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08/06/2009

LaRouche : Évaluation stratégique et urgence d’action

LaRouche : Évaluation stratégique et urgence d’action
8 juin 2009 - 16:34

Crash de l’airbus AF 447, folie de la présidence américaine, crise systémique, rôle du dollar... le dimanche 7 juin, Lyndon LaRouche a réagi sur le vif à ces événements.


« Les informations que j’ai reçues d’experts européens sur le crash du vol 447 d’Air France, évoquent l’hypothèse d’une explosion dans le nez de l’appareil, en dessous du cockpit. Ce n’est pas officiel, mais c’est l’opinion de certains experts, qui permettrait d’expliquer ce qu’il s’est apparemment passé. Cette explosion aurait neutralisé toutes les commandes électroniques de l’appareil, le rendant incontrôlable.

Ces suppositions ne sont contredites par aucun des éléments rendus publics jusqu’ici. Soit une bombe sophistiquée avait été placée sous le cockpit, soit quelque chose d’autre aurait provoqué les mêmes effets. Ce sont les seules options.

Quoi qu’il en soit, dans un monde où aucun gouvernement n’est prêt à affronter la crise, c’est une question gravissime. Et le gouvernement américain compte parmi les moins disposés à faire face à la réalité : notre cabine de pilotage est occupée par des fous.

dollar-down.jpgLes gouvernements, les économistes et les groupes de pensée sont incapables d’affronter l’effondrement du système monétaire et de l’économie physique mondiale qui s’ensuit. Dans ce contexte, si la Russie pousse la Chine à abandonner le dollar et que celle-ci l’accepte, l’on assistera à un effondrement immédiat du gouvernement fédéral, ainsi que de chacun des Etats américains, ce qui se répercutera aussi en Europe.

Il faut bien avoir en tête que le président des Etats-Unis, ses conseillers et les intérêts financiers qui contrôlent le gouvernement depuis septembre 2007, font exactement l’inverse de ce qu’il faudrait faire. Avec sa soi-disant « réforme » du système de santé, Obama s’apprête à faire le pire que l’on puisse imaginer.

obama_hitler1.gifNon seulement c’est une politique génocidaire modelée sur celles d’Hitler, mais elle ne fera qu’accélérer l’effondrement structurel des institutions américaines. Dans ces conditions, si une pandémie de grippe se déclenchait aux Etats-Unis mêmes, ce serait un désastre dépassant tout ce que l’on peut imaginer.Sous la pression de la crise et la menace d’un nouveau Tien-an-men, promu par les gouvernements britannique et américain, la Chine pourrait changer de politique vis-à-vis du dollar. C’est ce que certains, aux Etats-Unis et en Europe, promeuvent activement. Mais cela signifierait la désintégration instantanée du gouvernement des Etats-Unis et de la notion même de gouvernement.

Pour en venir à l’essentiel, ce problème ne peut être résolu par aucun dirigeant en place. Je suis le seul à savoir comment faire. Les dirigeants économiques et financiers américains ne sont pas compétents sur ce point. Il y a certes des personnes capables dans nos institutions, mais elles ne sont pas actuellement en position d’influence.

Sous certains aspects, la situation est même pire en Europe de l’ouest et en Europe centrale. Avec ce système euro qu’elle s’est elle-même infligé, l’Europe est en train de se saborder. Les nations d’Europe continentale n’ont pas l’autorité institutionnelle pour faire face. Le Royaume-Uni sombre dans le chaos et cette crise pourrait bien lui être fatale. Gordon Brown pourrait sauter, et c’est tout ce qu’il mérite, mais, malheureusement pour le monde, il n’y a personne de compétent pour le remplacer.

Si la Chine rompt avec le dollar, le système international s’effondrera et tout dépendra de qui, à Washington, est en position d’influer sur la politique américaine. Et j’ai bien peur que si je ne suis pas, pour ainsi dire, aux manettes pour piloter les opérations, les Etats-Unis n’y survivent pas.

change-hitler-obama-lenin.jpgAlors que les gens cèdent à leurs propres préoccupations et que l’administration Obama déclenche de véritables opérations de basse police contre nos militants, après notre intervention dans leur réunion sur la réforme du système de santé, nous restons la seule force ayant le savoir-faire pour guider les cercles dirigeants américains. Évidemment, la première chose à faire est de se débarrasser de cette réforme de la santé. Nous ne pouvons tolérer l’adoption de politiques hitlériennes dans notre pays !

Des accords doivent de toute urgence être conclus avec d’autres gouvernements pour mettre le système financier international en banqueroute organisée du jour au lendemain, comme ce qui s’est fait le 1er mars 1968 : il s’agit de suspendre soudainement le système en vertu d’un accord de transition, visant à assurer la stabilité économique. Concrètement, on gèlera les paiements sur certains types d’actifs financiers et l’on créera de nouveaux outils pour émettre du crédit sécurisé à long terme, ce qui nous permettra d’enrayer l’explosion du chômage et le déficit d’infrastructure et de production industrielle et agricole, aux Etats-Unis comme en Europe et ailleurs.

Pour cela, il faut que quelque-unes des principales nations se mettent d’accord en 24 à 48 heures. Je sais pertinemment quelles sont les mesures qui fonctionneront et je sais où trouver le genre de personnes qui, dans les différents gouvernements, sauront les mettre en place.Nous pouvons très bien empêcher cette planète de sombrer dans un âge de ténèbres.Les gens voient la crise qu’ils veulent voir, considèrent les problèmes qu’ils veulent bien considérer et parlent des choses dont ils aiment parler : ils ne regardent pas la réalité en face. De toute l’histoire humaine, on n’a jamais vu pareil effondrement planétaire de la finance et du système physique d’économie. En tous cas, certainement pas depuis 1700 avant JC. Il n’y a pas de précèdent.

Obama-Fed_Hitler.jpgPuisqu’il s’agit essentiellement d’un problème d’argent, nous pouvons créer un nouveau système de crédit pour remplacer le système monétaire actuel et empêcher ainsi la désintégration physique de l’économie mondiale. Pour cela, il faudra qu’un accord soit trouvé entre les Etats-Unis, la Russie, la Chine, l’Inde et d’autres, ce qui est tout à fait possible si le rôle du pilote est confié à la bonne personne.

Voilà où nous en sommes. Toute autre discussion ou point de vue sur ces choses, localement ou mondialement, est une perte de temps. »

LaRouche Lyndon

18:38 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dollar, strategie, larouche

LA FED NE MONETISERA PAS LA DETTE AMERICAINE

LA FED NE MONETISERA PAS LA DETTE AMERICAINE

86_3.jpg "Soit des réductions des dépenses, soit des augmentations d'impôts seront nécessaires pour stabiliser la situation budgétaire", déclarait Ben Bernanke en réponse à une question posée par un membre du Congrès américain. Puis il a ajouté...

"La Réserve fédérale ne monétisera pas la dette".

Cette dernière phrase nous semble familière. Elle nous rappelle le "je ne suis pas un escroc" de Richard Nixon. Elle est sans doute destinée à se retrouver dans les livres d'histoire, avec le "je n'ai pas eu de relations sexuelles avec cette femme" de Bill Clinton et le "Dieu lui-même ne pourrait pas couler ce navire" du constructeur du Titanic.

Monétiser la dette, c'est précisément ce que la Fed fera. Mais elle ne le fera pas précisément. Non, elle agira de manière maladroite... hésitante... incompétente... accidentelle, et, en fin de compte, catastrophique.

Telle est notre prédiction, à la Chronique Agora. Prouvez que nous avons tort !

Aujourd'hui, nous vous expliquons pourquoi il est inutile d'être astrologue ou économiste -- deux professions très similaires... sauf que les astrologues ont plus de crédibilité professionnelle -- pour prévoir ce qui va arriver.

D'abord, regardons ce qui s'est passé sur les marchés la semaine dernière. Mercredi, les investisseurs avaient réagi positivement aux déclarations de Geithner aux Chinois et à celles de Bernanke aux Américains. Puis ils ont semblé changer d'avis.

arton2592.jpg"Peut-être que ces gars sont réglo, en fin de compte", se sont-ils dit d'abord. "Peut-être que le dollar ne part pas en capilotade".

