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13/02/2009

Chercheurs: face au mépris, la colère

Chercheurs: face au mépris, la colère

Mardi 10 février, piqués au vif par l'attitude de Sarkozy, qu'ils tiennent pour du mépris — ou, au mieux, de la provocation, les chercheurs étaient dans la rue.



(photo : marc_monticelli - Flickr - cc)
(photo : marc_monticelli - Flickr - cc)
Pendant que Valérie Pécresse leur criait son amour devant l’Assemblée nationale, les universitaires soutenus par les étudiants défilaient en direction de la place Bourbon. C’est que nos cerveaux qui ont pourtant un cœur  rejettent en bloc «les preuves d’amour» que la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche entend «leur apporter tous les jours». Les scientifiques ont le sens de la mesure et celle que leur prépare la fille du professeur Dominique Roux en les cajolant les hérisse. Le décalage entre son discours et les actes les a fait descendre en masse dans la rue en ce glacial mardi 10 février. 

« Elle va trop loin, c’est du mépris», note froidement dans le cortège une professeure d’économie de Paris XII Val-de-Marne. « Je pense que les gens au pouvoir n’ont pas le sens du débat et des autres, je n’ai jamais vu ça ! », s’indigne une dame à cheveux gris du CNRS qui avant de prendre sa retraite a tenu à manifester une dernière fois son désaccord. « Le problème, c’est cette accumulation de changements autoritaires décidés depuis un an par les conseillers du Président de la République sans tenir compte des remarques qui sont faites tant par les instances- pourtant en grande partie nommées par le gouvernement lui-même- que par des collectifs représentatifs », rationalise une sommité de l’Institut des hautes études scientifiques. Le ténor de l’école mathématique française, l’une sinon la meilleure du monde, souligne que l’ensemble du Conseil scientifique du CNRS—  dont la moitié des membres sont pourtant désignés d’en haut— s’est « associée à la forte émotion des personnels de la recherche provoquée par le discours du Président de la République du 22 janvier 2009». Les sages ont dénoncé à l’unanimité « l’énoncé de contrevérités manifestes appuyées sur des éléments partiels et des erreurs concernant la recherche, et notamment en ce qui concerne son mode d’évaluation». Ce discours présidentiel leur «  semble procéder de la provocation ».

Des chercheurs vexés
En tout cas, il est gravé dans les têtes et parfois détourné sur les tee-shirts des manifestants qui arpentent le pavé sous la pluie gelée. Une jeune femme porte sur son dos l’inscription : « Enseignante feignante, chercheuse médiocre, historienne inutile, universitaire non rentable et… en plus en grève ». Une autre arbore un écriteau « je ne suis pas un ours, je ne grogne pas».  Une troisième « le temps est pourri, le gouvernement aussi». Il faut être fou pour croire qu’un chercheur -enseignant qui gagne 1800 euros par mois avec un Bac+8, va accepter en prime de perdre sa liberté. « Sarkozy en thérapie», s’époumonent les membres d’une UFR de psychologie. Alors que le décret Pécresse octroie aux Présidents d’Université des pouvoirs démesurés, neuf  d’entre eux ont lancé le 9 février «l’appel de la  Sorbonne» pour exiger le retrait de tous les projets de réformes controversées. Pour le monde universitaire, les enjeux sont énormes. Sous la bannière Paris VII, les têtes des filières scientifiques s’échauffent en marchant. Morceaux choisis :

Un physicien nucléaire :« Nous ne voulons pas que les mauvais chercheurs fassent uniquement de l’enseignement parce que par principe à l’Université ce sont les meilleurs chercheurs qui aiment  enseigner ».

Un biophysicien : « La modulation, nous la pratiquons déjà entre collègues, mais nous ne voulons pas qu’elle devienne une sanction imposée par notre dirlo. On ne peut pas dire comme Nicolas Sarkozy que l’on veut mettre l’Université au centre du système de recherche et d’enseignement et parallèlement transformer l’Université en crèche pour post ado ».

Un mathématicien : « Contrairement à ce qu’on affirme ici ou là, nous ne refusons pas l’évaluation. D’ailleurs personne n'est autant évalué que les chercheurs, à part peut-être les sportifs. L’échelle de notation par les pairs est la plus étendue qui soit. Elle va de nul : travail trivial, ou sans intérêt, ou résultats faux parce que la procédure expérimentale est viciée... à plus l'infini : découverte scientifique d'importance majeure. Qui d'autre que des scientifiques travaillant dans le même domaine peut porter un tel jugement ? »

Un spécialiste de la théorie des groupes : « Le gouvernement veut singer les Universités américaines sans en avoir les contraintes : là-bas l’évaluation se fait par les pairs et leurs budgets n’ont aucune communes mesures avec les nôtres. La prestigieuse Harvard à elle seule dispose de presque autant d’argent que toute la recherche française ».

Le mathématicien : « Je voudrais bien être évalué comme mon fils mathématicien à Boston : il a été bien noté et il a reçu en plus de son salaire 100 000 dollars pour s’acheter du matériel,  embaucher un post-doc ou ce qu’il veut ! »

Le spécialiste de la théorie des groupes : « La présence policière est parfaitement disproportionnée comme si on se préparait à des manifestations plus dures. Les CRS nous ont barré la route de l’Assemblée et toutes les rues adjacentes avec des grilles nous obligeant à remonter sur un kilomètre le flux descendant des manifestants. Le chef de l’Etat en s’attaquant à un maillon qu’il croit faible veut faire passer un message à la nation ».

«Non à l'université bling bling»
En début de cortège, sous la banderole « non à l’université bling bling», les enseignants - chercheurs de l’Université du Maine au Mans se prennent en photo. L’ambiance est bon enfant. Jusqu’à ce que, alors que la manif touche à sa fin, les CRS avisent la banderole « bling bling ».

Professeur, Directeur Adjoint du Laboratoire d'Acoustique de l'Université du Maine (LAUM), Rachid  El Guerjouma raconte la suite : « Quelques CRS courent devant nous. On croit au début qu'ils coursent  quelqu'un ou qu'ils ont loupé leur bus… Eh non, c'est nous qui sommes ainsi pris à partie, subitement dangereux. Ils nous encerclent en quelques secondes. Les questions fusent : où allez-vous ? revenez sur vos pas ! On nous demande d'enlever nos badges (très subversifs puisqu'il est écrit dessus : UNIVERSITE DU  MAINE). "Qu'est-ce qu'on fait ? y'en a un qui s'énerve", demande le chef de section au talkie-walkie ». L’ordre a du être de laisser filer.  Les chercheurs-enseignants  ont donc pu repartir en courant rejoindre leur car.  C’est bon pour cette fois, mais qu’on ne vous y reprenne pas à faire des calicots « bling bling ». C’est, apparemment, une grave insulte à la République…


Vendredi 13 Février 2009 - 12:57

A Bélem, la dissidence latino-américaine

A Bélem, la dissidence latino-américaine

Cinq chefs d’États se sont rendus à la grand-messe anti-capitaliste, le Forum Social Mondial de Bélem. Christophe Ventura y était. Premier volet d'une série d'interviews sur cet évènement peu analysé dans les médias.

 


La semaine dernière à Belem, au Brésil, se réunissait le Forum Social Mondial. Pour la 8e année consécutive des organisations alter-mondialistes rassemblaient au total près de 135 000 personnes pour ce contre-feu au néolibéralisme.

Alors que les derniers forums s'étaient révélés décevants, le forum a été cette année marqué par une innovation importante : la participation à part entière de plusieurs chefs d'états latino-américains : le président du Paraguay, du Brésil, du Venezuela, de l’Équateur et de la Bolivie étaient de la partie. Autre originalité significative, le président brésilien Lula a même boycotté le Forum de Davos qui se déroulait au même moment en Suisse, alors qu'il avait, les années précédentes, à être présent aux deux manifestations.

Christophe Ventura, chef de file du mouvement Mémoire des luttes, était à Bélem. Il tire le bilan de son voyage et de ses rencontres là-bas pour Marianne2.

Jeudi 12 Février 2009 - 17:04

12/02/2009

ATTENTION à la revolte des 600 euros

Guadeloupe : une colère contagieuse?

La blogueuse CC s'interroge sur les tergiversations du gouvernement dans la crise guadeloupéenne. Et se demande si ce soulèvement massif pourrait traverser les océans. Comme les émeutes grecques. Mais en plus cyclonique…



La Guadeloupe vue des Saintes (photo JMeisson-flickr-cc)
La Guadeloupe vue des Saintes (photo JMeisson-flickr-cc)

Il faut savoir que la Guadeloupe et la Martinique — les deux îles sont jumelles, pour les problèmes — sont des îles sur lesquelles l'industrie principale est celle de la banane. Les habitants de ces îles sont découpés en trois :

- Les expatriés ou non fonctionnaires, qui bénéficient d'un salaire supérieur à celui de la métropole, parce que la vie est chère. C'est la prime à la vie chère qui existe aussi à Paris et dans quelques villes où la vie est plus chère qu'ailleurs.

- Les salariés, qui travaillent en grande parties dans l'industrie de la banane. Des salaires très bas, le SMIC, pas de prime à la vie chère. Ils sont une majorité.

- Les békés, qui sont les tenants de l'industrie de la banane. Ils sont les descendants des premiers colons français sur l'île, ils vivent en clan, ne se marient qu'entre eux et ont véritablement la main mise sur toutes les ressources de l'archipel.

Les salariés protestent en ce moment pour une augmentation de leur pouvoir d'achat, ce qui semble bien légitime, puisqu'on reconnaît, pour les fonctionnaires que la vie est chère, pendant que les békés s'en mettent plein les poches impunément depuis des siècles.

Bref, ce sont les salariés, les classes dites "moyennes" qui trinquent.

Vous le sentez bien, le deux poids, deux mesures, là ? (j'espère que vous avez cliqué et que vous avez pris le temps de regarder le reportage, si le sujet vous intéresse...? Allez, je vous remets le lien : Là, voilà ! Prenez le temps, c'est intéressant.)

Sachant cela, voilà l'ami Frédéric Lefebvre ! ça faisait longtemps qu'on ne l'avait pas vu...

L'homme à la chevelure magnifique a déclaré : "Il ne peut pas y avoir deux lois de la République, et donc il faut travailler à cet équilibre. J'imagine que c'est ce que va faire Yves Jégo avec le gouvernement"

Et ce soir, nous apprenons de la bouche de Fillon que l'augmentation de 200 € dont on parlait, ne serait pas mise en place.

Pas deux lois ? Qu'est-ce qu'il a voulu dire, Lefebvre ?

Alors, on me dira que si le gouvernement avait augmenté les salariés des îles de 200€, il aurait sans doute fallu le faire aussi en métropole, parce que les salariés français, si prompt à manifester, ces ringards, auraient à leur tour réclamé leur dû...

Mais les fonctionnaires qui n'ont pas de primes à la vie chère ne protestent pas parce que leur collègues d'outre-mer en bénéficient...

On peut comprendre que la situation est différente.

Etrange...

Je n'ai pas de réponse.

Mais je crains un soulèvement massif et un gros syndrôme grec...

Les Martiniquais et les Guadeloupéens semblent très déterminés.

Et cela pourrait bien traverser les océans...

Retrouvez cet article sur le blog de bah!? by cc.


Jeudi 12 Février 2009 - 07:00

Dézinguage en règle du charabia sarkozyste

Dézinguage en règle du charabia sarkozyste

Jean-François Couvrat, ré-informateur économique sur le blog Déchiffrages, commente l'intervention présidentielle du 5 février dernier. Et dénonce les chiffres frelatés du discours et le n'importe quoi de la réflexion sarkozyste.

Lire la suite

Il s’agira simplement de faire un « diagnostic » !

Laurence Parisot: Négocier ? Où ça ? Quoi ça ?

Invitée ce matin de RMC, la matrone des patrons a expliqué que, selon elle, la réunion du 18 février convoquée par Nicolas Sarkozy avec les syndicats n’avait pas pour but d’arriver à des négociations!



(Photo : MEDEF - Flickr - cc)
(Photo : MEDEF - Flickr - cc)

« Je crois qu’il n’y a jamais eu de présidente du Medef aussi engagée pour ouvrir le dialogue social, pour arriver à des accords sociaux protecteurs. » Elle ne manquait pas d’air, ce matin, Laurence Parisot face à Jean-Jacques Bourdin sur RMC. D’autant qu’après avoir prononcé cette phrase, elle entonnait une tirade à la manière d’Arletty. Une tirade qui pourrait se résumer de la sorte : « Négociation, négociation ! Est ce que j’ai une gueule de négociation ».

 

Interrogée sur la réunion du 18 février, elle a en effet fait mine de n’y voir qu’un simple rendez-vous qui ne déboucherait sur aucune décision particulière : « Négociation ? Mais sur quels sujets ? (…) Je n’ai pas entendu parler de négociation ». Et d’ajouter dans la foulée : « Il est bon que les partenaires sociaux se rencontrent pour partager un diagnostic. » Voilà au moins les syndicats prévenus : qu’ils n’attendent rien de cette table ronde avec le patronat et l’Etat. Il s’agira simplement de faire un « diagnostic » !

 

Sur la question des salaires, ils pourront aussi s’accrocher. La matrone des patrons a tenu à rappeler qu’il ne pouvait y « avoir de négociations salariales globales », que « les négociations se passent dans les entreprises ». Et dans le même registre, elle a salué, à mots couverts, la décision que l’Etat n’intervienne pas sur la question des salaires en Guadeloupe.

 

Les négociations ont déjà eu lieu ?

