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28/02/2009

Nouveau point d’inflexion en Mars 2009

Crise systémique globale : Nouveau point d’inflexion en Mars 2009 ’Quand le monde prend conscience que cette crise est pire que celle des années 1930’
- Communiqué public GEAB N°30 (16 décembre 2008) -
16/12/2008

 

 

LEAP/E2020 estime que la crise systémique globale connaîtra en Mars 2009 un nouveau point d’inflexion d’une importance analogue à celui de Septembre 2008. Notre équipe considère en effet que cette période de l’année 2009 va être caractérisée par une prise de conscience générale de l’existence de trois processus déstabilisateurs majeurs de l’économie mondiale, à savoir :

1. la prise de conscience de la longue durée de la crise

2. l’explosion du chômage dans le monde entier

3. le risque d’effondrement brutal de l’ensemble des systèmes de pension par capitalisation

Ce point d’inflexion sera ainsi caractérisé par un ensemble de facteurs psychologiques, à savoir la perception générale par les opinions publiques en Europe, en Amérique et en Asie que la crise en cours a échappé au contrôle de toute autorité publique, nationale ou internationale, qu’elle affecte sévèrement toutes les régions du monde même si certaines sont plus affectées que d’autres (voir GEAB N°28), qu’elle touche directement des centaines de millions de personnes dans le monde ’développé’ et qu’elle ne fait qu’empirer au fur et à mesure où les conséquences se font sentir dans l’économie réelle. Les gouvernements nationaux et les institutions internationales n’ont plus qu’un trimestre pour se préparer à cette situation qui est potentiellement porteuse d’un risque majeur de chaos social. Les pays les moins bien équipés pour gérer socialement la montée rapide du chômage et le risque croissant sur les retraites seront les plus déstabilisés par cette prise de conscience des opinions publiques.

Dans ce GEAB N°30, l’équipe de LEAP/E2020 détaille ces trois processus déstabilisateurs (dont deux sont présentés dans ce communiqué public) et présente ses recommandations pour faire face à cette montée des risques. Par ailleurs, ce numéro est aussi comme chaque année l’occasion d’une évaluation objective de la fiabilité des anticipations de LEAP/E2020, qui permet de préciser également certains aspects méthodologiques du processus d’analyse que nous mettons en œuvre. En 2008, le taux de réussite de LEAP/E2020 est de 80%, avec une pointe à 86% pour les anticipations strictement socio-économiques. Pour une année de bouleversements majeurs, c’est un résultat dont nous sommes fiers.

La crise durera au moins jusqu’à la fin 2010

Comme nous l’avons détaillé dans le GEAB N°28, la crise affectera de manière diversifiée les différentes régions du monde. Cependant, et LEAP/E2020 souhaite être très clair sur ce point, contrairement aux discours actuels des mêmes experts qui niaient l’existence d’une crise en gestation il y a trois ans, qui niaient qu’elle soit globale il y a 2 ans et qui niaient il y a seulement six mois qu’elle soit systémique, nous anticipons une durée minimale de trois ans pour cette phase de décantation de la crise [1]. Elle ne sera ni terminée au printemps 2009, ni à l’été 2009, ni au début 2010. C’est seulement vers la fin 2010 que la situation commencera à se stabiliser et s’améliorer un peu dans certaines régions du monde, à savoir l’Asie et la zone Euro, ainsi que pour les pays producteurs de matières premières énergétiques, minérales ou alimentaires [2]. Ailleurs, elle continuera. En particulier aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, et dans les pays les plus liés à ces économies, où elle s’inscrit dans une logique décennale. C’est seulement vers 2018 que ces pays peuvent envisager un retour réel de la croissance.

Par ailleurs, il ne faut pas imaginer que l’amélioration de la fin 2010 marquera un retour à une croissance forte. La convalescence sera longue ; par exemple, les bourses mettront également une décennie à revenir aux niveaux de l’année 2007, si elles y reviennent un jour. Il faut se souvenir que Wall Street mit 20 ans à revenir à ses niveaux de la fin des années 1920. Or, selon LEAP/E2020 cette crise est plus profonde et durable que celle des années 1930. Cette prise de conscience de la longue durée de la crise va progressivement se faire jour dans les opinions publiques au cours du trimestre à venir. Et elle déclenchera immédiatement deux phénomènes porteurs d’instabilité socio-économique : la peur panique du lendemain et la critique renforcée des dirigeants du pays.

Evolution de la base monétaire des Etats-Unis et indication des crises majeures corrélées (1910 – 2008) - Source : Federal Reserve Bank of Saint Louis / Mish’s Global Economic Trends Analysis

Le risque d’effondrement brutal de l’ensemble des systèmes de pension par capitalisation

Enfin, dans le cadre des conséquences de la crise qui affecteront directement des dizaines de millions de personnes aux Etats-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, au Japon, aux Pays-Bas et au Danemark en particulier [3], il faut intégrer le fait qu’à partir de cette fin d’année 2008 vont se multiplier les nouvelles concernant les pertes massives des organismes gérant les actifs censés financer ces retraites. L’OCDE estime à 4.000 milliards USD les pertes des fonds de pension pour la seule année 2008 [4]. Aux Pays-Bas [5] comme au Royaume-Uni [6], les organes de surveillance des fonds de pension viennent de lancer des cris d’alarme demandant en urgence un accroissement des cotisations obligatoires et une intervention de l’Etat. Aux Etats-Unis, ce sont des annonces multiples d’augmentation des contributions et de diminution des versements qui sont émises à un rythme croissant [7]. Et c’est seulement dans les semaines à venir que nombre de fonds vont pouvoir faire réellement le décompte de ce qu’ils ont perdu [8]. Beaucoup s’illusionnent encore sur leur capacité à reconstituer leur capital à l’occasion d’une prochaine sortie de crise. En Mars 2009, quand gestionnaires de fonds de pension, retraités et gouvernements vont simultanément prendre conscience que la crise va durer, qu’elle va coïncider avec l’arrivée massive des « babyboomers » à la retraite et que les bourses ont peu de chance de retrouver avant de longues années leurs niveaux de 2007 [9], le chaos va s’installer dans ce secteur et les gouvernements vont se rapprocher de plus en plus de l’obligation d’intervenir pour nationaliser tous ces fonds. L’Argentine, qui a pris cette décision il y a quelques mois apparaîtra alors comme un précurseur.

Ces tendances sont toutes déjà en cours. Leur conjonction et la prise de conscience par les opinions publiques des conséquences qu’elles entraînent constituera le grand choc psychologique mondial du printemps 2009, à savoir que nous sommes tous plongés dans une crise pire que celle de 1929 ; et qu’il n’y a pas de sortie de crise possible à court terme. Cette évolution aura un impact décisif sur la mentalité collective mondiale des peuples et des décideurs et modifiera donc considérablement le processus de déroulement de la crise dans la période qui suivra. Avec plus de désillusions et moins de certitudes, l’instabilité socio-politique globale va s’accroître considérablement.

Enfin, ce GEAB N°30 présente également une série de 13 questions/réponses afin d’aider de manière quasi-interactive les épargnants/investisseurs/décideurs à mieux comprendre et anticiper les développements à venir de la crise systémique globale :

1. Cette crise est-elle différente des crises ayant précédemment affecté le capitalisme ?

2. Cette crise est-elle différente de la crise des années 1930 ?

3. La crise est-elle aussi grave en Europe et en Asie qu’aux Etats-Unis ?

4. Les mesures entreprises actuellement par les Etats du monde entier sont-elles suffisantes pour juguler la crise ?

5. Quels risques majeurs pèsent toujours sur le système financière international ? Et toutes les épargnes sont-elles égales face à la crise ?

6. La zone Euro constitue-t-elle une vraie protection contre les pires aspects de la crise et que pourrait-elle faire pour améliorer ce statut ?

7. Le système de Bretton Woods (sous sa dernière version des années 1970) est-il en train de s’effondrer ? L’Euro doit-il remplacer le Dollar ?

8. Que peut-on espérer du prochain G20 de Londres ?

9. Pensez-vous que la déflation soit actuellement la plus grande menace planant sur les économies mondiales ?

10. Pensez-vous que le gouvernement Obama sera en mesure d’empêcher les Etats Unis de sombrer dans ce que vous avez appelé la “Très Grande Dépression Américaine” ?

11. En termes de monnaies, au-delà de votre anticipation concernant la reprise de la chute du Dollar US dans les tout prochains mois, pensez-vous que la Livre Sterling et le Franc Suisse soient toujours des monnaies de statut international ?

12. Pensez-vous que le marché des CDS soit sur le point d’imploser ? Et quelles seraient les conséquences d’un tel phénomène ?

13. La “bulle des Bons de Trésor US » est-elle sur le point d’exploser ?


 

[1] Il est utile de lire au sujet de cette crise une très intéressante contribution de Robert Guttmann publiée au 2° semestre 2008 sur le site Revues.org, soutenu par la Maison des Sciences de l’Homme Paris-Nord.

[2] D’ailleurs ce sont les matières premières qui commencent à déjà relancer le marché du transport maritime international. Source : Financial Times, 14/12/2008

[3] Puisque ce sont les pays qui ont le plus développé les systèmes de retraite par capitalisation. Voir GEAB N°23. Mais c’est aussi le cas de l’Irlande. Source : Independent, 30/11/2008

[4] Source : OCDE, 12/11/2008

[5] Source : NU.NL, 15/12/2008

[6] Source : BBC, 09/12/2008

[7] Sources : WallStreetJournal, 17/11/2008 ; Phillyburbs, 25/11/2008 ; RockyMountainNews, 19/11/2008

[8] Source : CNBC, 05/12/2008

[9] Et nous ne mentionnons même pas l’influence de l’explosion de la bulle des Bons du Trésor US qui affectera également brutalement les fonds de pension. Voir Q&A, GEAB N°30.

Rupture Système Monétaire Mondial d’ici l’été 2009

Phase IV de la Crise Systémique Globale : Rupture Système Monétaire Mondial d’ici l’été 2009
- Communiqué public GEAB N°29 (16 novembre 2008) -
16/11/2008

 

 

La réunion du G20 à Washington des 14/15 Novembre 2008, est en soi un indicateur historique, qui signale la fin du monopole occidental, avant tout anglo-saxon, sur la gouvernance économique et financière mondiale. Mais, pour LEAP/E2020, cette réunion a aussi clairement démontré que ces sommets sont condamnés à l’inefficacité face à la crise car ils se limitent à traiter les symptômes (dérives financières des banques et autres hedge funds, explosion des produits financiers dérivés, volatilité extrême des marchés financiers et des devises, ...) sans traiter la cause principale de la crise systémique globale actuelle, à savoir l’effondrement du système de Bretton Woods fondé sur le Dollar US comme pivot de l’édifice monétaire mondial. Sans remise à plat complète du système hérité de 1944 d’ici l’été 2009, la faillite du système actuel et des Etats-Unis qui en sont le cœur entraînera l’ensemble de la planète vers une instabilité économique, sociale, politique et stratégique sans précédent, marquée notamment par la rupture du système monétaire mondial à l’été 2009. Au vu du jargon et du calendrier technocratiques du communiqué de ce premier Sommet du G20, totalement déconnecté de la vitesse et de l’ampleur de la crise en cours [1], il plus que probable qu’il faudra d’abord en passer par cette catastrophe pour que les problèmes de fond soient concrètement abordés et un début de réponse efficace à la crise enfin amorcé.

Quatre phénomènes fondamentaux jouent désormais à pleine puissance pour faire s’effondrer le système de Bretton Woods II [2] dans le courant de l’année 2009, à savoir :

1. Affaiblissement très rapide des acteurs centraux historiques : USA, UK 2. Trois visions d’avenir de la gouvernance globale vont diviser les principaux acteurs mondiaux (Etats-Unis, Eurozone, Chine, Japon, Russie, Brésil) d’ici le Printemps 2009 3. Accélération incontrôlée des processus (dé)stabilisateurs de la dernière décennie 4. Multiplication de chocs-retours d’une violence accrue.

LEAP/E2020 a déjà largement anticipé dans les derniers numéros du GEAB les phénomènes 1 et 4. Dans ce GEAB N°29, nous nous concentrerons sur les phénomènes 2 et 3.

Ainsi, la fébrilité qui a saisi les dirigeants mondiaux depuis la fin Septembre 2008 illustre clairement un sentiment de panique au plus haut niveau. Les responsables politiques de l’ensemble de la planète ont bien compris désormais qu’il y avait le feu à la maison. Mais ils n’ont pas perçu une évidence : c’est la structure même de l’édifice qui est en cause. Il ne s’agit pas simplement d’améliorer les consignes anti-incendie ou l’organisation des secours. Pour prendre une image symbolique forte, les tours jumelles du World Trade Center ne se sont pas effondrées parce que les pompiers ont eu du retard ou parce qu’il n’y avait pas assez d’eau dans le système automatique anti-incendie : elles se sont effondrées parce que leur structure n’était pas faite pour encaisser le choc de deux avions de ligne les percutant quasi-simultanément.

Le système monétaire mondial actuel est dans une situation identique : les deux tours, c’est Bretton Woods, et les avions s’appellent « crise des subprimes », « crise du crédit », « faillites bancaires », « récession économique », « Très Grande Dépression US », « déficits US », ... une vraie escadrille.

Première année des grandes corrections boursières (Dow, en %, depuis 1900) (la première année de la correction actuelle a été la plus violente depuis 1900, plus forte même que celle de 1929) - Source ChartoftheDay

Les dirigeants actuels, issus du monde qui s’effondre sous nos yeux (Barak Obama inclus [3]), ne peuvent pas imaginer les solutions nécessaires, tout comme les banquiers centraux n’ont pas pu, en 2006/2007, imaginer l’ampleur de la crise actuelle [4]. C’est leur monde qui disparaît sous leurs yeux, leurs certitudes et leurs illusions (parfois identiques d’ailleurs) [5]. Selon notre équipe, il va être nécessaire d’attendre un renouvellement d’au moins 20% des principaux dirigeants de la planète pour commencer à voir des solutions viables [6] émerger. C’est en effet, selon LEAP/E2020, la « masse critique » nécessaire pour envisager tout changement fondamental de perspective dans un groupe humain complexe, peu hiérarchisé. On est loin du compte aujourd’hui car ces nouveaux dirigeants, pour contribuer réellement aux solutions de la crise, doivent accéder au pouvoir après avoir pris conscience de la nature de la crise.

Pour LEAP/E2020, sans de telles prises de conscience par les dirigeants mondiaux au cours des trois mois à venir et leur traduction en actes dans les six mois à venir, comme nous l’indiquions dans le GEAB N°28, la dette des Etats-Unis « implosera » à l’été 2009 sous forme de cessation de paiement du pays ou de dévaluation massive du Dollar. Cet effondrement aura été précédé de plusieurs autres épisodes similaires affectant des pays moins centraux (voir GEAB N°28), dont le Royaume-Uni déjà surendetté, qui voit sa dette et ses déficits s’accroître presque au même rythme que ceux de Washington [7]. Tout comme la Réserve Fédérale US a vu, mois après mois, ses « Primary Dealers » [8] être emportés par la crise avant d’être désormais elle-même confrontée à un vrai problème de capitalisation et donc de survie, les Etats-Unis verront dans l’année à venir les pays les plus intégrés à leur économie et à leur finance, et leurs alliés fortement dépendants financièrement [9], imploser les uns après les autres.

Autorités monétaires contrôlant les plus importantes réserves mondiales de change - Sources FMI/BRI/Wikipedia , 10/2008

Le rôle des Européens en la matière est essentiel [10]. La zone Euro en particulier doit relayer un message très fort vers Washington : « Les Etats-Unis vont tomber dans un trou noir économique et financier en 2009 s’ils s’accrochent à tout prix à leurs « privilèges » passés. Une fois que le monde aura fait une croix sur le Dollar, il sera trop tard pour rien négocier ». Avec plus de 550 Milliards USD, la zone Euro possède ainsi les troisièmes (ex-aequo avec la Russie qui n’est pas très précise sur ce sujet) réserves les plus importantes au monde derrière la Chine et le Japon, et avant les pays du Golfe (voir tableau ci-dessus). Elle a donc le poids diplomatique, le poids financier, le poids économique, le poids commercial et le poids monétaire pour forcer Washington à faire face aux réalités [11]. L’ensemble de l’UE suivra car tous les pays européens hors zone Euro sont aujourd’hui à la merci d’une grave crise de leur devise ou de leur économie, voire des deux à la fois [12]. Sans l’Euroland, leurs perspectives à court et moyen terme sont très sombres. D’ailleurs, l’Euro est la seule devise que veulent rejoindre un nombre croissant d’Etats initialement réticents (Islande, Danemark, ...) ou peu pressés (Pologne, Tchéquie, Hongrie, ...) [13].

Signe des temps, le Financial Times a commencé à établir la liste des actifs matériels du gouvernement fédéral américain : bases militaires, parcs nationaux, bâtiments publics, musées, etc... tout a été évalué pour arriver à un montant d’environ 1.500 milliards USD, soit à peu près le montant du déficit budgétaire probable de 2009 (voir le détail des actifs sur le graphique ci-dessous). Pas étonnant que Taiwan, pourtant très dépendante de la sécurité fournie par Washington, ait déjà décidé d’arrêter d’acheter l’une des trois grandes composantes de la dette publique US (les titres Fannie Mae et Freddie Mac pourtant désormais « sauvés » par l’état fédéral [14]) ; ou que le Japon soit devenu vendeur net de Bons du Trésor US.

Que ceux qui, malgré nos conseils de ces deux dernières années, ont investi dans ces mêmes Fannie Mae et Freddie Mac, ou dans les bourses, ou dans les grandes banques d’affaires US ou dans le secteur bancaire en général, se rassurent une fois encore : tout cela ne peut pas arriver car « ils » l’empêcheront. Seul problème : les « ils » sont désormais paniqués et « ils » ne comprennent plus rien à une situation à laquelle « ils » ne se sont jamais préparés. Comme nous l’avons expliqué dans le GEAB 28, 2008 n’était que le détonateur de la crise systémique globale. Voici maintenant venir la phase IV, celle des conséquences !

Actifs du gouvernement des Etats-Unis (09/2007) - Source : US GOA / Financial Times


 

[1] On peut trouver ici le communiqué final en Anglais et une première analyse très réservée de la presse française, dans le Journal du Dimanche, proche du pouvoir parisien, qui va certainement être du même ordre dans la presse de l’ensemble des pays de l’Eurozone. Une chose est certaine : ce Sommet du G20 n’aura rien fait pour calmer la crise, il risque même d’inquiéter encore plus les opérateurs au vu du refus américain à accepter que les vrais problèmes soient traités.

[2] N’en déplaise à Gordon Brown et Nicolas Sarkozy, et à des médias peu regardant, Bretton Woods II existe depuis les années 1970. C’est en effet à partir de 1971 et de la décision unilatérale américaine d’abandonner la parité Dollar/Or, puis des accords de la Jamaïque en 1976 qui n’ont fait que formaliser un régime général de changes flottants, que l’on est sorti du cadre initial de Bretton Woods pour entrer dans un système généralisé de change flottants (Bretton Woods II).

[3] Le futur président des Etats-Unis semble en effet n’avoir comme objectif que la mise en place de son programme de campagne (sécurité sociale, infrastructures, réduction d’impôts pour les classes moyennes, …) élaboré avant la crise et impliquant quantité de dépenses nouvelles alors que l’Etat américain est déjà surendetté. C’est un programme parfait … pour une Amérique qui n’existe plus que dans les discours électoraux.

[4] Voir à ce sujet nos anticipations des GEAB n°17 et n°18.

[5] C’est ainsi le cas de des réserves en dollars US de nombreux pays comme la Chine, le Japon ou les pays pétroliers du Golfe persique. Les dirigeants actuels ne parviennent pas à imaginer que ces centaines de milliards de Dollars US accumulés dans leurs réserves ne valent en fait peut-être plus que 50% ou 30% de leur valeur faciale. Ce sont leurs successeurs qui en tireront sans état d’âmes les conclusions nécessaires, imaginant alors un système mondial très différent de l’actuel.

[6] C’est à dire intellectuellement pertinentes et efficacement mises en œuvre.

[7] Ainsi c’est déjà le Royaume-Uni, du fait de sa récession forte, qui fait baisser la faible croissance moyenne de l’UE en 2009. La Grande-Bretagne va être l’ « homme malade » de l’UE pour les années à venir.

[8] Il est très instructif de consulter sur Wikipedia l’historique des « Primary Dealers », ces banques choisies par la Reserve Federal US pour être les privilégiées ayant seules le droit de faire des affaires avec elle. En effet, après une longue stabilité au cours des dernières décennies, on constate tout à coup une réduction de la liste et l’énumération de « primary dealers » disparus depuis le début 2008, tous balayés par la crise.

[9] En termes d’alliés dépendants, c’est d’ailleurs déjà le cas du Pakistan et de l’Ukraine désormais sous perfusion du FMI, de la Turquie (dont la note de crédit vient d’être abaissée), ... Attendons de voir l’Egypte, Israël, la Colombie rejoindre la liste.

[10] Ce que souligne également Joseph Stiglitz dans son article du 11/11/2008 dans le Telegraph.

[11] Loin de notre équipe l’idée que la zone Euro ne fait pas face à de graves difficultés également (voir notamment le GEAB N°28 pour les perspectives économiques) ; mais au sein d’une crise historique comme celle que nous vivons, ces problèmes paraissent mineurs comparés à ceux des Etats-Unis, du Royaume-Uni ou même de l’Asie dans l’année à venir.

[12] Ainsi la Lettonie vient de nationaliser dans l’urgence la seconde banque du Pays ; la Hongrie est sous perfusion de la BCE et du FMI ; la croissance s’effondre en Pologne ; le Danemark et la Suède s’apprêtent à entrer dans la zone Euro dans les deux années à venir ; le Royaume-Uni est en perdition ; ...

[13] Source : NRC, 13/11/2008. On ne peut pas franchement en dire autant de la devise US qui voit au contraire des pays vouloir se « dé-pegger » du Dollar (supprimer le « peg », régime de change lié, qui les relie à la monnaie américaine), voire même créer des devises alternatives, comme par exemple les pétro-monarchies du Golfe persique et leur projet de devise commune d’ici 2010. Source : GulfNews, 22/09/2008

[14] L’annonce d’une nouvelle perte record de Fannie Mae au 3° trimestre (29 milliards USD) explique peut-être cela. Sources : Barron’s, 24/10/2008 ; MarketWatch, 10/11/2008


Eté 2009 : Cessation de paiement du gouvernement américain

Alerte Crise Systémique Globale - Eté 2009 : Cessation de paiement du gouvernement américain
- Communiqué public GEAB N°28 (15 octobre 2008) -
15/10/2008

 

 

A l’occasion de la parution du GEAB N°28, LEAP/E2020 a décidé de lancer une nouvelle alerte dans le cadre de la crise systémique globale car nos chercheurs estiment qu’à l’été 2009, le gouvernement américain sera en cessation de paiement et ne pourra donc pas rembourser ses créditeurs (détenteurs de Bons du Trésor US, de titres de Fanny Mae et Freddy Mac, etc.). Cette situation de banqueroute aura bien évidemment des conséquences très négatives pour l’ensemble des propriétaires d’actifs libellés en dollars US. Selon notre équipe, la période qui s’ouvrira alors deviendra propice à la mise en place d’un « nouveau Dollar » destiné à remédier brutalement au problème de la cessation de paiement et de la fuite massive de capitaux hors des Etats-Unis. Ce processus découlera des cinq facteurs suivants qui sont analysés plus en détail dans le GEAB N°28 :

1. L’évolution récente, à la hausse, du Dollar US est une conséquence directe et provisoire de la chute des bourses mondiales

2. Le « baptême politique » de l’Euro vient juste d’avoir lieu donnant une alternative « de crise » au Dollar US, en tant que « valeur-refuge » crédible

3. La dette publique américaine s’enfle de manière désormais incontrôlable

4. L’effondrement en cours de l’économie réelle des Etats-Unis empêche toute solution alternative à la cessation de paiement

5. « Forte inflation ou hyper-inflation aux Etats-Unis en 2009 », là est la seule question.

Mais on peut déjà se faire une idée de l’évolution à venir en regardant l’Islande que notre équipe suit à la loupe depuis début 2006. Ce pays constitue en effet un bon exemple de ce qui attend les Etats-Unis, et également le Royaume-Uni. On peut considérer, comme d’ailleurs bon nombre d’Islandais aujourd’hui, que l’effondrement du système financier islandais est venu du fait qu’il était surdimensionné par rapport à la taille de l’économie du pays.

Evolution de l’inflation en Islande 2003-2008 - Source Banque centrale d’Islande

L’Islande s’est en fait prise en matière financière pour le Royaume-Uni [1]. Comme le Royaume-Uni en matière financière s’est lui-même pris pour les Etats-Unis et que les Etats-Unis se sont pris pour la planète entière, il n’est pas inutile de méditer le précédent islandais [2] pour appréhender le cours des évènements des douze prochains mois à Londres et Washington [3].