Mais après 24 heures de réflexions profondes et de nombreux verres éclusés, ils sont revenus à la réalité : "mais à quoi est-ce que je pensais ? Bien sûr qu'ils vont saper le dollar... que peuvent-ils faire d'autre ?"

Si bien que les investisseurs sont revenus à l'achat d'actifs libellés en dollars mais qui prennent la direction opposée. L'euro a regrimpé. L'or aussi. Le pétrole également. Et les actions aussi.

Un ami nous envoie un récent rapport d'analystes de la Barclays. La banque prévient ses clients privés que "le marché baissier est probablement terminé".

Tout est possible, bien entendu. Mais pour les nombreuses raisons que nous avons décrites dans ces chroniques, nous doutons que nous ayons vu la fin de ce marché baissier. Ou de cette récession. Ce à quoi nous avons assisté jusqu'à présent est simplement un rebond post-krach classique. Rien de plus.

827267-1012919c8-7c498.jpgVoilà pourquoi la Fed finira par monétiser la dette. "Monétiser" la dette, au passage, c'est de l'escroquerie à la plus grande échelle qui soit. Plutôt que de rembourser honnêtement ce qu'il a emprunté, un gouvernement imprime de la devise supplémentaire et l'utilise pour rembourser ses prêts. La dette est "monétisée"... transformée en augmentation de la masse monétaire, abaissant ainsi le pouvoir d'achat de l'épargne de tout le monde.

Bien entendu, la Fed ne voudra pas commettre un méfait si infâme ; mais elle le fera malgré tout. Même les gens bien font de mauvaises choses lorsqu'ils se retrouvent dans le pétrin. Les autorités y sont déjà bien profondément enfoncées... et elles vont continuer de couler.

Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

17:03 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dette, dollar, bernanke, fed

La Chine et les Etats unis se préparent à la chute du dollar

La Chine et les Etats unis se préparent à la chute du dollar

L'administration américaine est peut-être en train de réaliser qu'elle ne pourra éviter un écroulement du dollar. Les Chinois semblent s'y préparer. Et si la chute du billet vert était l'une des seules solutions permettant de rebâtir une économie américaine plus en phase avec la réalité ?


(photo : Flickr - http://www.flickr.com/photos/whitehouse/)
(photo : Flickr - http://www.flickr.com/photos/whitehouse/)

Le lendemain de l’élection de Barack Obama, Mikhaïl Gorbatchev l’a exhorté à engager une véritable « perestroïka » aux Etats-Unis. Bien que son conseil (de mauvais augure) se prête à diverses interprétations, il semble que l’ancien secrétaire général du Parti communiste soviétique ait bien saisi la dimension historique des difficultés américaines.

Au cœur de la fatalité à laquelle les Etats-Unis tentent d’échapper se trouve naturellement la relation avec la Chine, sur fond de délabrement de l’appareil industriel américain. Et la récente visite de Timothy Geithner, le secrétaire d’Etat au budget, à Pékin (le 1er juin), en dit long sur l’étau qui enserre les Etats-Unis.

yuan dollar.jpgDepuis des années, les Américains font pression sur la Chine pour obtenir une réévaluation du yuan (dont le cours est étroitement contrôlé par la Banque populaire de Chine). Comme chacun sait, la sous-évaluation de la monnaie chinoise est un de ces outils qui lui ont permis d’élargir inexorablement son excédent commercial et de constituer des réserves estimées à environ 2000 milliards de dollars. Or la Chine rejette en bloc les accusations de manipulation monétaire et, bien plus, ne tolère pas même qu’elles soient formulées. Alors que de nombreux sénateurs, républicains et démocrates, fulminent et tentent de mettre le sujet sur la table, l’administration américaine accumule les démentis sur les moindres déclarations à ce sujet. C’est ainsi qu’il a été interdit à Geithner d’aborder sérieusement l’épineuse question au cours de son voyage et qu’il a dû se contenter d’inviter les Chinois, de façon abstraite, à se concentrer sur leur demande intérieure.

cartoons_07.jpgPourtant, à partir de 2005, Pékin avait commencé à coopérer, en réévaluant progressivement sa monnaie d’une parité de 8.3 à une parité d’environ 6.8 yuans pour un dollar. Mais le gouvernement chinois a brusquement mis fin à ce mouvement, en réaction à la crise et à la chute des exportations chinoises, et a de nouveau opté pour une quasi-fixité du taux de change avec le dollar. Parallèlement, le déficit commercial américain a fondu, d’environ 60 milliards de dollars par mois, avant la crise, à moins de 30 ces derniers temps (du simple fait d’un effondrement des importations plus fort que celui des exportations). La Chine, qui se sentait donc autorisée à pratiquer une dévaluation compétitive pour freiner la chute de ses exportations, s’est alors targuée d’avoir maintenu une approche coopérative en ne retournant qu’à la quasi-fixité du taux de change. Ce niveau de négociation indique tout simplement que la coopération sino-américaine relève malheureusement du mythe.

Chine-mde-dollar-bleistrach.jpgRéciproquement, l’intégrité du dollar a été mise en doute (à juste titre) par Pékin, dont plus de 70% des réserves sont en dollars, avec, notamment, environ 760 milliards de titres de la dette des Etats-Unis (ce qui en fait désormais le premier détenteur). Au centre de la polémique se trouve l’explosion du déficit budgétaire américain (plus de 13% du PIB en 2009 selon les prévisions du FMI) et, surtout, le rachat prévu par la Federal Reserve de 300 milliards de dette publique. Mais, face à la saturation de l’appétit pour le dollar, on prévoit d’ores et déjà qu’elle doive, en réalité, en racheter plus de 1000 milliards pour contenir les taux auxquels emprunte l’Etat américain !

Il suffirait naturellement que la Chine se mette à vendre une partie de ses dollars pour que la monnaie américaine s’effondre. N’ayant, à court terme, aucun intérêt à ce que cela se produise, elle a poursuivi son achat de titres de la dette américaine, mais à un rythme beaucoup moins soutenu que l’explosion du déficit et, surtout, elle substitue massivement des titres de court terme à ceux de long terme. Cela évoque bien plus l’imminence d’un clash que l’édification d’un harmonieux condominium…

fin-du-dollar.jpgLe spectre d’une déroute du dollar se précise à tel point qu’il convient de se demander si les Américains, enfermés dans la fatalité de leur bras de fer avec la Chine, ne s’y sont pas d’ores et déjà résolus. Ainsi les Etats-Unis ne chercheraient-ils plus qu’à retarder autant que possible l’échéance, en baissant le ton face au grand créancier chinois, mais en poursuivant leur objectif fondamental.

En effet, le spectacle volontariste de l’administration Obama laisse penser qu’elle ira aussi loin qu’il le faudra (ou qu’elle le pourra) dans le soutien à son économie. Barack Obama a parfaitement compris qu’il ne peut faire l’impasse sur la reconstruction de l’appareil productif américain (d’où les tentatives de sauvetage désespérées de General Motors), et le redéploiement de la demande intérieure sur des bases réelles.

Le modèle consistant à renouer avec la croissance par le biais des exportations vers les pays émergents est une curieuse illusion.

On mesure encore mal de quelles détonations économiques et politiques s’accompagnerait la déroute du dollar et quelle nouvelle donne mondiale émergerait, à terme. Cependant, les Etats-Unis ont, pour l’instant, l’immense avantage de s’endetter dans leur propre monnaie auprès de l’extérieur, si bien qu’une forte inflation se traduirait notamment par l’allègement du fardeau de la dette publique et la dépréciation des créances détenues par la Chine.

dollar-fake1.jpgA plus court terme, la déroute du dollar, en termes de taux de change, pourrait aussi changer la donne sur le terrain de la compétitivité, mais renchérirait dramatiquement les importations américaines. Tout dépendra in fine de la réaction de la Chine et de ce qu’elle décidera de faire de la parité yuan-dollar.