Ne rien lâcher aux syndicats, c’est donc le mot d’ordre de Laurence Parisot pour la réunion du 18 février. Car si la présidente de l’IFOP se montre si ferme, c’est qu’elle estime que les discussions avec les représentants des salariés ont déjà eu lieu dans le cadre de la négociation sur l'UNEDIC.

 

Mais si la dirigeante du Medef joue l'intransigeance face aux syndicats, elle se montre en revanche beaucoup plus souple avec les banques. À la question « Les banques jouent-elles le jeu ? », elle a répondu sur un ton beaucoup plus diplomate : « [Elles] font leur travail au mieux. Les dossiers sont plus longs. Tout est plus compliqué. C’est aussi l’assurance qu’elle ne fasse pas les mêmes bêtises ». Bref, même teintée d'Arletty, Parisot s’est bornée à faire du Parisot et ça promet pour le 18 février...


Jeudi 12 Février 2009 - 09:49

11/02/2009

2009 : l’année de la révolte ?

2009 : l’année de la révolte ?

L’année 2009 sera pour la France et les Français sans aucun doute une année « noire ».

Si la crise a été sans aucun doute un catalyseur, cette crise prévisible et annoncée n’explique pas tout. Le pays souffre depuis plusieurs dizaines d’années de défaillances structurelles qui étaient déjà à elles seules sources d’une croissance molle.

La dégradation du contexte international ne peut être le prétexte que l’on appose systématiquement à des maux bien plus profonds qui conduisent l’Etat à mettre sous perfusion les banques et les plus aisés tout en demandant à ceux qui encaissent le choc frontalement de se serrer la ceinture.

Je m’en excuse d’office : cet article-dossier sera long. J’y expose ma vision des choses, je ne dis en rien qu’elle est exacte ou juste, je souhaite simplement la proposer.

Je tenais à exposer un point de vu relativement complet, d’autant plus complet que la conférence de presse de N.Sarkozy n’a fait que confirmer mes craintes : non seulement le pays n’a plus de cap, mais plus encore, il applique les recettes d’un modèle (dé)passé le tout en face du silence de mort de journalistes conciliants qui n’osent poser les questions qui fâchent.

I. Un système Français à bout de souffle

La France se caractérise dans le monde par un système social poussé. Forte de secteurs de pointes comme la santé, d’un territoire exceptionnel favorisant une rentrée importantes de devises par le tourisme, d’une administration -jadis- structurée et efficace, de terroir exceptionnel (puissance agricole), d’une industrie aéronautique de pointe (etc.) la France dispose d’une série d’atouts indéniables.

Malgré cet état de fait, le pays ne décolle pas, tout du moins, plus.

Pire, non seulement sa croissance est molle, mais depuis plusieurs années son rayonnement s’affaisse, la qualité de vie se détériore et in fine la richesse des habitants stagne, tout du moins pour ceux qui ne font pas parti de la caste des «  privilégiés et nourris » par le pouvoir.

«  France, orgueilleuse et généreuse, tu n’es bonne qu’avec tes ennemis » disait Victor Hugo.

Caricaturalement, cette France généreuse d’une gauche distribuant l’argent sans en réaliser le moindre contrôle ou cette France orgueilleuse et arrogante d’une droite invitant à sa table des dictateurs ou amnistiant des hommes du milieu.

Un système très politisé fondé sur un étonnant mélange des genres, entre des résurgences communistes-providence où il faut toujours accepter d’aider le plus faible quitte à ce que celui-ci pénalise toute la classe moyenne et la tire vers le bas, et un libéralisme débridé, sans contrôle ni contre-mesures, appuyé par des aides publiques.

Un système où celui qui ne sera pas dans la case moyenne, sera déterminé comme étant «  à aider » et pourra parfois en abuser, ou bien usera et abusera de la position de force d’une sphère de profession parfaitement organisée au sommet de la «  pyramide »

La France a été alternativement gouvernée très à gauche ou très à droite, écartelant la classe moyenne sur l’autel des dispositions en faveur des uns ou des autres aux extrêmes de l’éventail social.

Cette situation abouti après plusieurs décennies à maintenir effectivement un filet «  social » qui produit parfois de nombreux excès et occasionne des situations illogiques où il vaut mieux profiter du système plutôt que de travailler, mais également à l’opposé du spectre une ponction tout aussi sociale des classes moyennes vers les classes aisées, notamment par un système fiscal profondément injuste et des empilements de dispositions toutes plus favorables aux forts qu’aux «  moyens ».

«  A défaut que le juste fut fort, on fit en sorte que le fort fut juste » disait Pascal

La gouvernance française a fait de cet adage une nouvelle devise à apposer en lieu et place du mythe de «  liberté, égalité, fraternité » battu en brèche tous les jours par des dispositions visant toujours à un peu plus à réduire ces valeurs à «  sécurité, privilèges, individualité ».

Cette gouvernance, nous avons tous une part de responsabilité dans ce qu’elle est (ce que certains nomment en disant «  nous avons les élus que l’on mérite ») mais nous ne pouvons lui ôter l’immense part qui lui revient dans la construction dans le temps d’une série d’excès tous plus pernicieux les uns que les autres pour répondre au clientèlisme d’élus en mal de mandats.

Nous avons tous une responsabilité car nous ne pouvons nier le fait que tous, à diverses degrés, nous adorons les avantages mais détestons les privilèges. Nous sommes ainsi, car à force de voir des excès, nous nous réfugions dans ceux dont on peut aussi bénéficier.

Alors, suivant les degrés de privilèges, certains commencent à se taire pour ne pas perdre leur situation. Au fil du temps, le silence devient abnégation, l’abnégation résignation. Certains en viennent à oublier ce qu’ils sont, à suivre ce qui se dit, et à se taire même quand tout est fait à l’inverse de la logique.

Cette situation mine depuis des années les représentations politiques, toutes organisées autour d’une féodalité qui ne dit pas son nom, au sein de partis obsolètes et autoritaires qui n’acceptent dans leur rang que ceux qui pensent et suivent comme leur direction.

Depuis qu’il n’est plus possible de parler, de dialoguer et plus largement de penser autrement que les «  chefs », plus rien ne se fait en France.

Parallèlement à cet état de fait, les dirigeants eux-mêmes ne changent pas, figeant à la fois verticalement les organisations et les décisions, mais les figeant également dans le temps.

La France est un pays figé parce que son pouvoir est verrouillé de l’intérieur. Le Sénat est une chambre de conciliabules hors de portée du peuple. L’assemblée nationale une chambre d’enregistrement des décisions du gouvernement. Le gouvernement une équipe assujettie à la voix de son maître.

En face, le peuple a peur de s’exprimer, les individus renoncent et se taisent.

Quand un système en vient à être centralisé à ce point, sans délégation de responsabilité et de signature, il ne peut survivre que s’il donne une large place à des contre-pouvoirs, ces derniers devenant alors la respiration «  démocratique » permettant de faire entendre une musique autre que celle qui est distillée 24h sur 24 à des médias toujours plus présents.

II. Une crise de repères et de société

L’histoire Française est pourtant jalonnée de périodes claires démontrant tristement qu’il n’a pas été possible jusqu’alors de réformer le pays sans rentrer dans un conflit majeur.

Au lieu de se poser la question du «  Pourquoi ? », les gouvernements successifs se sont tous attelés à la tâche du «  il faut éviter ça » dans une course sans lendemain, où il faut survivre un mois, un jour, une heure.

La question du pourquoi est pourtant essentielle.

La France n’avance pas naturellement et en vient à devoir descendre dans la rue car son pouvoir est coupé des réalités de la base.

Il suffit de voir une élection pour comprendre : pour un élu français, le combat est dans l’élection, pas dans le mandat. Pourtant, le véritable combat, c’est le mandat.

Le pays foisonne d’un nombre bien trop importants d’élus, tous disposés à se justifier de leur utilité, mais tous dépendants les uns des autres dans un système déresponsabilisant, complexe et usant dans lequel il n’est point possible d’agir sans avoir la bénédiction de l’échelon supérieur. Le mode même de financement des collectivités est caractéristique : sans DGF/DGD, point de budget locaux.

Tous dépendent de l’Etat, et à l’Etat tous dépendent des grâces et disgrâces des monarques reignants, de droite comme de gauche. Le système n’est pas régulé à son sommet, il ne s’est pas donné de limites, il ne peut donc montrer l’exemple.

Incapable de limiter les excès de ses propres troupes, de ses propres alter-ego, le pouvoir exécutif s’est installé dans une étrange complaisance avec ses pairs et une étonnante intransigeance avec ses boucs-émissaires : fusiller la sécurité sociale n’est pas un problème tant qu’il s’agit d’arroser copieusement certaines professions médicales, dénigrer les professeurs n’a pas d’incidence tant que cela bénéficie à l’enseignement privé, fragiliser toute la classe moyenne n’est pas pris en compte tant qu’il s’agit d’acheter la paix sociale en prélevant des moyens, voire des pauvres, vers les très pauvres...

Tous les gouvernements en place, issus des mêmes écoles, des mêmes modes de pensée, des mêmes schémas et méthodes de raisonnement considèrent qu’il est préférable d’éviter les problèmes plutôt que de les affronter. Organisés dans de solides sphères d’influence, les hommes et – rares – femmes de pouvoir s’arrogent avec une suffisance consternante toutes les places stratégiques.

La sphère privée est verrouillée par des conseils d’administration croisés.

La sphère publique est verrouillée par une caste d’énarques et de commis financiers de diverses horizons dont le seul but est d’évincer tout ce qui pourrait leur porter préjudice.

La France ne dispose pas d’un «  Barack Obama » parce qu’en France on ne fait pas de la politique pour défendre des idées mais pour se tracer une carrière, s’attribuer des postes et jouir des subsides d’un argent public manié sans discernement.

En face de cette situation, un monde qui évolue vite, très vite.

Les difficultés rencontrés par les Français ont fragilisé les cohésions de groupes. L’usage du collectif ayant été détourné à des fins peu enviables, des générations ont appris à se défendre autrement, à se faire leur place par d’autres biais que le mérite, puisque le mérite n’est qu’une illusion que l’on appose pour ne pas reconnaître que tout se passe son le manteau.

- L’école de la république, creuset de la liberté des individus et de leur capacité à comprendre le monde dans lequel ils vivent, est aujourd’hui en déliquescence pour de nombreuses raisons.

- Le monde du travail s’est radicalisé pour devenir une vaste arène où tous les coups sont permis, du pistonnage initial tuant le mérite au nivellement par le bas et à l’exploitation des failles du système (stages sans limite, CDD à foison, CNE/CPE, licenciement abusifs, violence morale...).

- La justice s’est isolée du peuple, par sa complexité, son coût, sa lenteur. Le justiciable ne pouvant l’être que s’il dispose à l’origine d’un minimum de bagage intellectuel et financier pour soutenir son cas, quand bien même celui-ci est éloquent.

- La santé, accessible à tous, devient un luxe pour minorités riches ou bénéficiaires d’une CMU sans plafond. La distorsion des remboursements et autres prix de prestation occasionnant une santé à vitesse variable où ne prime plus l’intérêt global d’avoir une population en bonne santé, mais l’intérêt particulier de l’être quitte à ce que tous les autres soient malades.

La liste pourrait être longue de repères brouillés dans une société où la vie même des couples a évolué. Les enfants naissent dans des familles recomposées, vont à l’école suivre des enseignements en décalage avec l’Internet et le YouTube de la maison, vivent avec une télévision qui les abreuve chaque jour des réussirent des uns ou des autres sans pour autant en indiquer le «  background ». Le service militaire qui autrefois permettait de projeter une génération à un niveau égal pendant un temps donné n’existe plus (nombreux sont ceux qui d’ailleurs y recherchent d’ailleurs par défaut des repères qu’ils n’ont pas eu dans leur enfance).

La société s’est indéniablement individualisée.

Les individus sont même devenus égoïstes, et même parfois égoïstes en groupe : certains ne veulent pas partager, quitte à ce que cela pénalise tout le monde en cascade.

On ne leur a pas laissé le choix, c’est un mécanisme défensif.

Personne ne s’est élevé pour proposer autre chose en face. Personne n’a eu la grande idée de relever le fait que quand l’Etat perd, c’est l’ensemble des individus-contribuables qui perdent. Personne n’a eu le courage de préciser que l’intérêt général et l’argent public devraient être mis au dessus de toutes autres dispositions d’ordre opportuniste, clientèliste ou tout simplement idéologique parce qu’il n’y a pas de démocratie réelle si certains ont tous les droits et les autres tous les devoirs.

Notre société a perdu ses repères car elle ne sait plus vers quoi aller, quel but commun se donner, quels buts individuels se fixer.

Pour certains la seule priorité de ce monde est de réaliser un score sur un compte en banque, de remplir le «  Hall of Fame » des personnalités qui comptent. Combien pensent encore à une autre idée de la vie humaine, tout simplement en travaillant pour un développement humain plus raisonné avec l’environnement, pour une conquête de l’espace ou même pour d’autres utopies comme un monde qui ne laisse plus crever de faim la moitié de ses effectifs ?

Nous errons comme des âmes en peine dans un système du «  cause toujours » où il est devenu impossible de proposer l’application de mécanisme vertueux sans avoir à subir un lobby, à affronter un privilégié qui souhaite le rester ou même encore une surdité obtus de personne si suffisantes qu’elles n’en viennent même plus à savoir se remettre en question.

III. Une défaillance de vision à long terme

La crise des subprimes aura été pour le monde un formidable avertissement, une quintessence de successions de mécanismes tous plus délirants les uns que les autres mais parfaitement compréhensibles pris un par un : chacun voulant se faire le plus d’argent possible le plus vite possible sans chercher à comprendre vers quoi tout cela tendait au final.