Nous assistons en effet actuellement à un double phénomène historique :

. d’une part, depuis le mois de Septembre 2008 (comme annoncé dans le GEAB N°22 de Février 2008), l’ensemble de la planète est désormais conscient de l’existence d’une crise systémique globale caractérisée par un effondrement du système financier américain et sa contagion au reste de la planète.

. d’autre part, un nombre croissant d’acteurs mondiaux entreprennent d’agir par eux-mêmes devant l’inefficacité des mesures préconisées ou prises par les Etats-Unis, pourtant centre du système financier mondial depuis des décennies. L’exemple du 1° Sommet de l’Euroland (ou Eurozone), qui s’est tenu Dimanche 12 octobre 2008 et dont les décisions, par leur ampleur (près de 1.700 milliards EUR) et leur nature [4], ont permis un retour de confiance sur les marchés financiers de toute la planète, est à ce titre tout-à-fait exemplaire du « monde d’après-Septembre 2008 ».

Carte des garanties de dépôts bancaires dans l’Union européenne Source AFP - 09/10/2008

Car il y a bien un « monde de l’après-Septembre 2008 ». Pour notre équipe, il est désormais évident que ce mois restera dans les livres d’histoire de l’ensemble de la planète comme celui « datant » le déclenchement de la crise systémique globale ; même s’il ne s’agit en fait que de la phase de « décantation », la dernière des quatre phases de cette crise identifiée dès Juin 2006 par LEAP/E2020 [5]. Comme toujours quand il s’agit de grands ensembles humains, la perception du changement par le plus grand nombre n’intervient que lorsque le changement est en fait déjà bien engagé.

En l’occurrence, Septembre 2008 marque l’explosion majeure du « détonateur financier » de la crise systémique globale. Selon LEAP/E2020, ce second semestre 2008 est en effet le moment où « le monde plonge au cœur de la phase d’impact de la crise systémique globale » [6]. Ce qui veut dire pour nos chercheurs qu’à la fin de ce semestre, le monde entre dans la phase dite de « décantation » de la crise, c’est-à-dire la phase où l’on voit les conséquences du choc se mettre en place. C’est de facto la phase la plus longue de la crise (entre trois et dix ans selon les pays) et celle qui va affecter directement le plus grand nombre de personnes et de pays. C’est l’étape qui va voir également se dégager les composantes des nouveaux équilibres mondiaux dont LEAP/E2020 présente deux premières illustrations graphiques dans ce GEAB N°28 [7].

Ainsi, comme nous l’avons répété à plusieurs reprises depuis 2006, cette crise est beaucoup plus importante, en termes d’impact et de conséquences, que celle de 1929. Historiquement, nous sommes tous les premiers acteurs, témoins et/ou victimes d’une crise qui affecte toute la planète, avec un degré sans précédent d’interdépendance des pays (du fait de la globalisation de ces vingt dernières années) et des personnes (le degré d’urbanisation, et donc de dépendance pour les besoins de base - eau, nourriture, énergie, ... - est aujourd’hui sans précédent dans l’Histoire). Cependant, le précédent des années 1930 et ses terribles conséquences destructrices semblent à nos chercheurs assez présents dans les mémoires collectives pour nous permettre, si les citoyens sont vigilants et les dirigeants lucides, d’éviter un bis repetita conduisant à une (ou des) conflagration(s) majeure(s).

Europe, Russie, Chine, Japon,... constituent sans aucun doute les acteurs collectifs pouvant d’assurer que l’implosion en cours de la puissance dominante de ces dernières décennies, à savoir les Etats-Unis, ne conduise pas la planète dans une catastrophe. En effet, à l’exception de l’URSS de Gorbatchev, les empires ont tendance à tenter vainement d’inverser le cours de l’Histoire quand ils sentent leur puissance s’effondrer. C’est aux puissances partenaires de canaliser pacifiquement le processus, ainsi qu’aux citoyens et élites du pays concerné de faire preuve de lucidité pour affronter la période très pénible qui se prépare.

Evolution des emprûnts des institutions financières US auprès de la Réserve fédérale américaine (08/01/1986 – 09/10/2008) - Source Federal Reserve Bank of St Louis

La « réparation d’urgence » des canaux financiers internationaux, réalisée avant tout par les pays de la zone Euro en ce début de mois d’Octobre 2008 [8], ne doit pas masquer trois faits essentiels :

. cette « réparation d’urgence », nécessaire pour éviter une panique qui menaçait d’engloutir tout le système financier mondial en quelques semaines, ne traite provisoirement qu’un symptôme. Elle ne fait qu’acheter du temps, deux à trois mois maximum, car la récession globale et l’effondrement de l’économie américaine (le tableau ci-dessus montre ainsi la vertigineuse croissance des fonds prêtés aux banques américaines par la Réserve fédérale) vont s’accélérer et créer de nouvelles tensions économiques, sociales et politiques qu’il faut traiter par anticipation dès le mois prochain (une fois les « paquets financiers » mis en oeuvre)

. même s’il était absolument nécessaire de remettre en marche le système de crédit, les gigantesques moyens financiers consacrés sur toute la planète aux « réparations d’urgence » du système financier mondial seront autant de moyens qui ne pourront pas être mis à disposition de l’économie réelle dans les mois à venir pour faire face à la récession globale

. la « réparation d’urgence » constitue une marginalisation, et donc un affaiblissement supplémentaire des Etats-Unis, puisqu’elle met en place des processus contraires à ceux prônés par Washington pour les 700 Milliards USD du TARP de Hank Paulson et Ben Bernanke : une recapitalisation des banques par les gouvernements (décision qu’Hank Paulson est obligé de suivre maintenant) et une garantie des prêts interbancaires (en fait les gouvernements de l’Euroland se substituent aux assureurs de crédits, une industrie au cœur de la finance mondiale et essentiellement américaine depuis des décennies). Ces évolutions détournent toujours plus de relais décisionnels et de flux financiers hors de l’orbite américaine à un moment où l’économie des Etats-Unis et l’explosion de leur dette publique [9] et privée en auraient plus que jamais besoin ; sans même parler des retraites qui s’envolent en fumée [10].

Le dernier point illustre comment, dans les mois à venir, les solutions à la crise et ses différentes séquences (financière, économique, sociale et politique) vont diverger de plus en plus : ce qui est bon pour le reste du monde ne le sera pas pour les Etats-Unis [11] et désormais, Euroland en tête, le reste du monde semble déterminer à faire ses propres choix.

Le choc brutal que générera la cessation de paiement des Etats-Unis à l’été 2009 est en partie une conséquence de ce découplage décisionnel des grandes économies du monde par rapport aux Etats-Unis. Il est prévisible et peut être amorti si l’ensemble des acteurs commencent dès maintenant à l’anticiper ; c’est d’ailleurs l’un des thèmes développés dans ce GEAB N°28. LEAP/E2020 espère seulement que le choc de Septembre 2008 aura « éduqué » les responsables politiques, économiques et financiers de la planète afin qu’ils comprennent qu’on agit mieux par anticipation que dans l’urgence. Il serait dommage que l’Euroland, l’Asie et les pays producteurs de pétrole, tout comme les citoyens américains d’ailleurs, découvrent brutalement au cours de l’été 2009, à la faveur d’un week-end prolongé ou d’une fermeture administrative des banques et bourses pour plusieurs jours sur le territoire américain, que leurs Bons du Trésor US et leurs Dollars US ne valent plus que 10% de leur valeur car un « nouveau Dollar » vient d’être instauré [12].

 

[1] L’Islande a adopté depuis plus de 10 ans tous les principes de dérégulation et de financiarisation de l’économie qui ont été développés et mis en œuvre aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Reykjavik était devenu une sorte de « Mini-Me » financier de Londres et Washington, pour reprendre le personnage du film très britannico-américain Austin Powers. Et les trois pays ont entrepris de jouer financièrement à « la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf », pour reprendre la fable de Jean de la Fontaine dont la fin est fatale à la grenouille.

[2] Ainsi la bourse islandaise s’est effondrée de 76% après avoir été fermée quelques jours pour « éviter » la panique ! Source : MarketWatch, 14/10/2008

[3] A ce titre, attardons-nous sur le montant du « paquet financier » annoncé par Londres, soit 640 milliards EUR dont 64 milliards EUR pour recapitaliser les banques et 320 milliards EUR pour renflouer les dettes à moyen terme de ces mêmes banques (source : Financial Times, 09/10/2008). Avec une économie en chute libre à l ’image du marché immobilier, une inflation galopante, des retraites par capitalisation qui s’évanouissent en fumée, et une monnaie au plus bas, à part accroître la dette publique et affaiblir encore plus la Livre, on voit mal comment cela peut « sauver » des banques déjà très mal en point. A la différence des banques des pays de la plupart de la zone Euro, le système financier britannique, comme son homologue américain, est au cœur de la crise, et non pas une victime collatérale. Et Gordon Brown peut bien jouer à Churchill et Roosevelt réunis (Source : Telegraph, 14/10/2008), mais dans sa méconnaissance évidente de l’Histoire, il oublie que ni Churchill ni Roosevelt n’étaient aux commandes de leurs pays depuis 10 ans quand ils ont dû affronter chacun leur « grande crise » (cela vaut d’ailleurs pour les Etats-Unis et l’administration Bush - Paulson et Bernanke inclus - qui viennent tous du « problème » et font donc très peu probablement partis de la « solution »). Sans compter que Roosevelt et Churchill organisaient les sommets comme Yalta ou Téhéran en laissant Français et Allemands à la porte, alors que c’est lui qui a dû rester à la porte du Sommet de l’Euroland.

[4] Source : L’Express, 13/10/2008

[5] Source GEAB N°5, 15/05/2006

[6] Source GEAB N°26, 15/06/2008

[7] LEAP/E2020 présente ainsi une synthèse de ses anticipations sur la phase de décantation de la crise grâce à une carte du monde de l’impact de la crise différenciant entre 6 grands groupes de pays ; ainsi qu’un calendrier anticipatif 2008-2013 des 4 séquences financière, économique, sociale et politique pour chacune de ces régions.

[8] Car c’est bien la zone Euro, l’Euroland, qui a permis d’arrêter la spirale de panique globale. Depuis des semaines, les initiatives américaines et britanniques se sont succédées sans effet. C’est l’irruption d’un nouvel acteur collectif, le « sommet de l’Euroland » et ses décisions d’envergure, qui ont constitué le phénomène nouveau et rassurant. C’est d’ailleurs un nouvel acteur que Washington et Londres ont systématiquement empêché d’émerger depuis le lancement de l’Euro il y a 6 ans. Et il a fallu toute une mise en scène diplomatique (réunion préalable, photo de groupe pré-sommet,... ) pour permettre au Premier Ministre britannique de faire croire qu’il n’était pas marginalisé dans ce processus, alors qu’il n’appartient de facto pas aux sommets de la zone euro. Dans ce GEAB N°28, LEAP/E2020 revient sur ce phénomène et les conséquences systémiques durables de la tenue du 1er sommet de l’Euroland.

[9] Le plan de sauvetage financier américain a déjà accru de 17.000 USD la dette de chaque Américain. Source : CommodityOnline, 06/10/2008

[10] Ce sont en effet 2.000 milliards USD de retraites par capitalisation qui ont disparu en fumée ces dernières semaines aux Etats-Unis. Source : USAToday, 08/10/2008

[11] En tout cas à court terme. Car notre équipe est persuadée que pour le peuple américain, à moyen et long termes, il n’est pas mauvais du tout que le système dominant à Washington et New-York soit fondamentalement remis en cause. C’est en effet ce système qui a plongé ce pays dans les problèmes dramatiques où des dizaines de millions d’Américains se débattent aujourd’hui, comme l’illustre parfaitement cet article du New York Times du 11/10/2008

[12] Même si c’est une mesure de peu d’ampleur par rapport à la perspective de cessation de paiement des Etats-Unis, ceux qui pensent qu’il est temps de réinvestir dans les marchés financiers peuvent trouver utile de savoir que le New York Stock Exchange vient de réviser tous ses seuils d’interruption des cotations pour cause de chute trop forte des cours. Source : NYSE/Euronext, 30/09/2008

Début de la séquence d’insolvabilité globale

Phase IV de la crise systémique : Début de la séquence d’insolvabilité globale
Communiqué public GEAB N°31 (15 janvier 2009)
15/01/2009

 

 

En 2007, LEAP/E2020 avait annoncé que les banques américaines et le consommateur américain étaient tous deux insolvables. Il y a plus d’un an, notre équipe avait estimé à 10.000 milliards USD le montant d’ « actifs-fantômes » qui allait disparaître du fait de la crise. Ces deux annonces étaient en complet décalage avec les analyses dominantes du moment ; la suite a montré qu’elles étaient pourtant parfaitement justifiées. En fonction de la même logique d’anticipation, LEAP/E2020 estime aujourd’hui que le monde est entré dans une nouvelle séquence de la phase IV de la crise systémique mondiale (la phase dite de « décantation »), à savoir la séquence d’insolvabilité globale.

Les graves conséquences de cette insolvabilité globale sont anticipées dans ce GEAB N°31, dont ce communiqué présente un extrait qui permet de bien poser l’enjeu que représente cette nouvelle séquence de la crise. Par ailleurs le GEAB N°31 présente les 29 « hausses et baisses » de l’année 2009 selon l’équipe de LEAP/E2020 : quinze tendances en hausse et quatorze en baisse qui constituent autant d’outils d’aide à la décision et à l’analyse pour ceux que l’année à venir inquiète ou intrigue.

Contrairement à ce que les dirigeants politiques mondiaux, à l’image de leurs banquiers centraux, semblent penser, le problème de liquidité qu’ils essayent de résoudre par des baisses historiques de taux d’intérêts et une création monétaire illimitée, n’est pas une cause mais une conséquence de la crise actuelle. C’est bel et bien un problème de solvabilité qui crée les « trous noirs » dans lesquels disparaissent les liquidités, qu’ils s’appellent bilans des banques [1], endettements des ménages [2], faillites d’entreprises ou déficits publics. Avec une estimation conservatrice des « actifs fantômes » mondiaux portée désormais à plus de 30.000 milliards USD [3], notre équipe considère que le monde fait désormais face à une insolvabilité généralisée frappant évidemment en premier lieu les pays et les organisations (publiques ou privées) surendettés et/ou très dépendants des services financiers.

Evolution des capitalisations boursières mondiales en 2008 (en milliers de milliards de Dollars US) - Source : Thomson financial Datastream, 01/2009

A quoi reconnaît-on une crise de solvabilité d’une crise de liquidité ?

Cette distinction entre crise de liquidité et crise de solvabilité peut paraître très technique et finalement peu déterminante pour l’évolution de la crise en cours. Pourtant, elle n’a rien d’une querelle académique puisque, selon le cas, l’action actuelle des gouvernements et des banques centrales sera utile ou au contraire totalement inutile, voire dangereuse.

Un exemple simple permet de bien saisir l’enjeu. Si vous avez un problème transitoire de trésorerie et que votre banque ou votre famille accepte de vous prêter les fonds nécessaires pour que vous traversiez la passe difficile, leur effort est bénéfique pour tout le monde. En effet, vous continuez votre activité, vous pouvez payer vos employés ou vous-même, votre banque ou votre famille est remboursée (avec un intérêt sans aucun doute pour ce qui est de votre banque), et l’économie en général a bénéficié d’une contribution positive. En revanche, si votre problème n’est pas du à un problème de trésorerie mais au fait que votre activité n’est pas rentable et ne peut pas le devenir dans les conditions économiques du moment, alors l’effort de votre banque ou de votre famille devient d’autant plus dangereux pour tout le monde qu’il a été important. En effet, selon toute probabilité, votre premier appel de fonds sera suivi par d’autres toujours assortis de promesses (honnêtes supposons-le) que la mauvaise passe est bientôt terminée. Votre banque ou votre famille seront d’autant plus incités à continuer à vous aider qu’ils risquent de perdre ce qu’ils vous ont déjà prêtés au cas où vous cesseriez votre activité. Mais si la situation continue à empirer, ce qui est le cas si c’est bien un problème de rentabilité, alors arrive un moment où certaines limites sont atteintes : d’une part, votre banque va décider qu’elle a plus à perdre à continuer de vous soutenir qu’à vous laisser tomber ; et d’autre part, votre famille n’a simplement plus d’argent disponible, car vous lui avez siphonné toute son épargne. Il apparaît à tout le monde que non seulement vous êtes en faillite et insolvable, mais que vous avez probablement entraîné votre famille dans la même situation ou affaibli votre banque [4]. Vous avez porté ainsi un coup terrible à l’économie autour de vous, y compris à vos proches [5]. Il est important de souligner que tout cela a pu se dérouler en toute bonne foi si un changement brutal d’environnement économique a bouleversé les conditions de rentabilité de votre activité sans que vous ayez pris conscience de l’ampleur des conséquences pour votre activité.

Nombre de faillites quotidiennes aux Etats-Unis (01/2006 – 11/2008) - Source : CreditSlips, 01/2009

Selon LEAP/E2020, cet exemple simple illustre parfaitement la situation qui prévaut en ce début d’année 2009 pour l’ensemble du système financier mondial, une part importante de l’économie de la planète et tous les acteurs économiques (Etats compris) qui ont fondé leur croissance de ces dernières années sur l’endettement. La crise a traduit et amplifié un problème de solvabilité globale. Le monde est en train de prendre conscience qu’il est beaucoup plus pauvre que la dernière décennie le lui avait laissé croire. Et 2009 est l’année qui va obliger tous les acteurs économiques à tenter d’évaluer concrètement l’état de leur solvabilité, sachant que nombre d’actifs continuent encore à perdre de la valeur. La difficulté est qu’un nombre croissant d’opérateurs ne font plus confiance aux indicateurs et instruments de mesure traditionnels. Les agences de notation ont perdu toute crédibilité. Le Dollar US n’est plus qu’une fiction d’unité de mesure monétaire mondiale dont nombre d’Etats tentent de se dégager au plus vite [6]. Donc toute la sphère financière est à juste titre suspectée de n’être plus qu’un immense trou noir. Pour les entreprises, plus personne ne sait si les carnets de commande sont fiables [7] puisque, tous secteurs confondus, les clients annulent massivement les commandes [8] ou n’achètent plus, même quand les prix sont cassés, comme le confirme la forte baisse des ventes de détail de ces dernières semaines [9]. Et pour les Etats (et autres collectivités publiques), c’est dorénavant l’effondrement des recettes fiscales qui fait craindre une envolée des déficits pouvant entraîner là aussi des faillites. D’ailleurs, des milliardaires russes [10] aux pétromonarchies du Golfe arabique en passant par l’Eldorado commercial chinois [11], ce sont toutes les « poules aux œufs d’or » des entreprises et des établissements financiers de la planète (et notamment européennes, japonaises et nord-américaines [12]) qui s’avèrent désormais insolvables ou tout juste solvables. La question de la solvabilité de l’état fédéral et des états fédérés américains [13] (comme de celle de la Russie ou du Royaume-Uni) commence d’ailleurs également à être posée dans les grands médias internationaux ; tout comme d’ailleurs celle des grands fonds de pension par capitalisation, grands acteurs de l’économie globalisée de ces vingt dernières années.

Pour LEAP/E2020, la tendance est donc claire : la séquence qui commence en ce début d’année 2009, c’est bien celle de l’insolvabilité globale.

 

[1] Voici d’ailleurs une liste très utile des banques américaines sur le point de faire faillite présentée sur le site LewRockwell.com, réalisée à partir du Texas Ratio qui permet de mesurer leur exposition au risque.

[2] Cette carte dynamique des impayés de cartes de crédit et de prêts immobiliers aux Etats-Unis (au 2° trimestre 2008), réalisée par la Reserve fédérale de New-York, permet de juger de l’étendue de la crise affectant les revenus des ménages et leur niveau d’endettement. Source : NewYorkFed, 12/2008

[3] L’évolution des valeurs boursières mondiales est un bon indicateur de cette disparition des « actifs-fantômes », même si il faut lui ajouter toutes les pertes de valeur dans l’immobilier et dans d’autres gammes d’actifs ; et probablement lui retrancher des reprises de valeurs qui ont été emportées par la tourmente actuelle et se rétabliront une fois le pire de la crise derrière nous.

[4] Nous ne parlons même pas ici des employés, fournisseurs, clients, …

[5] Et, une telle situation, répétée à l’échelle d’un pays tout entier conduit à un chaos social. D’ailleurs, l’armée américaine elle-même envisage que l’instabilité sociale créée par la crise puisse conduire à une intervention militaire. Source : ElPasoTimes, 29/12/2008

[6] A ce propos, LEAP/E2020 émet une recommandation à destination des institutions financières internationales, et surtout à leurs responsables des services statistiques : il est urgent de mettre en place une comptabilité internationale alternative, fondée sur un panier de devises (par exemple : 25% USD, 25% Euro, 25% Yen et 25% Yuan en attendant un panier global décidé par les dirigeants politiques) car la cessation de paiement des Etats-Unis et la rupture du système monétaire mondial que nous anticipons à l’été 2009 va immédiatement entraîné une catastrophe en matière de comptabilisation des valeurs et des flux financiers mondiaux. Il est donc urgent, même si cela résulte de discussions officieuses et de comptabilité « au noir » de doubler les statistiques actuelles faites essentiellement en Dollars Us par une version de « sauvegarde » effectuée dans un panier de devises. Cela permettra d’assurer une continuité des statistiques le temps d’une reconstruction du système monétaire mondial.

[7] Une série d’articles du Spiegel (18/12/2008), intitulée « Le calme avant la récession mondiale », illustre très bien la crise vue d’Allemagne. Et la chute généralisée du transport de marchandises en zone Euro illustre bien ce fait. Source : Libération, 12/01/2009

[8] L’un des indicateurs avancés de l’économie mondiale est indéniablement le marché des machines-outils, car ce sont elles qui servent à produire les objets manufacturés. Les commandes de machines-outils permettent d’anticiper 6 mois à 1 an à l’avance l’état de l’industrie manufacturière mondiale. Les deux grands fabricants et exportateurs mondiaux de machines-outils étant l’Allemagne et le Japon, l’évolution de leur production et exportation dans ce secteur est donc un indice très fiable de l’avenir de l’industrie manufacturière mondiale. En l’occurrence, il s’avère très sombre pour 2009 puisqu’à l’image de l’Allemagne, le Japon a enregistré en Novembre 2008 une chute vertigineuse de 16,2% de ses commandes par rapport à Octobre 2008, soit la pire baisse depuis 1987 quand ces statistiques ont commencé à être disponibles. Source : MarketWatch, 15/01/2009

[9] Aux Etats-Unis, 2009 risque de voir 25% des commerces de détail fermer leurs portes. Source : ClusterStockAlleyInsider, 27/12/2008

[10] Les « milliardaires russes » en sont réduits à quémander l’aumône du Kremlin, qui lui même voit ses réserves financières fondre à vue d’oeil. Source : Spiegel, 08/01/2009

[11] Un « El Dorado chinois » qui en 2009 est en train de se transformer en bourbier socio-économique. Source : Janelanaweb, 25/12/2008 ; Yahoo/Reuters, 07/01/2009 ; Guardian, 13/01/2009

[12] La toute récente faillite de Nortel, leader nord-américain de l’industrie des télécommunications en est un exemple flagrant.

[13] Sources : USAToday, 28/12/2008 ; Reuters, 02/01/2009

« Faites ce que je dis, pas ce que je fais. »


UMP: pour un euro t’as plus rien

Quand à l'heure du projet de loi HADOPI, l'UMP propose un euro pour dédommager le groupe de musique MGMT on frôle le foutage de gueule. C'est du moins ce que pense le blogueur Nick Carraway.



(photo : rahego - Flickr - cc)

Jurisprudence prélégislative ?

février 25th, 2009 Posted in Internet, La vie de la cité

Dans l’affaire qui l’oppose au groupe de rock américain MGMT, l’UMP propose de dédommager le groupe, dont ils avaient utilisé une des chansons lors du congrès de la Mutualité du 24 janvier et dans plusieurs vidéos publicitaires, à hauteur d’1 euro. L’offre a été refusée, et l’affaire n’est pas anodine, car la stratégie est dangereuse.