En tout cas, Washington n’est pas prêt à sacrifier ses tentatives de reconstruction économique sur l’autel du statu quo sino-américain à l’agonie. Il ne s’agit même plus, pour les Etats-Unis, de protéger leur industrie mais d’installer les conditions de son éventuelle renaissance, en poussant la relance aussi loin que possible, jusqu’à ce que cette fuite en avant conduise Pékin à lâcher le greenback. C’est alors qu’il perdra son statut de monnaie de référence mondiale.

Mais les Etats-Unis ne sont-ils pas justement prêts à sacrifier leurs pouvoirs magiques pour reconstruire leur économie sur des bases réelles ?

Rémi Bourgeot

07/06/2009

La crise durera dix ans, sauf à changer beaucoup de choses...

Passer aux choses sérieuses

La crise est un moment historique qui appelle à des changements révolutionnaires. La France doit en prendre acte d'urgence sous peine d'être mise hors-jeu. Une véritable politique d'investissement public est plus nécessaire que jamais. De même qu'une redistribution radicale du Pouvoir et des richesses entre ceux qui créent et ceux qui financent.

(photo : ryanhartsock - Flickr - cc - http://www.flickr.com/photos/hartsock/)
(photo : ryanhartsock - Flickr - cc - http://www.flickr.com/photos/hartsock/)

Contrairement à ce qu’on voudrait faire croire, la crise s’approfondit : aux  Etats-Unis, tous les déficits augmentent ; les défauts des banques s’aggravent ; et même si Wall Street est en hausse, sa valeur est encore 40% inférieure à celle  d’octobre 2007.  De plus, chacun murmure, dans les cercles informés, qu’il faut s’attendre à bien d’autres  tsunamis : sur les crédits immobiliers privés, sur les cartes de crédit, et sur l’immobilier commercial.

2009-02-22T084812Z_01_APAE51L0OGH00_RTROPTP_3_OFRBS-USA-OBAMA-FINANCES-20090222.JPGPour y répondre, les Etats-Unis, dans un pari fou, investissent l’argent qu’ils n’ont pas dans les secteurs de pointe. Et la Chine, dans un pari tout aussi audacieux, abandonne tout espoir d’une reprise de ses exportations vers l’Amérique et investit, dans une relance gigantesque, 20% de son PIB en infrastructures internes.

déficit public080 copie.jpgL’Europe, face à cela, ne fait rien. Paralysée par son histoire et par ses prudences, elle préfère croire que la crise va se régler d’elle-même. Ayant tout misé sur une réforme de la gouvernance mondiale, dont la comédie de Londres n’a naturellement pas accouché, elle semble désormais attendre que le marché sorte de sa poche un remède miracle. Privée de dirigeants audacieux à Bruxelles, l’Union ne se donne  aucun moyen nouveau ni pour protéger ses banques, ni pour relancer ses secteurs de pointe. 2008 et 2009 resteront comme les années du néant européen. L’euro lui-même ne résistera pas à un tel choc.

Il est temps pour la France de comprendre que, à ce rythme là, le pire est  presque certain : un marché immobilier en baisse ; une surcapacité de production dans les grands secteurs ; une récession en 2009, 2010, et même de 2011 ; le chômage dépassera les 3,5 millions de personnes ; le déficit budgétaire atteindra, malgré tous les maquillages, les 8 ou même les 10 % du PIB, à moins d’augmenter massivement les impôts, ce qui sera de plus en plus difficile, avec l’approche des élections présidentielles ; les  élites scientifiques et  techniques se révolteront ou partiront, écœurées par la révélation des fortunes  faites  dans la finance.

32442a-une_hausse_des_garanties_de_depots_approuvee.jpgIl faut affronter une réalité difficile, la répéter tous les jours, jusqu’à ce qu’on la comprenne : Si le pouvoir politique n’agit pas massivement, de façon véritablement révolutionnaire, la récession est là pour au moins dix ans ; elle  débouchera sur un décrochage de l’Europe et  de la France, à jamais distancées par les pays qui auront compris l’importance des révolutions en cours.

Agir, c’est donc  relancer massivement l’industrie par des dépenses clairement ciblées sur les secteurs d’avenir : la santé, l’énergie, l’agriculture, les infrastructures, l’environnement, les nouveaux matériaux, les logiciels, les nanotechnologies, les neurosciences, les services de pointe et les industries culturelles.

Et pour cela augmenter significativement les salaires des chercheurs, des professeurs, des médecins, des ingénieurs, c'est-à-dire de tous ceux, qui par leur créativité apportent aux pays. Au détriment, si nécessaire, des revenus et des privilèges  de ceux qui les dirigent, les financent ou les distraient. C’est accepter provisoirement des déficits ciblés pour financer ces dépenses d’avenir. C’est promouvoir de nouveaux modèles d’entreprises, plus  soucieux du long terme, et proches de ceux des ONG et des services publics ; c’est  orienter la finance vers la prise de risque dans les secteurs de long terme, et non vers le profit pour compte propre.

Ce n’est pas d’un nouveau plan de relance que nous avons  besoin, mais d’une véritable prise de conscience des urgences culturelles et politiques. Et en particulier d’une remise en cause radicale de la répartition des pouvoirs entre ceux qui créent et ceux qui financent, condition, une fois de plus, de notre survie.

Jacques Attali

27/05/2009

Le Yuan pourrait-t-il contester la suprématie du dollar ?


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Les empires commencent à décliner lorsque leur situation financière se dégrade. Largement endettés, les USA doivent s’attendre à terme à voir contester le statut du dollar. Quelle serait alors la devise de référence ? Roubini ne croit pas que la monnaie européenne soit à même de jouer ce rôle, en raison des incertitudes sur la cohésion de la zone euro. Resterait alors le yuan, qui pourrait selon lui supplanter le dollar d’ici à une dizaine d’année.

par Nouriel Roubini, New York Times

Le 19ème siècle a été dominé par l’Empire britannique, le 20ème siècle par les États-Unis. Nous pourrions maintenant entrer dans un siècle asiatique, dominé par la Chine et sa devise. Bien que le statut du dollar comme principale monnaie de réserve de ne disparaîtra pas du jour au lendemain, nous ne pouvons plus le considérer pour acquis. Plus tôt que nous ne le pensons, le dollar pourrait être contesté par d’autres monnaies, et plus probablement par le yuan chinois. Cela entraînerait des coûts importants pour l’Amérique, car notre capacité à financer à bon compte nos déficits du budget et du commerce disparaîtrait.

Traditionnellement, les empires qui détiennent les réserves de devises mondiales sont aussi des créanciers et des prêteurs nets vis-à-vis de l’étranger. L’Empire britannique a décliné - et la livre a perdu son statut de principale monnaie de réserve mondiale - lorsque la Grande-Bretagne est devenue un débiteur net et un emprunteur net durant la Seconde Guerre mondiale. Les États-Unis sont aujourd’hui dans une situation similaire. Ils accumulent d’énormes déficits commerciaux et budgétaires, et comptent sur la bienveillance continuelle de créanciers étrangers qui commencent à se sentir mal à l’aise à l’idée d’accumuler toujours plus d’actifs libellés en dollars. La chute du dollar pourrait n’être qu’une question de temps.

Quelle devise pourrait le remplacer ? La livre sterling, le yen japonais et le franc suisse restent des monnaies de réserve mineures, ces pays n’étant pas de grandes puissances. L’or est toujours une relique barbare dont la valeur n’augmente que lorsque l’inflation est élevée. L’euro est pénalisé par les préoccupations relatives à la viabilité à long terme de l’Union monétaire européenne. Reste le yuan.

dossiermonnaiescomplementaires_mineW-2.jpgLa Chine est un pays créancier ayant un compte courant largement excédentaire, un déficit budgétaire modeste, une dette publique en proportion du PIB beaucoup plus faible que celle des États-Unis, et une croissance solide. Elle a déjà pris des mesures en vue de contester la suprématie du dollar. Pékin a appelé à la création d’une nouvelle monnaie de réserve internationale, sous la forme de Droits de Tirage Spéciaux du Fonds Monétaire International (basés sur un panier de dollars, d’euros, en livres et en yens). La Chine voudra bientôt que sa propre monnaie soit incluse dans ce panier, et que le yuan soit utilisé comme un moyen de paiement dans les échanges commerciaux bilatéraux.