A l’image d’une armée d’esclaves, nous nous attelons à construire notre propre échafaud : à court terme cela rapporte, mais à moyen et long terme nous sommes tous sous le couperet.

L’absence de repères occasionne une course aveugle à l’immédiat et au court terme.

La défaillance de notre société, et plus particulièrement du «  modèle français » provient essentiellement de cette incapacité à se projeter dans l’avenir en tenant le cap de réformes structurelles profondes qui se réalisent sur le terrain, dans le temps et dans l’ajustement au quotidien.

Nous superposons des lois à d’autres lois inappliqués. Nous courons à la réforme sans même en savoir le contenu. Nous nous empressons de brûler ce qui est imparfait sans même savoir ce qu’il nous restera par la suite : jadis les hommes se battaient pour acquérir des droits, maintenant ils se battent pour les conserver.

Nous entendons les annonces quotidiennes de discours qui bercent mais ne sont pas préparés sur le fond et encore moins dans le temps. Des discours, des mots, mais quoi de neuf sur le fond des choses ?

Loin de moi l’idée de défendre des positions qui sont intenables, de justifier l’immobilisme dans les acquis sociaux et autres privilèges acquis. Mais cette course à la mise à l’index doit se faire dans l’optique d’une amélioration commune de la qualité de vie et plus encore par la hiérarchisation des priorités, des choix et des ordres.

En clair, on ne peut réformer que si l’on commence par réformer ce qui est le plus flagrant, ce qui se passe en haut, ce qui est le plus dimensionnant. Cela se prépare, se travaille dans la méthode : cela prend du temps et il faut savoir conduire le changement.

On ne réforme pas l’école en supprimant idéologiquement des postes. On la réforme en changeant ses contenus, ses méthodes d’enseignement, son cadre de travail.

On ne réforme pas le travail en forçant d’une manière ou d’une autre les salariés à se prostituer pour quelques euros supplémentaires, mais en donnant du sens au travail, en améliorant la qualité organisationnelle des entreprises, en répartissant mieux les salaires et plus largement en répartissant sur chaque acteurs les droits et devoirs.

Les patrons ne sont pas tous des «  pourris », ils ont eux aussi des droits et des devoirs, différents des salariés, mais qui doivent rester connecter avec raison avec la place occupée dans l’organigramme.

La chasse aux sorcières, la mise à l’index, la politique de victimisation et de bouc-émissaire n’ont aucun avenir. On ne change pas la société, on n’offre pas de progrès humain en cherchant les responsables, mais en cherchant comment il a été possible qu’un excès ait pu être commis.

Une fois cette question solutionnée, alors, et seulement alors, il est possible d’édicter des règles avec des sanctions claires.

Poursuivre les banques fautives d’une crise majeur n’a pas de sens : il faudrait évider tout le système bancaire qui n’a agit que dans une logique moutonnière.

Par contre, savoir que ce sont les banquiers qui ont déconné parce qu’il n’existait pas de règles occasionne l’immédiate conséquence que tout plan de sauvetage aurait dû être étroitement conditionné à des règles strictes.

Parmi ces règles il y aurait du y avoir les termes de régulation, contrôle, baisse des prix pratiqués, sanction des comportements ne respectant pas ces nouvelles règles.

L’état ne peut pas toujours signer des chèques pour compenser ses défaillances régaliennes.

C’est aussi et surtout parce qu’il ne prévoit pas, parce qu’il ne clarifie pas ses lois dans des textes clairs et évolutifs, qu’il s’affaiblit par la corruption passive de ses membres, qu’il devient une proie facile pour des entreprises mondialisées «  hors-sol » qui peuvent se soustraire à son ordre.

Sans État fort, il n’y a pas de vision à long terme.

Mais que l’on se comprenne bien : un État fort n’est pas un Etat autoritaire : c’est un Etat organisé, régalien, juste et impartial qui a pour seules et uniques prérogatives que de projeter son peuple dans un avenir meilleur.

IV. Pourquoi le clash est inéluctable

Depuis des dizaines d’années, le pouvoir refuse d’assumer son rôle pour se complaire dans les facilités d’une gestion par accoups et par l’écoute de lobbies fort lucratif pour la situation personnels d’élus qui sont avant tout des individualités.

Le terme de «  réforme » est galvaudé, utilisé à tord et à travers, la suppression d’un droit étant tapi sous le terme de réforme, celui-ci connoté positivement faisant de tout détracteur un opposant au progrès proclamé par la bien pensée du sommet du pouvoir.

Néanmoins, les reculs successifs portés méthodiquement à certains pans du système et non à d’autres ont créés d’insoutenables décalages, à compter par la dualité du système scolaire – unique au monde à un tel degré - , l’écrasante domination des entreprises géantes de rang mondial qui ne laisse aucune place aux PME pourtant génératrices d’emplois, l’incroyable système fiscal qui exonère les milliardaires mais ponctionnent au taux maximal les classes moyennes....

Ces préoccupations, concrètes, devraient figurer au premier rang des discussions de l’assemblée nationale et occuper une bonne part de l’information des médias.

Il n’en est rien.

(Sur ce point du reste, j’ai partagé pour la première fois une citation du président : «  si l’on ne conduit pas les réformes nécessaires dans ce pays, les français se révolteront, et ils auront raison de le faire ». Bingo, c’est exactement ce qui risque de se passer.)

A l’inverse, aujourd’hui tout ce qui pourrait interférer dans le déversoir médiatique à médiocrités est méthodiquement mis à l’écart, muselé, mis sous silence. L’ensemble des contre-pouvoirs est mis à mal avec une froide et sournoise efficacité.

- Les syndicats sont (ont été ?) divisés, muselés et enfoncés dans leur crise de représentativité qui mériterait pourtant une refonte forte notamment pour redéfinir leur rôle ainsi que renforcer leur représentativité, leur relation avec le pouvoir et plus largement leur capacité à intervenir comme acteurs constructifs et privilégiés de terrain.

- Les médias sont majoritairement sous contrôle, directe par certains biais financiers, indirectes par des ententes entre détenteurs de groupes de presse et financeurs de campagne.

Bien sûr, les effectifs sont libre de leur choix, mais si leur direction n’apprécie point leur point de vu, cela ne durera pas très longtemps.

- L’indépendance et les moyens de la justice sont mis à mal. L’éviction de certains magistrats, la remise en question du juge d’instruction, la prépondérance du parquet, et donc les liens de dépendances avec le pouvoir politique réduise chaque jour un peu plus l’indépendance d’une justice qui souffre déjà intrinsèquement d’un manque de moyen, et surtout d’une prolifération de textes inapplicables/contradictoires qui ralentissent l’instruction des dossiers.

- L’opposition est éclatée et manque de ligne claire et cohérente. La parodie de Reims, l’incapacité de l’extrême gauche à se rassembler, la position en porte à faux du Modem, et toutes les dissonances de l’opposition en font une proie facile pour une majorité regroupée lors de ses sorties, mais tout aussi divisée en interne.

- L’expression populaire, qu’il s’agisse d’expression dans les médias, sur Internet ou bien dans la vie courante est marginalisée. Rares sont les voix qui s’opposent en public alors que nombreuses sont celles à le penser en privé.

Les contre-pouvoirs étant mis à l’écart, seuls les chiffres peuvent parler.

Ces derniers ne mentent pas : ils virent tous au rouge vif.

Plutôt que de s’atteler à redresser la barre, les gouvernements en place n’ont cessé de chercher à en masquer l’ampleur.

- Depuis plus de 30 ans, le déficit récurrent du budget de l’Etat, de la Sécurité Sociale et plus largement de la sphère publique n’a cessé de se creuser. L’accélération a été telle depuis 2007 que le déficit annuel a réalisé un bond de 50% en 2008 passant à plus de 4,5% du PIB.

- Les chiffres du chômage n’ont jamais réellement franchi à la baisse la barre des 10%, une partie non négligeable des français étant «  sorti des statistiques » par diverses biais, qu’il s’agisse des stages, des contrats aidés (en floraison notable ces derniers temps) ou même des simples jeu de catégories ANPE.

- La balance commerciale (-55G€ en 2008) a sombré dans les années 2000 du fait d’une extrême exposition aux importations, à la faiblesse de nos exportations (contrairement à l’Allemagne) et de notre secteur industriel, et plus largement à l’effet rustine que constituait l’exportation de «  gros volume financiers comme les Airbus » et venait combler la faiblesse des exportations de «  détail ».

Depuis 1998, les Français ont certes pu se réfugier dans l’immobilier, vecteur fort de génération de plus-value ayant permis par le simple jeu de valorisation de générer des richesses tout en affaiblissant les non acquéreurs (creusement nette d’écarts de richesse pendant cette période) et les locataires.

Depuis 2008, le renversement simultané des cours de bourse et de l’immobilier ont donner un coup d’arrêt nette aux 2 derniers moteurs de génération d’argent facile, laissant le pays en face de ses difficultés d’économie réelle.

Certes, une reprise aura sans aucun doute lieu d’ici quelques mois.

Mais en attendant, pendant la période transitoire, le pays voit s’envoler entreprises, emplois et pire encore, savoir-faire, hors de nos frontières.

En perdant notre capacité productive, en laissant le situation se détériorer, nous semons d’ores et déjà les graines pourries d’une reprise qui sera molle.

Le secours, inévitable, des banques aurait du se faire sous conditions et avec un volet fort d’investissement dans les infrastructures et l’affaiblissement temporaire de la fiscalité sur le volet des ménages. Il fallait stimuler aussi et surtout la demande et renforcer l’action régalienne de l’Etat.

Le gouvernement fait exactement l’inverse- sans contre-parties-. Et ce n’est pas nouveau.

Les bras de fer déployés à grands frais, contre les enseignants, les postiers, les cheminots, les magistrats (tous publics) est inversement proportionnel aux cadeaux offerts à la sphère privée, des médecins aux chefs d’entreprises (prolifération des exonérations fiscales), en évitant soigneusement les classes moyennes et populaires.

Creusant la «  fracture sociale devenue canyon », le gouvernement semble peiner à voir une école à 2 vitesses qui voit les écarts se creuser puis se poursuivre tout au long de la vie.

Le système n’est plus homogène au niveau des lois et de l’équité de justice : l’individualisation de défense conduit lentement mais sûrement à un délitement du ciment social, jetant clairement les bases d’une révolte profonde à venir tôt ou tard.

Tout le monde n’est pas à plaindre. C’est la proportion de ceux qui n’ont plus rien à perdre et sont écartés des richesses qui s’accroît et s’avère risqué à terme. La résignation devient alors colère. Cette colère devient d’autant plus explosive qu’elle concerne avant tout les jeunes générations, ces dernières voyant leurs espoirs d’avoir une vie meilleure que leurs parents s’affaisser sous les yeux mêmes de ceux qui ne pensaient pas que l’on puisse en arriver là.

Et plus nous perdons du temps à réagir, plus la situation se dégradera pour les générations à venir. Celles-ci étant minoritaires «  démographiquement » et donc politiquement, elles ne pourront éternellement assurer le service après-vente des retraites, leur propre niveau de vie, et leur marginalisation de la vie politique.

V. Que faire ?

S’il semble difficile de dresser un registre des actions à réaliser, il me semble essentiel de souligner l’importance d’un changement de cap majeur dans la manière de gouverner, de diriger et d’organiser le pays.

1. La première des réformes, structurelle, devrait consister en un profond changement de la représentation politique, qu’il s’agisse de la diversité, de la place des femmes, du nombre d’élus et plus largement des prérogatives, moyens et cadre de fonctionnement dans lesquels ils évoluent.

Le cumul des mandats, les absences aux assemblées, la non représentation des minorités, la faible proportion de femmes, de jeunes, etc... ne peuvent conduire à l’expression de points de vu différents et à la richesse d’une nation.

La superposition d’échelons de décisions, tous interdépendants et aboutissant au doublonnage de postes administratifs et aux financements croisés ne peut être maintenu éternellement.

Parallèlement, la prolifération d’organes para-publics, tels que certaines agences, les conseils économiques et sociaux régionaux (CESR), les hautes autorités pour un oui ou pour un non, deviennent des repères à refoulés du suffrage universel et autres nids de remerciements à collaborateurs. Loin des règles de gestion, ces organismes coûtent chers. Certains sont particulièrement utiles voire vitaux (cour des comptes), d’autres nettement moins (maison de l’emploi, AFIFT)

Par ailleurs, l’expression publique ne peut se réduire à la prolifération de textes de loi se superposant les uns aux autres et devenant avec le temps, contradictoires, complexes et inapplicables. La mise en oeuvre de loi simples, évolutives dans le temps, avec des dispositions claires d’exécution devrait guider des juristes qui aujourd’hui sont plus dans la créativité textuelle que dans le pragmatisme d’applications concrètes et immédiates de dispositions opérationnelles.

2. La seconde des réformes, structurelle elle aussi, devrait consister à une profonde refonte de la fiscalité, toute la fiscalité (cf rapport de la Cour des Comptes). L’objectif étant de rétablir une fiscalité plus claire, plus progressive et surtout efficace pour la vie des citoyens.

Le niveau de prélèvement élevé en France n’est pas gage d’une bonne redistribution sociale. Au contraire même : certaines dispositions amènent la majorité à cotiser pour les avantages de minorités. L’impôt sur le revenu est un gruyère où les plafonnements d’exonérations sont fictifs.

La TVA s’applique de manière homogène sans prendre en compte la réalité des entreprises.

