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08/06/2009

La Chine et les Etats unis se préparent à la chute du dollar

La Chine et les Etats unis se préparent à la chute du dollar

L'administration américaine est peut-être en train de réaliser qu'elle ne pourra éviter un écroulement du dollar. Les Chinois semblent s'y préparer. Et si la chute du billet vert était l'une des seules solutions permettant de rebâtir une économie américaine plus en phase avec la réalité ?


(photo : Flickr - http://www.flickr.com/photos/whitehouse/)
(photo : Flickr - http://www.flickr.com/photos/whitehouse/)

Le lendemain de l’élection de Barack Obama, Mikhaïl Gorbatchev l’a exhorté à engager une véritable « perestroïka » aux Etats-Unis. Bien que son conseil (de mauvais augure) se prête à diverses interprétations, il semble que l’ancien secrétaire général du Parti communiste soviétique ait bien saisi la dimension historique des difficultés américaines.

Au cœur de la fatalité à laquelle les Etats-Unis tentent d’échapper se trouve naturellement la relation avec la Chine, sur fond de délabrement de l’appareil industriel américain. Et la récente visite de Timothy Geithner, le secrétaire d’Etat au budget, à Pékin (le 1er juin), en dit long sur l’étau qui enserre les Etats-Unis.

yuan dollar.jpgDepuis des années, les Américains font pression sur la Chine pour obtenir une réévaluation du yuan (dont le cours est étroitement contrôlé par la Banque populaire de Chine). Comme chacun sait, la sous-évaluation de la monnaie chinoise est un de ces outils qui lui ont permis d’élargir inexorablement son excédent commercial et de constituer des réserves estimées à environ 2000 milliards de dollars. Or la Chine rejette en bloc les accusations de manipulation monétaire et, bien plus, ne tolère pas même qu’elles soient formulées. Alors que de nombreux sénateurs, républicains et démocrates, fulminent et tentent de mettre le sujet sur la table, l’administration américaine accumule les démentis sur les moindres déclarations à ce sujet. C’est ainsi qu’il a été interdit à Geithner d’aborder sérieusement l’épineuse question au cours de son voyage et qu’il a dû se contenter d’inviter les Chinois, de façon abstraite, à se concentrer sur leur demande intérieure.

cartoons_07.jpgPourtant, à partir de 2005, Pékin avait commencé à coopérer, en réévaluant progressivement sa monnaie d’une parité de 8.3 à une parité d’environ 6.8 yuans pour un dollar. Mais le gouvernement chinois a brusquement mis fin à ce mouvement, en réaction à la crise et à la chute des exportations chinoises, et a de nouveau opté pour une quasi-fixité du taux de change avec le dollar. Parallèlement, le déficit commercial américain a fondu, d’environ 60 milliards de dollars par mois, avant la crise, à moins de 30 ces derniers temps (du simple fait d’un effondrement des importations plus fort que celui des exportations). La Chine, qui se sentait donc autorisée à pratiquer une dévaluation compétitive pour freiner la chute de ses exportations, s’est alors targuée d’avoir maintenu une approche coopérative en ne retournant qu’à la quasi-fixité du taux de change. Ce niveau de négociation indique tout simplement que la coopération sino-américaine relève malheureusement du mythe.

Chine-mde-dollar-bleistrach.jpgRéciproquement, l’intégrité du dollar a été mise en doute (à juste titre) par Pékin, dont plus de 70% des réserves sont en dollars, avec, notamment, environ 760 milliards de titres de la dette des Etats-Unis (ce qui en fait désormais le premier détenteur). Au centre de la polémique se trouve l’explosion du déficit budgétaire américain (plus de 13% du PIB en 2009 selon les prévisions du FMI) et, surtout, le rachat prévu par la Federal Reserve de 300 milliards de dette publique. Mais, face à la saturation de l’appétit pour le dollar, on prévoit d’ores et déjà qu’elle doive, en réalité, en racheter plus de 1000 milliards pour contenir les taux auxquels emprunte l’Etat américain !

Il suffirait naturellement que la Chine se mette à vendre une partie de ses dollars pour que la monnaie américaine s’effondre. N’ayant, à court terme, aucun intérêt à ce que cela se produise, elle a poursuivi son achat de titres de la dette américaine, mais à un rythme beaucoup moins soutenu que l’explosion du déficit et, surtout, elle substitue massivement des titres de court terme à ceux de long terme. Cela évoque bien plus l’imminence d’un clash que l’édification d’un harmonieux condominium…

fin-du-dollar.jpgLe spectre d’une déroute du dollar se précise à tel point qu’il convient de se demander si les Américains, enfermés dans la fatalité de leur bras de fer avec la Chine, ne s’y sont pas d’ores et déjà résolus. Ainsi les Etats-Unis ne chercheraient-ils plus qu’à retarder autant que possible l’échéance, en baissant le ton face au grand créancier chinois, mais en poursuivant leur objectif fondamental.

En effet, le spectacle volontariste de l’administration Obama laisse penser qu’elle ira aussi loin qu’il le faudra (ou qu’elle le pourra) dans le soutien à son économie. Barack Obama a parfaitement compris qu’il ne peut faire l’impasse sur la reconstruction de l’appareil productif américain (d’où les tentatives de sauvetage désespérées de General Motors), et le redéploiement de la demande intérieure sur des bases réelles.

Le modèle consistant à renouer avec la croissance par le biais des exportations vers les pays émergents est une curieuse illusion.

On mesure encore mal de quelles détonations économiques et politiques s’accompagnerait la déroute du dollar et quelle nouvelle donne mondiale émergerait, à terme. Cependant, les Etats-Unis ont, pour l’instant, l’immense avantage de s’endetter dans leur propre monnaie auprès de l’extérieur, si bien qu’une forte inflation se traduirait notamment par l’allègement du fardeau de la dette publique et la dépréciation des créances détenues par la Chine.

dollar-fake1.jpgA plus court terme, la déroute du dollar, en termes de taux de change, pourrait aussi changer la donne sur le terrain de la compétitivité, mais renchérirait dramatiquement les importations américaines. Tout dépendra in fine de la réaction de la Chine et de ce qu’elle décidera de faire de la parité yuan-dollar.

En tout cas, Washington n’est pas prêt à sacrifier ses tentatives de reconstruction économique sur l’autel du statu quo sino-américain à l’agonie. Il ne s’agit même plus, pour les Etats-Unis, de protéger leur industrie mais d’installer les conditions de son éventuelle renaissance, en poussant la relance aussi loin que possible, jusqu’à ce que cette fuite en avant conduise Pékin à lâcher le greenback. C’est alors qu’il perdra son statut de monnaie de référence mondiale.

Mais les Etats-Unis ne sont-ils pas justement prêts à sacrifier leurs pouvoirs magiques pour reconstruire leur économie sur des bases réelles ?

Rémi Bourgeot

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