Cependant à l’heure actuelle le yuan est loin d’être prêt à acquérir le statut de devise de réserve. La Chine devrait d’abord à assouplir les restrictions sur les entrées et sorties d’argent, rendre sa monnaie entièrement convertible pour de telles transactions, poursuivre ses réformes intérieures et rendre ses marchés d’obligations plus liquides. Il faudra beaucoup de temps pour que le yuan devienne une monnaie de réserve, mais cela pourrait se produire. La Chine a déjà révélé ses intentions en mettant en place des échanges de devises avec plusieurs pays (dont l’Argentine, le Bélarus et l’Indonésie) et en laissant les institutions de Hong Kong émettre des obligations libellées en yuan, première étape vers la création d’un grand marché national et international de sa devise.

3218983160_6f712be63f_b.jpgSi la Chine et d’autres pays voulaient diversifier leurs avoirs de réserves hors du dollar - et ils finiront par le faire - les États-Unis en souffriront. Nous avons tiré des avantages financiers du statut de monnaie de réserve du dollar. En particulier, la vigueur du marché du dollar permet aux Américains d’emprunter à de meilleurs taux. Nous avons ainsi été en mesure de financer d’importants déficits à faible coût, car la demande étrangère a maintenu des taux bas pour les bons du Trésor. Nous avons également été en mesure d’émettre des emprunts dans notre propre monnaie et non pas en devise étrangère, transférant ainsi les pertes résultant d’une baisse de la valeur du dollar sur nos créanciers. Le fait que les matières premières soient cotées en dollars signifie aussi que la baisse du cours du dollar ne se traduit pas par une hausse du prix des importations.

yuan monde.jpgImaginez maintenant un monde où la Chine pourrait emprunter et prêter à l’étranger dans sa propre monnaie. Le yuan, au lieu du dollar, pourrait éventuellement devenir un moyen de paiement pour le commerce international, une unité de compte pour la tarification des importations et des exportations, ainsi qu’une réserve de valeur patrimoniale pour les investisseurs internationaux. Les Américains auraient à en payer le prix. Nous devrions alors débourser davantage pour les marchandises importées, et les taux d’intérêt augmenteraient, à la fois pour le privé et sur la dette publique. La hausse du coût du crédit pour le privé pourrait se traduire par une consommation plus faible, des investissements moindres, et un ralentissement de la croissance.

Cette baisse du dollar pourrait prendre plus d’une décennie, mais elle pourrait intervenir plus tôt encore si nous ne remettons pas de l’ordre dans nos finances. Les États-Unis doivent maîtriser leurs dépenses et leurs emprunts, et rechercher une croissance qui ne soit pas basée sur des bulles d’actifs et de crédit. Durant les deux dernières décennies, l’Amérique a dépensé plus que son revenu, augmentant son passif et accumulant les dettes à des niveaux devenus insoutenables. Le système monétaire mondial où le dollar est la principale devise nous a permis de continuer à emprunter de façon imprudente.

dollar-burning.jpgMaintenant que la position du dollar n’est plus aussi assurée, nous devons changer nos priorités. Cela nécessitera d’investir dans notre infrastructure qui est en ruine, dans les énergies alternatives et renouvelables et le capital humain productif - plutôt que dans des logements inutiles et des inventions financières toxiques. Ce sera la seule façon de ralentir la baisse du dollar, et de maintenir notre influence dans les affaires du monde.

Nouriel Roubini est professeur d’économie à la New York University Stern School of Business et dirige un cabinet de conseil économique.



02:03 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : yuan, dollar, monnaie

L’avenir du monde est en Afrique

Afrique : de grands projets pour le XXIème siècle

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La première mission de l’Europe et de l’Asie réunies par le Pont terrestre eurasiatique sera de fournir à l’Afrique les moyens de son développement, de manière à ce que son capital humain puisse s’y développer en toute liberté. D’une part en y promouvant l’équipement infrastructurel et social, d’autre part en organisant dans chaque pays un vecteur scientifique tirant les économies. C’était le rêve d’un Cheikh Anta Diop, il est plus que temps de le réaliser. Les « nations nègres  », berceau de l’humanité, ont le droit fondamental de retrouver leur culture dans l’essor des pouvoirs créateurs de leurs citoyens. Pour cela :

  1. Il faut d’abord, ce qui est essentiel à la réussite de toute initiative, sortir du système d’ajustements structurels du Fonds monétaire international qui détruit la santé, l’éducation, la fonction publique et les infrastructures.
  2. On doit lui substituer la promotion de grands projets infrastructurels. Trois projets-phares sont :
    • la création de chemins de fer et de transports à grande vitesse en général, intérieur-intérieur et côte-côte. Il s’agit de sortir du modèle intérieur-côte, organisé le plus souvent pour le pillage des matières premières, et de réunifier les marchés entre les zones intérieures ainsi désenclavées pour la consommation locale ;
    • la remise en eau du lac Tchad, « pompe à développement » de l’Afrique centrale. Il a perdu depuis 50 ans plus de 80 % de sa surface, et depuis 500 ans 95 %. Cette remise en eau permettrait d’une part d’arrêter l’extension du désert, en organisant à terme un changement climatique, d’autre part de lancer l’exploitation des terres très riches que ses limons ont créées, à condition de donner aux agriculteurs les moyens de les exploiter sans les épuiser ;
    • le développement de la région de la mer Rouge et du Nil, en Egypte et au Soudan, une région qui dispose de vastes ressources et d’un grand potentiel.

    Pour ces grands projets, des financements internationaux avec des crédits à long terme (20 à 50 ans) et faible taux d’intérêt doivent être prévus, l’idée étant, comme pour le plan Marshall, que le développement engendré par les projets « paie » les crédits (système de « paiements différés »).

  3. Dans le cadre de projets locaux et régionaux, qui n’ont de sens que tractés par les grands projets, le micro-crédit devrait être organisé par les Etats en faveur des plus défavorisés pour court-circuiter les usuriers. L’idée ici est de mettre au travail le plus vite possible, en organisant des passerelles vers les emplois qualifiés au fur et à mesure du développement. Avec une priorité donnée aux enjeux majeurs : eau, école, environnement, santé, en mobilisant en particulier les femmes, qui sont au coeur de ces sujets. La consommation intérieure serait ainsi stimulée et pourrait être échangée en recourant aux transports intérieur-intérieur.
  4. Les armées africaines ne doivent plus être des armées de répression ou de maintien d’un ordre politique injuste, mais être impliquées, sur la base de « corps de génie » que nous devons aider à mieux organiser, dans la construction de voies ferrées, ponts, ports, routes, etc.
  5. Nous devons aider l’Afrique à produire des médicaments génériques bon marché, en passant par dessus les réticences de nos laboratoires pharmaceutiques, pour traiter le sida et toutes les maladies tropicales. Nous devons aussi soutenir la proposition du président sénégalais Abdoulaye Wade en faveur d’une assurance mondiale contre les épidémies internationalement transmises.
  6. La dette des pays appauvris par la politique internationale relayée par des gouvernements corrompus doit être annulée en faveur de leurs peuples.
  7. Un véritable commerce équitable doit être établi, se substituant au libre-échange destructeur. Nous devons, en accord avec les gouvernements et les producteurs africains, ouvrir nos frontières aux produits des agriculteurs et des pêcheurs africains qu’aujourd’hui ils ne peuvent plus exporter.
  8. Ainsi, les conditions seront créées pour que la vie et la dignité des jeunes Africains soient enfin respectées, sans navires et avions de l’Union européenne les empêchant de quitter les côtes d’Afrique, sans risque de mourir par noyade ou sur les barbelés de Ceuta et de Melilla, sans aboutir à des camps de travail européens comme on en a trouvé dans Pouilles ou dans des logements misérables où eux-mêmes et leurs enfants sont contaminés par le saturnisme.

 

 

La justice envers l’Afrique et ses peuples, comme envers notre propre peuple français, exige que nous ne nous soumettions plus à la mondialisation financière.