La fiscalité locale est complexe et illisible, de la constitution de la «  valeur locative » en passant par les canaux de redistribution aux collectivités.

Les cotisations patronales et salariales ne sont pas suivies de la source à l’arrivée, aboutissant par exemple à des financements syndicaux ou patronaux interposés, notamment par le biais des 1% formation et autres x% thématiques.

La répartition de l’effort fiscal et la redistribution des ressources devrait constituer l’un des fondements de l’action publique, notamment sur le volet du contrôle et de la régulation : aujourd’hui, c’est l’inverse qui a lieu.

3. La troisième des réformes, organisationnelle et structurante, devrait consister à redonner du sens, du contenu et des règles tant à l’école que dans le monde du travail. Il s’agit ni plus ni moins de remettre du mérite dans le système, non pas pour produire des élites, mais pour diversifier les excellences et conduire des générations de jeunes – et d’anciens via la formation continue – à des savoirs-faire professionnels, qualifiants et valorisables sur le marché.

L’école ne peut plus continuer à fonctionner sur un système dual aboutissant à une organisation du travail hyper-segmenté où le management «  à la française » se traduit par marche ou crève, sans jamais se poser la question de l’émulation, du gagnant-gagnant ou des perspectives d’évolution : le pire ce n’est pas d’être au SMIC, c’est de savoir que l’on va y rester.

Ce sens peut également se traduite par une meilleur redistribution des revenus, par la législation et l’encadrement des hautes rémunérations, par l’encadrement des pratiques de prix, qu’il s’agisse du bâtiment ou de la médecine, sans aller dans la rédaction de prix, mais en passant par la transparence obligatoire sur les prestations. Impossible alors de vendre une maison 100K€ alors qu’il y en a pour 5K€ de matériaux le tout en indiquant que ce sont les prestataires qui font du sale travail... Même chose pour des praticiens organisés qui facturent 45€ la consultation sur un secteur sans en justifier la raison. Même chose encore lorsqu’il s’agit des rémunérations : difficile d’accepter un PDG à 200K€/an quand 95% des salariés évoluent au SMIC...

Redonner du contenu à l’école, c’est aussi redéfinir le contenu et les moyens de la recherche, renforcer les universités, alimenter les cours par des éléments de savoir pratiques, qualifiants, proche des réalités mais aussi prospectifs pour l’avenir.

S’il s’agit dans les premières années d’école (jusqu’en 5ème) de donner aux élèves des savoirs de base communs, il s’agit à l’inverse après la 5ème de permettre de tester des disciplines pour en faire son métier et sa spécialité.

4. La quatrième des réformes, organisationnelle également, pourrait consister à redéfinir le champ d’action de la sphère publique – régalien notamment - pour assurer les infrastructures et les services sans aller s’imbriquer dans la sphère privée. Aujourd’hui l’action publique se mêle avec l’action privée, venant dans nombre de cas parasiter le développement d’entreprises.

Parallèlement il s’agit également de redonner du poids aux PME, en définissant des règles favorisant leur essor et empêchant le phénomène actuel d’entreprises mondialisées qui avalent tout ce qui pousse et laissent sur le terrain que des micro-entreprises. Sans moyennes entreprises, il ne peut y avoir de génération d’emplois.

L’économie française est beaucoup trop centralisée et dépendante de mastodontes sous lesquels rien ne peut pousser.

Enfin il s’agit également de soutenir la création d’activités par la mise en place beaucoup plus large et démocratique de structures «  pépinières » permettant aux idées de jeunes entrepreneurs de prendre corps par un soutien matériel pendant les premières années. Ceci est particulièrement vrai pour les services et l’ingénierie.

On pourra à l’inverse éviter les «  offrandes » au privé lorsqu’un investissement public rapporte, comme les autoroutes partiellement vendues à prix cadeaux à quelques entreprises privées (Vinci, Bouygues, Eiffage) qui, non seulement dégagent du bénéfice (1G€/an) mais en plus augmentent les péages ! L’état devrait être le garant attentif de la valorisation de son patrimoine et de la rentabilité de ses investissements lourds.

5. La cinquième des réformes, prospective et de vision, serait de projeter le pays vers d’autres voies de développement, plus forcément fondé sur le quantitatif PIB, mais vers du qualitatif.

Ce qualitatif, cela peut être l’économie verte, l’économie de la connaissance, la génération de nouveaux services, la recherche, et plus encore la qualité de vie.

Il peut aussi passer par la force de la productivité (temps de travail ou organisation), la solidité des règles équilibrées encadrant le travail, la qualité de vie dans les entreprises, la qualité de l’encadrement et de la préparation des sportifs de haut niveau, et même encore par bon nombres d’autres voies donnant à la France un «  attrait » par sa qualité globale de vie.

Nous savons qu’il ne sera plus possible de lutter financièrement face à des pays où la main d’oeuvre est moins onéreuses pour des tâches simples. Nous devons donc former les individus à produire quelquechose de plus complexe pour avoir une rémunération adapté au niveau de vie du pays.

L’importance du maintien des savoirs-faire, des brevets et des outils de production sur le sol français est vitale : l’état doit protéger et soutenir ses activités, d’où l’impérieuse nécessité de définir des règles cassant les licenciements alors que l’entreprise génère des profits.

6. La sixième des réformes, organisationnelle et fonctionnelle, serait de redonner du sens au dialogue tout en limitant le poids du politique à tous les étages.

Un Etat fort n’est pas nécessairement un état où intervient une pléthore d’élus. La force d’un Etat c’est de garantir un panel de droits, de libertés et de justice large à ses citoyens.

La trop grande implication du politique (comme en Chine) induit des comportements biaisés, des grilles de lecture «  double » qui ne prennent plus forcément en compte du rationnel, mais de l’opportun ou de l’admis. Une trop grande implication du politique conduit à une radicalisation des pensées, blocs contre blocs, entraînant de fait des décisions unilatérales de «  groupe » et non plus des choix issus d’un dialogue constructif.

En clair, le fait d’avoir tous les ans une élection, à tous niveaux de décision une représentation politique, induit des comportements qui ne sont plus professionnels mais tributaires des convictions de chacun. Certaines entreprises ne pourront jamais voir leur activité être soutenu parce que de connotation «  de gauche » sur un territoire «  de droite » et inversement.

C’est exactement la même chose pour les projets, les associations, les permis de construire etc...

Moins d’élus, mais mieux d’élus à des échelons plus pragmatiques, ce serait aussi beaucoup plus de décisions techniques fondées sur des faits.

Plus de dialogue -sans préalables ni décisions prises d’office- et moins de blocages, ce serait aussi de redonner une existence réel à des syndicats marginalisés par des pratiques de management «  par la peur » qui ne permettent pas à ceux qui en auraient le plus besoin d’avoir des relais de représentation sur leur lieu de travail.

C’est toute la question de la représentativité syndicale et plus encore de la part de syndiqué qui est à poser : des syndicats plus forts, moins nombreux et beaucoup plus associés à toutes les décisions, seraient un gage de décision efficaces sans utiliser inutilement l’arme de dernier recours : la grève.

Il suffit de voir la méprise du gouvernement pour des accords pourtant signés entre syndicats et patronat pour comprendre l’un des maux français le plus profond : l’incapacité à décider avec l’autre.

7. La septième des réformes, culturelle, est sans doute la plus difficile mais aussi la plus importante à mes yeux : changer le mode de management par la peur à la française.

Il suffit d’écouter les français pour s’en rendre compte : un mal rampant mine les troupes.

Derrière les belles statistiques se cachent l’étonnante impression de «  bosser comme des chiens », de «  travailler pour des vampires » et plus largement de perdre du sens dans le travail.

L’organisation pyramidale des entreprises ou la féodalité de certaines administrations entraînent une surconcentration des pouvoirs de décision en haut, une déresponsabilisation en bas, un jeu de petit chef usant au milieu. Le management à la française n’est pas construit sur la prise d’initiative ou le soutien à l’émulation, mais plutôt sur la peur collective, la promotion à la loyauté du silence et même bien trop souvent la promotion à la médiocrité.

Celui qui sort du moule, qui propose, tente, essaye et peut parfois se louper n’est pas pardonné : il faut se faire respecter dans les urgences, dans les menaces, dans les provocations. Culturellement nous n’essayons pas de «  conduire des équipes » mais plutôt de «  survivre le plus longtemps à la tête de celle-ci », le mode de management ministériel en étant une triste caricature : «  Un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne ».

Il serait grand temps de passer à autre chose vers un discours plutôt basé sur le : «  Un ministre ça propose des idées et des solutions à mettre en oeuvre ou bien cela fait un autre travail ».

Pour prêter à réflexion, mieux vaudrait travailler 30h/semaine dans des conditions de management optimale mobilisant les bonnes compétences au bon moment, plutôt que de reconnaître les «  forcenés » du travail à 60h/semaine qui passent le plus clair de leur temps à la machine à café et à la boîte mail pour dire aux autres toutes les erreurs qu’ils ont commises ... sans avoir lu la dernière version.

Cela s’appelle l’efficacité, et on a encore clairement de la marge en France.

La liste pourrait s’allonger de dispositions encore plus pragmatique sur des thèmes clairs et dimensionnant comme le logement (25% des budgets des français), la santé (à quand un gouvernement qui ne cède pas face aux médecins et reconnaît les excès (cf rapport de l’IGAS), la justice (que dire d’élus qui fraudent des élections et risquent au pire 1 an avec sursis et 15 000€ d’amende alors que le moindre casseur de bijouterie en prendrait pour 20 ans ?), l’outre-mer (grève général en Guadeloupe – rappelez vous mai 67 précurseur...- la Guyane l’était il y a 3 mois). D’ailleurs sur ce dernier point, la gronde est telle que ce sont toutes les Antilles qui frôlent la révolte, toujours pour les mêmes raisons : un pouvoir d’achat en berne, des gens qui s’en mettent plein les poches et des défaillances structurelles ...

VI Conclusions ?

La France a clairement besoins de réformes, les français en sont conscients et le disent.

La question essentielle consiste à définir lesquelles, pour faire quoi et comment : le contenu est décisif.

L’année 2009 sera sans aucun doute une année très difficile pour de nombreux français, avec une récession à la clef (-2% de croissance selon toute vraisemblance) et une hausse forte du chômage.

Le plan de relance, fictif, n’est qu’une avance de trésorerie complétée par des jeux de prêts. Ne visant que l’offre, il en oublie de soutenir la demande prétextant que cela encouragerait le déficit de la balance commerciale... Cette dernière remarque est totalement déconnectée des liens de cause à effet, puisque c’est la structure même des nos jeux d’import-export (libre échange et économie de marché) qui occasionne ce déficit mécanique.

Ne pas soutenir la consommation sous ce prétexte renvoie à 2 écueils majeurs :

  1. Si les autres pays de l’UE relancent via l’investissement ET la consommation, alors ces derniers nous font aussi vivre de l’argent qu’ils injectent : quand on parle d’action coordonnée à l’échelle de l’UE, il semble difficile que la France face jeu à part et bénéficie de l’argent de ses copains...

    2 Si la consommation creuse le déficit de la balance commercial : faut-il incriminer les consommateurs ou bien le fait de s’être trop exposé aux importations ? Cela revient à dire aux français qu’il ne faut plus les payer dès maintenant sous prétexte qu’ils vont aller acheter des produits étrangers alors qu’on a vendu leur savoir faire et leurs entreprises à leur détriment. Absurde.

Focalisé sur la trésorerie et les projets déjà inscrits (cf CPER et jeu de crédits de paiement) ce micro-plan de relance n’en cache pas moins un dérapage budgétaire significatif notamment constitué d’une notable baisse des recettes de l’Etat (paquet fiscal, exonérations multiples et variées) avec une hausse notable de certains «  trous » budgétaires, le tout avec des budgets thématiques à volume constant dégradés (éducation, justice, recherche, etc...).

Parmi ces trous budgétaires, on citera entre autres la SECU (budget annexe mais quand même), le financement des retraites (dont l’impact de la loi Fillon de 2003 a été épinglé du reste pour son inefficacité et sa capacité à envoyer encore plus vite les actifs en pré-retraite), le poids de la dette et des intérêts de celle-ci.

L’état français vit clairement au dessus de ses moyens.

Il continue néanmoins a poursuivre les erreurs commises depuis plusieurs décennies :

politique du carnet de chèque, effets d’annonce à grands frais, déficit budgétaire, resserrement fiscal sur la classe moyenne, largesse fiscal pour les extrêmes du spectre.

Il ne prépare en rien l’avenir et amène les français à devoir se «  driver » eux-mêmes, non seulement pour s’en sortir au jour le jour, mais aussi pour se déterminer un avenir.

Et c’est bien cela dont il s’agit : l’avenir.

2009 sera une année de crise, certes. Mais cette crise doit servir pour faire mieux après.

Or, nous ne construisons pas aujourd’hui les succès de demain, bien au contraire.

L’absence d’ambition concrète pour les jeunes, pour les banlieues, pour les séniors, bref pour les français qui ont ou auront la charge de construire la «  France d’après » est un fardeau lourd de sens.

L’absence totale de vision, de déontologie et même plus encore de respect pour les générations à venir compte tenu des dettes et de la situation écologique mondiale est une provocation intenable.

Intellectuellement, les jeunes devront se faire à l’idée que leurs «  vieux » leur ont construit un monde bancal et inégal, qu’ils pouvaient agir mais qu’ils ont renoncé pour mieux se complaire dans la suffisance, la facilité voire l’égoïsme.

La vie démontre que pour survivre, il faut savoir s’adapter.

Le défi de ce siècle, est à mon sens dans ce mot : l’adaptation.

