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02/08/2009

Débat sur l’émission monétaire

Débat sur l’émission monétaire- J.M.Harribey (ATTAC) / A.J. Holbecq

Cher Jean-Marie Harribey,

N’étant pas inscrit sur les listes d’échange d’Attac, je rends quelques amis également destinataires de ce courriel, en espérant que vous ou eux pourront transférer ma réponse sur les listes “local”, “orientation”, “talk” et “discutez”

Vous avez émis, à l’attention de ces listes, une critique concernant notre dernier livre ” La dette publique une affaire rentableEditions Yves Michel. C’est tout à fait  légitime.

Je me permets de simplement répondre ici en quelques mots, mais je souhaite d’abord rappeler que je n’ai nullement l’intention de me comparer à des professionnels de l’enseignement universitaire ; j’essaye seulement, en tant qu’amateur, d’apporter moi aussi  ma pierre à l’édifice anticapitaliste dans la dernière ligne droite de ma vie. D’ailleurs j’ai eu besoin, tout au long de ce livre des analyses de ceux qui sont de vrais professionnels et que je cite : entre autres D. Plihon, D. Clerc, M.Allais, et vous évidemment (p.108)

show_image.php.pngVous dites « Tout ce qui est juste dans ce livre (et il y a des choses justes) figure dans tous les livres d’économie et est exprimé de façon aussi pédagogique. Je pense notamment au mécanisme basique de création monétaire qui est expliqué partout. »

Certes, mais qui lit les manuels d’économie universitaires, hélas ? Quel pourcentage des gens que vous interrogez dans votre entourage ont compris l’origine de la monnaie,  du crédit et de la dette? Combien pensent encore que les banquiers ne peuvent prêter que des épargnes existantes ou des financements des Banques Centrales (ou pire, des États), que ce sont les dépôts qui permettent les crédits ou pire qu’il n’y a d’autre monnaie que celle existante qui circule de plus en plus vite, donnant « l’illusion » de sa multiplication?

Même des gens ayant travaillé de longues années dans la banque, comme  Paul Jorion par exemple (dont le blog est un des plus lus actuellement) ne veuLent pas admettre le principe de la création monétaire par les banques, jouant sur les mots monnaie et reconnaissance de dette, mais en plus considérant que les banques ne peuvent prêter qu’une épargne préalable et que la monnaie bancaire n’est pas de la monnaie.

(voir, par exemple : « La dimensionnalité de la monnaie - Reconnaissance de dette et monnaie »  http://www.pauljorion.com/blog/?p=3076,
et « Argent et reconnaissance de dette  : de faux jumeaux » http://www.pauljorion.com/blog/?p=1289 , ou http://www.pauljorion.com/blog/?p=2908#comment-27754 ) .

D’autre part Jorion ne veut pas trop entendre parler des universitaires qui, selon lui, se trompent dans leur explications de la « soi disant création monétaire par le système bancaire » (les crédits font les dépôts) et préfère penser que c’est Helmut Creutz qui a raison (« Pourquoi il n’y a pas de « création monétaire » par les banques commerciales, par Helmut Creutz » : http://www.pauljorion.com/blog/?p=1135 )

argentdette.jpgJ’ai trouvé le même raisonnement par exemple chez Dominique Reynié, pourtant professeur des Universités en science politique à l’Institut d’études politiques de Paris (qu’on voit souvent à « C’est dans l’air » ) et sur le blog du journaliste bien connu à Bruxelles, Jean Quatremer. Et vous savez bien que même certains banquiers tiennent le même.

Tous sont d’importants relais d’opinion. Alors, n’y a-t-il pas un gros travail d’explication et de vulgarisation à faire dans toutes les catégories de la société, y compris les politiques, les journalistes et les intellectuels ?

Pire à nos yeux : dans tous ces livres économie, nous n’avons nulle part trouvé de critique au droit de création monétaire par le privé, ou qui pose la question de la légitimité de ce « droit ».

Mais encore pire ! Aucun ne semble soulever actuellement la thèse et la question que nous soulevons dans ce livre : pourquoi l’État est t-il obligé à payer l’intérêt à ces banques privées, directement ou indirectement, pour son propre financement ?

C’est donc ce point qui nous a semblé central à expliquer.