Ce qui est clair, c’est que l’UMP a proposé au groupe une conciliation en amont du jugement, de manière à retirer l’illégalité de l’acte. Ils reconnaissent avoir fait une bourde, mais ils essaient de s’arranger entre eux pour que MGMT retire sa plainte. Or, cette stratégie de dépénalisation est totalement incohérente en regard des cris d’orfraie qui sont poussés par les quelques roquets de la majorité et les majors de l’industrie du film ou du disque. Comment peut-on rendre illicite le téléchargement ou le streaming alors que la majorité qui veut faire passer la loi s’arrange pour ne pas être condamnée ? Cela voudra donc dire qu’au moment de chaque procès, chaque particulier qui se fera pincer pourra contourner la loi en proposant un dédommagement. Imaginez que vous vous faites piquer dans un magasin avec un vêtement sous votre pull et que vous vous proposez gentiment comme compensation de le payer. C’est incohérent !

promesses-et-realisation-ump.jpgMieux encore : l’UMP estime le coût de l’infraction à 1 euro. Et pire encore : le montant du dédommagement n’est pas une estimation du manque à gagner pour le groupe, c’est symbolique. En gros on ne veut pas chiffrer le montant, et on se contente d’un petit geste histoire de dire qu’on a remboursé ! A moins que l’UMP considère qu’elle aurait pu se procurer le titre sur iTunes pour 0,99€, qui lui en donnait la pleine propriété… mais c’est oublier que c’est la propriété à l’usage privé ! Et cela, je doute que ça coûte les 0,01 euros restants ! Si l’on estime la diffusion (voire la possession, on ne sait pas si le titre a été téléchargé illégalement ou non) sans l’accord de l’auteur à 1 euro, voilà une jolie brèche dans laquelle pourront s’engouffrer tous les particuliers. A 1 euro la fraude, on peut être sûr d’une chose : non seulement ça n’endiguera pas le phénomène, mais en plus cela va coûter un max de blé à la justice pour déboucher sur des arrangements d’officine !

Cette histoire est assez révélatrice de l’état d’esprit qui entoure ce projet de loi. Quand le gouvernement réfléchit global, il s’alarme, car il voit que le montant du manque à gagner est astronomique (et encore) ; quand il se fait prendre la main dans le sac, il se dit que ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan et que ce n’est pas dramatique. Alors qu’il n’est pas du tout prouvé que l’on peut mettre bout à bout les actes individuels pour calculer le manque à gagner de l’industrie du disque et du cinéma, qui n’est pas forcément grevée par le téléchargement !

A moins que tout ceci soit un exemple du dicton : « Faites ce que je dis, pas ce que je fais. »

Jeudi 26 Février 2009 - 17:31
Nick Carraway

13:59 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ump, internet, mgmt

27/02/2009

Corinne Lepage démonte Pérol

Corinne Lepage démonte Pérol

Pour Corinne Lepage, la nomination de François Pérol, secrétaire général adjoint de l'Elysée, à la tête de l’établissement bancaire résultant de la fusion des Banques Populaires et des Caisses d’épargne est une «affaire grave». Elle s'explique pour Marianne2.fr.



(photo : guillaumepaumier - Flickr - cc)
(photo : guillaumepaumier - Flickr - cc)
La nomination de M. Pérol à la tête de l’établissement bancaire résultant de la fusion des Banques Populaires et des Caisses d’épargne est une affaire grave à double titre.

Quand la parole publique est défaillante...
D’une part, manifestement, et contrairement à ce qui est affirmé, M. Pérol est justiciable de la commission de déontologie. Du reste, le Président de la République a commencé par affirmer que celle-ci n’avait pas formulé d’opposition (ce qui ne signifie du reste pas qu’elle ait donné un avis positif) avant de faire reconnaître par M. Guéant que non seulement elle n’avait pas donné d’avis, mais encore que le Président de cette commission , seul consulté semble-t-il à cette heure, ne serait prononcé que sur le caractère obligatoire ou non de la saisine. Il aurait indiqué que le cas de M. Pérol ne relevait pas d’une saisine obligatoire, ce qui, bien évidemment, ne constitue en rien un avis sur la légalité de cette nomination. Ainsi, les propos du Président sont doublement inexacts, ce qui est grave en soi. Rappelons, en effet, que dans une démocratie, la parole publique est fondamentale.

Mais, revenons au texte. Il serait très instructif que soit rendu public le courrier de M. Fouquet, Président de la Commission de déontologie  pour essayer de justifier que le cas de M. Pérol ne relève pas d’une saisine obligatoire. En effet, la loi du 29 janvier 1993 modifiée par la loi du d 2 février 2007 dispose dans son article 87 :

I. - Une commission de déontologie placée auprès du Premier ministre est chargée d'apprécier la compatibilité de toute activité lucrative, salariée ou non, dans une entreprise ou un organisme privé ou toute activité libérale, avec les fonctions effectivement exercées au cours des trois années précédant le début de cette activité par tout agent cessant ses fonctions. Ces dispositions sont applicables :

1° Aux fonctionnaires placés ou devant être placés en cessation définitive de fonctions, disponibilité, détachement, hors-cadre, mise à disposition ou exclusion temporaire de fonctions ;

2° Aux agents non titulaires de droit public employés par l'Etat, une collectivité territoriale ou un établissement public ;

3° Aux membres d'un cabinet ministériel ;

4° Aux collaborateurs de cabinet des autorités territoriales

5° Aux agents contractuels de droit public ou de droit privé des établissements mentionnés aux articles L. 1142-22, L. 1222-1, L. 1323-1, L. 1336-1, L. 1413-2, L. 1418-1 et L. 5311-1 du code de la santé publique ;

6° Aux agents contractuels de droit public ou de droit privé d'une autorité administrative indépendante.

Ces dispositions ne s'appliquent aux agents non titulaires de droit public mentionnés aux 2° et 6° que s'ils sont employés de manière continue depuis plus d'un an par la même autorité ou collectivité publique...

II. - La saisine de la commission est obligatoire au titre du I pour les agents chargés soit d'assurer la surveillance ou le contrôle d'une entreprise privée, soit de conclure des contrats de toute nature avec une entreprise privée ou de formuler un avis sur de tels contrats, soit de proposer des décisions relatives à des opérations effectuées par une entreprise privée ou de formuler un avis sur de telles décisions.
Pour l'application du premier alinéa du présent II, est assimilée à une entreprise privée toute entreprise publique exerçant son activité dans un secteur concurrentiel et conformément aux règles du droit privé.
La commission peut être saisie, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État, par tout agent entrant dans le champ du I ou par l'administration dont relève cet agent.

Dans tous les cas, la commission est saisie préalablement à l'exercice de l'activité envisagée.

III. - La commission peut être saisie pour rendre un avis sur la compatibilité avec les fonctions précédentes de l'agent, de toute activité lucrative, salariée ou non, dans un organisme ou une entreprise privé ou dans une entreprise publique exerçant son activité conformément aux règles du droit privé dans un secteur concurrentiel ou d'une activité libérale que souhaite exercer l'agent pendant un délai de trois ans suivant la cessation de ses fonctions. La commission examine si cette activité porte atteinte à la dignité des fonctions précédemment exercées ou risque de compromettre ou de mettre en cause le fonctionnement normal, l'indépendance ou la neutralité du service. Au cas où la commission a été consultée et n'a pas émis d'avis défavorable, l'agent public ne peut plus faire l'objet de poursuites disciplinaires et le IV ne lui est pas applicable.


article_photo_1235488079021-1-0.jpgLe Décret n°2007-611 du 26 avril 2007 relatif à l'exercice d'activités privées par des fonctionnaires ou agents non titulaires ayant cessé temporairement ou définitivement leurs fonctions et à la commission de déontologie précise dans son article 1 :

I. - Il est interdit aux agents mentionnés au I de l'article 87 de la loi du 29 janvier 1993 susvisée qui cessent temporairement ou définitivement leurs fonctions :

A. - De travailler, de prendre ou de recevoir une participation par conseil ou capitaux dans une entreprise privée, lorsque l'intéressé a été chargé, au cours des trois dernières années qui précèdent le début de cette activité, dans le cadre des fonctions qu'il a effectivement exercées :
1° D'assurer la surveillance ou le contrôle de cette entreprise ;
2° De conclure des contrats de toute nature avec cette entreprise ou de formuler un avis sur de tels contrats ;
3° De proposer directement à l'autorité compétente des décisions relatives à des opérations réalisées par cette entreprise ou de formuler un avis sur de telles décisions.
Les interdictions mentionnées ci-dessus s'appliquent également aux activités exercées dans une entreprise :
a) Qui détient au moins 30 % du capital de l'entreprise susmentionnée, ou dont le capital est, à hauteur de 30 % au moins, détenu soit par l'entreprise susmentionnée, soit par une entreprise détenant aussi 30 % au moins du capital de l'entreprise susmentionnée ;
b) Ou qui a conclu avec l'entreprise susmentionnée un contrat comportant une exclusivité de droit ou de fait.
Ne sont toutefois pas interdites la seule participation au capital de sociétés cotées en bourse ou la participation intervenant par dévolution successorale.

B. - D'exercer une activité lucrative, salariée ou non, dans un organisme ou une entreprise privé et toute activité libérale si, par sa nature ou ses conditions d'exercice et eu égard aux fonctions précédemment exercées par l'intéressé, cette activité porte atteinte à la dignité desdites fonctions ou risque de compromettre ou mettre en cause le fonctionnement normal, l'indépendance ou la neutralité du service.

II. - Les interdictions prévues au I ci-dessus s'appliquent pour une durée de trois ans à compter de la cessation des fonctions justifiant l'interdiction.

III. - Au sens du présent article, est assimilée à une entreprise privée toute entreprise publique exerçant son activité dans un secteur concurrentiel et conformément au droit privé.


En l’espèce, il apparait évident que M. Pérol a , a minima, proposé des décisions relatives aux opérations effectuées par la future entité qu’il va présider et a fortiori a formulé un avis. Comment dés lors, considérer que la saisine n’est pas obligatoire ? et a fortiori considérer qu’il n’entre pas dans les cas énumérés par la loi de saisine obligatoire ?

35052_une-sarkozy-perol.jpgIncohérence et divergence des discours
La lettre du président Fouquet est très éloignée des versions successives qui ont été présentées par l’Elysée. Tout d’abord, il a été indiqué que la Commission de déontologie avait été saisie. C’est inexact.
Ensuite, il a été indiqué que la Commission avait donné un avis par l’intermédiaire de son Président ; Ce n’est que partiellement exact puisque le Président prend soin d’indiquer qu’il ne peut que donner un avis personnel qui n’engage pas la Commission. Puis, M. Guéant a indiqué qu’en toute hypothèse , le cas de M. Pérol n’entrait pas dans la saisine obligatoire de la Commission. A aucun moment, dans son courrier, le Président Fouquet ne s’exprime sur ce point, mais au contraire évoque la question de fond ; Dès lors, la saisine de la Commission étant préalable, M. Pérol ne peut à ce jour accéder à ses nouvelles fonctions.

« La jurisprudence citée n'est pas concluante  »
Sur le fond, l’avis du président Fouquet doit être lu entre les lignes et ne contredit en rien l’analyse juridique qui précède. Tout d’abord, il vise l’avis du secrétaire général qui estime que les fonctions de M. Pérol à l’Elysée n’entrent pas dans les cas visés par la loi. Ainsi, il se réfère à une interprétation que Le secrétaire général de l’Elysée n’a aucune compétence pour formuler et qui n’engage que lui. Or, la situation de fait est importante pour juger de la  situation de droit ; l’avis est donc émis comme si M. Pérol était totalement étranger à l’opération concernant la naissance du nouvel établissement. De plus, il n’analyse la situation que sur le plan pénal en se référant à l’interprétation nécessairement stricte de la loi pénale. Mais, les pouvoirs de la commission ne sont pas de nature pénale ; ils sont beaucoup plus large et visent l’aspect strictement déontologique. Enfin, la jurisprudence citée n’est pas concluante pour deux raisons ; celle qui est antérieure à 2007 est inopérante car la loi a changé en 2007. quant aux autres exemples, ils ne visent pas des personnes entrant dans un établissement sur lequel ils avaient spécifiquement travaillé ; en toute hypothèse, l’arrêt Bauffret du Conseil d’Etat montre un rigueur beaucoup plus grande du Conseil d’Etat sur le pantouflage.

Ainsi, on voit mal, comment, même si elle n’était pas saisie à titre obligatoire, la commission pourrait rendre un avis favorable. Elle doit être saisie et M. Pérol ne devrait pas prendre de fonctions tant que l’avis n’est pas émis.

photo_1235581092800-1-0.jpgDes dysfonctionnements mis en évidence
Dès lors, dans cette affaire, et indépendamment même des questions déontologiques d’une autre nature liées au fait que par le passé, M. Pérol avait conseillé une des deux parties sur un montage qui est aujourd’hui contesté, si les règles de droit étaient appliquées, M. Pérol ne pourrait être nommé. Cette affaire révèle, au-delà du cas particulier qui ne met évidemment pas en cause les compétences professionnelles de M. Pérol, le dysfonctionnement des instances politiques et juridiques françaises. Comment se fait-il que le Président de la République, garant au terme de la Constitution, du fonctionnement des pouvoirs publics et  du respect de l’état de droit, intervient précisément en violation de la loi. Comment se fait-il que nous ne disposions d’aucun organe qui puisse imposer le respect de la loi, alors même que l’article 432-13 du code pénal a été évoqué par certains ? Comment se fait-il qu’il n’y ait en France aucun pouvoir judiciaire à même de trancher la difficulté juridique à supposer qu’il y ait un débat juridique ?

On le voit. Cette affaire, indépendamment des questions liées au poids du Président dans les nominations pose crûment  la question du fonctionnement de notre état de droit et de la qualification de démocratique de notre système.


Jeudi 26 Février 2009 - 17:04
Corinne Lepage

Après la crise financière, la guerre civile ? Préparez-vous à "quitter votre région"...


iraq_bomb_wideweb__430x282.jpgLa crise économique et financière va-t-elle dégénérer en violentes explosions sociales ? En Europe, aux Etats-Unis ou au Japon, la guerre civile est-elle pour demain ? C'est le pronostic quelque peu affolant que dressent les experts du LEAP/Europe 2020, un groupe de réflexion européen, dans leur dernier bulletin daté de mi-février.

Dans cette édition où il est question que la crise entre, au quatrième trimestre 2009, dans une phase de "dislocation géopolitique mondiale", les experts prévoient un "sauve-qui-peut généralisé" dans les pays frappés par la crise. Cette débandade se conclurait ensuite par des logiques d'affrontements, autrement dit, par des semi-guerres civiles. "Si votre pays ou région est une zone où circulent massivement des armes à feu (parmi les grands pays, seuls les Etats-Unis sont dans ce cas), indique le LEAP, alors le meilleur moyen de faire face à la dislocation est de quitter votre région, si cela est possible."

Selon cette association, formée de contributeurs indépendants issus des milieux politiques et économiques et de professionnels européens de différents secteurs, les zones les plus dangereuses sont celles où le système de protection sociale est le plus faible.

La crise serait ainsi à même de susciter de violentes révoltes populaires dont l'intensité serait aggravée par une libre circulation des armes à feu. L'Amérique latine, mais aussi les Etats-Unis sont les zones les plus à risques. "Il y a 200 millions d'armes à feu en circulation aux Etats-Unis, et la violence sociale s'est déjà manifestée via les gangs", rappelle Franck Biancheri, à la tête de l'association. Les experts du LEAP décèlent d'ailleurs déjà des fuites de populations des Etats-Unis vers l'Europe, "où la dangerosité physique directe restera marginale", selon eux.

 

FAIRE DES RÉSERVES

 

premonition.jpgAu-delà de ces conflits armés, le LEAP alerte sur les risques de pénuries possibles d'énergie, de nourriture, d'eau, dans les régions dépendantes de l'extérieur pour leur approvisionnement et conseille de faire des réserves. Cette perspective apocalyptique pourrait faire sourire si ce groupe de réflexion n'avait, dès février 2006, prédit avec une exactitude troublante le déclenchement et l'enchaînement de la crise. Il y a trois ans, l'association décrivait ainsi la venue d'une "crise systémique mondiale", initiée par une infection financière globale liée au surendettement américain, suivie de l'effondrement boursier, en particulier en Asie et aux Etats-Unis (de - 50 % à - 20 % en un an), puis de l'éclatement de l'ensemble des bulles immobilières mondiales au Royaume-Uni, en Espagne, en France et dans les pays émergents. Tout cela provoquant une récession en Europe et une "très Grande Dépression" aux Etats-Unis.

Doit-on en conclure que la crise mondiale peut se transformer en guerre mondiale ? "Les pronostics de LEAP sont extrêmes, mais la violence sociale pointe", admet Laurence Boone, économiste chez Barclays.

Reste un espoir, une "dernière chance" selon le LEAP, qui résiderait dans la capacité du G20, qui se réunira le 2 avril à Londres, à arrêter un plan d'action "convaincant et audacieux". Dans ce cas, le monde ne serait toutefois pas tiré d'affaire, puisque les experts ne manquent de rappeler que se profile aussi une sévère crise climatique...


GEAB N°32 est disponible! 4° trimestre 2009 - Début de la phase 5 de la crise systémique globale : la phase de dislocation géopolitique mondiale

- Communiqué public GEAB N°32 (15 février 2009) -



GEAB N°32 est disponible! 4° trimestre 2009 - Début de la phase 5 de la crise systémique globale : la phase de dislocation géopolitique mondiale
Depuis Février 2006, LEAP/E2020 avait estimé que la crise systémique globale se déroulerait selon 4 grandes phases structurantes, à savoir les phases de déclenchement, d'accélération, d'impact et de décantation. Ce processus a bien décrit les évènements jusqu'à aujourd'hui. Mais notre équipe estime dorénavant que l'incapacité des dirigeants mondiaux à prendre la mesure de la crise, caractérisée notamment par leur acharnement depuis plus d'un an à en traiter les conséquences au lieu de s'attaquer radicalement à ses causes, va faire entrer la crise systémique globale dans une cinquième phase à partir du 4° trimestre 2009 : la phase dite de dislocation géopolitique mondiale.

Selon LEAP/E2020, cette nouvelle phase de la crise sera ainsi façonnée par deux phénomènes majeurs organisant les évènements en deux séquences parallèles, à savoir :

A. Deux phénomènes majeurs :
1. La disparition du socle financier (Dollars + Dettes) sur l'ensemble de la planète
2. La fragmentation accélérée des intérêts des principaux acteurs du système global et des grands ensembles mondiaux

B. Deux séquences parallèles :
1. La décomposition rapide de l'ensemble du système international actuel
2. La dislocation stratégique de grands acteurs globaux.

GuerreCivileSarko.jpgNous avions espéré que la phase de décantation permettrait aux dirigeants du monde entier de tirer les conséquences de l'effondrement du système qui organise la planète depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Hélas, à ce stade, il n'est plus vraiment permis d'être optimiste en la matière (1). Aux Etats-Unis comme en Europe, en Chine ou au Japon, les dirigeants persistent à faire comme si le système global en question était seulement victime d'une panne passagère et qu'il suffisait d'y ajouter quantité de carburants (liquidités) et autres ingrédients (baisse de taux, achats d'actifs toxiques, plans de relance des industries en quasi-faillite,…) pour faire repartir la machine. Or, et c'est bien le sens du terme de « crise systémique globale » créé par LEAP/E2020 dès Février 2006, le système global est désormais hors d'usage. Il faut en reconstruire un nouveau au lieu de s'acharner à sauver ce qui ne peut plus l'être.


Evolution des commandes à l’industrie au cours du 4° trimestre 2008 (Japon, Etats-Unis, zone Euro, Royaume-Uni, Chine, Inde) - Sources : MarketOracle / JPMorgan
Evolution des commandes à l’industrie au cours du 4° trimestre 2008 (Japon, Etats-Unis, zone Euro, Royaume-Uni, Chine, Inde) - Sources : MarketOracle / JPMorgan
L'Histoire n'étant pas particulièrement patiente, cette cinquième phase de la crise va donc entamer ce processus de reconstruction mais de manière brutale, par la dislocation complète du système préexistant. Et les deux séquences parallèles, décrites dans ce GEAB N°32, qui vont organiser les évènements promettent d'être particulièrement tragiques pour plusieurs grands acteurs mondiaux.

Selon LEAP/E2020, il ne reste plus qu'une toute petite fenêtre de tir pour tenter d'éviter le pire, à savoir les quatre mois à venir, d'ici l'été 2009. Très concrètement, le Sommet du G20 d'Avril 2009 constitue selon notre équipe la dernière chance pour réorienter de manière constructive les forces en action, c'est-à-dire avant que la séquence cessation de paiement du Royaume-uni, puis des Etats-Unis ne se mette en branle (2). Faute de quoi, ils perdront tout contrôle sur les évènements (3), y compris, pour nombre d'entre eux, dans leurs propres pays, tandis que la planète entrera dans cette phase de dislocation géopolitique à la manière d'un « bateau ivre ». A l'issue de cette phase de dislocation géopolitique, le monde risque de ressembler à l'Europe de 1913 plus qu'à la planète de 2007.

Ainsi, à force de tenter de porter sur leurs épaules le poids toujours croissant de la crise en cours, la plupart des Etats concernés, y compris les plus puissants, ne se sont pas rendu compte qu'ils étaient en train d'organiser leur propre écrasement sous le poids de l'Histoire, oubliant qu'ils n'étaient que des constructions humaines, ne survivant que parce que l'intérêt du plus grand nombre s'y retrouvait. Dans ce numéro 32 du GEAB, LEAP/E2020 a donc choisi d'anticiper les conséquences de cette phase de dislocation géopolitique sur les Etats-Unis et l'UE.


Evolution de la base monétaire des Etats-Unis - (12/2002 – 12/2008) - Source US Federal Reserve / DollarDaze
Evolution de la base monétaire des Etats-Unis - (12/2002 – 12/2008) - Source US Federal Reserve / DollarDaze
Il est donc temps pour les personnes comme pour les acteurs socio-économiques de se préparer à affronter une période très difficile qui va voir des pans entiers de nos sociétés telles qu'on les connaît être fortement affectés (4), voire tout simplement disparaître provisoirement ou même dans certains cas durablement. Ainsi, la rupture du système monétaire mondial au cours de l'été 2009 va non seulement entraîner un effondrement du Dollar US (et de la valeur de tous les actifs libellés en USD), mais il va aussi induire par contagion psychologique une perte de confiance généralisée dans les monnaies fiduciaires. C'est à tout cela que s'attachent les recommandations de ce GEAB N°32.

Last but not least, notre équipe considère désormais que ce sont les entités politiques (5) les plus monolithiques, les plus « impériales », qui vont être les plus gravement bouleversées au cours de cette cinquième phase de la crise. La dislocation géopolitique va ainsi s'appliquer à des états qui vont connaître une véritable dislocation stratégique remettant en cause leur intégrité territoriale et l'ensemble de leurs zones d'influences dans le monde. D'autres états, en conséquence, seront projetés brutalement hors de situations protégées pour plonger dans des chaos régionaux.

source:
http://www.leap2020.eu/GEAB-N-32-est-disponible!-4-trimes...

http://www.leap2020.eu/Fin-2008-Le-monde-entre-dans-la-ph...

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/02...

26/02/2009

Sarkozy lance la bataille de l'intelligence… et la perd

Sarkozy lance la bataille de l'intelligence… et la perd

C'est la vidéo que s'échangent les chercheurs : un banc d'essai des discours de Sarkozy et d'Obama sur la science. Devinez qui s'en tire le mieux?

Une vidéo qui en dit long sur la vision de la science des deux côtés de l’Atlantique : le 20 décembre 2008, Barack Obama  assurait qu’elle est « une clé pour la survie de la planète et la prospérité de la nation » et qu’il entendait s’en servir pour ouvrir son pays aux défis du 21e siècle, « découvrir des médicaments », « créer des emplois », « préserver le globe pour nos enfants et nos petits enfants »,  faire des Etats-Unis un leader dans tous les domaines de pointe.

Un mois plus tard, le 22 janvier 2009, Nicolas Sarkozy, qui avait apparemment retenu la leçon de l’Oncle Sam de travers, affirmait que la recherche et l’innovation sont la clé pour sortir renforcé d’une crise sans précédent… et qu’il s’apprêtait à la mettre sous la porte.  Quand le Président américain flattait les cerveaux qui « pourchassent la nouvelle grande idée » et préparent « la révolution qui pourra changer nos vies », le chef de l’Etat français sortait le fouet et alignait des contrevérités manifestes sur la recherche tricolore.  Le premier, en offrant sa confiance aux chercheurs, leur a donné envie de se dépasser dans les labos, le second en les humiliant les a encouragés à arrêter le boulot. Les propos généraux de l’un se sont traduits par de généreuses subventions et des dons des fondations, les propos de café de commerce de l’autre, qui reposent sur des chiffres faux et des à peu près, n’ont été repris que par les imbéciles qui croient tout ce qu’on leur dit.

Finalement, mieux aurait valu arriver après la bataille
En grève depuis le 2 février, les enseignants-chercheurs, eux, restent mobilisés dans toutes nos universités et nos laboratoires contre la politique d’enseignement supérieur et de recherche du gouvernement. Et même si  Nicolas Sarkozy, Valérie Pécresse et sa médiatrice Claire Bazy-Malaurie jouent le pourrissement, les chercheurs inventent chaque jour de nouvelles actions pour combattre le règne de l’ignorance … L’imagination est au pouvoir lorsqu’ils descendent dans la rue. Le Président avait donc raison, le 22 janvier dernier, lorsqu’il disait que « la bataille de l’intelligence est engagée ». Mais on dirait qu’il l’a perdue.