Nous avons plusieurs énormes défis à relever, dont le plus important réside dans le fait d’adapter notre mode de développement à un monde fini. Nous pouvons encore un temps fermer les yeux et jouer aux imbéciles, en produisant n’importe quoi n’importe où à n’importe quel prix. Mais cela ne pourra durer éternellement sans occasionner de lourds conflits.

L’avenir appartiendra à ceux qui comprendront qu’il est nécessaire de changer de cap pour respecter cette nouvelle donne, qu’il n’est plus possible de se développer seul dans son château de dorures sans avoir à un moment la responsabilité d’améliorer la vie du voisin, qu’il n’est plus possible de produire des voitures et de consommer du pétrole à foison (modèle des années 60 dépassé) sans se poser la question des limites, qu’il n’est plus possible de tout balancer à la poubelle sans se poser la question de l’état de l’environnement, qu’il n’est plus possible de former des générations d’enfant à des savoirs généralistes dépassés quand la société exigent de la compétence pratique...

Bref il est grand temps de changer de repères et de buts.

Voilà pourquoi B.Obama porte un espoir : parce qu’il porte en lui la capacité d’amener du nouveau, autre chose, d’autres idées. Je ne dis pas qu’il réussira. Je dis qu’il est le vecteur de cet espoir-là.

C’est tout le défi que nous avons à relever en France dans ce siècle : avoir enfin un espoir porteur de renouveau. Voilà pourquoi il faudra bien un jour que la «  révolte » ait lieu pour faire entendre cette petite musique là.

La crise de l’anarchie néolibérale

La crise de l’anarchie néolibérale

La crise actuelle n’est pas seulement la conséquence des excès des subprimes ou du comportement individuel de quelques traders. Elle est la conséquence directe des excès de la déréglementation.

Aux racines du mal : une triple déréglementation

À partir des années 70, les structures économiques relativement rigides issues de l’après-guerre ont été démantelées par les tenants d’une liberté économique sans limites. Ils sont parvenus à mettre en place une triple déréglementation, monétaire, commerciale et financière, liée par l’idéologie et des intérêts croisés. La libéralisation financière pousse ainsi celle du commerce puisque les multinationales qui investissent à l’étranger cherchent ensuite à exporter. La libéralisation monétaire pousse la libéralisation financière pour permettre aux entreprises de se couvrir contres les évolutions erratiques du cours des monnaies.

On oublie aujourd’hui le rôle fondamental de la fin de la convertibilité du dollar en 1971, qui a accéléré la financiarisation de l’économie (le marché des devises est le premier au monde). Puis, les accords commerciaux se sont multipliés pour démanteler les barrières douanières et assurer une circulation la plus libre possible des biens. Enfin, les années 80 ont vu une accélération de la déréglementation financière jusqu’à ce que les échanges financiers soient 50 fois plus importants que ceux de marchandises.

Les trois conséquences de la déréglementation

891500-1053130.jpgLa déréglementation a eu trois conséquences. La première a été un gonflement incontrôlé de l’endettement (des ménages et des Etats), permis par le manque d’encadrement des pratiques financières. Les institutions financières peuvent créer toujours plus de monnaie par rapport à leurs capitaux, que ce soit par l’effet de levier, qui permet de prêter ou placer davantage que ce qui est autorisé (par le hors bilan) ou la titrisation (qui permet de sortir le risque du bilan). Les excès de cette libéralisation sont particulièrement bien illustrés par les excès du marché de l’immobilier subprimes aux Etats-Unis, que Paul Jorion décrit si bien.

La deuxième conséquence est une amplification radicale du caractère cyclique de nos économies et la multiplication des crises. Nous vivons dans un monde économique de plus en plus instable : krach boursier en 1987, crise économique du début des années 90 (conséquence d’une bulle immobilière), crise asiatique de 1997, bulle Internet de 2001, subprimes en 2007. Et du fait de la libéralisation, la contagion est plus rapide et les crises sont plus violentes. Le repli de la régulation laisse mieux apparaître le caractère exagérément cyclique du marché, exubérant à la hausse comme à la baisse.

La troisième conséquence est une hausse des inégalités. Le libre-échange non régulé des pays développés avec les pays émergents provoque une déflation salariale et une hausse du chômage. Le système actuel ne profite au mieux qu’à 10% de la population. Et la hausse des inégalités se retrouve également dans la soumission accrue des entreprises au diktat du marché. Enfin, cette inégalité transparaît dans le rapport entre les entreprises et les citoyens puisque les premières s’accaparent une part toujours plus grande de la richesse au détriment des salaires, preuve que déréglementation ne rime pas forcément avec concurrence.

rachat-credit-crise.jpgPire, les trois conséquences de la déréglementation se renforcent entre elles. En effet, c’est bien la hausse des inégalités aux Etats-Unis qui a provoqué la catastrophe des subprimes puisque les ménages modestes ont compensé par l’emprunt la baisse de leur pouvoir d’achat à cause à la déréglementation financière. Et c’est la déréglementation monétaire et financière qui pousse les pays d’Asie à engranger des excédents colossaux pour se protéger des marchés, créant d’énormes déséquilibres financiers mondiaux.

Une guerre sémantique et philosophique

De manière intéressante, les tenants du système ont gagné une partie de la bataille en parvenant à qualifier la destruction de la réglementation économique issue de l’après-guerre des beaux noms de mondialisation, globalisation ou déréglementation. En effet, comment être contre ces termes, porteurs de valeurs positives ? Notre combat idéologique passera également par les mots et il nous revient de qualifier ce qu’est vraiment cette évolution de ce capitalisme sauvage : la loi de la jungle, la loi du plus fort ou l’anarchie néolibérale.

banque-crise-finance-madoff-finances-financiere-economique-retraites-scandale.jpgPire, certains ont réussi à faire passer ce retour en arrière pour moderne. Il s’agit d’une arnaque incroyable tant cette idéologie tend à revenir au capitalisme sauvage du tournant du siècle, celui d’avant les grandes conquêtes sociales. En quelque sorte, pour reprendre Paul Jorion, il s’agit d’une volonté de retour du capitalisme à l’état de nature, d’un déni de tout ce qui fait l’humanité, l’abandon du processus de civilisation où le bien commun et la solidarité l’emportent sur les calculs égoïstes individuels.

Quelques économistes darwiniens ont vendu l’idée que la somme des égoïsmes correspond à l’intérêt général et qu’une main invisible bienveillante veille sur le marché pour promouvoir le « laissez faire » et le « laissez passer ». La crise leur fait perdre une bataille, mais ils n’ont pas encore perdu la guerre…

Laurent Pinsolle

source

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/

Les psychiatres vers la désobéissance civile ?

Les psychiatres vers la désobéissance civile ?

Les psychiatres sont en colère, allant jusqu'à dénoncer le saccage de leur discipline et à envisager la désobéissance civile. Philippe Petit revient sur le mouvement pour Marianne2.fr.


Les psychiatres vers la désobéissance civile ?
Ils s’attendaient à accueillir quatre cents personnes. Il y en eut deux mille pour la réunion de « la nuit sécuritaire » du 7 février dernier à Montreuil. Les psychiatres venus témoigner du saccage de la psychiatrie ont partagé leur inquiétude avec des infirmiers, des représentants des familles de patients, des psychologues, des étudiants, des psychanalystes, des fonctionnaires de justice, d’horizon politique différent. Les personnalités présentes ont fait honneur à l’intelligence. L’ancien ministre de la santé Jack Ralite a prononcé un grand discours « malrucien ». Domique Voynet, le maire de Montreuil, s’est montrée éloquente. Jean Oury, le directeur de la clinique de La Borde, du haut de ses quatre-vingt-cinq ans, a provoqué l’enthousiasme. Et pas moins de trente-neuf intervenants se sont succédé à la tribune. Il régnait une atmosphère de veillée d’arme, entre la répétition générale et le banc d’essai, où chacun tentait de retrouver les mots de la conquête, comme abasourdi par tant d’années de silence, de repli sur son pré carré, incapable de redresser la tête.

ff1418e8cc993fe8abcfe3ce2003e5c5-2.jpgFaire reculer le gouvernement
Les psychiatres qui sont à l’initiative de ce rassemblement à « La Parole Errante à la Maison de l’Arbre », dirigé par Armand et Stéphane Gatti, peuvent se dire satisfaits de cette journée. Ils ont réussi leur coup. Ils sont entrés en dissidence et se préparent désormais à la désobéissance civile. Ils ont commencé par réagir avec dignité au discours de Nicolas Sarkozy à Antony le 2 décembre 2008 et ils se croient aujourd’hui assez mûrs pour entamer une longue marche qui les conduira à faire reculer le gouvernement sur la nouvelle loi de santé mentale qui sera présentée au parlement au printemps. La pétition de l’« Appel des 39 » lancée mi-décembre par par le psychiatre Hervé Bokobza, l’un des organisateurs des États généraux de la psychiatrie en 2003, contre la politique  de santé mentale du gouvernement, fut le point de départ de ce mouvement. D’autres pétitions toutes aussi hostiles  à une politique qui tend à faire de la psychiatrie la gardienne de l’ordre social circulent sur le net.

deuil colere.jpg« Des mesures en totale contradiction avec les finalités du soin »
Face à une telle effervescence, le rassemblement de Montreuil  marque une étape importante dans la prise de conscience qui se fait jour depuis trois mois parmi le personnel soignant. Mais il serait injuste de le réduire à un simple réflexe corporatiste, voir à de l’anti-sarkozysme primaire. Le président, comme Dieu chez Malebranche, a fourni l’« occasion » d’un réveil, il n’en est pas le seul agent. Jean Oury a fait rire la salle en le comparant à une puce, mais il a mis en garde les participants contre la tentation du fétichisme. Car à trop s’occuper de son cas, on en oublie les raisons qui ont conduit à l’augmentation du nombre de demandes de soins en même temps qu’à une politique tendant à éliminer du corps social les individus qui ne correspondent pas aux normes prescrites par une administration de plus en plus normalisatrice. 

« Cet appel, je l’attendais depuis longtemps, souligne le psychanalyste Jean-Pierre Winter, il est le symptôme positif de l’entreprise de destruction du tissu social qui est à l’œuvre depuis trente ans, Sarkozy n’est que la pointe immergée de l’iceberg. Dans nombre de cités, on supprime tous les lieux de parole, du simple bar au commerce de proximité, on supprime les lieux d’hébergement, les centres d’accueil, pour les jeunes et les anciens taulards, on réduit le temps du suivi, qui était autrefois de six mois, pour ne répondre aux situations de détresse que dans l’urgence. On détruit le temps nécessaire à l’échange ».
Il n’est pas étonnant que dans cette enceinte, le beau mot de parole ait été aussi souvent prononcé. Le mouvement qui est en train de naître n’est pas un simple mouvement de protestation, il est surtout un mouvement de réappropriation.

illus491.jpgLes psychiatres présents à Montreuil ne veulent pas de ces mesures qui entrent en totale contradiction avec les finalités du soin. « Or on leur demande aujourd’hui de répondre à trois objectifs: prédisez l’avenir, expertisez, enfermez. J’oubliais, évaluez vous, avec des questionnaires issus de l’industrie. En instrumentalisant les faits-divers, en annonçant qu’une loi va être votée au printemps, l’État risque de parachever cet immense gâchis : nous couper de notre histoire et dénier celle des patients, dont il souhaite réduire la maladie à des symptômes qu’il faudrait traiter soit en les enfermant à vie, soit en trouvant le médicament « adéquat », les transformant ainsi en individus transparents, homogènes, et enfin maîtrisés », s’insurge Hervé Bokobza.

Mercredi 11 Février 2009 - 07:00

10/02/2009

Guadeloupe: les banques les plus chères de France!

Guadeloupe: les banques les plus chères de France!

Les Guadeloupéens manifestent depuis plusieurs semaines contre le coût de la vie, trop élevé sur l'île. On comprend pourquoi avec le blogueur Milton Dassier qui explique que les banques les plus chères de France sont antillaises.



(photo : Blinky.S - Flickr - cc)
(photo : Blinky.S - Flickr - cc)
Le magazine « Votre argent »  vient de publier le palmarès des banques pour la facturation de leurs services aux clients. Et devinez quoi ? Les banques les plus chères se situent dans les DOM sauf la BRED et la Banque Postale. C’est sans appel ! Parmi les 10 banques les plus chères de France, 7 sont antillaises : Guadeloupe et Martinique.

Comprendre la crise en Guadeloupe : les tarifs bancaires

Le magazine « Votre argent » vient de publier le palmarès des banques pour la facturation de leurs services aux clients.

 

 

Et devinez quoi ? Les banques les plus chères se situent dans les DOM sauf la BRED et la Banque Postale.

 

 

C’est sans appel ! Parmi les 10 banques les plus chères de France, 7 sont antillaises : Guadeloupe et Martinique.

 

102

Crédit Mutuel Antilles Guyane

106,52 €

+0,82 %

103

Société Générale Banque aux Antilles

110,28 €

NC

104

Caisse d'Epargne Guadeloupe Martinique

116,20 €

+6,08 %

105

Banque Populaire Côte d'Azur

130,26 €

-17,23 %

106

Crédit Agricole Martinique Guyane

134,64 €

-2,18 %

107

Banque Populaire Centre Atlantique

135,76 €

-2,16 %

108

Crédit Agricole Guadeloupe

137,52 €

-8,07 %

109

BNP Paribas Guadeloupe

140,40 €

NC

110

Crédit Mutuel Sud Est

197,88 €

+0,32 %

111

Crédit Mutuel Centre Est Europe

197,88 €

+0,32 %

112

BNP Paribas Martinique

246,50

 

 

 

 

A titre d’exemple, les BNP métropolitaines facturent à l’année leurs services de base : 45,20€

La BNP Martinique : 246,50€ soit 545% de plus que ses homologues métros et 176% de plus que son homologue guadeloupéenne la BNP Guadeloupe qui facture les mêmes services à 140,40€.