(Cliquez dessus pour agrandir l'image)

Base_et_masse_monetaires_modifie.JPG

Les intérêts de la dette, c’est 120 millions d’euros par jour ! Et malgré les 1300 milliards d’euros d’intérêts que nous avons payés depuis janvier 1973 (article 25 de la loi du 3 janvier), nous devons toujours 1300 milliards d’euros de capital, ce qui prouve bien que les comptes recettes/dépenses des administrations publiques seraient globalement sur ce long terme en équilibre s’il n’y avait pas nécessité de financement de la dette publique auprès du privé.

arton958.gifSommes nous dans une situation « logique » lorsque les banques commerciales financent par création monétaire des titres de la dette publique qu’elles peuvent ensuite mettre en pension auprès de la Banque Centrale, alors que cette même Banque Centrale ne peut elle, émettre des titres de dette publique ni prêter directement aux États? Ne faut-il pas dénoncer ce fait ?

Quand nous avons utilisé le terme « ex nihilo » nous avons bien précisé que cette création était bien néanmoins « sous garanties » (p.40) et nous expliquons correctement, je crois,  le fait que cette création est toujours décidée (devrait toujours être décidée) sur la foi d’une anticipation d’un acte productif qui suivra le crédit et de garanties acceptées par le banquier et sur la demande du secteur non bancaire (p.42).

amero3.jpgPar contre, nous nous opposons à l’acceptation de l’idée globalement admise que cet acte productif ayant pour conséquence une plus-value, intérêts étant considérés comme  une partie de cette plus value, ceux-ci doivent être versés aux créateurs privés de monnaie. A notre sens, c’est la collectivité dans sa totalité qui doit toucher ce bénéfice de la monétisation d’actifs ou de potentialité d’actif.

Ces deux points (dette publique et revenus de seigneuriage), nous amènent à dire que TOUTE la monnaie doit être créée par la collectivité (via une Banque Centrale lui appartenant), qui en touchera ainsi les fruits. Le problème de la justification des intérêts des épargnes préalables étant un autre sujet dans lequel nous ne sommes pas rentré car il mérite un autre débat.

rendre_la_creation_monetaire_a_la_societe_civile_philippe_derruder-2.jpgLa citation exacte et complète de Bernard Maris est : « … la monnaie est détachée de tout support matériel, on peut créer de la monnaie à l’infini » (p. 53). Oui, la limite est donnée par le système productif et la quantité de monnaie n’est pas extensible à l’infini. Aurions-nous sous entendu l’inverse ? Cette citation de Bernard Maris est évidemment à relier à ce qui précède immédiatement, où il explique que « la vraie garantie de la création monétaire c’est l’anticipation de l’activité économique ». Qui plus est, si Bernard Maris utilise ce mot « à l’infini » c’est pour marquer les esprits, c’est une « image ».

Nous avons écrit « Le montant des intérêts, qui n’est jamais créé avec le capital, place la population mondiale dans la situation où le montant global de sa dette est supérieur à la masse monétaire disponible » et je maintiens… mais peut être la formulation n’est t’elle pas la meilleure possible, je le reconnais. Au temps T0, la masse monétaire corresponds (au passif des banques) au montant des créances (à l’actif des banques)… mais au temps T+1, il faudra bien rembourser capital et intérêts … d’où vient la monnaie représentant les intérêts? Il est vrai que « si  je perçois mon salaire à la fin du mois (en monnaie), je ne dois rien à personne. Si je le dépose à ma banque, c’est la banque qui me le doit »… mais cette monnaie n’a-t-elle pas à l’origine de son origine, été créée par le crédit ? Et ne faudra t-il pas un moment que le bénéficiaire du crédit la rembourse, avec intérêt ? Et ces intérêts, qui vont les créer si ce n’est les banques commerciales à l’occasion d’un autre crédit « en plus, quelque part » ? Voilà ce que nous voulions dire.

amero.jpgVous rajoutez : « Tout développement économique (qu’il soit productiviste ou au contraire qualitatif), donc toute « accumulation » exige un financement. Et, à l’échelle macro-économique, il faut une création monétaire. Alors que, sur un plan micro-économique, un raisonnement à partir de l’épargne préalable suffit. Donc la dette n’est pas un mal en soi. »

Avons-nous dit le contraire ? Nous disons seulement que la création monétaire ne doit pas avoir pour origine une création « privée » même réglementée. Mais nous disons surtout que ce sont les intérêts payés au privé par les administrations publiques qui n’ont plu d’autres sources de financement qui posent problème. Est-ce donc si « logique » que personne ne soulève même plus ce sujet ?