Jeudi 26 Février 2009 - 07:00
Anna Alter

L’économie mondiale au bord du précipice

Adieu la récession, bonjour la dépression...

Nicolas Sarkozy clame à qui veut l'entendre que «nous sommes au milieu de la crise». Ben voyons. Tout indique plutôt que le pire est à venir...



(photo : kevindooley - Flickr - cc)

L’économie mondiale au bord du précipice

Nous savions que le premier semestre serait dur. Il est malheureusement pire que prévu, comme le montrent les difficultés des pays de l’ancienne Europe de l’Est. On peut finalement se demander si le gros de la crise n’est pas devant nous.

La plus grave crise économique depuis 80 ans

Les derniers chiffres qui sont tombés montrent que nous traversons la pire crise depuis la Grande Dépression. Au 4ème trimestre, l’ensemble des pays ont subi une contraction extrêmement sévère de leur PIB en rythme annuel : -3,8% pour les Etats-Unis et l’Espagne, -4,7% pour la France, -5,7% pour la zone euro, -5,9% pour le Royaume Uni, -7,1% pour l’Italie, -8,2% pour l’Allemagne et -12,7% pour le Japon !

Le commerce mondial s’effondre, avec une baisse de 35% des exportations du Japon et de 12% de celles de la Chine (et une baisse de plus de 40% de ses importations…). Cet effondrement, largement supérieur à celui de l’économie, apporte une lumière intéressante au débat sur le protectionnisme en démontrant que la baisse des échanges commerciaux peut être davantage la conséquence d’une grave récession économique que sa cause ou même l’effet de mesures protectionnistes…

Mais cet écroulement du commerce met à mal toutes les économies construites pour l’exportation, qu’elles soient développées (Allemagne, Japon) ou émergentes. L’ancienne Europe de l’Est vit une descente aux enfers d’autant plus brutale que le marché ajoute à la récession une forte poussée inflationniste, du fait de la spéculation monétaire et de l’effondrement irrationnel de certaines devises.

Les ingrédients pour passer d’une récession à une dépression

Le problème est que la vague de déréglementation provoque un ajustement plus brutal aux nouvelles conditions économiques. En à peine un an, le taux de chômage Américain est passé de moins de 5% à 7,6%, et le nombre de chômeurs augmente de 600 000 par mois ! Plus de libéralisation, c’est aussi permettre des ajustements plus brutaux. Le problème est que plus les entreprises ajustent leurs effectifs de manière brutale, plus elles renforcent les phénomènes récessifs de dépression de la demande.

Un véritable cercle vicieux se met alors en place où la baisse de la demande des consommateurs suite à l’explosion de la bulle immobilière Américaine provoque une baisse de l’offre (chômage, partiel ou non), qui déprime à son tour la demande, ainsi de suite… Nous sommes d’ors et déjà rentrés dans le cercle vicieux qui a transformé la crise de 1929 en une dépression longue et brutale. Passé un certain point, la baisse de la demande se perpétue elle-même, les mécanismes du marché aggravant la crise.

La croisée des chemins

En fait, nous sommes en 1930, à un moment où la grave crise que nous traversons peut se transformer soit en une grave dépression, si de mauvaises décisions sont prises, soit en une grave crise dont nous pouvons sortir dès l’an prochain si les dirigeants actuels tirent les leçons des erreurs du passé. La connaissance de la Grande Dépression nous a déjà permis d’améliorer certaines réponses à la crise en sauvant des banques dont l’effondrement dans les années 30 avaient asphyxié l’économie durablement.

La leçon de ce passé funeste a également poussé la nouvelle administration Obama à faire passer un plan de soutien de près de 800 milliards de dollars, certes imparfait, mais dont le montant et la rapidité montrent que le nouveau président, lui, a saisi l’urgence de la situation. Avec des marchés exubérants à la baisse comme à la hausse, on peut espérer que la déprime excessive actuelle peut faciliter un rebond purement technique si les plans de relance sont à la hauteur.

Les six prochains mois seront très difficiles. Ce n’est que fin 2009, début 2010, quand nous entrerons dans le comparatif avec le 4ème trimestre 2008 qu’un rayon de soleil pourra apparaître. À date, quasiment tout repose sur le plan Obama, pour le meilleur et pour le pire.

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/02/21/la-defail...

http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/21/l-europ...

The Economist (statistiques PIB)

Incroyable: la Corrèze en grève depuis 5 semaines

Incroyable: la Corrèze en grève depuis 5 semaines

Et si le soulèvement de la Guadeloupe se propageait... à la Corrèze. Dans ce scénario de fine catastrophe limousine, le fantaisiste Laurent Laurent décèle l'une des racines de la crise qui sévit aux Antilles: le mépris des zones françaises isolées.



Incroyable: la Corrèze en grève depuis 5 semaines
Personne ne le sait, mais cela fait plus d’un mois que la grève générale sévit en Corrèze. Le département est pratiquement paralysé. Rideaux de commerçants baissés, station d’essence vide, le gouvernement laisse pourrir la situation, prétextant une spécificité locale alors que les grévistes réclament simplement l’égalité. Il est vrai qu’il est des spécificités : le climat n’est pas le même qu’à Paris, en témoigne l’épaisse couche de neige qui sévit encore sur les hauteurs du mont Bessou alors qu’à Montmartre la neige a fondu sur les cimes.

La situation présente relève d’une longue histoire de domination de Paris. Depuis que…

…ce territoire fut rattaché à l’Ile de France par Louis XI, il a toujours gardé son quant-à-soi, se considérant non pas comme « Français à part entière mais un peu Français entièrement à part », dans ce que le parisianisme hautain appelle honteusement, les ploucs. La légende des forces de l’ordre qui furent molestées sur le marché de Brive-la-Gaillarde (les violences) croise aujourd’hui un réel mécontentement social avec un grand S, un grand O-C-I-A-L. Oui, délaissé par l’industrie et le développement économique, par le refus de l’état centralisateur d’y créer un grand port autonome alors que le potentiel est énorme, les Corréziens revendiquent aujourd’hui une augmentation de 200 euros des salaires. Ils ont raison. Augmentation sensible de leur pouvoir d’achat, qui fera d’eux les clients d’aujourd’hui pour les commerces et entreprises d’aujourd’hui, ce qui fera les investissements de demain. C’est comme ça que marche l’économie, et dans l’inverse. Pas juste avec des primounettes  ou des miettes, vite boulottées dans les marges brutes pour ne pas dire brutales, de accaparateurs étrangleurs monopolisateurs. Voilà une relance de la machine économique, par la consommation.

Les deux grand poètes locaux, aujourd’hui disparu de la scène politique, Jacques Chirac et François Hollande, chantres de la corrèzitude, se tiennent encore enfermés dans leur réserve.

Mais le malaise est profond. Le Limousin grogne.

Si ce n’est la différence ethnique qui est bien visible entre les locaux qui roulent les r et parisiens qui parlent pointus, les revendications ne sont pas raciales, les différences entre la race limousine ou normande ne rentre pas en ligne de compte dans ce conflit, car il est avant entre les riches et les pauvres. Même si le tempérament chafouin de la population perpétue des coutumes locales tenaces, comme la recette du boudin aux châtaignes. Alors que cette terre a un potentiel énorme et que Tulle devrait être la plaque tournante du continent auvergnat, on la tient sous le boisseau et la férule à la fois. C’est inadmissible.

Malgré les efforts du ministre des départements continentaux, qui a effectué plusieurs allés et retours Paris-Tulle, en vain, on craint une poussée indépendantiste.

Mais ceci n’est pas du goût du patronnas local qui martèle à qui veut l’entendre que les entreprises Corrézienne, dont l’approvisionneur d’essence Total, sont dans les difficultés avec la crise et qu’il ne faut pas décourager les entreprises et les riches. Selon eux, à force d’être malfaisant, les pauvres vont finir par devenir odieux.

Oui, le malaise est grand. Déjà les autres territoires emboîtent le pas : la Bourgogne, le Berri, La Franche-Comté, la Charente libre et la bonne de vingtaine de régions grognent et réclame déjà  200 euros, bientôt 300 euros le tout sans violence, il faut le remarquer.

Les raisons de la crise économique, de la crise politique, de la crise de société sont partout semblables, la Corrèze est seulement à l’avant garde.

Jeudi 26 Février 2009 - 13:47
Laurent Laurent

11:08 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : greve, crise, correze

25/02/2009

Pérol: conflit d'intérêt ou problème de compétence?

Pérol: conflit d'intérêt ou problème de compétence?

La probable nomination du secrétaire général adjoint de l'Élysée à la tête de la future deuxième banque française, née de la fusion entre la Banque populaire et la Caisse d'épargne, suscite nombre de réserves. Certaines sont critiquables, d'autres recevables. Mais personne n'ose remettre en cause la compétence du bonhomme.



(photo : Môsieur J. - Flickr - cc)
(photo : Môsieur J. - Flickr - cc)
François Pérol à la tête de la deuxième banque française qui naitra de la fusion Caisses d’épargne-Banques Populaires. L’annonce n’a pas manqué de faire grimper au rideau un certain nombre de politiques et de commentateurs, comme au PS. Mais les arguments avancés sont différents, voire contradictoires selon les cas.

Première critique, la nomination de Pérol serait anti-déontologique, voire illégale, comme déclaré, par exemple François Bayrou. Sur le plan du droit, il convient apparemment de distinguer deux problèmes bien distincts. François Bayrou a cité sur Europe n°1 article 432-13, « qui interdit qu'une personne qui a exercé une autorité publique, qui a exercé une surveillance ou à donner un avis sur les opérations d'une entreprise privée puisse dans les trois ans occuper un poste de travail ou quelque autre responsabilité à l'intérieur de cette entreprise privée. » Apparemment,  le député Jean-Louis Bianco, proche de Ségolène Royal est moins gêné par cette nomination : «Qu'un politique soit à la tête d'une banque dès lors qu'il est compétent, entouré de gens compétents, ça me paraît même une bonne chose».

En réalité, rappellent les proches du dossier, l’Etat intervient de fait et non de droit dans le dossier ; Autrement dit, les instances dirigeantes en mesure de décider de la fusion entre les deux banques, à savoir le Conseil d’administration de la Banque populaire et le directoire des Caisses d'épargne sont indépendants de l’Etat.

Oui mais dans les faits, les Banques Populaires ont besoin d’une intervention massive de l’Etat, et c’est cette intervention qui motive la désignation d’une personnalité qualifiée pour le représenter

La nomination de François Pérol pose un autre problème déontologique : il a été, lorsqu’il travaillait à la banque Rotschild, le conseiller des Banques populaires. C’est lui qui est notamment intervenu pour agréger Natexis  à Ixis, la banque d’investissement de la Caisse des dépots et consignation, pour créer Natixis sous l’égide commune des caisses d’épargne et des Banques populaires. Or c’est justement cette agrégation qui a plombée la situation financière des deux établissements.

Les dirigeants des Caisses d’épargne considèrent ainsi que sur ce dossier, François Pérol n’est pas légitime pour diriger le nouvel ensemble puisqu’il a été très proche, des années durant de l’une des deux parties. Les syndicats de la Caisse d’épargne seraient ainsi en train de se saisir de ce dossier. Or, on se souvient qu’ils avaient obtenu gain de cause auprès du Conseil d’Etat en 2003, à propos de la nomination, en 1999, de Bruno Mettling au directoire des Caisses d’épargne, après que ce dernier ait été membre du cabinet de Dominique Strauss-Kahn de 1997 à 1999.

Deuxième problème qui revient dans les critiques, la « poutinisation » rampante, comme le dénonce Jean-François Kahn, de la gouvernance de Nicolas Sarkozy. Ce dernier est fort proche de plusieurs dirigeants industriel de Martin Bouygues à Patrick Kron (Alstom) en passant par Vincent Bolloré, Bernard Arnault, Serge Dassault. Il est tout aussi amical avec nombre de grands patrons des médias (qui sont souvent les mêmes, singularité française). Et voici maintenant que la nomination de François Pérol va en faire de cet ami proche du Président le patron de la deuxième banque française ! Ce n’est donc pas tant le fait que l’Etat monte au capital d’une banque qu’il sauve de la banqueroute, ni qu’il en désigne le futur patron qui pose problème, mais bien la personnalité et le parcours de celui qui est nommé.

D’autant que, et il s’agit là d’une critique que l’on ne trouvera guère dans les médias et dans les partis d’opposition, si François Pérol n’a pas la réputation d’être un tueur, sa compétence elle-même pose problème. En conseillant aux Banques populaires d’intégrer Natexis, François Pérol a largement contribué à nourrir cet établissement en créances pourries. Or, dès le moment de cette opération, en 2006, il devenait patent pour nombre d’observateurs du marché, que la crise des subprime était lourde de difficulté à venir.

Ce qui rejoint une question plus générale sur le niveau de conscience de nos élites face à la crise. La nomination de François Pérol à la tête de la future banque née de la fusion Banques populaires-Caisses d’épargne, comme celle de Jean-Pierre Jouyet à la tête de l’Autorité des marchés financiers, on se demande si le pouvoir politique n’est pas en train de nommer des pyromanes à la tête des brigades de pompiers chargés d’éteindre l’incendie de la crise. Il est vrai, et c’est à la décharge de l’Elysée, qu’il n’existe pas beaucoup de candidats compétents. Nicolas Sarkzoy ne va quand même pas demander à son – autre – ami Stéphane Richard de se dévouer alors qu’il s’échine déjà à empêcher tous les jours la noyade de Christine Lagarde à Bercy…


Mardi 24 Février 2009 - 12:18
Philippe Cohen

24/02/2009

Les derniers seront les premiers

Main invisible ou cerveau invisible ?

asilesarkostiquexi7.jpgA court terme, peu d’êtres humains sur Terre pourront échapper aux conséquences de la crise globale qui s’est abattue sur la planète après une secousse principale en 2008 dont l’épicentre était clairement aux USA, mais dont les répliques européennes et asiatiques nous promettent d’en profiter un certain temps...

Nous savons déjà que les « bergers » qui ont convaincus le troupeau d’avancer au bord de la falaise seront les derniers à sombrer et que selon une vieille habitude, les plus pauvres et les plus faibles, bref les moins responsables paieront en priorité.

« Les derniers seront les premiers » , disait un ancien ouvrage.

Le temps de la fin du monde n’est pas là (n’en déplaise aux cassandres, l’attente risque d’être longue), mais la possibilité de la fin d’un monde est suffisamment crédible pour que nous ayons le devoir d’en profiter a minima pour réfléchir un peu à ce monde de shaddocks et à son organisation...

Nous vivons un moment extraordinaire, où la pression des évènements nous oblige tous à nous informer et à essayer de comprendre.

Le déroulement de cette crise est maintenant assez bien décrit par de nombreux économistes et autres qui grâce à la sagesse rétrospective refont le match en expliquant les moments les plus significatifs. C’est de l’information autant que de la distraction.

Dans le chaos des prises de position on a compris qu’on va un peu mieux réguler les activités financières et en attendant sauver les meubles (c’est-à-dire pour l’essentiel ceux qui se sont mis dans le pétrin) avec l’argent des contribuables actuels et à venir (comme d’habitude il n’y a pas d’alternative nous dit-on).

Toute honte bue et idéologie temporairement mise au placard, on voit les USA refuser l’effondrement de leur système bancaire (il est en situation de banqueroute) de même que le sauvetage par des intérêts étrangers d’entreprises qui valent à peine une bouchée de pain en bourse. Une prise de participation dans une entreprise par des intérêts privés équivaut à une prise de contrôle au prorata de la mise, or l’Etat vient de le faire massivement en se refusant à une nationalisation partielle ou totale. Ils sauvent des entreprises de la banqueroute au frais du contribuable avec tous les inconvénients en se refusant aux avantages. Le Japon a connu une situation similaire au début des années 90 et dans de meilleures conditions de sortie de crise a vu ses contribuables perdrent la moitié de leur mise. les américains ne peuvent l’ignorer.

De nombreux économistes en restent stupéfait car c’est en pleine lumière un jeu de « face vous perdez et pile nous gagnons » au bénéfice des instigateurs de cette débâcle.

6a00d83451b18369e200e55225143d8833-640wi.jpgS’il fallait une cerise sur ce gâteau empoisonné, la « bamboula » de Wall Street qui a distribué en 2008 pour 18 milliards de $ de bonus (disons des primes d’efficacité) à une corporation qui a envoyé la planète dans les décors, sera dure à oublier.

Les « Masters of mankind » sont malgré eux en pleine lumière et la main dans le sac. L’amérique s’en souviendra, désinformation ou pas.

Du côté de la gestion de la crise, nous savons confusément que nous aurons encore droit à un bricolage monstrueux puisque décidé par ceux-là mêmes qui vantaient hier les mérites du château de cartes qui vient de s’effondrer , plus des ajustements à la marge.

C’est de l’acharnement thérapeutique, mais qui pouvons-nous ?

Nous pouvons collectivement changer en exploitant la vision en pleine lumière des failles du système et le comportement des différents acteurs et nous avons la motivation pour zoomer/dézoomer sur ce système qui était censé être « la fin de l’histoire »...

La première chose à désapprendre est le mythe de l’efficience des marchés. Non pas que l’entreprise privée soit une foutaise per se. C’est ce que nous avons trouvé de mieux pour faire « tourner la boutique » semble-t’il.

Mais on a tout fait pour nous obliger à croire que la destinée ultime de la puissance publique était de se limiter à trois fonctions régaliennes (justice, police, armée), les accords AGCS de l’OMC ayant clairement cet objectif en ligne de mire, sans lui donner le droit de réguler l’activité économique sur d’autres bases que celles des entreprises (en pratique des grandes et transnationales). L’OMC n’a pas d’autre rôle que de réglementer ce que peuvent faire les Etats et déréglementer ce que peuvent faire les entreprises.

Or le « marché » a des tares fondamentales dont il ne peut se protéger lui-même et qui menace son existence et la nôtre.

Lester Brown en cite trois dans « Plan B 3.0 » qui sont :

050611_tipEuroDollar_hd_hmedium.jpg1/Son incapacité intrinsèque à intégrer les coûts indirects (sociaux, environnementaux, etc) de la production de biens et services dans ses prix de vente.

On a calculé aux USA que le coût d’un litre de pétrole devrait être quintuplé au minimum pour intégrer tout les coûts externalisés par le « marché » au niveau du consommateur.

On a calculé qu’il fallait 7 à 10 fois plus de surfaces agricoles pour nourrir un occidental moyen qu’un végétarien (à apports nutritionnels équivalents), bien plus d’eau, engrais, énergie, transports, etc... Ce n’est nullement intégré dans le prix de vente de la viande.

Les calculs ont été fait pour le tabac, pour les risque liés à la hausse du CO2, etc...

A chaque fois, des activités économiques sont possibles parce que leur coût réel est en grande partie externalisé, vers les non-consommateurs, les contribuables, l’environnement, les générations futures, etc...

2/ Sa méconnaissance radicale des services rendus par la nature.

De gigantesques inondations dans la vallée du Yangtze en 1998 on conduit la chine après une perte de 30 milliards de $ à s’interroger sur les causes. L’étude montra que la déforestation sur le bassin versant était la cause et qu’un arbre debout valait sur le plan économique trois fois la valeur d’un arbre abattu et exploité. Il fut décidé de reboiser...

3/ Son incapacité totale à quantifier les seuils de production naturels.

L’exemple du secteur de la pêche est dans toute les mémoires et montre que même face aux preuves scientifiques que la ressource est menacée (donc la poule aux oeufs d’or) les entreprises privées poursuivent la fuite en avant et font pression pour éviter/limiter les quotas de prise (quitte à tout perdre mais on sait qu’elles seront sauvées par le contribuable quand il sera trop tard pour les ressources naturelles...).

Ce marché omniscient qu’on a voulu nous vendre (qui en attendant écrit les Lois auxquelles nous devons nous soumettre en lieu et place de nos élus via l’OMC) a bien d’autres tares, justifiant une puissance publique forte.

J’en ajouterai une 4ème qui est son « court-termisme » . Le marché ne va pas investir à perte pendant deux décennies pour des bénéfices ultérieurs, mêmes certains et justifiant la mise. Des Etats le pourraient si « le marché » ne les privaient peu à peu de revenus au nom de la compétitivité et de l’idéologie.

On peut se souvenir que le marché n’a pas été à l’origine de la conquête spatiale et tous les bénéfices que nous en tirons, n’a pas lancé « Airbus » et que la totalité du secteur aérospatial aux USA est alimenté par fonds publics via la branche militaire.

Sans aide massive de l’Etat pas de nucléaire en France et pas de renouvelables ailleurs (du moins avant que le peak-oil soit avéré pour tout le monde).

 

da-tecteur-de-mensonges.jpgEnfin une 5ème qui me paraît de plus en plus flagrante est le fait que des intérêts privés s’arrogent de plus en plus le droit de prendre des risques qui dépassent de très loin tout ce que nous avons connu auparavant en utilisant leur puissance économique (plus de la moitié des plus grandes puissances économiques de la planète sont des entreprises) pour se dispenser de couvrir leurs risques (parfois incommensurables).

C’est le « too big to fail » des anglo-saxons qui conduit beaucoup à s’interroger sur le thème « too big to save ?... » voire « too big ?... » tout court.

Que dire du nucléaire en grande partie payé par des contribuables qui n’auront au final aucun kwh nucléaire à se mettre sous la dents mais des factures et soucis durables (au moins autant que la vie des déchets) ou des ogm dont on sait dès le début que les profits sont seulement pour les firmes biotechs et tous les risques pour la société ?

Pour résumer le marché ne peut s’autoréguler car il est tributaire d’un environnement qui lui est aussi incompréhensible que le mélange sucré dans lequelle se développe une levure de bière, l’est pour elle. Quand il n’y a plus de sucre ou trop d’alcool pour notre levure, c’est la fin. L’idée rassurante que la puissance publique est là pour fixer le cadre de développement des inititatives privées (seules efficientes dans la religion économique qui prévalait récemment) oubliait volontairement la pression fantastique des intérêts privés pour s’affranchir des contraintes avec des succès majeurs (la création de l’OMC qui courcicuite tout débat démocratique décentralisé) et leur fantastique capacité de chantage à l’emploi vu la taille atteinte par beaucoup d’entre elles.

Nos élites ont voulues nous faire croire que des comptables et des économistes pouvaient nous conduire vers de verts paturâges plus et mieux qu’une réflexion collective et pluridisciplinaires, de scientifiques, sociologues, philosophes, travailleurs sociaux, bref , quelque chose ressemblant à ce que devrait être une politique dont l’objet serait de défendre les intérêts des peuples voire de l’espèce non ceux d’une poignée de prédateurs et de profiteurs.

Nous avons le résultat sous les yeux. Ouvrons-les !...

Le pire est encore à venir

Le pire est encore à venir

La machine économique mondiale est en train inexorablement de s'enrayer

Pourquoi personne ne veut-il voir que le pire est sans doute encore devant nous ? De très nombreux pays, qui vivent sur des financements étrangers, ont le plus grand mal à les trouver ; de très nombreuses banques internationales manquent cruellement de ressources, sans même savoir à quelle échéance la réalité de leurs bilans va les frapper ; de plus en plus d' entreprises industrielles ont  de plus en plus de mal à obtenir le renouvellement de leurs crédits et approchent de l'asphyxie. Au total, la machine économique mondiale est en train de s'enrayer rapidement.

rachat-credit-crise.jpgChacun devrait l'accepter et réagir. Même les observateurs les plus optimistes d'antan commencent à le reconnaitre : selon l'agence Bloomberg, en Asie, seulement un prêt sur huit fait en 2008 sera refinancé en 2009. Et, selon Moody's, 17% des crédits faits dans la région seront en défaut en 2009, soit une proportion très supérieure à celle qu'on a connu en 1929.

Si ces menaces se matérialisent, aucun actif financier, aucune créance, aucun compte bancaire, n'aura plus de valeur ; seuls les actifs réels conserveront un prix ; on assistera au développement du troc. L'économie s'effondrera par pans entiers, avec d'immenses problèmes juridiques  sur la propriété des actifs et sur la validité des réclamations des créanciers multiples.

Le monde entier ne sera alors plus très loin de la situation de blocage que connut la Russie, pour des raisons voisines, en 1992. A la seule différence qu'alors, tous les actifs appartenaient à l'Etat, ce qui réduisit les risques de contentieux et permit à quelques-uns de faire fortune. Aujourd'hui, la situation est à l'échelle de la planète beaucoup plus complexe. Et partout, des cabinets d'avocats se préparent avec délectation à gérer des contentieux innombrables dans lesquels chacun contestera la propriété de tout le monde. Une situation que l'un de ces cabinets, basé à Hong Kong, nomme cette semaine, non sans un certain cynisme : «perfect storm» (tempête parfaite).