 

 

Même chose pour des prestations bancaires plus complexes comme celles destinées à un couple d’actifs . Là les tarifs varient de 147€ par an pour les meilleures banques métropolitaines à 651€ pour la BNP Paribas Martinique encore une fois, banque la plus chère de France, soit 442% fois plus chère. Et là encore, dans le top ten des banques les plus chères, 6 sont antillaises.

 

 

On comprend l’exaspération des guadeloupéens et peut-être bientôt celle des martiniquais et des guyanais….

La Révolte des universitaires !

La Révolte des universitaires !

facs.jpg

Il y eut la loi LRU en août 2007. Le mouvement étudiant qui suivit ne fut soutenu que par une minorité d’universitaires, la majorité espérant encore pouvoir s’en accommoder. Mais aujourd’hui les conséquences de la LRU se font sentir, et un vent de révolte a fini par emporter les plus sages.

 

 

L’une après l’autre, les AG d’enseignants votent la grève. Une coordination regroupant trois quarts des universités s’est mise en place. Outre un millier de suppressions de postes et une régression budgétaire considérable, deux contre-réformes ont en effet apporté la preuve du pudding…

 

 

Mastérisation bidon

C’est d’abord la prétendue “mastérisation” de la formation des enseignants qui ne peut être digérée. Jusqu’à présent, les concours de recrutement des enseignants (1er et 2nd degrés) se déroulaient dans l’année suivant la licence. Une année de fonctionnaire stagiaire suivait au cours de laquelle une formation professionnelle était dispensée en IUFM. C’est donc à bac+5, au niveau master, que les enseignants commençaient leur carrière. Reconnaitre ces cinq années de formation par un diplôme universitaire est légitime. Mais reculer d’un an le concours, supprimer l’année de stage, remplacer cette année de salaire et de cotisations par de misérables bourses, évacuer la formation professionnelle… non ! Derrière cette réforme se profilent la fin des concours, le recrutement de contractuels par les chefs d’établissement, en lieu et place de fonctionnaires… Sommées de rendre au ministère des projets de master dans un délai record et sans aucun cadrage national, les universitaires ont commencé par demander un moratoire. Puis, dans des établissements toujours plus nombreux, ils ont décidé de ne pas renvoyer ces projets.

Casse du statut national

Le second plat empoisonné est la remise en cause du statut des enseignants-chercheurs. Au nom de la “modulation des services” inscrite dans la LRU, les présidents d’universités pourraient varier les services d’enseignement de ces personnels jusqu’à les doubler. Soumission aux “objectifs de l’institution” et clientélisme seraient au rendez-vous. Ce serait la fin de l’indépendance des enseignants-chercheurs jusque là garantie par la constitution et donc d’une recherche (encore) libre. Ce serait surtout un moyen économique de réguler les pénuries d’enseignants en taillant dans la recherche, au moment où Sarkozy annonce le démantèlement du CNRS ! La quasi-totalité des enseignants-chercheurs et de leurs instances représentatives rejette ce projet. C’est aujourd’hui l’élément moteur de la mobilisation de ces personnels, alors que la “mastérisation” suscite celle des étudiants.

Mobilisation nationale

La LRU était censée ramener tous les problèmes à un niveau local. Sa mise en place est susceptible de réaliser ce qui ne s’était jamais réalisé, sinon peut-être en 1968 : l’unité dans la lutte des enseignants et des étudiants au niveau national. Dès le 26 janvier, le SNESup-FSU appelait à la grève. La coordination réunie dans l’amphi Richelieu de la Sorbonne ce lundi 2 février a renouvelé son appel de la semaine dernière. Les prochains jours seront décisifs ! Décidément, la LRU ne passe pas… L’université n’est pas une entreprise, l’enseignement et le recherche ne sont pas des marchandises !.

 

Après avoir mis en grève Assas et Dauphine, Pécresse recule !

Après avoir mis en grève Assas et Dauphine, Pécresse recule !

A quelques heures de la manifestation contre la réforme de l'IUFM et le décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs, ce qui transparaît sur le Net, c'est la crainte de la droite de voir aboutir ce mouvement.



(Photo : gillesklein - Flickr - cc)

Et une reculade de plus au compteur du gouvernement Fillon ? Invitée hier soir de France-Info, la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, annonçait que le décret contre lequel se mobilisent aujourd’hui dans la rue étudiants et enseignants-chercheurs devrait « rentrer en vigueur pour la rentrée 2010 » avant d’ajouter : « Ca nous laisse un petit peu de temps pour approfondir la concertation, pour le retravailler (...) et pour lever tous les malentendus, rassurer, apaiser les inquiétudes ». Et une médiatrice est même nommée pour « retravailler » le décret (voir ci-dessous). Mais quelques minutes seulement après cette déclaration, son cabinet faisait savoir que la langue de la ministre avait tout simplement « fourché » et que le décret allait bien rentrer en vigueur en septembre 2009. Et voilà comment celle qui faisait figure de bonne élève du gouvernement, voit sa cote brutalement s'effondrer. Mais c'est comme ça : Nicolas Sarkozy a toujours reculé devant la rue, et plus ça va, plus il recule avant même qu'un mouvement déploie toute sa potentialité.

 

Quoiqu'il en soit, lapsus ou pas, une chose est sûre : la droite redoute la grogne des universitaires tout autant qu’elle avait redouté celle des lycéens en décembre dernier. Il suffit pour s’en convaincre de s’offrir un petit tour du Web. Bien entendu, les organisations opposées à la réforme du statut des enseignants-chercheurs sont omniprésentes sur Internet. Bien entendu, de nombreux sites relaient les communiqués du Snesup, de l’UNEF ou du collectif « Sauvons la recherche ». Bien entendu, aussi, certaines vidéos ont été concoctées et circulent  qui démontent le discours du chef de l’Etat et de sa fidèle ministre.

Mais c’est surtout la droite et ses organisations affiliées qui occupent l’espace. L’UNI, par exemple, s’est jetée dans la bataille déployant, pour l’occasion, tout un matériel de propagande (voir photo ci-dessous). Le syndicat lycéen dit vouloir dénoncer « les mensonges des syndicats et de la gauche » et explique voir dans cette grogne universitaire « un mouvement ultra-politisé ». Un comble pour une organisation étudiante qui affiche fièrement pour slogan : « La droite universitaire »


Après avoir mis en grève Assas et Dauphine, Pécresse recule !

Les comités « Stop la grève » ont aussi été sortis de la naphtaline pour contrer ce fameux mouvement. Et étrangement (sic), ils entonnent mot pour mot le même refrain que l’UNI… Et comme si cela ne suffisait pas, les Jeunes Pop se sont joints au cortège des casseurs de grève. Benjamin Lancar, son dynamique président (sans doute pas autant que le patron des « Vieux Pop »), s’est même fendu d’un appel « aux présidents d’université pour ne pas paralyser les établissements ». Dans ce texte, le responsable des jeunes sarkozystes explique que « les enseignants ne peuvent en aucun cas utiliser le mécontentement actuel pour mobiliser les étudiants contre un projet qui ne les concerne pas » !

 

Oui à la manifestation mais non au retrait des réformes !

Mais la droite a bien raison d’avoir peur de ce mouvement et de déployer tous les moyens possibles pour en venir à bout. Car il y a des signes qui ne trompent pas, qui montrent que la grogne universitaire a très largement franchi les frontières politiques traditionnelles. Ainsi la FAGE (la Fédération des associations générales étudiantes, ndlr) qui s’est toujours présentée comme « indépendante » mais qui n’est pas vraiment connue pour son engagement à gauche, a annoncé qu’elle allait manifester. Dans un communiqué, l’organisation « appelle les étudiants à rejoindre les manifestations du mardi 10 février », sans pour autant exiger le « retrait des réformes sur le statut des enseignants-chercheurs ou sur la masterisation de la formation des maîtres » ! Et d’expliquer qu’elle « souhaite l’ouverture d’une large concertation, notamment sur ces dossiers, avec l’ensemble des acteurs. » Est-ce que c’est suffisamment clair ? Pas vraiment…

En revanche, ce qui l’est, c’est que certains bastions universitaires traditionnellement acquis à la droite sont tombés. Et c’est une nouvelle fois sur le Net, que l’on peut en avoir la preuve. L’université Paris IX, plus connue sous le nom de Dauphine, fairait partie des établissements en grève. Pour le site Universitesenlutte.wordpress.com , ça serait même « la première fois depuis… 1976 » . Difficile à dire si c’est effectivement le cas mais une autre université, encore plus idéologiquement marqué à droite, a été contaminée par la grogne universitaire : Assas ! Son conseil d’administration « en formation restreinte aux enseignants-chercheurs » a adopté, le 4 février dernier, une motion grâce à laquelle il souhaite attirer « l'attention du gouvernement sur les graves conséquences que pourrait avoir pour le fonctionnement du service public la publication du décret dans sa rédaction actuelle. » Si même Assas est aujourd’hui aux mains des socialo-communistes, on comprend mieux pourquoi Valérie Pécresse en a perdu son latin. Voire son calendrier grégorien. Et mieux encore pourquoi le président ne se sentait pas le courage d'aller au baston contre un mouvement élargi à Dauphine et Assas.



Mardi 10 Février 2009 - 07:00

Kouchner, l'homme qui signe des contrats à 660.000 euros avec des inconnus

Kouchner, l'homme qui signe des contrats à 660.000 euros avec des inconnus

Après la photo de la porte de la gardienne de l'immeuble d'Imeda, où apparaissait le nom de Bernard Kouchner, publiée par Challenges, c'est au tour du Parisien de révéler que le nom d'Imeda figure dans les statuts même de la société du ministre, BK consultants. Pour un contrat d'un montant de 660.000 euros !

kouchner_kabila432.jpgSix cent soixante mille euros : c’est le montant du contrat qu’aurait signé en 2004 Bernard Kouchner, via sa société BK consultants avec la société Imeda pour réaliser un audit sur « le système de santé du Gabon et propositions de réforme ». C’est ce que révèle le Parisien, dont les journalistes ont réussi à se procurer les statuts de BK consultants, où il est écrit noir sur blanc que la société se crée dans le but de la « signature d’un contrat de consultant avec la société Imeda pour un montant de 660 000 €  taxes comprises ». Pour trois ans de travail.

rdc-kabila.jpgDifficile dans ces conditions pour Bernard Kouchner de continuer à prétendre, comme il l’a fait mercredi 4 février dernier au JT de France 2, « Je n'ai jamais appartenu à Imeda ou à Africa Steps (les deux sociétés ayant facturé ses prestations, ndlr)» ou encore qu’il « ne connaissait pas » les dirigeants de ces entreprises : il est rare qu’on signe des contrats pareils, nécessitant la création d’une société ad hoc, avec des inconnus. La version kouchnérienne des faits est d’autant plus mise à mal que l’hebdomadaire Challenges a publié cette semaine une photo démontrant que le ministre des Affaires étrangères était bel et bien lié à Imeda et Africa Steps.



Samedi 07 Février 2009 - 15:25


06/02/2009

Avec Sarkozy, tout change mais rien ne change

Avec Sarkozy, tout change mais rien ne change

Le chef de l’Etat a fait mine de découvrir les vertus du dialogue social en expliquant que tout se déciderait lors d’une réunion des partenaires sociaux le 18 février prochain. Tout en promettant de poursuivre les réformes contre lesquelles la rue a protesté.



(Capture écran France 2)
(Capture écran France 2)

La protestation massive qui a parcouru les rues de France le 29 janvier dernier serait-elle arrivée jusqu’aux oreilles du chef de l’Etat ? En apparence, oui. Lors de l’émission « Face à la crise », Nicolas Sarkozy l’a joué profil bas et a fait mine de découvrir les vertus — qui lui était jusque-là inconnues — du dialogue social. À presque chaque question qui lui était posée en introduction, le locataire du Palais de l’Elysée n’a eu de cesse d’expliquer que tout se déciderait le 18 février prochain lors d’une réunion des partenaires sociaux.

 

Du coup, celui qui a l’habitude d’avoir réponse à tout, n’avait réponse à rien… Le chômage des jeunes ? Il confie vouloir faire plus mais se garde bien de dire quoi ! Pour venir en aide aux classes moyennes ? Il explique avoir en tête « plusieurs pistes » mais se refuse à « trancher ». Et le partage des dividendes ? Il avance « la règle des trois tiers » mais se presse d’ajouter : « C’est un ordre d’idée. Il faut garder de la souplesse dans tout ça. » Et s’il « faut garder de la souplesse » c’est, affirme-t-il, parce que doit avoir lieu cette fameuse réunion du 18 février.