Nous présentons ici, de manière plus détaillée, les trois grands projets-phares que nous venons d’évoquer.

Afrique : de grands projets pour le XXIème siècle

 

I - Un réseau de chemins de fer transcontinental
Projet d’agrandissement du réseau ferroviaire africain

Depuis la fin officielle du colonialisme en Afrique, les projets proposés pour assurer son développement n’ont pas manqué - construction de voies ferrées et de ports, aménagements des ressources en eau, verdissement du désert, quoi de plus évident pour moderniser une économie ?

Tous ceux qui se sont penchés sur le développement de l’Afrique ont reconnu sans peine le potentiel immense de ce continent. Mais malheureusement, depuis l’indépendance, faute de capitaux à investir, ces projets n’ont jamais été réalisés.

Pire, depuis les années 70, la politique des institutions financières internationales consiste à s’opposer précisément au type de grands projets qui sont nécessaires pour développer les nations africaines et élever le niveau de vie de leurs populations. La perspective d’une croissance industrielle, d’une agriculture florissante et d’une énergie abondante a cédé la place à la notion de « développement durable », qui se traduit concrètement par l’arriération et la misère.

Mais dès lors que le système financier mondial est entré dans une phase de désintégration irréversible et que l’orientation de ces 30 dernières années commence à être remise en cause, la revendication du développement agro-industriel va s’affirmer de plus en plus. Nombre des vieux projets ferroviaires seront remis sur la table dans le cadre du « pont terrestre eurasiatique ».

L’objectif est de mettre en place deux corridors de transports est-ouest et nord-sud, le premier traversant le sahel de Dakar à Djibouti, le second le long de la vallée du Nil et traversant les Grands Lacs, d’Alexandrie, à Cape Town en Afrique du Sud.

Lire la suite :

http://www.solidariteetprogres.org/article3629.html

Lire aussi :

http://solidariteetprogres.org/article3761.html

par Solidarite_et_Progres

01:45 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, developpement

26/05/2009

la socialisation des pertes met les Etats en péril

La socialisation des pertes met les Etats en péril

recession.gifLes fragiles « jeunes pousses », les signes sinon de reprise, tout au moins de ralentissement de la chute apparus ce printemps, indiquent-il que nous sommes tirés d’affaire ? Roubini, s’il constate que les interventions massives des autorités financières et les relances budgétaires ont sans doute évité le pire, ne participe pas du consensus prévoyant un retour à la croissance dès la fin de cette année. L’année 2010 sera encore perçue comme une récession, estime-t-il, même si techniquement une légère reprise se dessine. Mais il s’inquiète également du risque dont se sont chargés les Etats : faute d’avoir tranché dans le vif du système financier en restructurant la dette et en faisant supporter une partie des pertes aux créanciers, l’énorme masse des créances douteuses, désormais garantie par la collectivité, pèsera lourdement sur les budgets en venant s’ajouter aux coûts des plans de relance, et pourrait provoquer un désastre, en brisant les reins de ceux qui ne parviendraient plus à se financer. Intervention de Roubini à un colloque organisé par New York Review of Books, rassemblant également Bill Bradley, Niall Ferguson, Paul Krugman, George Soros et Robin Wells.

Par Nouriel Roubini, New York Review of Books, juin 2009

Il est assez clair maintenant qu’il s’agit de la pire crise financière et économique et de la pire récession depuis la Grande Dépression. Un certain nombre d’entre nous s’en inquiétaient depuis un certain temps. A ce stade, c’est devenu un lieu commun.

La bonne nouvelle, c’est probablement qu’il y a six mois, le risque existait d’une quasi dépression. Mais nous avons assisté à une réaction très déterminée des autorités américaines et mondiales. Je pense que les décideurs politiques ont finalement perçu l’abîme : ils ont vu l’économie se contracter à un taux supérieur à 6% aux États-Unis et dans le monde entier, et ont décidé d’utiliser la quasi-totalité des armes à leur disposition. De ce fait, je pense que le risque d’une quasi-dépression a été quelque peu réduit. Je ne pense pas que sa probabilité soit de zéro, mais vraisemblablement nous n’allons pas subir en une.

Toutefois, le consensus devient aujourd’hui plus optimiste et affirme que nous allons passer de moins 6% de croissance à une croissance positive au second semestre de cette année, ce qui signifie que la récession se terminerait en Juin. Pour le quatrième trimestre 2009, le consensus estime que la croissance sera positive, à 2%, et pour l’an prochain supérieure à 2%. Aujourd’hui, concernant ce nouveau consensus des prévisionnistes macroéconomiques - qui se sont trompés par le passé - mon point de vue est beaucoup plus pessimiste.

6a00d8341c52a953ef00e552aa42c18834-640wi.gifJe suis d’accord sur le fait que le taux de contraction de l’économie se ralentit. Mais la contraction se poursuit sur un rythme accéléré. Je prévois que l’économie se contracte sur l’ensemble de l’année, passant de moins 6% à moins 2%, et non pas plus 2%. L’année prochaine, la croissance sera très lente, de 0,5%, contre les 2% prévus par le consensus. Le taux de chômage s’établira également cette année au dessus de 10%, et est susceptible d’avoisiner les 11% l’année prochaine. De ce fait, l’année 2010 sera encore ressentie comme une période de récession, même si techniquement nous sommes sortis de la récession.

Les perspectives pour l’Europe et le Japon, à la fois pour cette année et l’année prochaine, sont encore pire. La plupart des économies avancées auront des résultats pire que ceux des États-Unis pour un certain nombre de raisons, y compris les facteurs structurels au Japon et la faiblesse des mesures prises dans le cas de la zone euro.

zombie7mc8 copy.jpgLes problèmes du système financier sont très graves. Beaucoup de banques sont insolvables. Si on ne veut pas finir comme le Japon, avec des banques zombies, il est préférable, comme Bill Bradley l’a suggéré, de procéder comme la Suède l’avait fait : prendre le contrôle des banques en faillite, les nettoyer, séparer les bons et les mauvais actifs, puis les revendre rapidement au secteur privé.

Concernant la question des politiques menées, il n’y a pas de contradiction entre l’ assouplissement monétaire et l’assouplissement budgétaire. Les deux devraient stimuler la demande, et l’assouplissement monétaire devrait également permettre la restauration de crédit. Bien sûr, dans une situation où l’économie souffre non seulement d’un manque de liquidité, mais aussi des problèmes de solvabilité et d’un manque de crédit, la politique monétaire traditionnelle ne fonctionne pas aussi bien. Il faut également prendre des mesures non monétaires, et il faut assainir les banques. Nous avons besoin d’une relance budgétaire, parce que chaque segment de notre économie est en forte baisse : la consommation, l’investissement résidentiel, la construction non résidentielle, les investissements, les stocks, les exportations. La seule chose qui peut augmenter et soutenir l’économie pour l’instant, c’est la politique de dépenses budgétaires du gouvernement.

(JPG)

Toutefois, la politique budgétaire ne peut pas résoudre les problèmes de crédit, et n’est pas sans coût. Au cours des quelques années à venir, elle va ajouter environ 9 trillions de dollars à la dette publique. Niall Ferguson a déclaré que c’était la fin de l’époque de l’effet de levier. Ce n’est pas vraiment le cas. Il n’y a pas de désendettement, de delevaraging. Il y a toutes les dettes du secteur des ménages, des banques et des institutions financières, des entreprises, et maintenant nous avons décidé de socialiser ces créances douteuses et de les porter au bilan du gouvernement. etats en peril.jpgC’est la raison pour laquelle la dette publique est en augmentation. Alors qu’au contraire, lorsqu’existe un problème d’endettement excessif, on doit convertir cette dette en participations. C’est ce que l’on fait lors des restructurations d’entreprises : convertir la dette non garantie en capital. C’est ce que l’on devrait faire avec les banques : inciter les créanciers à convertir leurs créances en actions. On pourrait procéder de même avec le marché du logement. Mais nous ne mettons pas en oeuvre cette conversion de la dette en participations. Ce que nous faisons, c’est d’empiler la dette publique au-dessus de la dette privée et de socialiser les pertes. A un moment donné, les reins de certains gouvernements pourraient se rompre, et si cela arrive, ce sera un désastre. Nous avons donc besoin de mesures d’incitation fiscales à court terme, mais nous avons également à nous inquiéter sur le long terme la viabilité des finances publiques.