Si ce genre de désastre se produit, tout notre système social, fondé sur la propriété privée et le respect des contrats de prêts sera remis en cause par la contestation généralisée de la valeur des biens et des titres. L'économie réelle s'effondrera, en flux comme en stock.

Peut-on encore l'éviter ? Plus par les méthodes traditionnelles ; elles ont échoué. Plus par les méthodes nationales ; elles sont pires que le mal. Il faut agir d'un grand coup. En fournissant aux entreprises et aux ménages les moyens de ne pas s'effondrer, le temps de réduire les montagnes de dettes, au détriment sans doute, des actionnaires nécessairement consentants. Dans cette situation, certains en viennent à penser qu'il ne serait pas déraisonnable de permettre aux banques centrales de prêter directement aux entreprises et aux États (c'est le cas de la Réserve fédérale (Fed) aux États-Unis). Mais cela ouvre la voie à une émission monétaire incontrôlée et donc à une inflation bien trop massive, qui dévalorisera tous les actifs, ruinera les détenteurs de rentes financières, et en particulier les retraités. Le prélude à une crise sociale sans précédent.

fmi.JPGIl vaudrait sans doute mieux, tant qu'il en est encore temps, tenter d'offrir de l'argent public aux pays en très grande difficulté en utilisant pour cela un mécanisme prévu par les statuts du FMI (Fonds monétaire international) : l'émission de Droits de Tirage Spéciaux (DTS), qui présente l'avantage de ne pas être comptabilisé dans la dette extérieure des États, et donc de limiter les risques de dévaluation monétaire. Ce mécanisme, que propose depuis longtemps Georges Soros, et qui a été très peu utilisé jusqu'ici, permettrait en théorie à chaque pays membre du FMI, sans exception, de disposer de ressources nouvelles et d'en faire un usage de relance qui n'accroitrait pas le déficit budgétaire ni, en principe, la masse monétaire.

Cependant, dans l'état actuel de l'économie mondiale, et malgré l'effondrement qui menace, c'est impossible. D'abord parce que l'émission de DTS suppose l'approbation des États-Unis, qui en raison de leur quote-part de 16,79% disposent d'un droit de veto de fait sur les principales décisions du FMI prises à 85%. Ensuite parce que, même si l'administration Obama approuvait un tel projet, il serait surement bloqué par le Congrès, qui l'a déjà refusé en 1997 et qui le refuserait surement une nouvelle fois car, cette allocation étant automatiquement accordée à tous les pays membres du FMI, le Zimbabwe et le Soudan, deux pays soumis à des sanction financière des États-Unis, en bénéficieraient. Enfin, à supposer même qu'on puisse franchir cet obstacle, l'allocation de chaque pays étant proportionnelle à sa quote-part, ces DTS seraient accordés en priorité aux pays les plus riches !

Pas de meilleure preuve de la nécessité de changer profondément et urgemment les statuts du FMI, bien au-delà de la réforme de mars 2008, pour modifier les quotes-parts de vote de chaque pays et réformer les mécanismes de prise des décisions les plus importantes, en particulier celles de l'attribution des DTS. Et pour émettre, rapidement, des DTS à l'attention des Etats les plus lourdement endettés.

6261e62e-00f6-11de-ac9a-2a7ad7493ba6.jpgNaturellement, les États-Unis et la Grande-Bretagne ne le voudront pas. Ni maintenant, ni dans deux mois. Et la prochaine réunion du G20 à Londres en avril, sera un échec, sur ce sujet comme sur presque tous les autres.

Les pays les plus pauvres, et tous les victimes de la crise en tireront alors les conclusions qu'ils ne doivent désormais plus rien attendre ni des institutions internationales ni des plus riches. Chacun d'entre eux voudra se protéger seul ; et pour cela émettre de la monnaie nationale en grande quantité, subventionner ses exportations, se fermer aux importations, pour tenter de reconstituer des réserves. Cela ne pourrait qu'entrainer une accélération de l'engrenage de la récession, des faillites et du chômage.

Nous voilà donc très clairement rendus au pied du mur : sans réforme majeure, urgente, radicale, des institutions multilatérales, pour en faire de véritables institutions supranationales, capables de prendre en charge la réduction massive de la dette mondiale et le soutien des emprunteurs les plus fragiles, le pire devient de plus en plus vraisemblable.

Jacques Attali

Obama demande à UBS de livrer 52.000 fraudeurs du fisc!

Obama demande à UBS de livrer 52.000 fraudeurs du fisc!

A l'heure où les Européens tentent de se mettre d'accord sur de nouvelles régulations des marchés financiers, la nouvelle administration américaine est entrée en conflit avec la banque suisse UBS, convaincu d'avoir aidé 52 000 Américains à frauder le fisc.



Boston par Manuel.A.69 - Flickr - CC
Boston par Manuel.A.69 - Flickr - CC

Les Européens parviendront-ils à s’entendre avant le prochain sommet du G20, qui se tient à Londres le 2 avril et devrait voir la grande rentrée, sur la scène internationale de Barak Obama ?

Ce sommet du 2 doit réformer le monde financier.  L’idée est de montrer un front uni, avant de rencontrer les Américains, le Japon, le Canada et les pays émergents, (Chine, Brésil, Russie, Inde, Arabie Saoudite etc.) Et pour cette raison, Allemands, Français, Anglais, Italiens, Hollandais, et Espagnols se sont retrouvés à Berlin dimanche et aujourd’hui lundi. Les Européens, jusqu’ici, ont joué perso. Chacun pour soi dans la défense des banques et la relance. La suite ne devrait pas être très brillante. Français, Allemand et Anglais s’opposent sur les « hedge funds » ces fonds spéculatifs qui entrent au capital des entreprises pour les restructurer, découper, relocaliser. Les Français veulent les contrôler, les Anglais non, et les Allemand oui et non.

obama.jpgUBS livre 250 fraudeurs américains !
Sur les paradis fiscaux et le secret bancaire, en revanche, il devrait y avoir quelques convergences, pour une raison simple : les Etats-Unis ont décidé de s’attaquer de front au problème. Les Etats-Unis sont nés d’un problème fiscal. Et on ne badine pas avec l’impôt outre-atlantique. L’Union des banques suisses, l’UBS, a été récemment traitée comme une organisation criminelle par le gouvernement de Barak Obama, au motif qu’elle incitait les américains à frauder le fisc. Du coup l’UBS – qui va très mal : elle a perdu, en valeur 40 milliards d’euros depuis la crise, et affiche plus de 13 milliards de pertes en 2008 – l’UBS donc, a livré quelques noms d’Américains fraudeurs au Trésor américain, 250. Elle a reconnu publiquement sa faute, et versé une amende de 780 millions de dollars. Mais l’administration lui demande le nom de 52 000 clients !

Le gouvernement dispose d'un moyen très simple pour contraindre la banque suisse : interdire à l’UBS d’exercer sur le territoire américain. Auquel cas la banque serait en faillite, et ses 28000 agents licenciés. Quand les politiques veulent, ils peuvent.
On peut imaginer que les Européens fassent la même chose. Ou au contraire on peut craindre, qu’en ces temps de crise, ils rêvent d’attirer les fraudeurs. La crise, qui devrait les souder, les divise. Elle fait passer au second plan la réforme du système financier international, ce système complètement déficient, qui fut à l’origine même de la crise ! Quel paradoxe ! Et pour ne rien arranger, un anti-européen est en train de diriger l’Europe !

La phrase
: « Arrogance, avidité, court-termisme, dissimulation, dogmatisme, incompétence, irresponsabilité, sont les 7 péchés capitaux des banquiers » selon l’hebdomadaire l’Express.


Lundi 23 Février 2009 - 07:00

11:23 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fisc, obama, ubs

la France en voie d'Islandisation?

Crise financière: la France en voie d'Islandisation?

En octobre dernier, l'Islande était menacée de faillite à cause de ses ambitions financières démesurées. Le blogueur Omelette16Œufs du blog La pire racaille rappelle cependant que l'Europe et les États-Unis aussi ont eu les yeux plus gros que le ventre et que la digestion des actifs pourris n'est pas fini. La crise des subprimes est-elle vraiment derrière nous?



(photo : Atli Harðarson - flickr - cc)
(photo : Atli Harðarson - flickr - cc)
Vous vous souvenez : c'était en octobre dernier. L'Islande était menacée de faillite nationale par ses deux grandes banques, sa monnaie était en chute libre. Le pays a demandé un emprunt à la Russie pour éviter la catastrophe. Je n'ai rien contre la pays qui nous a donné Björk, mais j'avoue qu'au moment l'histoire m'avait fait sourire. En essayant de sauver ses banques de leurs dettes, c'est le pays tout entier qui se retrouve menacé.

C'est le problème des petits pays :

« La taille du pays, seulement 300000 habitants, limite les solutions. "Ce que nous avons appris (...) est qu'il n'est pas sage pour un petit pays d'essayer de jouer un rôle de leader dans le domaine de la banque internationale" a déclaré le Premier ministre Geir Haarde. » (JDD)

Tiens donc.


Cela me rappelle une fable, mais je n'arrive pas à retrouver laquelle. Ce n'est pas Le boeuf et la grenouille ; je vois vaguement un animal qui essaie d'en manger un autre qui s'avère trop grand pour lui, avec des conséquences désastreuses. Ça vous dit quelque chose ?

L'Islande était trop petite pour avaler sa part de la bulle financière internationale. Dur d'être un petit pays avec des grosses banques, n'est-ce pas?

Sauf que... sauf que... il devient de plus en plus évident que nous sommes tous des Islandais. Choquant, non ? J'explique.

h-20-1289255-1224096707.jpgDepuis le début de ce qui était alors la "crise des subprimes", il ne passe guère une semaine sans qu'on se rende compte que la surextension du monde de la finance était pire, encore pire, que ce qu'on imaginait. Et si vous lisez un peu la presse étrangère, cette impression est multipliée par dix. La France reste dans une bulle d'une autre sorte, une bulle de protection psychologique qui empêche de voir la profondeur du trou. Cette fois-ci, c'est Dagrouik qui m'a montré ce billet (en anglais) où est raconté une réunion avec des hommes d'affaires autrichiens persuadés que leur pays allait devoir demander l'aide de l'Allemagne pour éviter la faillite.


« the German part of the contingent was amused at the Austrians' confidence that Germany would rush to their aid. »

Le billet en question cite ce papier du Telegraph qui cite à son tour un memo européen censé être confidentiel et qui souligne le danger de faillite qui menace les plus faibles États européens. Pas seulement l'Islande.

Pire encore :

« The IMF says European and British banks have 75 % as much exposure to US toxic debt as American banks themselves, yet they have been much slower to take their punishment. Write-downs have been $738bn in the US: just $294bn in Europe. »


En Europe, le pire, donc, est encore plus loin, encore à venir. Qu'est-ce qui nous dit que même les grands pays sont assez solides, assez riches pour absorber toute cette dette toxique ?

J'essaie de résumer : la grande bulle des dernières années peut être vue comme une multiplication démesurée des valeurs en circulation dans le monde, à travers une sorte de pyramide d'endettement (les métaphores pyramidales reviennent sans cesse en ce moment ). Tant que tout va bien, les dettes s'équilibrent entre elles et l'expansion peut continuer. Mais à partir de la première inquiétude, la mécanique s'enraye ; chacun commence à chercher à récupérer ce qu'on lui doit. Il faudrait alors que tout l'argent fictif deviennent réel, ce qui est impossible. Alors c'est l'effondrement : l'argent fictif disparaît, les dettes remontent de créditeur en créditeur.

Nous sommes aujourd'hui dans l'effondrement. La question essentielle est celle de sa vitesse. Si demain il fallait que toutes les dettes soient remboursées, ce serait l'effondrement total et immédiat. Seule la possibilité de différer dans le temps cet effondrement permettra d'échapper aux conséquences les plus graves. C'est pour ça qu'il ne faut pas faire des billets de blog pessimistes : ça accélère le processus.

592377.jpgEn nationalisant leurs banques, les islandais n'avait pas le choix. Tout était déjà joué. L'Islande s'endette pour gagner du temps. C'est ce que le reste du monde est en train de faire, plus lentement.

Hier je me demandais si Sarkozy avait vraiment une idée de comment organiser la sortie de la crise, outre les gesticulations et manoeuvres habituelles ("c'est pour ça qu'il faut aller plus vite dans les réformes"...[rires]). Son plan de relance est timide, n'est pas à la hauteur de la situation. On dit le plus souvent qu'il ne faut pas trop s'endetter, que la France est déjà bien suffisamment endettée. Malheureusement, il va falloir s'endetter beaucoup plus, car seule la dette publique peut effectivement différer dans le temps l'effondrement. La timidité n'aura d'effet que d'accélérer l'effondrement.

Vous avez toujours rêvé d'habiter une île dans l'Atlantique du Nord ? Mettez vos bottes et vos gants, car il va faire froid.

Billet initialement publié sur le blog La pire racaille sous le titre The Iceland effect


Lundi 23 Février 2009 - 11:47
omelette16oeufs

23/02/2009

La diversité est au service du néolibéralisme !

La diversité est au service du néolibéralisme !

Dans La Diversité contre l'égalité, l'américain Walter Benn Michaels démythifie la sacrosainte diversité, qui ne résout en rien les vraies inégalités, sociales et économiques. Elle aurait même tendance à noyer le poisson. Ne nous fait-elle pas croire qu'Obama est de gauche, alors qu'il a plus en commun avec Sarkozy qu'avec Jaurès?



La diversité est au service du néolibéralisme !
C'est un petit livre (155 pages) jaune qui attire immédiatement l'attention. Non pas à cause de sa couleur canari pétante, mais parce que son titre est provocateur : « La Diversité contre l'égalité ». Quoi? La diversité, notre nouveau graal, opposée à l'égalité, alors qu'elle est censée en être la garante? Qui ose un tel paradoxe? Un auteur inconnu en France : Walter Benn Michaels.
Un auteur courageux, qui plus est, car Walter Benn Michaels est américain. Et s'en prendre à la diversité dans le pays où elle est sans doute le plus sacralisée, c'est gonflé. C'est pourtant exactement ce que fait ce professeur de littérature américaine (il enseigne à l'Université de l'Illinois à Chicago). Sous-titré dans sa version américaine, «Comment nous avons appris à aimer l'identité et à ignorer l'inégalité», ce livre est la démonstration par A + B que la diversité est en réalité une vaste blague destinée à nous faire avaler plus facilement la pilule néolibérale et le cortège d'inégalités économiques et sociales qu'elle traîne. Car faire en sorte que les minorités soient représentées dans les élites et chez les plus nantis ne comble en rien le fossé grandissant entre riches et pauvres. Explications avec l'auteur.


(photo swanksalot-flickr-cc)
(photo swanksalot-flickr-cc)
Marianne2.fr : Pour vous, le débat sur la diversité masque l'accroissement des inégalités économiques?
Walter Benn Michaels : Oui. Au cours des 30 dernières années, les pays comme la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Canada sont devenus de plus en plus inégalitaires, économiquement parlant. Et plus ils sont devenus inégalitaires, plus ils se sont attachés à la diversité. C'est comme si tout le monde avait senti que le fossé grandissant entre les riches et les pauvres était acceptable du moment qu'une partie des riches sont issus des minorités.

Vous considérez qu'il s'agit d'un écran de fumé et qu'il est délibérément mis en place. Pourquoi et par qui?
Non, il n'y a pas de complot ici. Je pense que les gens se sont de plus en plus attachés à un modèle libéral de justice, dans lequel la discrimination — racisme, sexisme, homophobie, etc. — est le pire de tous les maux. Si ça marche, c'est à la fois parce que c'est vrai — la discrimination est évidemment une mauvaise chose — et parce que ça ne mange pas de pain— le capitalisme n'a pas besoin de la discrimination. Ce dont le capitalisme a besoin, c'est de l'exploitation.

Vous expliquez que la diversité ne réduit pas les inégalités, mais permet seulement de les gérer. Que voulez-vous dire?
Eh bien, il est évident que la diversité ne réduit pas les inégalités économiques. Si vous prenez les 10% de gens les plus riches (ceux qui ont en fait tiré le plus de bénéfices de l'explosion néolibérale des inégalités) et que vous vous assurez qu'une proportion correcte d'entre eux sont noirs, musulmans, femmes ou gays, vous n'avez pas généré plus d'égalité sociale. Vous avez juste créé une société dans laquelle ceux qui tirent avantage des inégalités ne sont  pas tous de la même couleur ou du même sexe.
Les avantages en termes de gouvernance sont assez évidents, eux aussi. L'objectif du néolibéralisme, c'est un monde où les riches peuvent regarder les pauvres et leur affirmer (à raison) que personne n'est victime de discrimination, leur affirmer (tout autant à raison) que leurs identités sont respectées. Il ne s'agit pas, bien sûr, de les rendre moins pauvres, mais de leur faire sentir que leur pauvreté n'est pas injuste.

Vous allez même plus loin puisque vous expliquez que le combat pour la diversité a partie liée avec une logique néolibérale. Pourtant il a existé des convergences, que vous évoquez dans le livre, entre luttes économiques et revendications portées par des minorités. Pourquoi ces convergences ont-elles disparu aujourd'hui?
La convergence que vous évoquez entre la lutte contre la discrimination et le combat contre l'exploitation n'était qu'une convergence temporaire. Ainsi, par exemple, aux Etats-Unis, les Noirs radicaux se sont battus à la fois contre le racisme et le capitalisme. Des gens comme le Black Panther Bobby Seale ont toujours estimé qu'on ne peut pas combattre le capitalisme par le capitalisme noir, mais par le socialisme. Mais avec l'ère du marché triomphant débutée sous Reagan et Thatcher, l'antiracisme s'est déconnecté de l'anticapitalisme et la célébration de la diversité a commencé. Bien entendu, il n'y a rien d'anticapitaliste dans la diversité. Au contraire, tous les PDG américains ont déjà eu l'occasion de vérifier ce que le patron de Pepsi a déclaré dans le New York Times il y a peu: « La diversité permet à notre entreprise d'enrichir les actionnaires ».
De fait, l'antiracisme est devenu essentiel au capitalisme contemporain. Imaginez que vous cherchiez quelqu'un pour prendre la tête du service des ventes de votre entreprise et que vous deviez choisir entre un hétéro blanc et une lesbienne noire. Imaginez aussi que la lesbienne noire est plus compétente que l'hétéro blanc. Eh bien le racisme, le sexisme et l'homophobie vous souffleront de choisir l'hétéro blanc tandis que le capitalisme vous dictera de prendre la femme noire. Tout cela pour vous dire que même si certains capitalistes peuvent être racistes, sexistes et homophobes, le capitalisme lui-même ne l'est pas. Si dans les années 60 les Black Panthers pensaient qu'on ne pouvait pas combattre le capitalisme par le capitalisme noir, aujourd'hui, dans la crise économique actuelle, des gens comme Yazid Sabeg espèrent qu'on peut sauver le capitalisme grâce au capitalisme « black-blanc-beur ».

Vous ne semblez pas être un fervent partisan de la politique de discrimination positive telle qu'elle est menée actuellement aux Etats-Unis. Que préconiseriez-vous afin de rendre moins inégalitaire le système éducatif américain ?
Ces quarante dernières années, les étudiants des universités américaines ont changé, et de deux façons. Premièrement, ils se sont beaucoup diversifiés. Deuxièmement, ils sont toujours plus riches. Cela signifie qu'alors que les universités américaines se sont autoproclamées de plus en plus ouvertes (à la diversité), elles se sont en réalité de plus en plus fermées. Ça ne veut pas seulement dire que les jeunes issus de milieux modestes ont du mal à payer leur scolarité, ça signifie aussi qu'ils ont reçu un enseignement si bas de gamme dans le primaire et le secondaire qu'ils n'arrivent pas à passer les examens d'entrée à l'université.
Donc, la première chose à faire lorsqu'on décide de mettre en place une politique de discrimination positive, c'est de le faire par classes et non par races. La seconde — mais de loin la plus importante — chose à faire serait de commencer à réduire les inégalités du système éducatif américain dès le primaire. Tant que ça ne sera pas fait, les meilleurs universités américaines continueront à être réservées aux enfants de l'élite comme le sont, pour l'essentiel, les meilleures grandes écoles françaises. Même si, bien sûr, vos grandes écoles ainsi que vos universités les plus sélectives, puisqu'elles sont gratuites ou bien moins chères que leurs homologues américaines, apportent un avantage supplémentaire aux riches — c'est une redistribution des richesses, mais à l’envers.

Barack Obama est présenté, en France, comme un produit de la discrimination positive. Comment interprétez-vous sa victoire électorale et l'engouement qu'elle a pu susciter ?
Sa victoire, c'est le triomphe totale de l'idéologie néolibérale aux Etats-Unis, le triomphe de la diversité et en même temps celui des marchés. Ce n'est pas un hasard si des économistes démocrates conservateurs comme Larry Summers ou Tim Geithner sont ses conseillers les plus proches. Si ce que vous voulez, c'est sauver le système économique néolibéral de la crise, c'est une bonne chose. Nous savons tous que l'administration Bush était trop distraite par ses lubies impérialistes du XXe siècle pour s'apercevoir  que Wall Street avait plus besoin d'aide que l'Irak. Obama ne fera pas cette erreur. Mais si vous voulez que le système change fondamentalement, ne comptez pas sur les Démocrates. Du point de vue de la justice économique, Obama, c'est juste un Sarkozy noir. Bien sûr, ce n'est pas un problème pour Sarkozy, mais c'est un problème pour tous les gens qui se disent de gauche, qui aiment Obama et pensent que l'engagement dans la diversité dont il est le produit va également produire une société plus égalitaire.
Le thème central de La diversité contre l'égalité, c'est qu'ils se trompent ; la diversité est au service du néolibéralisme, et non son ennemie. Ce n'est pas une adresse à Sarkozy — il sait déjà qu'une élite diversifiée est une élite plus heureuse, plus autosatisfaite. Cela s'adresse à la gauche, à ceux qui préfèrent s'opposer au néolibéralisme, plutôt que l'améliorer.



Samedi 21 Février 2009 - 13:42
Bénédicte Charles

Sarkozy recule en semant des billets

Sarkozy recule en semant des billets

94° semaine de Sarkofrance. La crise a provoqué une grave défaite idéologique du Président et de son programme électoral. Sarkozy navigue à vue, et surtout à l'esbrouffe, sans vraie cohérence.



Sarkozy recule en semant des billets


La crise économique a sonné le glas du programme présidentiel. Chaque semaine, le président français est contraint au recul : des manifestations bruyantes à chacun de ses déplacements, des ministres ou secrétaires d'Etat désavoués et épuisés, une protestation qui s'étend. La machine sarkozyste s'enraye. Cette semaine encore, Nicolas Sarkozy

Deux secrétaires d'Etat ont cédé ces derniers jours. Yves Jego a dû se réfugier en France, abandonnant la négociation en Outre-Mer à deux médiateurs imposés par le Premier Ministre. Après la Guadeloupe, la Martinique, voici la Réunion et la Guyane qui se joignent au mouvement. Yves Jego a avoué se sentir inutile. Chaque jour de silence présidentiel qui passe a aggrévé la situation. Jeudi, la secrétaire d'Etat à l'Enseignement Supérieur a prévenu : Valérie Pécresse a annoncé «un nouveau texte dans les semaines qui viennent» sur le statut des enseignants-chercheurs. Même Brice Hortefeux a calmé le jeu: il a garanti au Planning Familial le maintien de ses crédits jusqu'en 2011. Nicolas Sarkozy lui a résisté jusqu'au bout. La Guadeloupe attendra. même le mort dans la nuit de mardi à mercredi n'y a rien changé. Mercredi, il ne s'exprimait que sur les protestions sociales, pour concéder un recul minimaliste : «La justice, ce doit être une priorité en ce moment».

Sarkozy_fasciste_sinistre.jpgLe président a ainsi fait semblant de conserver la main. Il a préparé son dossier, finalisé ses mesures, mis en boîte une intervention télévisée qui fut diffusée aussitôt les organisations syndicales parties de l'Elysée. On avait mal compris l'expression présidentielle du 5 février dernier: «je mets sur la table.» On croyait qu'il y aurait débat. Finalement non. Le président a certes avalé une couleuvre, il a posé un genou à terre, c'est bien suffisant. Voici donc 2,6 milliards d'euros de «relance par la consommation», cette fameuse relance, calibrée a minima, que Nicolas Sarkozy ne voulait pas actionner : suppression des deux tiers restants de l'impôt sur le revenu restant à acquitter pour 4 millions de foyers, crédit d'impôt pour 2 millions d'autres, 300 millions d'euros de bons d'achats de services à domicile pour des ménages ciblés et modestes, une prime immédiate de 500 euros pour les nouveaux chômeurs de moins de 4 mois, une augmentation ponctuelle de 150 euros de l'allocation de rentrée scolaire, etc.