 

C’est beau un homme politique qui, à l’âge de 54 ans, découvre enfin les vertus du dialogue social ! Sauf que le dialogue social à la sauce Sarkozy, ça donne avant tout un dialogue social de sourds. Car dans le même temps, le président de la République a expliqué que « les réformes [restaient] d’actualité » : « Evidemment qu’on va continuer de réformer. (…) C’est la seule solution pour que la France sorte plus forte de la crise que quand elle y est entrée. (…) Je dois écouter les manifestants mais j’ai un mandat pour que le pays soit plus compétitif. » Les manifestants et les syndicats demandent un plan de relance axé sur la consommation. Le Président, lui, maintient son plan de relance fondé sur l'investissement. Nicolas Sarkozy se trompe : les manifestants, il entend volontiers leur grogne mais il ne les écoute surement pas…

De plus, sous pretexte de faire prendre ces responsabilités à l'état, il a avoué de faire passer par la loi, toutes réformes n'ayant pas pu etre validé par tous. Je retiendrais donc 2 choses importantes dans son discours sur la crise : 1er il va continuer contre vents et marées ses réformes et 2eme, comme il le dit au tout debut de son discours, à propos de la réaction du dame (voir la video: minutes 3.27), ce sont bien les francais qui payeront la crise !

 


Jeudi 05 Février 2009 - 21:34

Sarko : «Les prêts aux banques rapportent 1,4 milliard.» Faux !

Sarko : «Les prêts aux banques rapportent 1,4 milliard.» Faux !

En déclarant que les prêts consentis par l'Etat aux banques rapporteront 1,4 milliards, le Président de la République a commencé par émettre une contre-vérité évidente pour les connaisseurs. Explication.



Prime de risque de l'état et de la BNP. Les courbes commencent à se rapprocher à partir du 26 septembre 2008 lors des premières annonces des aides aux banques.
Prime de risque de l'état et de la BNP. Les courbes commencent à se rapprocher à partir du 26 septembre 2008 lors des premières annonces des aides aux banques.

« La crise est suffisamment dure pour qu’on ne mente pas aux Français», a dit d’entrée de jeu le Chef d’état. Moyennant quoi il a immédiatement enchainé par une contre-vérité : «les prêts aux banques ne vous a pas coûté un centime d’euro : les 25 milliards d’euros prêtés aux banques rapporteront à la France 1,4 milliards d’euros à la fin 2009.»
Eh bien, cette assertion est fausse, pour deux raisons :

1°) L’argent que l’état prête aux banques n’existe pas dans ses caisses. La France est donc obligée de l’emprunter sur les marchés. Les experts considèrent que le taux auquel la France emprunte représente à peu près la moitié de celui auquel elle prête aux banques. Le prêt ne rapporte donc pas 1,5 milliards mais la moitié, 700 milions.

2°) Au-delà de ce calcul comptable, on pourrait montrer que les prêts consentis par l’Etat aux banques affaiblissent considérablement la crédibilité du pays. Autrement dit, en prêtant aux banques, l’état transfère le risque, ce que les marché sanctionnent immédiatement en augmentant le taux auquel la France peut emprunter, comme on peut le constater sur le schéma qui ouvre cet article.

Au total, la décision de prêter aux banques ne rapporte en réalité pas grand chose au pays, ce qui ne veut pas dire qu’il ne fallait pas le faire, pour, comme l’a dit le Président, sauver l’épargne des Français ou permettre aux banques de continuer à exercer leur métier.


Jeudi 05 Février 2009 - 20:39

12:45 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : banques, crise, dette, prêts

La presse étrangère découvre l'autre visage de Kouchner

La presse étrangère découvre l'autre visage de Kouchner

Depuis quelques jours le livre de Pierre Péan, «le monde selon K», suscite de nombreuses réactions dans les journaux. Et pas seulement dans l'Hexagone! La presse étrangère s'intéresse également à l'affaire, égratigne Kouchner et encense l'enquêteur.



(capture d'écran du site du Times)
(capture d'écran du site du Times)
Voilà désormais le French Doctor  confronté à l’opinion publique internationale. Peut-être aurait-il souhaité que ce soit dans d’autres conditions. La plupart des journaux Britanniques reviennent sur « l’affaire Kouchner », s’attardant sur les affaires africaines du ministre.

« Bernard Kouchner se bat pour son honneur politique »
« L'argent des dictateurs africains pour le Monsieur Propre français » titre The Guardian, qui ajoute que le président Sarkozy avait promis de rompre avec le passé trouble de la Françafrique. Pour le Times, Bernard Kouchner se bat pour son « honneur politique », « Monsieur Péan décrit le Dr Kouchner, ancien administrateur de l'ONU pour le Kosovo, comme un hypocrite motivé par l’appât du gain, engagé en tant que consultant pour les gouvernements du Congo-Brazzaville, du Gabon et d’autres. Bien loin de son image lisse de militant des droits de l'Homme. »

The independent, qui évoque un livre « au vitriol », est le seul journal à revenir sur les « passages insidieux où il est question de cosmopolitisme et d’anti France » en citant les propos de Kouchner à l’Assemblée qui y voyait un retour inquiétant au vocabulaire des années 30.

Le Washington Post y consacre un long article politique et estime que « le bureau de Sarkozy devra décider si le tapage fait autour de ce livre l’affaiblit dans sa fonction de ministre. Pour l’instant, le Premier Ministre, François Fillon évoque « une chasse à l’homme » et le chef de l'UMP, Xavier Bertrand, a suggéré que le livre, était une façon pour le Parti socialiste à régler ses comptes avec Kouchner. »

Loin de l'image du chevalier blanc de l'action humanitaire
Le journal américain revient également sur le couple Kouchner-Ockrent. La journaliste a, en effet, débuté sa carrière aux États-Unis : « Kouchner et son épouse, la journaliste Christine Ockrent, ont fréquenté le milliardaire Bernard Tapie, passé du temps sur son yacht, acheté une maison de vacances en Corse, passé de longs moments dans la luxueuse villa marocaine de Bernard Henri Lévy. Bien loin de l’image du chevalier blanc de l’action humanitaire, pour lui,  et des usages classiques du journalisme américain, pour elle. »

Pour La Presse, quotidien de Montréal, « l'affaire » est d'autant plus gênante que Pierre Péan est un « redoutable journaliste d'investigation », « l'un des meilleurs de France » écrit même l'Irish Times qui parle de « la chute d'une icône » concernant « Mister K ».

Preuve que les médias étrangers ne se payent pas de mots quand il s'agit de déboulonner les politiques même les plus populaires.


Vendredi 06 Février 2009 - 06:59

Le consulting, nouvelle retraite chapeau des chefs d'Etat

Le consulting, nouvelle retraite chapeau des chefs d'Etat

Comme le démontrait Serge Halimi dans Le Monde diplomatique de janvier, de Clinton à Schröder, les chefs d’Etat sont de plus en plus nombreux à profiter des collusions entre politique et business pour se préparer des fin de carrière généreusement payées. Une tentation qui n’est pas étrangère à Nicolas Sarkozy.



(photo : zzzack - Flickr - cc)
(photo : zzzack - Flickr - cc)
« Quand je vois les milliards que gagne Clinton, moi, j’m’en mets plein les poches ». C'est ce qu'aurait déclaré Nicolas Sarkozy, selon Le Point du 3 juillet 2008. De fait, comme le constate Serge Halimi dans le Monde Diplomatique de janvier, Clinton a plutôt bien réussi sa reconversion. Et il n'est pas le seul : la fonction de chef d’Etat devient un formidable tremplin pour les hommes politiques désireux de s’assurer une retraite dorée.

Certains se débrouillent mieux que d'autres : Tony Blair gagne  un million d'euros par an contre 250.000 pour Gérard Schröder (décidément, les salaires restent plus attractifs chez les anglo-saxons !).

L’ancien Premier ministre britannique a trouvé une place de conseiller à temps partiel dans le prestigieux cabinet JP Morgan, malgré ses mesures à l’égard des institutions financières. A l’inverse, Schröder n’a fait que rejoindre la société de gestion de pipe-line que sa fonction de Chancelier lui avait permis de favoriser.

« Je fais ça pendant 5 ans et ensuite je pars faire du fric comme Clinton », Nicolas Sarkozy
Evidemment, ce ne sont pas ces exemples européens qui fascinent Nicolas Sarkozy, mais leurs cousins d’Amérique. Si George W. Bush envisage déjà de « donner quelques conférences pour remplir [ses] vieux coffres », c’est le démocrate Bill Clinton qui force l’admiration de Sarkozy. L’ancien Président démocrate mène si bien sa barque de conférencier de luxe qu’il devra soumettre au comité d’éthique de département d’Etat la liste de ceux qui le rémunèrent dans le cadre de ses conférences. « Nul ne pourra soupçonner Mme Hillary Clinton de conduire la politique étrangère des Etats-Unis de manière à enrichir subrepticement les clients de son mari », glisse Serge Halimi.



Sauver les banquiers, pour assurer ses vieux jours ?
Dans un contexte de régulation du capitalisme financier où l’Etat semble le dernier rempart à l’emballement bancaire, on n’ose imaginer ce que les grands groupes et firmes en tous genres devront aux chefs d’Etat actuellement en poste. Une nouvelle forme de corruption politique, rimant avec la collusion économique, est-elle en train de se dessiner ?


Jeudi 05 Février 2009 - 15:27

challenges.fr publie une photo qui contredit Kouchner

challenges.fr publie une photo qui contredit Kouchner

Bernard Kouchner a affirmé à plusieurs reprises qu'il n'avait appartenu ni à Imeda, ni à Africa Steps. Pourtant l'hebdomadaire Challenges publie une photo où son nom son nom figure en toutes lettres sur la porte de la gardienne de l'établissement de ces sociétés.



challenges.fr publie une photo qui contredit Kouchner
635786.jpg




























«Je ne suis pas Imeda, je suis un des consultants», avait juré le docteur Kouchner, à plusieurs reprises ces derniers jours lorsqu'on l'interrogeait sur les mises en cause dont il fait l'objet dans le livre de Pierre Péan.
Connaissant son rôle sur le bout des doigts, il le répétait encore hier soir au journal de 20 heures: «Je n’ai appartenu ni à Africa Steps, ni à Imeda». Aucune fausse note, l'acteur est à son meilleur. A ceci près que l'hebdomadaire Challenges publiait cet après-midi une photo qui dément les propos du ministre des affaires étrangères. Le document suggère, écrit Challenges que «Bernard Kouchner est si proche de ces sociétés, domiciliées boulevard Saint-Germain à Paris, que son nom figure en toutes lettres sur la porte de la gardienne. Il n’y est pas seul. Sont également mentionnés, entre autres, les noms de son ami Eric Danon, éphémère ambassadeur de France à Monaco et patron d’Imeda, ainsi que celui de Jacques Baudouin, gérant d’Africa Steps et salarié d’Imeda».

L'article et la photo de Challenges


Jeudi 05 Février 2009 - 19:07

05/02/2009

LES PARIAS LES PLUS PRIVILEGIES DE LA PLANETE

*** LES PARIAS LES PLUS PRIVILEGIES DE LA PLANETE

wall-street.jpgAujourd'hui, nous commençons par les parias les plus privilégiés de la planète.

"Autrefois enviés, les banquiers de Wall Street sont désormais moqués", titre le International Herald Tribune.

Il y a tant de gens sur le dos des banquiers que nous commençons à avoir pitié de ces derniers. Après tout, qu'ont-ils fait de mal ?

Eh bien... ils ont envoyé l'économie mondiale tout entière sur un océan de dette... accordant même des prêts à des gens dont ils savaient qu'ils allaient couler.

Et ils se sont accordé des primes sur des profits qu'ils n'avaient pas vraiment gagnés.

Et ils se sont payé avec le cash dont leurs banques ont si désespérément besoin maintenant.

Et ils ont créé des torpilles de dettes de plusieurs milliers de milliards de dollars... qui explosent désormais partout sur la planète, menant à 32 000 milliards de dollars de pertes... jusqu'à présent.

Et ils ont planté le décor pour un cycle de chômage de masse, de grèves, de dépression, de protectionnisme, d'émeutes, de révolutions, de pauvreté... et probablement même de famine.

Et... ah oui ... ils ont aussi fait sauter leurs propres banques.

Mais à part ça, ce sont des gens plutôt sympathiques, non ?

Pendant ce temps, en Espagne, le chômage a grimpé de 47% au cours des 12 derniers mois. 14% de la main-d'oeuvre est au chômage.

En Irlande, "les fonctionnaires risquent des baisses de salaire", déclare le Financial Times. Le gouvernement irlandais est en train de se trouver à court de temps et d'argent.

En Chine, 20 millions de personnes ont dû abandonner leur emploi en ville et revenir chercher du travail à la campagne.

IBM a annoncé avoir baissé ses salaires de 15%. UPS déclare avoir gelé les siens.

argent_gagner.jpgLes propriétaires immobiliers américains ont perdu 3 300 milliards de dollars l'an dernier, selon Bloomberg. Les maisons, à Las Vegas, ont vu leurs prix chuter de 41%. A Phoenix, la baisse était de 43%. Les propriétaires de Miami ont subi un déclin de 40%.

Mais mardi, les investisseurs ont cru voir un peu de lumière à l'horizon... un bateau de sauvetage, peut-être ? Le nombre de ventes en cours, dans l'ancien, a augmenté en décembre.

Nous pensons que la petite lueur que les investisseurs ont pensé voir se révélera être une autre torpille en train d'exploser. Des millions de propriétaires et d'investisseurs boursiers ont déjà coulé... mais beaucoup sont encore à flot. Et de nombreuses torpilles n'ont pas encore atteint leur cible.

Au Japon, par exemple, les prix de l'immobilier ont commencé à chuter en 1991. Ils ont continué leur baisse durant 13 ans... atteignant en 2004 un plus bas égal à leur niveau de 1973 !

Si ce schéma se répète aux Etats-Unis, le marché de l'immobilier n'atteindra pas son plancher avant 2020... date à laquelle les Américains pourront vendre leur maison ce qu'ils l'ont payée en 1989.

En d'autres termes, on est pas sortis de l'auberge...loin de là !!!!

