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09/03/2009

On ne badine pas avec l'honnêteté fiscale

Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. Lors du prochain G20 qui aura lieu à Londres au mois d'avril, il sera question de la lutte contre les paradis fiscaux et le secret bancaire. En attendant la Suisse, le Luxembourg et l'Autriche cherchent des parades...



(photo : ★ Mathias Pastwa ★ - Flickr - cc)
(photo : ★ Mathias Pastwa ★ - Flickr - cc)
Peut-on abolir le secret bancaire ? Voilà que la Suisse, le Luxembourg et l’Autriche contre-attaquent avant le sommet du G20…

Londres, premier paradis fiscal
Le sommet du G20 à Londres qui se tiendra le 2 avril et qui devrait mettre un peu d’ordre dans le système financier international ; et notamment lutter contre les paradis fiscaux et le secret bancaire ! Petite remarque préliminaire : Londres, deuxième place financière du monde, en est sans doute – c’est Jacques Attali qui faisait cette remarque - le premier paradis fiscal. Les grandes institutions de la City sont branchées et perfusées en permanence sur les paradis fiscaux, certains pas très lointains, comme les Iles Anglo-Normandes. D’une certaine manière on va contrôler la finance chez les grands patrons de la dite finance, ça commence mal. En attendant, la Suisse, l’Autriche et le Luxembourg se sont réunis au Grand-Duché pour chercher quelque parade. Je rappelle que deux de ces pays sont membres de la zone euro. Parade numéro un : nous sommes des pays du secret bancaire, mais pas des paradis fiscaux. Alors ? Que penser de cette fable ? Que c’est une fable précisément, parce que lorsqu’on cache de l’argent, pour qu’il n’apparaisse plus aux yeux de quelque autorité que ce soit, c’est, en général, pour frauder le fisc.


On ne badine pas avec l'honnêteté fiscale
« Amnistions les fraudeurs, sinon ils resteront en Suisse »
Il n’y a pas que de la fraude fiscale dans les paradis fiscaux. Soyons rassurés, dans les 10000 milliards de dollars que représentent les paradis fiscaux, c'est-à-dire 20% du PIB mondial, il y a aussi, dieu merci, de l’argent de la drogue, de la prostitution, du rackett et de crimes divers. Mais la parade numéro deux de nos trois amis, la Suisse, le Luxembourg et l’Autriche disent : si c’est pas nous, c’est les autres ! Magnifique argument. Si c’est pas nous, l’argent ira à Singapour. C’était déjà l’argument du blanchiment des fraudeurs utilisé en Italie et en France : amnistions les fraudeurs, sinon ils resteront en Suisse.

Que répondre à ça ? Qu’ils y aillent. Et si certains fonds d’investissements français ont vraiment besoin de l’argent noir, après tout, ils iront le chercher à Singapour, mais nous, en Europe, on ne badine pas avec l’honnêteté fiscale, fondement de la démocratie. C’est un peu l’argument des partisans de la peine de mort : on abolira la peine de mort quand les assassins l’auront abolie. Et bien non : ce n’est pas parce qu’il y a des fraudeurs qu’il faut accepter la fraude.

Est-ce que cet argent est dangereux ? D’abord on en aurait bien besoin, en ces temps de déficit ! Ensuite oui, il est dangereux, il déstabilise le système financier, et favorise les comptabilités truquées ou occultes. Pourquoi croyez-vous que la BNP a des succursales dans les Iles Anglo-Normande ?

Mardi 10 Mars 2009 - 12:53

Bernard Maris

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