Puis, jeudi, le chef de l'Etat a tenté d'effacer un mois de silence présidentiel sur les «évènements»de Guadeloupe: encore une enveloppe, 580 millions d'euros cette fois, qui masque un vrai recul: l'Etat financera bien une hausse de salaire de 200 euros environ. Sarkozy ne lâche pas le mot. Il préfère parler de «prime déchargée» de cotisations sociales» pendant 2 ans. Et il promet de venir sur place, pour inaugurer des «états généraux» de l'Outre-Mer. Mais les DOM sont comme l'environnement, ils ont moins besoin d'un Grenelle que d'actions concrètes. Jeudi encore, il lâchait une promesse de 300 millions d'euros d'aide aux agriculteurs.

In fine, le déficit budgétaire de la France devrait frôler les 90 milliards d'euros en 2009, un record historique. La Commission Européenne enclenché mercredi une procédure pour déficits excessifs contre la France, mais aussi l'Espagne, la Grèce, l'Irlande, la Lettonie et Malte. Pour un pays qui sort d'une présidence européenne comme la Sarkofrance, ça fait désordre, non ? Paris répond qu'il faut bien relancer l'économie...

Sarkozy_FascisteIndex3.jpgMais la justice sociale peut attendre
Au-delà de ses annonces en cascades, le chef de l'Etat n'a en fait cédé sur rien d'essentiel. Il répète à l'envie qu'il comprend les souffrances, qu'il connaît les difficultés. Mais il ne cède pas sur le fonds.

Premièrement
, le monarque a prévenu : «les réformes doivent continuer», et notamment celles de l'hôpital, des lycées, des universités, de la formation professionnelle. Pas touche au bouclier fiscal, aux défiscalisations d'heures supplémentaires, aux offres raisonnables d'emploi, à la suppression progressive des pré-retraites, et aux franchises médicales.... Cette semaine, l'assemblée nationale a d'ailleurs adopté la loi «libérale» de Christine Boutin sur le logement, aussitôt dénoncée par le DAL. Médecins, enseignants, chercheurs, fonctionnaires, retraités, salariés du privé, vous pouvez maintenir votre rendez-vous social du 19 mars prochain !

Deuxièmement
, les engagements de «cogestion» avec les organisations syndicales sont surtout des vœux pieux: Sarkozy demande simplement aux partenaires sociaux de mettre à l'ordre du jour de leurs discussions du second semestre la gouvernance d'entreprise, la réforme des élections prudhommales et l'égalité homme-femme. Lui qui est prêt à réformer «le système financier international» n'ose pas s'aventurer dans les coulisses des entreprises du pays...

Troisièmement
, on dirait que Sarkozy fait semblant de menacer les grandes entreprises, les banques ou leurs dirigeants. A chaque excès un peu trop voyant, il pousse un cri mais s'en remet à leur bonne volonté tantôt du Medef tantôt des actionnaires. Cette fois-ci, il a «invité» les banques à faire preuve de clémence créancières contre les nouveaux chômeurs. Mais le jour même, ce funeste 18 février, deux d'entre elles annoncent des dividendes confortables pour leurs actionnaires. D'ailleurs, Sarkozy n'a rien dit des quelques 6 milliards d'euros de dividendes que l'Etat devrait toucher des entreprises publiques dont il est actionnaire ? Pareillement, il s'en remet aux partenaires sociaux pour négocier l'indemnisation à 75% du chômage partiel.

Quatrièmement
, Sarkozy sape le système fiscal français : en exonérant (partiellement) d'impôt sur les revenus 4 à 6 millions de ménages modestes, il s'attaque à l'impôt le plus redistributif du pays, et évite de parler ... du bouclier fiscal ou de la TVA. Qui a noté que cette mesure coûtera 800 millions d'euros, soit exactement les estimations de remboursement d'impôts au titre du bouclier fiscal pour l'année 2008 ?

Sarkozy_inquietant_GP.jpgIl n'avoue pas son échec idéologique
Elu sur le fameux thème «travailler plus pour gagner plus», Nicolas Sarkozy avait déjà battu retraite il y a un an, un jour de janvier 2008 quand il avouait devant des journalistes souriants que «les caisses étaient vides». Sa loi «Tepa», son «pâté» fiscal, a cumulé toutes les aberrations et les injustices du moment : en défiscalisant les heures supplémentaires, il flingua l'intérim et aggrava la crise de l'emploi plus tôt que chez nos voisins européens. En défiscalisant les intérêts d'emprunt immobilier, il prolongea un peu plus la bulle immobilière avant son effondrement en septembre dernier. En protégeant les plus riches d'un aimable bouclier fiscal abaissé à 50% des revenus annuels, il acheva le mythe d'une révolution conservatrice équitable. Quand la crise «mondiale» frappa les esprits et les bourses, le monarque capitula. Place à la relance «par l'investissement», exit le travail et les travailleurs ! Face à la crise, Sarkozy ne voulait aider que les employeurs et le capital. A l'automne, il tentait de faire bonne figure à l'étranger. Mais la présidence européenne terminée, le roi se retrouve nu comme un vers.

Il ne tire pas les leçons de l'étranger
Il n'y a qu'à observer nos voisins occidentaux pour mesurer les limites de l'action de Nicolas Sarkozy. Primo, le chef de l'Etat a raison de rappeler que la situation française est plus enviable que celles des pays anglo-saxons. Mais il n'y est pour rien. La France conserve quelques filets sociaux que Sarkozy parvenu au pouvoir s'empressait de vouloir détruire au prétexte que «l'Etat est devenu trop lourd."» Secundo, certains de nos voisins ont montré un activisme plus fort et plus déterminé. Aux Etats Unis, Barack Obama vient d'annoncer un plan de 75 milliards d'euros pour venir en aide à 7 À 9 millions de propriétaires américains menacés de saisie de leur logement. Ramené au PIB français (un septième du PIB américain), un tel plan se chiffrerait à 8 à 10 milliards d'euros en France !! Au lieu de quoi, Nicolas Sarkozy se contente «d'inviter» les banques à modérer leurs échéances de remboursement vis-à-vis des foyers frappés de chômage partiel.... Quand on découvre que la BNP et la Société Générale verseront respectivement 900 millions et 700 millions de dividendes à leurs actionnaires contrairement aux annonces présidentielles du 18 février, on mesure mieux combien le chef de l'Etat est entendu... Autre exemple, la lutte contre les paradis fiscaux. Gordon Brown entend attaquer directement les évasions fiscales individuelles vers la Suisse. Nicolas Sarkozy n'a jamais eu cette audace. Il préfère rester flou.

La presse étrangère ne s'y trompe pas. Un éditorialiste du Temps, le quotidien suisse, raille la récente exigence protocolaire du Monarque de figurer à la droite du secrétaire général de l'OTAN en avril prochain pour le 60ème anniversaire de l'organisation atlantique. En Allemagne, Die Zeit pense que Sarkozy doit «se réinventer» dans un pays devenu « ingouvernable». Le britannique Financial Times juge que «l'UMP est hantée par les révoltes sociales de Mai 1968 et les mobilisations sociales de grande ampleur qui ont paralysé le gouvernement de centre-droit en 1995 et 2006».

sarkozy15defrancexv2.jpgIl n'a plus le sens de la mesure
Finalement, Nicolas Sarkozy semble surtout perdre le sens de la mesure. Tous les jours, une anecdote plus ou moins significative révèle que le chef de l'Etat pense à ses proches et alliés, ou à lui même, davantage qu'au pays. Pensez aux symboles de la semaine : la défense d'un ministre ancien consultant pour des dictatures africaines, une grâce pour un ancien fidèle coupable de trafic d'armes, un parachute parlementaire pour le nouveau patron de l'UMP, une augmentation salariale pour un débauché de l'ouverture ; un week-end au ski à Mégève quand la Guadeloupe brûle. Voici «le seul chemin qui vaille», «celui de l'effort, de la justice, du refus de la facilité.» Jeudi 19 février, quand Nicolas Sarkozy s'est déplacé dans un petit village de Maine-et-Loire de 1600 habitants, pour parler d'agriculture, il était accompagné de ... 700 policiers et gendarmes venant du Raid, du GIGN, de l'habituel le GSPR (Groupe de Sécurité du Président de la République), de 4 escadrons de gendarmes mobiles, et des CRS. Quel est donc l'enjeu de s'afficher ainsi sur le «terrain» ?

Cet homme-là a-t-il encore le sens de la mesure ?


Dimanche 22 Février 2009 - 07:00
Juan

Rêve général se dévoile...

Rêve général se dévoile...

Leur autocollant - Rêve général - trainait un peu partout mais on ne savait pas qui c'était. AUjourd'hui le CNR s'est dévoilé et prépare la mobilsiation du 19 mars



L'auotocollant qui a fait fureur le 29 janvier
L'auotocollant qui a fait fureur le 29 janvier

 

Leur dernier site avait déjà créé le buzz avant le 29 janvier dernier, les membres du Conseil national de la Résistance ;) lancent un nouveau site pour centraliser les informations sur le 19 mars.

Lancement du site de la grève générale : 19mars2009.fr

Le Conseil national de la Résistance ;-) persiste et signe. Après avoir ouvert le site du 29 janvier 2009 pour concentrer les informations sur la grève générale, le collectif lance celui du 19 mars avec le même principe et les mêmes ambitions, permettre la convergence des luttes contre les réformes du gouvernement Sarkozy. En parallèle, le CnR ;-) organise les Etats Généraux 2009 pour rassembler les doléances des citoyens.

Leur dernier site avait déjà créé le buzz avant le 29 janvier dernier, les membres du Conseil national de la Résistance ;) lancent un nouveau site pour centraliser les informations sur le 19 mars.

19 mars grève générale

www.19mars2009.fr


Collectif informel créé en juillet dernier pour combattre l’inertie des syndicats face à la politique destructrictrice du gouvernement Sarkozy, le CnR smiley regroupe des citoyens de tous les horizons politiques et sociaux. Parfois déjà militants dans des organisations politiques ou syndicales, parfois non-encartés mais engagés dans les luttes, ils se sont unis et ont lancé un appel à la grève générale pour le 10 novembre 2008.
Voir : qui sommes-nous ? sur le site du CnR smiley.

Le 10 novembre 2008 n’est pas concluant, mais permet au collectif de se structurer en faisant ses premières armes. Des groupes locaux se créent partout en France, des liens se tissent avec des associations et d’autres organisations se considérant "en résistance". L’expérience va servir pour les combats qui s’annoncent nombreux en 2009.

La date est tombée, la grève inter-professionnelle est programmée pour le jeudi 29 janvier. Dans la foulée, un site est créé : www.29janvier2009.fr . Il connaît un succès rapide, puisqu’il répertorie mieux que n’importe quel site, toutes les informations sur la grève. Chaque jour, des communiqués tombent, du matériel arrive, des commentaires se déversent. La presse s’en fait l’écho, tels BFM TV dans un sujet sur "la grève préparée sur internet" ou Marianne2.fr . C’est le symbole d’une grève qui dépasse les syndicats, c’est le symbole d’une grève politique contre un président impopulaire et ses réformes. La grève générale connaît le réussite que l’on sait ; malgré sa non-reconduction, le collectif ne lâche rien.

Les syndicats se réunissent de nouveau le 9 février et fixent une nouvelle date de mobilisation pour le 19 mars. C’est loin mais l’unité est sauvée. Entre temps, seuls cinq syndicats sur huit se rendront au ministère le 18 février pour obtenir d’hypothétiques satisfactions sur les revendications. La pression monte pendant ce temps face à Sarkozy, la Guadeloupe, la Martinique et bientôt la Guyane connaissent un mouvement de grève générale. Le monde universitaire avec le renfort des lycéens sort tous les jours dans la rue. Les esprits s’échauffent, la reconduction est possible en métrôpole aussi.

Le collectif crée le site du 19 mars : www.19mars2009.fr. Il participe en parallèle à l’Appel des Appels, initiative permettant la convergence des luttes, sans traduction par des actions concrêtes pour le moment. Il lance en parallèle le projet des Etats Généraux 2009, pour rassembler toutes les revendications et doléances des citoyens et secteurs en lutte. Ils auront lieu du 1er au 8 mai 2009 et les doléances sont rassemblées dès maintenant.

Le Conseil national de la Résistance du XXIème siècle n’est pas à cours d’idée pour lutter contre les réformes libérales qui portent atteintes à notre modèle social hérité du programme du CNR de 1944. Une chose est sûre, il sait tirer profit des avantages d’internet pour organiser la contestation.

20/02/2009

Le défi jeté à Obama

11 février 2009
Le défi jeté à Obama
Webcast de Lyndon LaRouche

Biographie

Originaire d'une famille quaker, LaRouche entre en politique comme militant trotskyste opposé à la chasse aux sorcières sous Joseph McCarthy ; au début des années 80, il découvre la pensée économique du « système américain » (Alexander Hamilton, Henry Carey, Mathew Carey et Friedrich List) sur le libéralisme et le marxisme.

Il se présente comme spécialiste de «l'économie physique» (qu'il retrace de Gottfried Wilhelm von Leibniz et Jean-Baptiste Colbert jusqu'aux pères fondateurs américains), bien qu'il n'ait aucun diplôme en économie. LaRouche fut parmi ceux qui anticipèrent la décision de Nixon, le 15 août 1971, de suspendre la convertibilité du dollar avec l'or, et prédit une catastrophe financière mondiale à très court terme depuis ce moment.

Après avoir tenté de créer un « troisième parti » (l'US Labor Party), dont il sera le candidat en 1976, il se porte candidat à chaque investiture démocrate : 1980, 1984, 1988, 1992, 1996, 2000, 2004 ; il n'obtient jamais un seul délégué (en 1996, il reçoit assez de voix en Louisiane pour en avoir deux, mais n'est pas reconnu par le parti Démocrate, puis est débouté en justice).

En décembre 1988, le tribunal d'Alexandrie (Virginie) condamne LaRouche à 15 ans de prison pour « fraude postale » et « conspiration en vue de commettre une fraude fiscale », après qu'il s'est défaussé du remboursement de 30 millions de dollars empruntés à ses soutiens lors de la campagne présidentielle. Il continue cependant ses activités politiques pendant son incarcération, dont sa candidature présidentielle en 1992. Il est libéré sur parole en 1994.

En 1999, il est à l'origine d'un mouvement de jeunes, le Larouche Youth Movement (LYM), qui permet de renouveler ses partisans avec des adhérents de 18 à 25 ans.

lyn_mlk_DVDAd.jpgLaRouche se dit « dans le droit fil du Mouvement des droits civiques de Martin Luther King et dans la tradition du New Deal de Franklin Delano Roosevelt et de Harry Hopkins ». Après la convention de Boston en 2004, il donne son soutien au candidat démocrate John Kerry, désigné par le parti.

Pendant le premier mandat de Ronald Reagan, LaRouche prétend être à l'origine de l'Initiative de défense stratégique, qu'il défend comme une alternative à la doctrine folle de la Destruction mutuelle assurée (Mutual Assured Destruction ou MAD). Il prétend également avoir été chargé par le gouvernement américain de négociations non-officielles avec l'URSS sur ce sujet délicat. Des officiers américains comme le Général Daniel O. Graham ont démenti explicitement ces allégations.

Thèses politiques

LaRouche dénonce la dérégulation grandissante du système monétaire international ; selon lui, la mondialisation met en place une « dictature prédatrice de spéculateurs » à l'image de l'internationale synarchiste qui serait à l'origine des mouvements fascistes des années 20.

Lyndon Larouche s'attaque régulièrement à ce qu'il appelle l'Empire britannique en général et en particulier à la reine d'Angleterre. Il soutient que la Grande-Bretagne, malgré sa décolonisation apparente, n'a jamais renoncé à l'impérialisme. Il a prétendu que la Reine est "la force derrière les barons de la drogue en Colombie, qui diffusent l'héroïne et la cocaïne partout dans le monde" en continuation de la politique de la reine Victoria depuis au moins la guerre de l'opium de 1839. Il affirme que la Maison de Windsor est impliquée dans des projets "plus vastes et plus maléfiques que tous ceux dont on connaît l'existence, et qui ont été mis en oeuvre ou imaginés par l'équipe de Hitler". Il a aussi prétendu que la monarchie a organisé la mort de la Princesse Diana. Il déclare aussi que l'arrivée d'Hitler et de Mussolini au pouvoir se sont fait avec l'approbation de la Grande-Bretagne.

triple-courbe.jpgIl pense que depuis le rapport Kissinger de 1965, où il était déclaré que l'Afrique avait déjà une population trop nombreuse et qu'elle ne devait pas se développer au risque de consommer toutes les ressources disponibles pour les pays développés, les États-Unis ont tout fait pour empêcher le Tiers-monde en général de se développer économiquement et a même encouragé des politiques génocidaires en Afrique.

Au sujet des guerres balkaniques des années 90, il déclare que les empires ont toujours sauvegardé leur prééminence en faisant éclater des conflits partout où ils le pouvaient, sans avoir l'intention le moins du monde de mener une guerre à terme ou même de la gagner. Dans la foulée, il juge très sévèrement le rôle de Madeleine Albright dans le conflit.

Larouche s'attaque à l'influence grandissante des jeux vidéos, surtout ceux basés sur la violence, sur la psyché des masses et des jeunes en particulier; il les voit comme des réducteurs de la créativité humaine.

Il ne croit pas à l'origine anthropique du réchauffement climatique mais soutient que c'est un surplus d'activité solaire qui en est la cause.

Doctrine économique

LaRouche défend un « nouvel ordre économique mondial » fondé sur une réorganisation de fond en comble du système financier international actuel. De pair avec un « Nouveau Bretton Woods », LaRouche milite pour un retour à une politique volontariste, inspiré par le New Deal voulu par Franklin Delano Roosevel et par la planification à la française : grands travaux (eau, énergie, transports, espace, santé, recherche) : transferts de technologies avancées pour le développement des pays du Sud, éducation, services publics et sécurité sociale.

Dans son schéma de « triple courbe », LaRouche indique le gouffre grandissant entre accroissement de la masse monétaire (M3), explosion des valeurs de la bulle spéculative (agrégats financiers) d'une part, et effondrement de la production de biens physiques d'autre part. Selon lui, pour entretenir ce schéma, le système doit recourir à l'austérité sociale. En finale, une politique de ce type, si elle n'est pas renversée, conduirait le monde vers la dépression, la crise, la guerre et la chute.

LaRouche explique que les États-Unis doivent se réformer d'abord puis convaincre la Russie, l'Inde et la Chine d'entrer dans ce nouvel ordre économique. Ainsi seulement l'économie mondiale actuelle, qui serait dominée par un conglomérat entrepreneurial anglo-hollandais basé à Londres, pourra contrebalancer leur influence

Cooper3_agrandie.gifLarouche défend le développement économique de toute l'humanité et de chaque nation qui la compose. Il défend en particulier l'Inde et son droit à développer sa propre énergie nucléaire civile basée sur le cycle du thorium et non plus l'uranium qu'elle ne produit pas. Il prétend aussi que les États-Unis font tout pour barrer la route à l'Inde sur cette voie.

Aux États-Unis, il s'oppose catégoriquement à l'expulsion des propriétaires de biens immobiliers de leur propre maison suite à l'augmentation de leur taux hypothécaire les mettant dans l'insolvabilité, car il dit que ce n'est pas leur faute mais celle du système qu'il faut réguler. Il propose d'ailleurs de mettre les gens concernés sous "protection fédérale de banqueroute"

Sans aller jusqu'à défendre le prêt sans intérêt, il pense que l'économie mondiale ne peut soutenir des taux d'intérêts du crédit de plus d'1% ou 2% sans aller vers l'anéantissement. Il s'oppose à toute augmentation de ces taux en dehors du cadre de l'intervention étatique

11:30 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : obama, economie, larouche

Masterisation et dependances

Master ou fabrique de bouche-trous ?

Jean-Paul Brighelli, Professeur agrégé de Lettres et auteur de «La Fabrique des crétins», revient sur la réforme des concours d'enseignement dont le recrutement serait envisagé à partir du niveau master. Si l'annonce était maladroite, l'idée est-elle si mauvaise? Apparemment oui.

891820-1053517.jpgDans cette histoire de mastérisation, quelque chose m’échappe. Et, visiblement, échappe aussi au ministère, tout étonné de la résistance à son décret, et au refus de la quasi-totalité des universités de faire remonter, avant la date butoir du 15 février, les maquettes requises de ces « master pro ». Tout confus aussi d’avoir ainsi fourni aux enseignants et aux étudiants un excellent prétexte à l’unanimité dans la protestation.

Tout cela au moment où Valérie Pécresse, avec une absence sidérante de psychologie, sort de sa poche un décret sur les enseignants-chercheurs qui ne pouvait manquer d’attiser le mécontentement latent — qui monte, qui monte… La mastérisation potentialise un mouvement qu’on aurait pu, avec un peu de mauvaise foi, faire passer pour une protestation corporatiste. Et voici, grâce à la mastérisation, les enseignants promus défenseurs des étudiants, qui vont faire chorus. Carton plein.

Une conseillère à la Cour des Comptes, Claire Bazy-Malaurie, est aujourd’hui chargée d’aménager ledit décret. Les syndicats, qui sentent le bon bout et l’odeur de la poudre, refusent de la rencontrer — « pourquoi une médiatrice, et pourquoi pas la ministre elle-même ? » disent-ils au soir d’une manifestation réussie. La situation se bloque. Les députés ovationnent Pécresse. Ça va finir par se jouer dans la rue.

Foutoir et foutaises. "C'est déjà l'odeur de 68 que l'on renifle dans les universités", disait hier Axel Kahn. "Ça démarre doucement, puis ça monte…"

 

Suggérer que les concours de recrutement se passent désormais au niveau Master, pourquoi pas ? La valeur marchande de la Licence, qui était jusque là le diplôme requis, a tellement baissé, ces dernières années, du fait de cette « inflation scolaire » dont parle si bien Marie Duru-Bellat (1), qu’il est nécessaire à la fois d’entériner cette dévaluation et de revaloriser le cursus. Lorsqu’un conseiller du ministre, tongue in cheek comme on dit outre-Manche, a déclaré en juin dernier aux membres (inquiets) du jury du CAPES d’Histoire-Géographie que les candidats avaient déjà été testés sur leurs aptitudes disciplinaires, puisqu’ils avaient une Licence, c’était de l’humour à froid. Il sait bien, comme nous tous, que nombre de Licenciés ne le sont que parce que les facs veulent garder quelques étudiants en quatrième année — et les subventions qui vont avec. Déjà qu’ils en perdent 50% dès la fin de la première année, grâce au décalage violent entre le niveau requis et celui des néo-titulaires d’un Bac qui ne vaut plus tripette…

La préparation, en quatrième année, d’épreuves sérieuses était tout de même une (petite) garantie que les postulants aux concours de recrutement maîtriseraient au moins une partie de ce qu’il est nécessaire de connaître pour être prof — nous savons tous que Pédagogie sans Savoir, c’est lettre morte et emplâtre sur jambe coupée.

 

Mais voilà : les « Master pro » sont, d’un côté, la roue de secours des pédagos, un instant malmenés par l’intégration / dissolution des IUFM dans les universités, et, d’un autre côté, généreront des « reçus-collés », comme l’analysait dès le mois d’octobre notre ami Pedro Cordoba, qui fourniront aux Recteurs, toujours en quête de bouche-trous, un volant d’auxiliaires taillables et corvéables à merci.

Tout cela n’est pas bien sérieux. Que vont devenir les étudiants qui n’entreront pas dans ces Masters ? Qu’apprendront-ils, si ces Masters sont principalement dirigés, comme il en a été tout de suite question, par des spécialistes des pseudo-sciences de l’Education ?

 

pecresse-2.jpgIl est de toute urgence de décréter, comme le Ministère en avait d’abord eu l’intention (faut-il que le lobby pédago soit puissant, rue de Grenelle !) que tout master permettra l’inscription aux concours — comme aujourd’hui toute Licence. Cela permettra de conserver les filières actuelles, sans avoir besoin de construire un nouveau tuyau dans l’usine à gaz. De conserver aux enseignants des disciplines la maîtrise de leur discipline. Et d’autoriser les étudiants à se consacrer à la spécialité pour laquelle ils sont entrés en fac, souvent sans trop savoir où elle les mènerait, et qui se tournent vers les métiers de l’enseignement après avoir découvert ce qu’il en était vraiment des Lettres ou des Mathématiques — ce n’est pas en collège ou en lycée qu’ils pouvaient en avoir une idée !