Vous écrivez : « Ce qui fait problème, c’est la structure de la dette (pour faire quoi ?) et c’est la nature sociale de ses créanciers. Il va de soi que ce sont les riches, et leurs institutions financières, qui détiennent la majorité des bons du Trésor. Le problème est donc de savoir qui leur paiera des intérêts et qui leur remboursera leur capital. Si la fiscalité est très progressive, aucun problème : les riches paieront aux riches. Si la fiscalité est injuste, les pauvres paieront aux riches. Donc, première mesure à prendre pour limiter les inconvénients de la dette publique : réforme radicale de la fiscalité. »

creation-monetaire.jpgTout à fait d’accord avec le débat nécessaire sur la structure de la dette. Par contre, la régulation de la dette publique par la fiscalité est une demi-mesure. Aucune dette publique ne doit être due au privé, mais elles doivent l’être à la collectivité. Comme la BdF est une entreprise publique, se payer des intérêts à soi même n’a pas de sens. Si on considère le cas de la BCE qui serait prêteur (hypothèse de refonte des Traités) , la BdF détenant environ 20% de la part en euro de la BCE, il ne faudrait pas que la part des crédits consentis à la France par la BCE dépasse 20% de la part de l’ensemble des crédits consentis à l’ensemble des pays de l’eurozone..

Vous terminez en écrivant : « Si les gouvernements hésitent à réformer la fiscalité, ils n’ont plus d’autre solution pour alléger la dette que de laisser filer l’inflation ou promouvoir une croissance astronomique à un taux plus élevé que le taux d’intérêt. Dans les deux cas, des inconvénients en vue. Depuis l’éclatement de la crise financière, les dettes publiques s’envolent. Il n’y aura pas d’autres solutions durables que de faire payer la crise à ses fautifs. »

A notre avis les gouvernements ont une autre solution pour alléger la dette : C’est de financer le renouvellement nécessaire des emprunts par la BdF ou la BCE à chaque échéance de dette. En 10 ans (moyenne des maturités ?) le problème serait réglé : il nous resterait une dette à nous-mêmes, non productive d’intérêts, et c’est plusieurs dizaines de millions d’euros d’intérêts par jour que nous éviterions de payer aux déjà plus riches (120 millions par jours actuellement). Ceci n’empêche évidemment pas une réforme nécessaire de la fiscalité que j’approuve à 100%.

Ce livre – avec ses erreurs et ses imprécisions - n’a jamais eu d’autre prétention que de rappeler au citoyen “ordinaire” quelques vérités sur la création monétaire et son corollaire,  la dette publique. Notre seul vœu est que ce débat puisse envahir l’espace public et je ne doute pas qu’Attac s’y emploiera également avec toute sa force.

En attendant, pouvez-vous, Jean-Marie, nous aider sur notre nouveau wiki  http://monnaie.wikispaces.com/  (ou http://www.detteetmonnaie.fr/ ) à expliquer aux lecteurs ce qu’est la monnaie et comment elle est créée, et les conséquences sur la dette publique. Vos interventions seraient les bienvenues.

Avec mes salutations respectueuses,

A-J Holbecq, co-auteur avec Philippe Derudder, de LA DETTE PUBLIQUE, UNE AFFAIRE RENTABLE.

Voir aussi création monétaire pour les nuls :

http://www.societal.org/monnaie/creationmonnaiepourlesnul...

Voir aussi video pour les nuls sur l'argent dette :

http://lemondedissident.20minutes-blogs.fr/archive/2009/0...

ainsi que ce texte :

http://www.apophtegme.com/COUPS%20DE%20GUEULE/arnaque.htm

aussi ce site du Quebec:

http://monnaies.quebecblogue.com/accueil/qui-cree-largent...

Source :

http://www.yvesmichel.org/holbecq/espace-economie-alterna...

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