la crise. La nomination de François Pérol à la tête de la future banque née de la fusion Banques populaires-Caisses d’épargne, comme celle de Jean-Pierre Jouyet à la tête de l’Autorité des marchés financiers, on se demande si le pouvoir politique n’est pas en train de nommer des pyromanes à la tête des brigades de pompiers chargés d’éteindre l’incendie de la crise. Il est vrai, et c’est à la décharge de l’Elysée, qu’il n’existe pas beaucoup de candidats compétents. Nicolas Sarkzoy ne va quand même pas demander à son – autre – ami Stéphane Richard de se dévouer alors qu’il s’échine déjà à empêcher tous les jours la noyade de Christine Lagarde à Bercy…


Mardi 24 Février 2009 - 12:18
Philippe Cohen

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