Il ne restera plus qu'à redéfinir les stages des futurs enseignants. Je suggère très fort au ministre, comme je l'ai déjà fait dans Fin de récré, 'en revenir au système qui l'a fait lui-même prof : la résurrection des défunts CPR, sacrifiés sur l'autel des sciences de l'Education. C'est dans une combinaison d'artisanat et de compagnonnage qu'on peut au mieux apprendre les rudiments d'un métier difficile, qu'on ne maîtrise jamais à fond  et certainement pas en suivant, hors les murs des lycées ou des collèges, les cours de gens qui se sont spécialisés en Pédagogie de façon à ne plus être devant de vrais élèves.

Quant à la situation des enseignants-chercheurs… Un décret général jette les bébés (les vrais chercheurs) avec l’eau sale. Et bousille la Recherche, aujourd’hui en danger, sans pour autant relancer l’acquisition des savoirs fondamentaux. Peut-être faut-il laisser jouer à plein les possibilités d’autonomie de la loi LRU : quand chaque fac aura défini son rapport recherche / enseignement, il se dégagera forcément, à terme, une capacité différentielle des universités que les futurs étudiants apprécieront avant de s’y inscrire, et en toute connaissance de cause.

 

Jean-Paul Brighelli

«Mieux vaut taxer les traders que leur faire la morale!»

«Mieux vaut taxer les traders que leur faire la morale!»

Olivier Godechot est chercheur en sociologie à l’EHESS. Auteur de deux livres sur l’univers des traders et de nombreux articles de recherche, il commente pour Marianne2.fr la publication d'un texte sur la rémunération des professionnels des marchés financiers.



(photo : ArtemFinland - Flickr - cc)
(photo : ArtemFinland - Flickr - cc)
Marianne2.fr : La Fédération Bancaire Française a publié un texte sur la rémunération des professionnels des marchés financiers. Des mots prudes pour parler de l’encadrement des bonus des traders. Les banques françaises ont annoncé vouloir faire de ce document l’alpha et l’omega de leur politique de rémunération de leur traders. Qu’apporte ce texte, selon vous ?
Olivier Godechot : À mon sens, ce texte n’est ni une révolution, ni même une réforme mais plutôt une entreprise de codification pour généraliser des pratiques qui sont déjà à l’œuvre dans de nombreux établissements. Par exemple, les bonus différés en fonction des résultats sont déjà en train d’être instaurés chez UBS ou Morgan Stanley. Il s’agit en réalité de donner un vernis de volontarisme gouvernemental à des évolutions qui sont en train d’être adoptées par le secteur. Ce texte relève davantage de la soft law, autrement dit de la réglementation de faible intensité, que de l’instauration de nouvelles règles contraignantes. Ces préceptes servent de guide, éventuellement d’éléments de coordination, et en cela c’est mieux que rien, mais ils n’ont pas d’aspect véritablement impératif.

Donc rien ne change ?
O.G. : Certains des principes sur lequel le document insiste sont déjà adoptés depuis plusieurs années. Ainsi  l’introduction de la notion de « coût complet » des opérations financières, c'est-à-dire qui intègre les frais indirects, le coût du risque, le coût du capital. L’idée est d’indexer les bonus des opérateurs financiers sur un flux de revenu qui tienne compte de tous ces éléments et non seulement des performances ponctuelles. Le fait d’étaler les bonus sur plusieurs années et de conditionner le versement de ceux-ci à la pérennité des résultats étaient largement en cours d’adoption lors de la rédaction du rapport.

trader.1227602468.jpgEn revanche, certains principes sont plus nouveaux. Le texte propose ainsi de bannir les bonus garantis tout en ménageant malgré tout de nombreuses exceptions :  recrutement, protection contre les débauchages… Dans le contexte actuel d’un marché du travail anémique dans la finance, le suivi de ce principe ne sera pas trop contraignant. La question se posera plus lors d’une éventuelle reprise.  

Ensuite, il est affirmé que la rémunération des fonctions support et de contrôle des risques doit être à la fois revalorisée par rapport aux traders qui sont en relation directe avec les clients et être rendue indépendante par rapport à eux. Voilà un vrai changement. Dans les années passées, les bonus de ceux qui évaluent le risque (la fonction dite « suppports ») étaient strictement proportionnels à ceux gagnés par le « front », c’est-à-dire ceux qui vendent aux clients et prennent des risque, ce qui n’incitait pas les premiers à assurer pleinement le rôle prudentiel. En même temps, les formes de cette politique alternative de rémunération restent étonnamment floues et entrent aussi en contradiction avec la nécessité d’aligner tant la rémunération du front-office et que celle des supports sur les résultats de l’entreprise.

Quels effets peut-on en attendre ?
O.G. : Je voudrais insister sur cette notion de « coût complet ». A priori, on pourrait se dire qu’il n’y a pas de politique plus saine que de faire supporter aux opérateurs financiers les risques que leurs opérations engendrent. Cette analyse est juste dans le cas des produits les plus simples et les plus standards pour lesquels on sait bien mesurer les risques. Mais ça ne l’est pas forcément pour les produits les plus complexes. Les risques sont en effet mal connus et il existe alors plusieurs hypothèses de valorisation. La mesure des risques est in fine négociée entre le « front office » et les services de contrôle des risques. Dans le cadre d’une politique rémunération fondée sur le coût complet, le front office fera pression pour sous estimer la mesure des risques et maximiser son budget de bonus. En finance, il y a pire que de prendre trop de risques, c’est de les sous estimer. C’est peut-être là le drame des subprimes.

Différer les bonus et les conditionner aux résultats aura des effets ambivalents. D’un côté cela rallonge, comme souhaité, l’horizon des traders et diminue la tendance à la prise de risque à court terme. En outre, cela limite le turn-over des salariés et cela freine la spirale inflationniste sur le marché du travail. Mais d’un autre côté, cela risque de formaliser considérablement la distribution des bonus. Celle-ci est en effet discrétionnaire. Elle est décidée par le chef d’équipe qui introduit une certaine mutualisation entre les membres de son desk, laquelle pourrait disparaître dès lors que le bonus est différé et promis sous certaines conditions, qu’il faudra alors écrire, à l’opérateur. Qui plus est on peut craindre que ce processus cloisonne encore plus en interne les métiers de traders par rapport aux autres métiers. Pourquoi bouger, dès lors que votre successeur, peut ruiner votre résultat et vos bonus différés ?

TraderES1903_468x350.jpgQu’aurait-on pu faire d’autre ?
O.G. : Alors qu’il existe une fenêtre idéale pour une véritable régulation, ce code n’est sans doute pas à la hauteur des enjeux. Premièrement, si l’on estime que la politique de rémunération dans la banque peut engendrer un risque global dont le coût est pris en charge par la collectivité, il n’y pas à tergiverser. Il faut que les autorités de régulation surveillent ces risques induits par les rémunérations et que les banques leur communiquent des données détaillées sur la constitution, la ventilation et la distribution des enveloppes de bonus. Enfin dès lors que l’État vient au secours des banques en difficulté et que l’on nous dit que ces difficultés sont des conséquences de la politique de rémunération, il faut que l’État entre dans le capital des banques, et qu’il soit présent au sein des conseils d’administration pour imposer ses options, beaucoup plus impératives…

Plutôt que de fustiger l’immoralité des patrons et des banquiers voyous, plutôt qu’un traitement moral des rémunérations, qui ne mène nulle part, préférons un traitement fiscal. Taxons plus fortement les rémunérations supérieures à un million d’euros. L’élection d’Obama, les velléités d’Angela Merkel ou de Gordon Brown en la matière ouvrent une fenêtre de coordination internationale qui pourrait mettre un terme à la désastreuse politique du moins-disant fiscal.

Dernier livre paru d'Olivier Godechot : « Working rich. Salaires, bonus et appropriation du profit dans l'industrie financière »,  éd. La Découverte.


Jeudi 19 Février 2009 - 18:58
Propos recueillis par Emmanuel Levy

19/02/2009

L'EURO SURVIVRA-T-IL A CES CRISES ?

L'EURO SURVIVRA-T-IL A CES CRISES ?

inflation_euro_record_routiers.jpgAvec la crise économique et les différentes annonces de plans de relance -- dans lesquels seront dépensés des milliards d'euros et de dollars que les pays n'ont pas -- la guerre a tendance à se déplacer sur le terrain des notations et des monnaies des pays. Ces montagnes de dettes qui vont s'accumuler risquent de les fragiliser à un autre niveau, autrement plus important.

Les pays sont de moins en moins solvables
La dégradation des finances publiques autant que les augmentations des déficits budgétaires inquiètent sérieusement les agences de notation. Ces dernières, après leurs terribles négligences sur leur travail d'avant crise, ayant même été accusées d'avoir contribué à l'éclatement des subprimes, se mettent à montrer plus de sévérité.

Standard & Poor's et Moody's dégradent les notes de la dette souveraine de certains pays comme la Grèce passée à A-, l'Espagne passée AA+, le Portugal passé A+ fin janvier. Elles ont des velléités de perspectives négatives sur l'Irlande. Le Royaume-Uni peut malheureusement être amené à suivre cette voie, qui n'a rien de royal.

La prime de risque en cas de défaut de paiement n'en finit plus d'augmenter, et la notation des pays -- qui indique le degré de risque à acheter la dette dudit pays -- de s'abaisser. Pour les agences, acheter la dette souveraine, même de pays réputés fiables, devient de moins en moins sûr ! Premier point : n'achetez plus de bons du Trésor et autres obligations d'Etat, mais achetez de l'or. Au moins, si les Etats ne peuvent plus rembourser, vous serez assis sur un vrai trésor.

euro.h13.gifL'euro risque-t-il d'imploser ?
Deux écoles se font jour à ce sujet. Certains spécialistes, financiers ou économistes, avancent la thèse d'une implosion de l'euro. Comment gérer une Zone euro dont les participants n'ont plus du tout les mêmes taux d'intérêts... avec l'Allemagne à un bout et la Grèce ou l'Espagne à l'autre ? De jour en jour l'écart se creuse, aboutissant à des situations intenables et mettant à jour un véritable risque de faillite de l'état concerné.

En dehors de la Zone euro, mais dans ce même espace européen, s'ajoutent les différents taux de change entre les devises des pays qui ont conservé leur propre monnaie. La couronne suédoise par exemple a baissé de 15% par rapport à l'euro ; la livre sterling pour le Royaume-Uni (tout comme d'ailleurs la livre turque) a chuté de 20% par rapport à l'euro. Or, tous ces pays proposent des produits manufacturés dont la compétitivité s'est mécaniquement améliorée du fait de la dévalorisation de leur monnaie.

Euro.jpgLe risque, c'est d'une part de conduire les pays européens à la déflation (baisse des prix pour pouvoir lutter... puis baisse inévitable des volumes) puis à la dépression. Mais en ce moment même... certains pays réfléchissent sur l'éventualité de quitter la monnaie unique, histoire de dévaluer leur monnaie afin de retrouver une certaine compétitivité. Cela risquerait à coup sûr de mener à une crise politique européenne, si ce n'est l'explosion de l'euro.

De l'autre côté de la lorgnette figure un certain Joachim Almunia, commissaire européen aux affaires économiques qui, pour sa part, pressent au contraire une forte probabilité à l'arrivée du Royaume-Uni, de la Suède et du Danemark au sein de la monnaie unique.

Les mois prochains devraient trancher entre ces deux discours. Moralité en ce qui concerne vos finances : achetez de l'or pendant qu'il est temps. Les devises vont valser.

18:18 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : euro, crise, economie, krash, europe, pays

Sarkozy débordé par la crise sociale!

Sarkozy débordé par la crise sociale!

Par Juan. Il ne l'avait pas prévue. Il ne la maîtrise pas. Pire : il doit céder devant elle. La crise économique, c'est le cauchemar de Sarko.



(Photo 58134-flickr-cc)
(Photo 58134-flickr-cc)

Pour la seconde fois ce mois-ci, Nicolas Sarkozy est intervenu à la télévision. Une grosse dizaine de minutes pour tenter de masquer l'irréparable : le chef de l'Etat est débordé par la crise sociale. Idéologiquement, politiquement, sociologiquement. Il a dû céder sur le fond, mais à aucun moment il n'a voulu reconnaître sa défaite.

Il est 20 heures ...
Sarkozy apparaît à l'écran, costume sombre, chemise blanche, cravate noire. Qui enterre-t-on ce soir ? Il lâche un soupir avant de démarrer son allocution: «Nous sommes au milieu de la crise.» Visiblement, il a des informations que nous n'avons pas. Sarkozy s'abrite derrière une belle excuse, «la France résiste plutôt mieux qu'ailleurs». Il omet de dire qu'il n'a pas eu le temps de détruire, en 19 mois de présidence, tous les filets qui nous protègent encore. Pendant quelques minutes à peine, Sarkozy tente de faire oublier sa capitulation. Il récuse toute «politique de facilité» et pense à «nos p'tites entreprises». Pourquoi faut-il que l'ex-maire de Neuilly avale ses syllabes pour faire «populo» ? Quelques minutes plus tard, il lâche sa première contradiction, en parlant de cette «crise mondiale dont personne ne peut prévoir jusqu'à quand elle durera». On croyait en être à la moitié...

Exercice difficile pour celui qui voulait botter les fesses des fainéants et remettre la France au travail, il a dû lâcher. Le voici qui égrène ses mesures sociales et parle de «l'esprit de justice».

592377.jpgSarkozy cède...
Le chef de l'Etat chiffre donc ses mesures à 2,6 milliards d'euros. Près de deux fois plus que le Revenu de Solidarité Active de Martin Hirsch. A peine un tiers du soutien quasi-bancaire accordé à Renault et PSA, la veille de l'annonce par ce dernier de 6 à 7 000 suppressions de postes en France cette année...

Nicolas Sarkozy s'est mis en première ligne. Point de fusible. Par ses annonces, il court-circuite tantôt le Parlement, tantôt les partenaires sociaux, tantôt le gouvernement. Faut-il que le roi soit nu... ou narcissique !

  • Sarkozy remplace le Parlement, quand il décide la suppression des deux tiers restants de l'impôt sur le revenu restant à acquitter pour 4 millions de foyers fiscaux imposables dans la première tranche d'imposition. La belle annonce ! La justice fiscale de ce pays repose (principalement) sur la progressivité de l'impôt sur le revenu. Sarkozy aurait pu décider une baisse de la TVA ciblée sur les biens vitaux, comme la nourriture ou le chauffage.
  • Sarkozy remplace encore le Parlement quand il promet que les syndicats seront désormais associés aux contrôles des aides publiques aux entreprises en difficultés.
  • Sarkozy remplace son gouvernement quand il annonce le versement d'une prime exceptionnelle de 500 euros à tous les chômeurs ayant travaillé seulement deux mois, et d'une prime de 150 euros pour les 3 millions de familles bénéficiant de l'allocation de rentrée scolaire; ou l'octroi de bons d'achat pour 200 euros de services à la personne pour 1,3 millions de ménages modestes (bénéficiaires d'aide à domicile, chômeurs retrouvant un emploi, etc); ou la création d'un obscur fonds d'investissement social doté jusqu'à 3 milliards d'euros pour financer des actions d'«emploi et de formation» pour les salariés en difficulté.
  • Sarkozy remplace les partenaires sociaux quand il décide de porter à 75% du salaire brut l'indemnisation des salariés au chômage partiel.
  • Sarkozy a enfin eu la «révélation», celle de l'«esprit de justice», 5 mois après avoir distribué ou garanti des centaines de milliards d'euros à tout ce que compte le pays de grandes entreprises en difficulté... Les dirigeants de sociétés bénéficiant de soutien public devront renoncer à leur bonus et s'engager à former et recruter... Amen !
Le président botte cependant en touche sur certains sujets qui fâchent : il joue au gauchiste en déclarant qu'une «partie» des «50 milliards d'euros de dividendes des entreprises du CAC 40» pour 2008 doit revenir aux salariés. Et il demande aux partenaires sociaux d'en discuter, sinon,«l'Etat prendra ses responsabilités», sans préciser lesquelles.

«La justice, ce doit être une priorité en ce moment».

Une vraie révélation... non ?

7 minutes se sont écoulées, il n'a pas parlé de la Guadeloupe

... mais masque.
Le président préfère recouvrir ces mesures, si contraires à son programme, d'un traditionnel vernis de campagne : il pense «à ceux qui travaillent dur pour faire vivre leurs familles» ; il ajoute qu'«il faut continuer à revaloriser le travail». Il clame encore que remettre «la valeur travail au coeur de notre économie est une nécessité». Le voici même qui rappelle et menace : «les réformes doivent continuer», et notamment celles de l'hôpital, des lycées, des universités, de la formation professionnelle. Pire, l'Etat est «devenu trop lourd». Tel un fauve blessé, il crie encore qu'il nous propose «le seul chemin qui vaille», "«celui de l'effort, de la justice, du refus de la facilité.»

nicolas-sarkozy-est-mort.jpgLa messe est dite. Sarkozy est le Chirac autiste de décembre 1995.

Il est bientôt 20h10, Nicolas Sarkozy n'a pas parlé de la Guadeloupe. C'est normal, «aujourd'hui c'était ma réponse» aux inquiétudes sociales, prévient-il. Les Antilles, c'est demain. Jusqu'au bout, il veut montrer qu'il maitrise l'agenda, qu'on ne lui impose rien. Les Antillais attendront bien 24 heures de plus.

La crise économique a sonné le glas du programme présidentiel idéologique. Élu sur le thème fameux «travailler plus pour gagner plus», Nicolas Sarkozy avait déjà battu retraite il y a un an, un jour de janvier 2008 quand il avouait devant des journalistes souriants que «les caisses étaient vides». Il y a 5 mois, quasiment jour pour jour, la banque Lehman Brothers disparaissait. On a attendu Nicolas Sarkozy 10 jours durant, avant qu'il ne réagisse à Toulon fin septembre. Le monarque était tétanisé par une crise qui le dépasse et qu'il a aggravée. Depuis 5 mois, il résiste. Il avait fait la réponse traditionnelle de la droite face à la crise : il faut sauver les entreprises pour sauver vos emplois. C'était «le plan de relance par l'investissement» .
Mercredi 18 février, il a cédé. Il a dû jouer «social» et mettre un genou à terre.

Un genou seulement.


Jeudi 19 Février 2009 - 07:00

18/02/2009

C'est la monnaie qui dirige le monde

LE VRAI COUPABLE DE LA CRISE : LA MONNAIE FIDUCIAIRE

argent_gagner.jpgLa presse financière quotidienne fait état des différents plans de sauvetage, tandis que la presse magazine cherche des coupables au chaos actuel. Malgré la noirceur de ces lignes, un espoir surgit : le bon sens qui, hélas !, ne possède ni école, ni université, ni diplôme, commence à refaire surface.

"Il pleut à verse des bonnes paroles qu'on ne croit plus et des milliards d'euros, de dollars, dont personne ne saisit d'où ils sortent, puisque les Etats occidentaux ne disposaient plus, théoriquement, d'un sou qui vaille."

"Les caisses étaient vides, non ?", se moque Marianne citant François Fillon qui s'exprimait au début de l'année. "Les Etats-Unis ont créé une orgie de liquidités, qui a favorisé une bulle financière qui a fini par éclater", constate l'économiste Daniel Cohen dans les colonnes de Challenges. "Rappelons que le montant des transactions financières est six fois plus élevé que la totalité de la richesse mondiale", évalue Felix Rohatyn, ancien associé gérant de Lazard New York.

Les chiffres qui sont cités à l'occasion de la crise dépassent l'entendement. Pêle-mêle : 700 milliards de dollars pour le premier plan de sauvetage Paulson ; 60 000 milliards d'encours pour les credit default swaps, qui sont les contrats d'assurance contre un risque financier, l'équivalent du subprime appliqué aux entreprises ; 20 000 milliards de dollars, le montant de la capitalisation boursière qui est parti en fumée la semaine dernière. L'ampleur de ces chiffres ne signifie rien pour le commun des mortels.

Pour tenter de les ancrer dans la réalité, il faut donner le montant du PIB mondial. La somme des biens et des services produits en un an dans le monde se montait à 65 610 milliards de dollars en 2007.

D'où vient l'argent ?
873833-1035184.jpgCette interrogation flotte à chaque annonce de plan de sauvetage, de recapitalisation, de nationalisation, d'aide exceptionnelle. Mais personne ne répond clairement. La réponse est sinistre : au mieux, cet argent ne vient de rien, au pire c'est de la dette. Il suffit de mettre en regard l'endettement des pays et les sommes dont on parle. La dette cumulée des Etats-Unis se monte aujourd'hui à 10 278 milliards de dollars et son PIB 2007 était de 13 780 milliards de dollars. L'Amérique est donc un pays endetté à hauteur de 75% de ses recettes annuelles.

La situation en Europe est pire : Irlande, France, Allemagne, Italie, Autriche, Hollande sont endettées à plus de 100% de leurs revenus annuels. Les bons élèves sont entre 80% et 100% d'endettement.

Les citoyens effrayés commencent à réaliser que l'argent du renflouage vient nécessairement de plus de dette. "Tandis que les politiciens se dépêchent d'offrir des garanties aux déposants et aux autres créditeurs des banques, leurs promesses soulèvent une question : les finances publiques de ces pays peuvent-elles endosser ces nouvelles responsabilités ?", s'interroge The Economist. Avant de répondre plus loin : "un gouvernement peut satisfaire à ses engagements en levant de nouveaux impôts. En dernier ressort, il peut imprimer de la monnaie : il ne peut pas se trouver à court de sa propre monnaie.

Rien de tout cela n'est vraiment réconfortant. Si les promesses d'un gouvernement semblent dépasser sa capacité à lever de l'impôt, le marché obligataire mettra en doute sa solvabilité et demandera soit des taux d'intérêt plus élevés, soit fuira sa monnaie. Et si ce pays commence à imprimer de l'argent, il suscite l'inflation."

DecDollar9front.jpgOn ne saurait mieux dire. Poursuivons le raisonnement : la crise est mondiale. Chaque pays riche et endetté va avoir besoin d'émettre de la dette ou d'imprimer du papier. Jusqu'à présent, les pays émergents avaient pris l'habitude d'acheter la dette de leurs riches clients. Que va-t-il se passer s'ils décident de ne plus se jeter sur les bons du Trésor, puisque leurs riches clients leur achètent de moins en moins ?

Revenons à l'ardoise des plans de renflouage. Le plan Paulson se base sur 700 milliards de dollars pour les Etats-Unis, mais l'Europe prévoit, selon L'Agefi, plus de 1 400 milliards d'euros, dont 360 milliards pour la France. L'incohérence de ces chiffres témoigne de la confusion. La crise financière coûterait deux fois plus à l'Europe qu'aux Etats-Unis, pays d'où tout est parti. Qui sous-estime la casse ?

France Inter s’excuse auprès de DSK… mais félicite Guillon!

France Inter s’excuse auprès de DSK… mais félicite Guillon!

Interrogé par Canal +, le directeur délégué de France Inter s’est excusé de la chronique de Stéphane Guillon qui revenait sur les aventures extra-conjugales de DSK… mais selon l’humoriste, la direction l’aurait félicité en lui envoyant du champagne!

 


A l’étroit dans son costume, le directeur délégué de France Inter se tortille pour s’excuser du « papier méchant » du chroniqueur Stéphane Guillon qui avait déplu au président du FMI qui l’avait fait savoir à l’antenne.

Contant les « mesures de précaution » prétendument prises à France Inter pour la venue de Dominique Strauss-Kahn, l’humoriste avait osé écorcher son orgueil en rappelant ses aventures extraconjugales hyper médiatisées. Ne faisant ni une, ni deux, Frédéric Schlessinger, patron de la radio de « l’impertinence », s’est donc précipité face aux caméras de l’émission du midi de Canal Plus pour « présenter au nom de France Inter ses excuses » à DSK, rappelant qu’il n’y avait pas là matière à diffamation.

Des déclarations qui ont un peu surpris l’humoriste interrogé sur le plateau de Canal Plus qui aurait reçu à son domicile une caisse de champagne et un mot « Bravo continue »… de la part du même Frédéric Schlessinger ! Décidément, « l’impertinence » dans le service public est une notion bien ambiguë !

Mise à jour mardi 17 février à 19h40

France Inter a contacté la rédaction de Marianne2 pour préciser que Stéphane Guillon était « dans le second degré absolu » quand il a évoqué l’envoie d’une caisse de champagne. « Personne ne relit ses papiers avant le passage à l’antenne, nous a-t-on assuré. Stéphane Guillon jouit d’une liberté totale à l’antenne et Frédéric Schlessinger était totalement décontracté quand il a accepté de répondre aux questions que souhaitait lui poser le journaliste de Canal + ».

Il faut soutenir les humoristes.  A l’heure du pouvoir personnel et des élites confites dans leur arrogance, ils incarneraient, paraît-il, l’âme de la résistance contre les forteresses de la « bulle ». Les Français vénéraient Coluche,  ils adorent Nicolas Canteloup, l’imitateur acide d’Europe 1  et font un triomphe à Stéphane Guillon, l’insolence faite homme, selon ses amis et sa famille.