 

Quand Fillon sombre dans la propagande bas de gamme

Quand Fillon sombre dans la propagande bas de gamme

Dans le Monde du 2 février dernier, le Premier ministre accuse la gauche d'avoir exonéré d'impôts et de charges les bonus des traders. Le problème c'est que c'est totalement faux ! Non seulement la gauche n'a jamais pris une telle mesure, mais en plus cette exonération n'existe pas.



(photo : apesphere - Flickr - cc)
(photo : apesphere - Flickr - cc)

« C'est le gouvernement de Lionel Jospin qui, en 2002, a décidé d'exonérer d'impôts et de charges sociales les bonus des traders ! », assure François Fillon dans une interview accordée au Monde daté du 2 février. Et d’assurer qu’il ne « changera pas de cap » et n’a de leçon à recevoir de personne, surtout pas de ceux qui à gauche le pressent aujourd’hui d’appliquer des restrictions aux rémunérations des patrons comme aux versements des dividendes. Soit. Ce n’est pas la première fois que le discours sarkozyste utilise l’argument « la gauche a trahi ». Le hic, c’est que c’est faux : le gouvernement Jospin n’a jamais pris cette mesure.

Pourtant, côté socialiste aucune protestation n’a été enregistrée à cette grave accusation, en pleine crise de la finance. Rien. Il faut dire que les dernières années du gouvernement Jospin ont été effectivement parsemées de décisions à forte connotation pro-marché : baisse des impôts, déréglementation des marchés financiers, etc… Mais pas de trace d’exonération des bonus des traders.

Interrogé, Matignon ressort des cartons une ordonnance fiscale signée de la main de Laurent Fabius, alors ministre de l’Economie, datée de mars 2002.

Sauf que ladite ordonnance « n’a rien a voir avec les traders. Les bonus ne bénéficient d’aucun traitement fiscal dérogatoire. Ils demeurent au même titre que les salaires et les primes soumis à cotisations sociales et impôts » explique un haut fonctionnaire des impôts alors en poste.

A la décharge de François Fillon, l’ordonnance existe bel et bien. Elle ne s’applique en revanche pas aux traders, ces princes déchus de la finance, mais à leurs cousins éloignés, les gérants de fonds . Et, seconde erreur, la rémunération de ces gérants n’est pas un bonus — un salaires déguisé — mais des parts des fonds qu’ils reçoivent au début de leur mandat, le « carried interest ». Pire, l’ordonnance ne vise pas à leur exonération mais au contraire à corriger un coin fiscal permettant aux heureux gérants de fonds de placer leurs billes sur des PEA et d’échapper du coup à la fiscalisation… Bref, rien à voir avec les accusations du Premier ministre.

En revanche, il existe une décision fiscale qui a fait vraiment chaud au cœur de ces drogués du bonus à six chiffres : le bouclier fiscal à 50 % de Nicolas Sarkozy.


Jeudi 05 Février 2009 - 13:38

Le baromètre Marianne du chômage: 4 millions de demandeurs d’emplois

Le baromètre Marianne du chômage: 4 millions de demandeurs d’emplois

Marianne2.fr publie, dans la foulée des chiffres officiels, son évaluation du chômage «réel»: aux 2,114 millions déclarés par l’ANPE s’ajoutent en décembre 1,914 millions de «chômeurs cachés», ce qui mène le total au-delà des 4 millions.



Le baromètre Marianne du chômage: 4 millions de demandeurs d’emplois
Bonne nouvelle : le chômage recule sur un an ! Mauvaise nouvelle : selon le baromètre de Marianne, il a dépassé les 4 millions en décembre 2008. Suivant la méthodologie habituelle de Marianne, ces chiffres combinent les données de l’ANPE (rendues publiques lundi 2 février au soir) et les données du « chômage caché » (temps partiels contraints, chômeurs en préretraite ou en formation, CES, contrats Borloo).

Un effet « blanchiment » du chômage caché ?
Là où le chômage officiel, correspondant à la catégorie 1 de l’ANPE, augmente de 2,21% entre novembre et décembre 2008, le « chômage caché » baisse de 2,11%. Sur une année, l’ANPE déclare une augmentation de 11,44% alors que le nombre de demandeurs d’emplois officieux baisse de 12,50%.


Le baromètre Marianne du chômage: 4 millions de demandeurs d’emplois
Se pourrait-il que, par un phénomène de vases communicants, des « chômeurs cachés » rentrent en catégorie 1 à la faveur de la crise ? Pas vraiment. Sur la période novembre-décembre, les Chèques emploi service et contrats Borloo chutent de 11,46%, soit un peu moins du tiers de la baisse totale de l’année concentrée en un mois. Autrement dit, ce sont les contrats d’insertion des chômeurs de longue durée (contrats Borloo) et les services à domicile qui s’effondrent : peu de chances que ce soit au profit d'emplois stables.

Les temps partiels augmentent en décembre après avoir baissé sur 2008
Le nombre de chômeurs en formation baisse quant à lui significativement sur le dernier mois (-7,52%) alors qu’il avait connu une augmentation nette au courant de l’année (+11,61%). Là encore, difficile de croire qu’ils ont tous quitté leur formation pour un CDI…

Sur l’année, le nombre de chômeurs en préretraite a baissé de presque 20%, une baisse régulière puisqu’elle n’atteint que 0,61% sur le dernier mois. Quant aux chômeurs à temps partiel, qui représentent 1,117 millions des 1,914 millions de chômeurs cachés, leur nombre a baissé sur l’année (-8,94%) mais a augmenté entre novembre et décembre de 0,50%. La crise économique ferait-elle croitre les temps partiels contraints ?

Retrouvez toutes les données du baromètre dans le prochain numéro de Marianne.


Mardi 03 Février 2009 - 13:36

Kouchner se défend, Péan commente à chaud !

Kouchner se défend, Péan commente à chaud !

C'était chaud, très chaud au JT de France 2 hier soir. Face à un David Pujadas pugnace, le ministre a demandé qu'on le juge sur 40 ans d'engagement humanitaire et non sur quelques travaux de consultant.

 


Le ministre des Affaires étrangères n'a pas répondu sur le principal grief du livre de Pierre Péan, à savoir le contraste choquant entre son image de défenseur des droits de l'homme et celui d'un consultant travaillant pour des états africains dont il dénonçait jadis les dirigeants. Bernard Kouchner a placé directement le débat sur le terrain de la confiance dont témoignent, selon lui, «40 ans au service de l'humanitaire.»

une-marianne.jpgJe ne connaissais pas les dirigeants des sociétés qui m'ont fait travailler
«Je suis serein et déterminé. Ces mensonges vont disparaitre. Vous savez des avocats ont relu ce livre, il n'y a pas de preuves (...) Je n'ai jamais appartenu à Imeda ou à Africa Steps (deux sociétés ayant facturé ses prestations, ndlr)»
Pujadas rétorque : «Mais c'était des entreprises dirigées par des proches ?»
- Mais non je ne les connaissais pas», a répondu Bernard Kouchner qui a cependant nommé lesdits dirigeants dans ses équipes dès son arrivée au Quai d'Orsay.
Bernard Kouchner s'est ensuite dit très fier d'avoir réalisé ce rapport sur l'assurance-maladie au Gabon. «Je n'ai jamais cédé au moindre conflit d'intérêt», a-t-il encore ajouté, précisant que les chiffres cités sont « fallacieux ».


04/02/2009

les pistes pour changer de système ! un autre point de vue

Les défilés du jeudi 29 janvier ont manifesté la contradiction fondamentale du gouvernement Sarkozy-Fillon : il prétend vouloir en finir avec le capitalisme financier mondial et en admoneste ses banquiers, tout en pratiquant leur politique et vivant selon leurs moeurs.

Nous étions dans la rue entre 1 (selon la police) et 2,5 millions (selon les syndicats), l’une des plus grandes manifestations de ces dernières années selon tout le monde. Pas seulement contre une politique, mais pour plus d’égalité, de fraternité, de justice, de protection sociale et de services publics. Pour dire qu’il n’y aura pas de sortie de crise tant que nous resterons dans la logique, le vocabulaire et la manière d’être des politiques mises en place depuis le 15 août 1971 et en particulier depuis le big bang (dérégulation totale) de la City de Londres, le 27 octobre 1986. Peut-être n’était-ce pas aussi clair pour tous, mais c’est l’injustice du système que ressent l’immense majorité.

éditorial de Jacques Cheminade

CheminadePhoto.jpgSi l’on veut réellement accroître le pouvoir d’achat, arrêter les licenciements cyniques, relancer la production et la consommation, il faut rétablir la priorité de l’équipement de l’homme et de la nature : services et emplois publics, écoles, hôpitaux et laboratoires ; en bref, tracer la piste pour un nouveau décollage. Et mobiliser la politique de soutien qui permette d’agir, en donnant à voir aux citoyens ce que les banques ont fait et continuent de faire. C’est le but de notre exigence d’une commission d’enquête parlementaire –une vraie, assistée d’un procureur et ayant accès aux documents– et d’une réquisition des banques. En vue d’organiser une banqueroute civilisée d’un amoncellement des créances plus que douteuses qui ne pourront jamais être remboursées. Et avec l’horizon d’un Nouveau Bretton Woods , un nouvel ordre international de crédit productif, fondé sur la puissance publique au service des citoyens, et non un système monétariste comme l’actuel, mettant la puissance publique sous la coupe des banques et des banquiers centraux.

Utopiste ? Ceux qui le disent sont ceux qui nous ont conduits dans le mur et se comportent comme des porcs sociaux. Un exemple ? John Tain vient d’être licencié de la direction de Merill Lynch-Bank of America pour avoir distribué 4 milliards de dollars de primes juste avant d’annoncer 15 milliards de pertes pour le seul 4ème trimestre 2008. Ajoutons que Bank of America a reçu, sous forme d’aides ou de garanties, des dizaines de milliards de dollars de l’Etat américain, qu’elle ne répercute pas sous forme de crédit à l’économie. John Tain est, de surcroît, l’un de ceux qui ont présidé au mariage de la bourse de Paris et de celle de New York, avec l’ancien ambassadeur américain en France, Felix Rohatyn, pour intermédiaire.

Scandales, délits d’initiés, mensonges, investissements avec l’argent des autres, tout le système s’écroule sous nos yeux. La question est : par quoi sera-t-il remplacé ? Si rien n’est fait, l’hyperinflation balaiera les dettes et nous aurons un ordre politique totalitaire, un fascisme financier dans une société contrôlée par écrans de manipulation, de jeu et de surveillance.

Si nous nous mobilisons, la crise sera une occasion de sursaut. Nous sommes à la croisée des chemins. Les manifestants du 29 janvier ont droit à notre engagement.

Jacques Cheminade

24 janvier 2009
Grande conférence de S&P le 24 janvier à Paris

Voici l’intégrale des interventions et discours de la conférence « 2009, les pistes pour changer de système », Paris, 24 janvier 2009 (ordre chronologique) :

La crise est une chanson douce!

La crise est une chanson douce!

Connaissez-vous le blues de Lehman Brothers, le menuet de General Motors et le requiem du Dow Jones? Grâce au logiciel Microsoft Songsmith, une poignée de mélomanes ont convertis la chute des cours de bourses en mélodies pour enfin connaître le bruit que fait la Crise quand elle éclate! Et ça marche aussi avec les morts en Irak, le taux de chômage et la dette américaine!

 

Avec le NPA, Besancenot veut "changer le monde avant qu'il ne nous écrase"

Avec le NPA, Besancenot veut "changer le monde avant qu'il ne nous écrase"

PARIS, 6 nov 2008 (AFP) - Olivier Besancenot a appelé jeudi à "changer ce monde avant qu'il ne nous écrase", lors du premier meeting parisien du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), dont la fondation officielle en janvier 2009 est selon lui légitimée par une crise mondiale qui n'en est "qu'au début".

"La question qui est posée, c'est de changer ce monde avant que ce monde ne nous écrase", a-t-il affirmé dans une salle de la Mutualité comble et enthousiaste, un public où figuraient de nombreux jeunes. "Ce Nouveau parti anticapitaliste, on n'imaginait même pas à quel point on visait juste quand on lancé cette idée et ce projet", a assuré le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire.

"A l'heure où le capitalisme est en crise, il y a au moins une gauche qui est clairement anticapitaliste et qui le revendique!", a-t-il martelé, au moment même où les militants socialistes votaient pour choisir la nouvelle orientation du PS.

Les délégués des quelque 400 comités locaux du NPA se retrouvent pour une "réunion nationale" ce week-end à la Plaine-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) pour plancher sur le projet, l'organisation et le nom de cette future formation, dans laquelle la LCR veut se fondre pour "changer d'échelle". Selon la Ligue, environ "11.000 cartes" d'adhérents du futur NPA ont déjà été "commandées par les comités locaux". "On est condamné à chercher autre chose, c'est une question de survie", a lancé M. Besancenot.

"On n'est qu'au début" d'une crise qui "vient du coeur du système", a prédit le jeune postier, toujours très populaire selon les sondages. "Ceux qui nous disent qu'on peut moraliser le capitalisme nous disent n'importe quoi", a-t-il encore estimé, attaquant Nicolas Sarkozy et le gouvernement qui ont "caché la vérité" sur la crise, et réclamant un "service bancaire unifié" public en France et en Europe, l'interdiction des licenciements et une augmentation des salaires.

"Il y a un vrai petit climat qu'il s'agit d'attiser", a-t-il dit, exhortant à la "résistance sociale" et au "combat" contre "la loi des vautours", en citant le révolutionnaire noir américain Malcolm X. tmo/so/bw

 

 

 
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