Source:

http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2743

Lire aussi :

Le capitalisme est entré dans une phase d’autodestruction, par Paul Jorion

http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2604

CDS : le monstrueux contraire d’une assurance, par Paul Jorion

http://www.contreinfo.info/article.php3?id_article=2171

 



25/05/2009

Oui, les banques sont vraiment au-dessus de la loi !

ON CHERCHE 9 MILLIARDS A LA FED

la Fed a perdu 9 milliards de dollars et ne les trouve même pas dans la comptabilité ! On dirait un tableau de Magritte. La vérité est que la Fed est au-dessus de tout, et qu'ils ne tiennent presque aucun compte ! Drôle non. C'est comme la banque européenne qui ne doit rendre de comptes à personne, des banquiers au-dessus de tout, même des lois. Voir ici la vidéo sur la recherche des 9 milliards de dollars par le gouvernement !!! Revue de Presse par Pierre Jovanovic © www.jovanovic.com

Oui, les banques sont vraiment au-dessus de la loi !

En lisant ce titre, beaucoup d’investisseurs doivent probablement penser que cela est fortement exagéré…Mais, comme le prouve ce qui suit, l’incroyable est souvent vrai !

Ainsi il existe une banque en Suisse nommée « Bank for International Settlements » ou BIS et qui peut être considérée comme la banque des Banques Centrales.
Quelle est l’importance de leur indépendance ?

Lorsque vous lirez ce qui suit, vous allez vous rendre compte combien certaines banques ont réussi à se rendre indépendantes des lois et des autorités. Ces banques sont vraiment devenues des Etats au-dessus des Etats. Leur liberté dépasse tout entendement.
Continuons :
Leur quartier général et les terrains avoisinants sont interdits aux autorités suisses. Ceci se trouve tel quel dans l’article 3 de la convention entre les autorités fédérales suisses et la BIS.
Mais cela ne s’arrête pas là.
moul30avr-183996.jpgToutes les données que détiennent la banque sont confidentielles et le restent. Aucun état n’a le droit se les approprier ou de les consulter.
La surveillance de la banque et des terrains est la responsabilité de la banque et d’elle seule. C’est également elle seule qui assure les mesures policières dans son siège et sur les terrains avoisinants.
L’article 4 stipule que tout ce que font la banque et ses employés bénéficient du privilège d’immunité complète contre toute poursuite judiciaire. Les employés de la banque ne peuvent être accusés par quel pays que ce soit pour un quelconque acte accompli pour la banque. Ni elle, ni ses collaborateurs ne peuvent même être accusés pour un dommage causé par une voiture ou un camion appartenant à la banque.
Lors d’un conflit entre la banque et ses employés, même les anciens employés, la banque est le seul endroit où ces collaborateurs peuvent introduire un recours. La banque ne dépend d’aucune autorité judiciaire nationale. Uniquement cela montre combien grand est déjà leur pouvoir, car toute autre entreprise est obligée de se conformer aux lois du pays où elle est active.
La banque est donc à même d’envoyer des colis qui ont la même immunité que le courrier diplomatique. 1052511-1329578.jpgC’est à dire un laissez-passer pour une éventuelle contrebande de grand style puisque personne ne peut contrôler cette très puissante organisation. Elle a donc la possibilité d’envoyer, sans aucune restriction ni contrôle, dans le monde entier, pour eux-mêmes ou pour des clients fortunés : argent, or, armement, drogues…et j’en passe…
A la lecture de ces accords passés on comprendra que toute entreprise qui peut créer de l’argent à partir de rien, qui ensuite demande des intérêts sur cet argent et bénéficie par-dessus le marché d’une liberté totale sans forme de contrôle, se fiche pas mal de tous les pauvres diables qui, par leur travail assidu, s’efforcent de se constituer une petite réserve. Celui qui croit qu’une puissance absolue ne conduit pas à un abus de pouvoir infini, fait preuve d’une extrême naïveté.
Est-ce que vraiment nous nous imaginons ce non-sens ? Hélas non !
Voici le lien vers cette convention : http://www.bis.org/about/headquart-...

par Luigi Chiavarini


source:

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/oui-les-banq...

http://www.jovanovic.com/blog.htm

18:02 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : banques, lois, impunité, fed, crise

PREPAREZ-VOUS POUR WEIMAR

ATTALI: PREPAREZ-VOUS POUR WEIMAR
du 20 au 24 Mai 2009 : Jacques Attali est plus pessimiste que ma revue de presse: il parle d'un "Weimar planétaire". Ecoutez-le bien, car il est d'une concision rare. Il précise aussi que les trois principales banques françaises SONT des banques zombies et que l'avalanche qui a été déclenchée ne peut plus être arrêtée. J'avais hélas plus que raison dans mes analyses de presse, et cela depuis le 29 septembre 2008.

Pierre Jovanovic

source:

http://www.jovanovic.com/blog.htm

http://fiefparis.com/spip.php?article21

19/05/2009

Quand le monde sort définitivement du cadre de référence des soixante dernières années

GEAB N°35 est disponible! Crise systémique globale : Juin 2009 – Quand le monde sort définitivement du cadre de référence des soixante dernières années


- Communiqué public GEAB N°35 (15 mai 2009) -



GEAB N°35 est disponible! Crise systémique globale : Juin 2009 – Quand le monde sort définitivement du cadre de référence des soixante dernières années
Le surréalisme financier qui aura présidé aux évolutions boursières et aux indicateurs financiers et commentaires politiques de ces deux derniers mois est le chant du cygne du cadre de référence dans lequel le monde vit depuis 1945.

21afdb9a-580e-11dd-b02f-000077b07658.jpgDe la même manière que, en Janvier 2007, dans le GEAB N°11, LEAP/E2020 avait décrit la charnière 2006/2007 comme caractérisée par un « brouillard statistique » typique de l’entrée en récession et conçue pour faire douter les passagers que le Titanic était bien en train de couler (1), notre équipe considère aujourd'hui que cette fin de Printemps 2009 marque la sortie définitive du référentiel utilisé depuis une soixantaine d'années par les acteurs économiques, financiers et politiques mondiaux pour effectuer leurs prises de décisions, et en particulier de sa version « simplifiée », utilisée massivement depuis la chute du bloc communiste en 1989 (le référentiel étant alors devenu purement américano-centré). Au-delà de tout aspect théorique, cela signifie concrètement que les indicateurs que chacun a l'habitude d'utiliser pour ses décisions d'investissement, de rentabilité, de localisation, de partenariat, etc… sont devenus obsolètes, et qu'il faut désormais chercher ailleurs les indices pertinents si l’on veut éviter de prendre des décisions désastreuses.

Ce phénomène d'obsolescence s'est accentué fortement depuis quelques mois sous la pression de deux tendances :

. d'une part, les tentatives désespérées de sauvetage du système financier mondial, et en particulier des systèmes américain et britannique, ont de facto « brisé les instruments de navigation » du fait des manipulations en tout genre effectuées par les établissements financiers eux-mêmes et par les Etats et banques centrales concernées. Parmi ces indicateurs affolés et affolants, les bourses sont le meilleur exemple. Nous y revenons d'ailleurs plus largement dans les recommandations de ce GEAB N°35. Et les deux graphiques ci-dessous illustrent magistralement comment ces efforts désespérés n'ont pas empêché un bouleversement majeur du classement des grandes banques mondiales (c'est essentiellement depuis 2007 que s'est enclenchée la fin de la domination historique américano-britannique de ce classement)

3695-crise-economique.jpgd'autre part, les quantités astronomiques de liquidités injectées en une année dans le système financier mondial, et en particulier dans le système financier américain, ont conduit l'ensemble des acteurs financiers et politiques à une perte totale de contact avec la réalité. De fait, à ce stade, ils semblent tous atteints du syndrome de l'ivresse des profondeurs - qui déclenche chez ceux qu'il affecte une impossibilité à se repérer dans les profondeurs marines et les conduit à s'enfoncer toujours plus profondément en croyant en fait remonter vers la surface. L'ivresse des profondeurs financières a visiblement les mêmes effets que son homologue aquatique.