Ce dernier, après avoir exercé ses talents sous la houlette des immensses Stéphane Bern et Thierry Ardison, a décroché un nouveau contrat de sniper sans pitié sur France Inter. Habitué à viser en dessous de la ceinture, il n’a pas dérogé à la règle en préambule à l’interview qu’y donnait ce matin Dominique Strauss- Khan. Et le scénario prévisible du petit-scandale-radiophonique a parfaitement fonctionné : quelques heures plus tard, interrogé par Libération à propos du  buzz déclenché par la mise en ligne de la vidéo sur « Dailymotion » , le service de presse de France Inter était aux anges : «C'est ce que l'on atteint normalement pour les chroniques de Stéphane et Didier [Porte] en cinq jours !»

Voilà de quoi rassurer tous les combattants de la liberté d’expression, déjà à l’inquiets à l’idée que les patrons d’Inter soient tentés d’ exiger du preux Stéphane qu’il ravale un peu  son fiel.  Sur la chaîne différente, aussi, l’audience compte.

Trois remarques.

1) Il est sûr que l’humour scato-myso et cynique de Guillon est infiniment moins nuisible à la démocratie que les parachutes dorés et les bonus géants des patrons du CAC 40, de la City et de Wall street.

2) Il est tout aussi évident que les blessures d’ego d’un DSK ou de tout autre professionnel de la politique (et quel que soit son niveau d’intégrité) soumis aux professionnels de l’impertinence nous toucheront toujours moins que les souffrances des millions de précaires virés de GM, Renault, Total  ou des usines de Shenzen.

3) On peut ne vouloir absolument aucun mal à Guillon et tous les nouveaux humoristes chéris du show-bizz  sans confondre pour autant leur gentil nihilisme commercial avec une quelconque forme de radicalité. Ils n’en demandent d’ailleurs pas tant, dira-t-on, trop et simplement heureux de remplir les salles et leurs comptes en banques. C’est entendu : tout travail mérite (très gros..) salaire.

Il y a en tout cas dans plusieurs rédactions, du service  soi-disant public comme de l’audio-visuel privé, nombre de journalistes amèrement conscients que la liberté de ton accordée  aux « bouffons » s’arrête souvent à l’orée de leur propre travail. Ceci expliquant peut-être cela...

Mardi 17 Février 2009 - 16:07

 

17/02/2009

Les banques et les intermédiaires financiers sont-ils des parasites ?

De l'inutilité des banquiers surpayés

Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. Des banquiers toujours plus nombreux et toujours mieux payés. Pour quel bilan? Celui d'une crise profonde.



(photo : Aaron Jacobs - Flickr - cc)
(photo : Aaron Jacobs - Flickr - cc)
Les banques et les intermédiaires financiers sont-ils des parasites ? Sont-ils des parasites, et qu’est-ce qu’un parasite ? Dans sa célèbre parabole, Saint Simon considérait que les nobles, les rentiers, les princes du sang, les archevêques, les évêques étaient des parasites ; que les artisans, les artistes, les savants, les ingénieurs, les ouvriers étaient en revanche des gens extrêmement utiles à la société. De même les banquiers et les négociants.

Les banquiers sont-ils toujours utiles ? Certes. Ce sont eux qui font cette opération tout à fait remarquable de transformer de l’épargne courte en placements longs. Vous, déposants, épargnants, vous déposez mais souhaitez disposer relativement vite de votre argent. En revanche, les investisseurs, qui construisent un lycée qui dure 30 ans, une centrale nucléaire qui dure 50 ans, ou tout autre chose, souhaitent disposer de l’argent longtemps. Entre les deux, entre le prêteur (court terme) et l’emprunteur (long terme), il y a le banquier.


De l'inutilité des banquiers surpayés
Mais, me direz-vous, le banquier avait oublié le long terme, pour faire du jour le jour, d’où la crise... C’est d’autant plus vrai que cet argent facile, trop facile, a fait pulluler les banquiers et les intermédiaires financiers ; un article très intéressant du journal le Monde, nous montre que dans la période 1950-1980, les trente glorieuses, il y a très peu de diplômés de l’enseignement supérieur dans le secteur financier. Les diplômés vont dans l’industrie et le commerce, mais pas dans la finance. Dans la période récente, au contraire, les hauts diplômés abondent dans la finance.

Et ce n’est pas tout. Durant les trente glorieuses, 1950-1980, les cadres financiers ne sont pas plus payés que les cadres industriels ou commerciaux. Dans la période récente, au contraire, les cadres de la banque et de la finance sont surpayés par rapport aux autres. 40 à 50% de plus ce qui est énorme.

Moralité : Tant que les banquiers seront surpayés, ils seront peu utiles. Et tant que les traders ne seront pas associés aux pertes, ils continueront de faire n’importe quoi.

La phrase : « Comme toutes les bureaucraties, celle de l’entreprise a une forte tendance à l’auto expansion » John Kenneth Galbraith (Les mensonges de l’économie).

Mardi 17 Février 2009 - 07:00
Bernard Maris

10:43 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : banque, épargne, finance

ARROGANCE

Arrogance

 

Le pire, face à l’effondrement du système dans lequel nous vivons depuis plus de cinquante ans, est l’incapacité de se remettre en cause exhibée par ceux qui en ont bénéficié. Au déni de réalité – la croyance stupide suivant laquelle les marchés allaient « s’autoréguler » - a succédé la conviction que les responsables et les coupables sont les mieux placés pour nous dire ce qu’il faut faire.

Le signal envoyé par les « élites » est clair : plutôt mourir que changer. Ainsi, lorsque Nicolas Sarkozy a déclaré « quand on voit la situation de la City et aux Etats-Unis, on n’a pas envie de leur ressembler », pour ensuite critiquer Gordon Brown, tout ce que l’Europe compte de bonnes âmes lui est tombé dessus. Les mesures prises pour sauver notre industrie automobile, défendues à Bruxelles par François Fillon, ont été qualifiées par la commissaire européenne à la Concurrence, Nelly Kroes, de « rhétorique protectionniste ». Cependant, Nicolas Sarkozy et François Fillon, même s’ils résistent, restent incapables d’articuler un projet cohérent de sortie, car ils sont eux aussi prisonniers des intérêts et de la règle du jeu qu’ils prétendent combattre.

Alors ils font d’abord preuve d’arrogance verbale puis, quand ils ne parviennent plus à se faire entendre ni de leurs peuples ni de leurs troupes, ils nomment des « médiateurs ». Xavier Darcos, Valérie Pécresse et Yves Jégo en ont été affublés, non parce qu’ils ont personnellement démérité, mais parce qu’ils sont pris dans les filets d’une impuissance qui passe par-dessus leurs têtes.

Les Français et les Françaises l’ont compris : c’est le Président de la République lui-même qu’ils visent. Réalisé les 6 et 7 février, le baromètre Ipsos-Le Point révèle que Nicolas Sarkozy a perdu neuf points de popularité dans la tourmente. Alors, faute de s’attaquer aux causes, qu’il connaît bien, il désigne des boucs émissaires. Le 22 janvier à l’Elysée, il s’en est ainsi pris aux enseignants-chercheurs avec des mots inutilement blessants, même de son point de vue : « A budget comparable, les chercheurs français publient de 30% à 50% de moins qu’un chercheur britannique dans certains secteurs. Evidemment, si l’on ne veut pas voir cela, je vous remercie d’être venus, il y a de la lumière, c’est chauffé. »

Triste aveu de faiblesse, qui a déclenché une colère générale. En Guadeloupe et en Martinique, le cas de M. Jégo, envoyé, rappelé puis renvoyé, témoigne d’une même incapacité à faire face à une crise.

La vérité est que l’Unedic prévoit 282000 chômeurs de plus en 2009 et qu’il y en aura bien davantage si rien n’est fait. La vérité est que la chute du produit intérieur brut gagne toute l’Union européenne. La vérité est que les classes moyennes sont à leur tour frappées. La vérité est que l’on sacrifie le long terme (recherche, hôpital, éducation…) à la rentabilité financière.

Alors ? Alors, faute de sursaut, la décomposition économique et sociale continuera. Des entreprises comme Eco-Emballages pourront continuer à jouer sur les casinos financiers l’argent appartenant aux collectivités locales, les directeurs d’agence bancaire à harceler leur personnel, la souffrance au travail s’accentuera et le chaos deviendra inéluctable. Cela nous concerne tous. Ne pas s’engager, dans ces moments, est pire qu’un crime, une faute d’omission.

Jacques Cheminade

 

Crise du capitalisme ou pulsion de mort ?

Crise du capitalisme ou pulsion de mort ?

Né de la rencontre des économistes Gilles Dostaler et Bernard Maris, Capitalisme et pulsion de mort (Albin Michel) synthétise les conclusions de Freud et Keynes sur l'économie moderne basée sur l'accumulation, la destruction... et la jouissance qui en découle ! Un brillant ouvrage sur les ressors profondément humains de la crise dont Bernard Maris nous livre un résumé.

Qui se souvient que dans sa célèbre Théorie générale de l'emploi, John Maynard Keynes recommandait « l'euthanasie des rentiers ? Paru en 1936, sur le brasier de la crise économique, le livre de l'économiste britannique trouvait un étonnant échos, quelques années plus tôt dans le Malaise dans la culture de Freud : le capitalisme est une névrose de la société qui, d'accumulation en risque incontrôlés auquel succèdent d'inévitables crises, jubile dans la destruction de lui-même. Comme Néron jouant de la lyre pendant l'incendie de Rome. Comme les banquiers partant en séjour de luxe pendant la crise financière.

freud.jpgLa merde du stade anal et l'argent du capitalisme

C'est dans ces lectures croisées du père de la psychanalyse et du pape de la nouvelle économie que se sont retrouvés Gilles Dostaler, historien des idées, et Bernard Maris, économiste et chroniqueur. Fruit de leurs recherches communes, Capitalisme et pulsion de mort plonge aux racines des mécanismes qui font du capitalisme un système qui cherche sans arrêt sa propre destruction. Invoquant la notion freudienne de pulsion de mort, les auteurs y expliquent ce goût du risque, de l'accumulation de l'argent, culminant dans le société de consommation qui brule tout ce qu'elle touche (selon le principe du « consumérisme ») où tout est sacrifié au « principe de plaisir », au détriment du « principe de réalité », contredisant le principe freudien de la raison « la civilisation, c'est le refoulement ».


Mais, expliquent Dostaler et Maris, le génie de la civilisation est de détourner la pulsion de mort pour la rendre « productive ». Peu importe dès lors l'utilité de ce qui est produit, tant que cela l'est en quantité exponentielles permettant l'accroissement du capital sous sa forme pécuniaire. Que ces montagnes d'or qui dorment dans les coffres fondent et les banquiers et toute l'économie s'affolent pour les reconstituer, au nom de ce « désir morbide de liquidité » que dépeignait Keynes d'un trait de psychologue, devenu entre temps un cliché de la crise économique.

 

Cette envie de la masse, c'est le stade anal théorisé par Freud, où le bébé espère satisfaire la mère en produisant la seule chose qu'il sait produire : des excréments. Pour les deux scientifiques, le mot n'est pas trop faible : l'argent, c'est de la merde !

keynes.jpgPeut-on dépasser le système ?

Conté d'une plume curieuse et érudite, l'ouvrage explore autant le fond des théories que l'histoire qui les a vu naître : on y découvre Keynes, traducteur de Freud, et Freud avide de connaissances économiques. Les références y sont nombreuses qui renvoient aux disciplines de Freud (comme Ferenczi) dont les marxistes freudiens (où Marcuse s'impose) jusqu'au philosophe chrétien de la violence dans la civilisation, René Girard.


Les auteurs restent cependant sceptiques : face à ces crises systémiques, aux dégâts humains et écologiques de l'économie, l'homme est-il capable de retenir la leçon et de changer de cap ? « La question n'est pas de refonder le capitalisme, concluent-ils. Elle est de savoir si on peut dépasser un système fondé sur l'accumulation indéfinie et la destruction sans limite de la nature. » Sur ce point, Keynes entrevoyait l'Eden d'une civilisation d'honnêtes hommes vivant de culture, de vin et de partage. Freud, pessimiste, imaginait un cycle d'éternel recommencement de la destruction. En un demi-siècle de pensée économique, il serait peut-être temps de trouver une réponse !

Dimanche 15 Février 2009 - 14:00
Sylvain Lapoix

La crise? Chut, ce n'est pas bon pour le moral...

La crise? Chut, ce n'est pas bon pour le moral...

Sondages, experts, articles de fond, tout est bon pour suggérer aux journalistes de moins parler de la crise. Décryptage.



(photo : kikozbi1 - Flickr - cc)
(photo : kikozbi1 - Flickr - cc)

L'ordre médiatique est une tyrannie dont l'une des règles vitales est le zapping. Il est très rare qu'un sujet reste plus de deux semaines à la une de l'actualité. La crise a bousculé ce bel ordonnancement. Comment zapper au moment où Lehman Brothers fait faillite, où les milliards valsent au dessus de nos têtes comme dit Olivier Besancenot, et où, tous les jours, les entreprises annoncent des plans sociaux ?

 

Pour résoudre cette équation impossible, une nouvelle théorie est apparue : à trop parler de la crise, les médias l'entretiennent, voire l'amplifient. Les snipers d' Acrimed ont été les premiers à lever le lièvre. Car si cette thèse s’est répandue comme une traînée de poudre dans les médias, c’est grâce à une formidable opération de lobbying d’une association patronale adepte de la pensée positive : Ethic, « le mouvement des patrons enthousiastes » ! Ces dirigeants, qui n’en manquent sûrement pas d’éthique, ont fait appel à un « institut d’études international centré sur l'expérience client » peu connu, GN Research, qui leur a servi sur un plateau d’argent une enquête d’opinion sur le thème.

 

Relayé par Le Figaro sous le titre « Les médias sont accusés d'aggraver la crise », ce sondage d’opinion révèlerait que « pour 65% des Français, le traitement de la crise par les médias finit par nuire à l'économie » et que, dans le même temps, « 45% [d'entre eux] affirment avoir une "overdose" d'information sur la crise ». Comme le démontre habilement l'observatoire des médias, les choses ne sont pas aussi simples : « Les sondés (et non les Français) n'affirment rien. Ils répondent à une question : "Les médias parlent-ils trop de la crise économique ?" Et si 45% des sondés répondent positivement, ils n'affirment certainement pas “avoir une overdose d'information sur la crise." Mieux : à lire le diagramme publié par Le Figaro, on constate que 43% trouvent en revanche que les médias parlent "normalement" (???) de la crise et que pour 12% des sondés, les médias n'en parlent "pas assez" : ces 55% de réponses négatives sont royalement ignorées. »

Autre hypothèse : on peut se demander si la méfiance envers les médias, bien ancrée depuis plus de dix ans parmi les Français, ne les conduit pas à approuver toute critique envers leurs journaux ou leurs télévisions, quel que soit le thème abordé. C'est en tout cas un biais probable. Mais qu'importe : après Le Figaro d'autres médias ont relayé ce sondage douteux : France-Soir, 20Minutes.fr, Eco89, chacun à leur manière, l’ont utilisé.

 

Les Français en ont « “ras le bol” des discours anxiogènes » !

Les Echos, eux aussi, se sont posés la question de savoir si les médias avaient leur part de responsabilité dans la crise. Exit l’enquête d’opinion commandée (commanditée ?) par « le mouvement des patrons enthousiastes ». Place cette fois à un article qui donne la parole à une tripotée d’experts censés répondre à une question : « Les élites — politiques, économistes, médias — n’en font-elles trop ? ». Une question qui est d’autant plus légitime d’après le quotidien économique que « les Français semblent en avoir assez d’entendre parler d’une crise dont-ils ne perçoivent pas toujours concrètement les effets. ». Et pour appuyer ce propos, Les Echos font appel au sociologue Denis Muzet, très en vogue en ce moment. D’après lui, il existerait « trois profils face à la situation économique » : « les “acteurs” — dirigeants, politiques, banquiers, patrons — qui tentent de trouver des solutions ; les “éprouvés” qui ressentent, souvent violemment, la dégradation de la situation ; et la grande masse “des spectateurs” qui la vivent par procuration… »

 

C’est vrai, pourquoi parler de la crise puisque tout le monde n’est pas encore frappé de plein fouet ? C’est ennuyeux, voire « anxiogène ». Et, comble du mauvais goût, ce n’est pas vendeur ! À dégager donc la crise des colonnes des journaux, on ressortira le sujet des placards quand la situation sera vraiment critique et que tout le monde sera enfin touché! Poussé à son paroxysme, ce raisonnement donne la « une » du Parisien – Aujourd’hui en France de samedi dernier, jour de consommation débridée pour cause de Saint-Valentin : « Et si on parlait d’autres choses » !

 

Mais que Les Echos se rassurent car d’ici très peu de temps, la majorité des Français percevront très « concrètement » les « effets » de la crise. Pessimiste comme vision ? L'Unedic prévoit simplement 282.000 chômeurs de plus en 2009. Une année 2009 qui sera aussi l’occasion pour Denis Muzet de réviser son analyse car il est à prévoir que dans quelques mois, il ne restera plus que deux « profils » de personnes face à la crise : les « acteurs » qui en seront encore et toujours à chercher des « solutions » et « la grande masse » des « éprouvés » qui ressentira (pas vraiment « par procuration ») « la dégradation de la situation »...

 

La crainte de la « prophétie auto-réalisatrice »

En filigrane de tous ces articles, on trouve une notion née à la fin des années 1950 sous la plume d’un sociologue américain, Robert King Merton. Ce concept, c’est celui de la « prophétie auto-réalisatrice » . Son énoncé est simple : la « prophétie auto-réalisatrice » est une prophétie qui « se produit lorsqu'une croyance a modifié des comportements de telle sorte que ce qui n'était que croyance advient réellement. » Autrement dit, la crise viendra puisqu’on n’a de cesse d’en parler. Mais c’est oublier que la crise n’est pas une « croyance » mais une situation déterminée par une réalité sociale que reflètent des indicateurs statistiques. Croire au concept de « prophétie auto-réalisatrice », c’est aussi croire en un concept exactement contraire appelé « prophétie auto-destructrice ». En clair, parler d’un événement suffit à le contrecarrer. C’est par exemple ce qui a pu arriver lors de la campagne du référendum sur le Traité constitutionnel européen. Pour certains, si le « non » l’a emporté, c’est en réaction à des médias béni oui-ouistes.

 

D’après Philippe Juhem, maître de conférence en sciences politiques à l’université Robert Schumann de Strasbourg et spécialiste du travail des politiques et du récit qu’en font les journalistes, le concept de « prophétie auto-réalisatrice » est « un concept séduisant mais très douteux » : « A ma connaissance, il n’existe aucune étude qui démontre qu’il existe un effet d’autosuggestion. Les politiques pensent par exemple que plus ils seront présents dans les médias et plus leur discours aura un impact alors que l’impact varie en fonction de l’idée que se font d'eux les gens. S’ils ont une mauvaise opinion d’un politique, sa surreprésentation dans les médias pourra même se retourner contre lui » L’universitaire va même plus loin avec l’exemple des enquêtes d’opinion : « Les sondages sont accusés de deux effets totalement contraires sans que personne n’ait pu prouver leur véracité. Soit on estime qu’un sondage va entraîner un ralliement derrière celui qui a été placé en tête, soit on considère qu’il va favoriser un outsider. » Bref, parler massivement de la crise pourrait avoir deux conséquences tout aussi contraires : la renforcer ou la chasser.

 

En recommandant de moins parler de la crise, les patrons d'Ethic rejoignent également ceux de la presse. Interrogez n'importe quel responsable de la publicité de magazine ou de quotidien et il fera immédiatement le procès de l'information « anxiogène ». Pour se vendre, la publicité a besoin d'un climat positif, propice à la consommation. La crise c'est la sinistrose, la lutte classes. Mieux vaut parler de la Saint-Valentin, ça fait sourire. Et ça fait marcher le commerce...


Lundi 16 Février 2009 - 07:54
Gérald Andrieu

13/02/2009

DEFINITION D'UNE DEPRESSION ECONOMIQUE

*** DEFINITION D'UNE DEPRESSION ECONOMIQUE

** Les récessions sont une caractéristique naturelle du cycle des stocks. L'économie a un peu trop de stock... et doit ranger ses étagères. Les prix baissent. Quelques personnes sont licenciées. Puis, quelques mois plus tard, tout le monde est de nouveau opérationnel.

* Les dépressions, en revanche, sont une caractéristique naturelle d'un cycle bien plus vaste. Une partie du capitalisme dont les gens adorent parler lorsque tout va bien... mais qu'ils méprisent lorsque les choses se retournent contre eux. Nous parlons de ce que Schumpeter décrit comme de la "destruction créatrice". Tout le monde adorait la "destruction créatrice" à la fin des années 90... lorsqu'on pensait que cela venait gonfler les bilans. A présent, on supplie le gouvernement de venir à l'aide.

* Ce à quoi nous assistons dans l'économie, c'est la destruction créatrice à l'oeuvre. Et ce à quoi nous assistons en politique, c'est un tas de crétins qui essaient de l'arrêter.

6a00d83451b18369e200e54f8015cf8834-640wi.jpg* Qu'est-ce qui est détruit ? Des milliers de milliards de dollars de valeur, bien entendu. Des millions d'emplois. Des centaines de milliers d'entreprises.

* Durant une récession, le plan ou la formule de base de l'économie est encore valide. L'économie a juste besoin d'un peu de temps... et peut-être d'un petit coup de pouce monétaire... avant de reprendre sa croissance. En général, on vend tous les stocks... pour qu'une nouvelle poussée de production puisse commencer.

** Mais dans une dépression, les problèmes sont structurels.

* Ce phénomène devient très visible quand on observe les bilans. Que vous soyez une entreprise ou une famille, vous ne pouvez vous permettre qu'une quantité limitée de dette. Lorsqu'il y en a trop, il faut arrêter et la rembourser. Si elle devient si lourde que vous ne pouvez pas la payer -- parce que vos revenus n'y suffisent pas -- vous devez vous mettre en faillite. Une dépression, c'est lorsqu'une économie entière déclare faillite... ou le devrait. Parce qu'elle ne peut plus payer ses dettes. Les entreprises, par exemple, ont été construites pour un niveau de demande qui n'existe plus. Ce n'est plus une question d'attendre pendant quelques mois. D'ici à ce que les consommateurs soient à nouveau prêts à acheter, l'économie tout entière aura avancé.

* Imaginez par exemple quelqu'un qui aurait fondé une chaîne nationale simplement pour vendre des iPods à des adolescents. L'activité aura peut-être un grand succès -- pendant un temps. Notre entrepreneur aurait aussi contracté d'immenses prêts pour pouvoir se développer... et tirer parti de la demande. Mais voilà qu'arrive une dépression. Il se dit : "je vais juste prendre plus de financement... et attendre que ça passe". Mais qui va lui prêter ? D'ici à ce que les jeunes se remettent à acheter, les iPods seront devenus l'équivalent des disques vinyl. Son activité est dépassée. Ses prêteurs ont perdu de l'argent. Les prêts devraient passer aux pertes et profits, et l'entreprise devrait être détruite, non momifiée et conservée.

lam3asal_dollar_laden.jpg* Une dépression, c'est quand toute l'économie change son modèle de fonctionnement, en d'autres termes. Et cela prend du temps... et de la destruction créatrice.

* Combien de temps ? Eh bien, rien qu'aux Etats-Unis, il y a environ 6 000 milliards de dollars de dette privée en trop... 1 000 milliards de capacité de production en trop... et des millions de travailleurs "en trop". Combien de temps faudra-t-il pour reformer, réorganiser et réabsorber ces excès ?

* Nous n'en savons rien. La dernière dépression a pris environ 20 ans... et une guerre majeure (en voilà, de la destruction créatrice !). A l'époque, les Etats-Unis effectuaient un changement structurel, passant d'une économie à la japonaise, menée par les investissements... à une économie d'après guerre menée par la consommation.

* Au Japon lui-même, le boom d'après-Deuxième Guerre mondiale nourri par les investissements s'est heurté à un mur de destruction créatrice en 1990. A présent, 19 années se sont écoulées... et il est encore en train de s'adapter à la nouvelle économie mondiale.

* Tout ce que nous savons, jusqu'à présent, c'est que cette dépression a vaporisé plus de 30 000 milliards de dollar de capitaux des investisseurs. Nous sommes d'avis qu'elle en effacera 30 000 autres avant que la destruction créatrice se termine.

SYMBOLE-SYMBOLES-MONETAIRES-dollar-euro.jpg* Nous sommes aussi d'avis qu'elle détruira le modèle américain d'économie de consommation... ainsi que le système monétaire mondial basé sur le dollar. Voilà pour la partie destruction. Pour la partie créatrice... et le moyen d'avancer durant une dépression... restez à l'écoute !

 
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