Capteurs détruits ou pervertis, perte du sens de l'orientation des dirigeants financiers et politiques, voilà les deux facteurs-clés qui accélèrent la sortie du système international hors du référentiel de ces dernières décennies.


Les vingt institutions financières mondiales les plus importantes par capitalisation boursière en 1999 (en Milliards USD) - Source : Financial Times, 05/2009
Les vingt institutions financières mondiales les plus importantes par capitalisation boursière en 1999 (en Milliards USD) - Source : Financial Times, 05/2009


Les vingt institutions financières mondiales les plus importantes par capitalisation boursière en 2009 (en Milliards USD) - Source : Financial Times, 05/2009
Les vingt institutions financières mondiales les plus importantes par capitalisation boursière en 2009 (en Milliards USD) - Source : Financial Times, 05/2009
C'est bien entendu l'une des caractéristiques de toute crise systémique. On peut d'ailleurs aisément constater que le système international auquel nous sommes habitués voit se multiplier les évènements ou les tendances qui sortent de cadres de référence multi-séculaires, prouvant à quel point cette crise est d'une nature sans équivalent dans l'histoire moderne. Et le seul moyen de mesurer l'ampleur des mouvements en cours est de prendre le recul de plusieurs siècles. A se limiter aux statistiques sur quelques décennies, on ne perçoit en fait que les détails de cette crise systémique globale ; on n'a pas la vue d'ensemble.

LEAP/E2020 citera ici pour l'exemple trois cas qui montrent que nous vivons une époque de rupture comme il n'en survient qu'une fois tous les deux ou trois siècles :

1. En 2009, le taux d'intérêt de la Banque d'Angleterre a atteint son plus bas niveau depuis la création de cette vénérable institution (0,5%), soit depuis 1694 (en 315 ans).


Evolution du principal taux d'intérêt de la Banque d'Angleterre depuis sa création en 1694 - Source : Banque d'Angleterre, 05/2009
Evolution du principal taux d'intérêt de la Banque d'Angleterre depuis sa création en 1694 - Source : Banque d'Angleterre, 05/2009
2. En 2008, la Caisse des Dépôts et Consignations, bras financier de l'état français depuis 1816 sous tous les régimes (royauté, empire, république, ...), a connu sa première perte annuelle (en 193 ans) (2).

3. En Avril 2009, la Chine est devenu le premier partenaire commercial du Brésil, une position qui depuis des siècles anticipe fidèlement les ruptures majeures de leadership mondial. En effet, depuis que, il y a deux cents ans, le Royaume-Uni avait mis fin à trois siècles d'hégémonie portugaise, c'est seulement la deuxième fois qu'un pays accède à cette position. Les Etats-Unis, avaient en effet supplanté le Royaume-Uni au début des années 1930 comme premier partenaire du Brésil (3).

Nous ne reviendrons pas ici sur la multiplication des tendances propres aux Etats-Unis qui sortent également des référentiels nationaux de ces cent dernières années (au-delà, le pays n'a pas vraiment de référentiel utilisable pour des comparaisons pertinentes) : perte de valeur du Dollar, déficits publics, dette publique cumulée, déficits commerciaux cumulés, effondrement du marché immobilier, pertes des établissements financiers, … (4)

Mais, bien entendu, dans le pays au cœur de la crise systémique globale, les exemples de cette nature sont légions et largement commentés dans les numéros du GEAB depuis 2006. C'est en fait la multiplication de pays et de zones concernés qui est symptomatique de cette sortie de référentiel global : s'il y avait un seul pays concerné ou un seul secteur touché, il ne s'agirait que d'une période hors norme pour le pays ou le secteur considéré ; mais aujourd'hui, ce sont de nombreux pays, au cœur du système international, et une multitude de secteurs économiques et financiers qui sont affectés simultanément, par cette « sortie de route multi-séculaire ».


Evolution des marchés boursiers, corrigée de l'inflation, au cours des quatre dernières grandes crises économiques (en gris : 1929, en rouge : 1973, en vert : 2000, et en bleu : crise actuelle) - Source : Dshort/Commerzbank, 17/04/2009
Evolution des marchés boursiers, corrigée de l'inflation, au cours des quatre dernières grandes crises économiques (en gris : 1929, en rouge : 1973, en vert : 2000, et en bleu : crise actuelle) - Source : Dshort/Commerzbank, 17/04/2009
Ainsi, pour conclure sur cette perspective historique, nous nous contenterons de souligner que cette sortie de référentiels multi-séculaires est graphiquement visible sous la forme d'une courbe qui, tout simplement, sort du cadre qui permettait pourtant depuis des siècles de représenter l'évolution du phénomène ou de la valeur concernée. Et, la tendance à la sortie de ces cadres de référence traditionnels s'accélère, touchant un nombre de secteurs et de pays de plus en plus important. Ce phénomène renforce automatiquement la perte de signification des indicateurs utilisés quotidiennement ou mensuellement par les bourses, les gouvernements ou les instituts de statistiques, et accélère la prise de conscience généralisée du fait que les « indicateurs usuels » ne permettent plus de comprendre, ni même de représenter, l'évolution actuelle du monde. La planète abordera donc l'été 2009 sans aucun référentiel fiable disponible.

crise-economique.jpg
































Bien entendu, chacun est libre de penser que la variation mensuelle de quelques points, en plus ou en moins, de tel ou tel indicateur économique ou financier, lui-même largement affecté par les interventions multiples des pouvoirs publics et des banques, est beaucoup plus porteuse de sens et d'information sur l'évolution de la crise actuelle, que ces sorties de référentiels multi-séculaires. Chacun est aussi libre de croire que ceux qui n'avaient prévu ni la crise ni son intensité sont aujourd'hui en mesure d’en connaître précisément la date de fin.


Notre équipe conseille à ces derniers d'aller voir (ou revoir) le film Matrix et de réfléchir aux conséquences de la manipulation des capteurs et indicateurs d’un environnement sur la perception de cet environnement. Cela ne sera pas inutile car, à l'image de Matrix (5), comme nous le détaillerons dans le GEAB N°36, spécial Eté 2009, les mois à venir pourront s'intituler « Crisis Reloaded » (6).

Dans ce GEAB N°35, nous formulons par ailleurs nos conseils concernant les indicateurs qui, dans cette période de transition entre deux référentiels, sont en mesure de fournir des informations pertinentes sur l'évolution de la crise et de l'environnement économique et financier.

Les deux autres grands thèmes de ce numéro de GEAB du mois de mai 2009 sont, d'une part, l'échec programmé des deux principaux plans de stimulation économique, à savoir les plans américain et chinois ; et, d'autre part, le recours du Royaume-Uni au FMI d'ici la fin de l'été 2009.

Enfin, en matière de recommandations, notre équipe anticipe dans ce GEAB N°35 l'évolution des principaux marchés immobiliers mondiaux, ainsi que celle du marché des bons du trésor.


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Notes:

(1) Notre équipe ajoutait à l'époque, « comme dans tout changement de phase, le passage par le point zéro est caractérisé par ce qu’on peut appeler le « brouillard statistique », qui voit les indicateurs pointer dans de directions opposées et les mesures donner des résultats contradictoires, avec des marges d’erreur désormais supérieures ou égales aux mesures elles-mêmes. En l’occurrence pour la planète en 2007, le naufrage qui va préoccuper tout le monde est celui des Etats-Unis, que LEAP/E2020 a décidé d’appeler la « Très Grande Dépression », d’une part parce que le nom « Grande Dépression » est déjà utilisé pour faire référence à la crise de 1929 et aux années qui ont suivi ; d’autre part car pour nos chercheurs, la nature et l’ampleur de ce qui va se passer est d’une tout autre dimension ». Source : GEAB N°11, 15/01/2007

(2) Source : France24, 16/04/2009

(3) Source : TheLatinAmericanist, 06/05/2009

(4) Les dirigeants politiques et les experts continuent à essayer de comparer la crise actuelle à la crise de 1929 comme si c'était un référentiel indépassable. Pourtant, aux Etats-Unis notamment, les tendances en cours ont dépassé dans de nombreux secteurs les évolutions qui ont caractérisé la « Grande Dépression ». LEAP/E2020 a d'ailleurs rappelé dans le GEAB N°31 qu'il fallait désormais chercher des références dans la grande crise mondiale de 1873-1896, soit plus d'un siècle en arrière.

(5) Dans la série des films Matrix, les êtres humains vivent dans un environnement dont leur perception est manipulée informatiquement. Ils s'imaginent vivre une vie cossue alors qu'ils vivent dans une misère noire, mais toute leurs perceptions (vue, ouïe, odorat, toucher, goût) sont manipulées.

(6) A l'image du titre du second épisode de la série Matrix, littéralement « Crise rechargée ».

18:48 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : crise, systemique, global

28/04/2009

Après la déflation, très vite, l’hyperinflation

Déclarations de Lyndon LaRouche /
Après la déflation, très vite, l’hyperinflation
28 avril 2009 - 13:35

par Lyndon LaRouche


hyperinflation02.png

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’économie allemande plongea très vite dans une phase de déflation, avant d’entrer dans une phase hyperinflationniste. Ceci dans les conditions artificielles imposées à l’Allemagne, en vertu du Traité de Versailles, par un cartel centré autour de la Banque d’Angleterre qui allait bientôt projeter sur la scène mondiale le Parti nazi d’Hitler, précisément au moment où le stade d’hyperinflation serait atteint. Aujourd’hui, on avance à grands pas vers un processus similaire devant mener à une explosion hyperinflationniste globale. La conclusion à en tirer est que les gouvernements américain et britannique se comportent comme des idiots.


Comme le clamait le célèbre professeur de Harvard, George Santayana, dans sa tirade la plus connue, « ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à la répéter ». (sic) Cet aphorisme du professeur Santayana n’est pas tout à fait correct, mais à part cette petite erreur, on ferait bien aujourd’hui d’écouter cet avertissement.

Dans le contexte qui s’est instauré depuis juillet 2007, la tentative des administrations de George W. Bush et de Barack Obama de sauvegarder, en Europe occidentale et centrale comme aux Etats-Unis, ce système monétaire en faillite, se traduira inévitablement, si l’on persiste encore quelque temps dans cette folie, par une tendance hyperinflationniste.

20080323-burning-dollars.jpgComme on le voit au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, le recours aux méthodes monétaires hyperinflationnistes mises en oeuvre depuis juillet-septembre 2007, a précipité l’économie réelle de ces deux pays au fond de l’abîme, avec des taux de chômage et de fermeture d’entreprises qui ne cessent d’augmenter. Ainsi, grâce à Larry Summers, le principal décisionnaire de l’administration Obama, le taux d’inflation monte en flèche, tandis que les salaires des travailleurs productifs chutent et que les entreprises industrielles et agricoles essentielles ferment boutique.

Comme dans l’Allemagne de Weimar ou aux Etats-Unis et en Europe aujourd’hui, la déflation dans l’économie réelle non seulement précède, mais provoque l’explosion monétaire hyperinflationniste qui s’ensuivra. Nous sommes sur le point de connaître un mouvement hyperinflationniste des prix absolument explosif, non sans similitude avec celui qu’a connu l’Allemagne de Weimar entre le printemps et novembre 1923.

larouche1.jpgUn exemple

Lors d’une conférence internet, le 25 juillet 2007, j’avais averti que le monde se trouvait au bord de la plus grave crise de l’histoire moderne. Trois jours plus tard, la crise éclatait, comme je l’avais prévu. Au cours de cette conférence, j’ai proposé un remède radical, baptisé Loi de protection des propriétaires de logement et des banques (acronyme en anglais : HBPA), promettant aussi des explications sur plusieurs autres mesures à prendre, promesse que j’ai tenue en septembre.

bernanke_titanic_2.jpgHélas, les mesures proposées, qui auraient été efficaces si on les avait appliquées vers septembre 2007, furent torpillées suite à une opération frauduleuse montée par le député Barney Frank et d’autres. Passant en force et prenant tout le monde de vitesse, le « renflouement » (mesure frauduleuse s’apparentant à une trahison) transforma cette crise générale, qui était encore contrôlable en juillet-septembre 2007, en un cauchemar d’escroqueries financières à répétition comme nous l’avons vu depuis.

Rappelons que mon discours de juillet 2007 portait sur l’état de faillite globale du système financier international, y compris du système bancaire. Si les réformes proposées, basées sur une procédure de redressement judiciaire, avaient été adoptées, la solution à la crise aurait pu être mise en oeuvre dès l’été 2007. Le député Barney Frank et d’autres, au sein de la Chambre des représentants et ailleurs, ont commis une escroquerie massive à l’égard des Etats-Unis et de ses institutions bancaires et gouvernementales.

hyperinflation.jpgDésormais, pour ne considérer que l’aspect limité, interne, de cette crise, le seul remède consiste à imposer au système financier américain une procédure brutale et drastique de redressement judiciaire. Une bonne partie des actifs pouvant être cantonnés dans une bad bank, doivent être purement et simplement effacés des livres des banques, suivant les critères applicables en vertu de la loi Glass-Steagall, en vigueur avant l’escroquerie commise par Larry Summers, alors au Trésor. A ce stade, 15 % paraît une bonne estimation pour la part des actifs non conformes aux critères de Glass-Steagall pouvant échapper à la destruction. Faute de mettre immédiatement en oeuvre la banqueroute organisée, la part des titres sauvés pourrait chuter à un niveau bien en-dessous de zéro, à mesure que la phase hyperinflationniste avance.

Si le changement que je propose ici est rejeté, le monde se trouvera précipité dans la plus grave dépression de son histoire. La réduction accélérée de la population mondiale au niveau revendiqué par le World Wildlife Fund du prince Philip (passant de plus de 6,5 milliards d’individus à moins de 2 milliards) représenterait le plus grand génocide de toute l’histoire connue.

Le rôle du dollar américain

Cartoon Trillion $ .gifEntre les évènements remontant à l’année fiscale 1967-68 aux Etats-Unis et le début des années 1970, sous le double effet de l’escroquerie pétrolière orchestrée par Londres et l’Arabie saoudite et de la politique mise en place par la Commission trilatérale, sous l’égide d’un président Jimmy Carter dupe du jeu, les Etats-Unis ont vu éliminer leur rôle dominant dans le système monétaire mondial ; l’empire britannique, qu’on appelle aussi l’empire financier anglo-hollandais-saoudien, avait pris les rênes. Néanmoins, le crédit international resta en grande partie libellé en dollars.

ReserveDevisesetOr-1.jpgAujourd’hui, comme l’illustre la crise de la Chine, si le dollar était dévalué en faveur d’une quelconque autre monnaie, tous les pays du monde s’enfonceraient immédiatement dans un « nouvel âge sombre », rendant quasi inévitable la chute vertigineuse de notre démographie en dessous de deux milliards, voire moins.

L’importance du dollar comporte deux aspects. Tout d’abord, conformément à notre Constitution, l’économie américaine repose sur un système de crédit, à la différence du système monétaire de type européen, qui relève d’un gouvernement associé à un système parlementaire.

En fait, aucun système monétaire ne serait en mesure de protéger le monde contre les effets de l’effondrement d’économies nationales comme celle de la Russie et de la Chine, sans compter les pays d’Europe occidentale et centrale.

Par exemple, faute d’adopter le système que je propose, la Chine se désintégrera, vu qu’elle dépend des revenus représentés par l’ancienne valeur de la dette américaine envers elle. Moins touchée que la Chine, la Russie le serait toutefois de manière similaire. La situation en Europe deviendrait rapidement désespérée.

12679235.jpgLe seul remède est l’élimination des systèmes monétaires existants à travers une banqueroute ordonnée, en faveur d’un système de crédit à taux de change fixes. C’est le système qu’entendait instaurer le président Franklin Roosevelt, mais au lendemain de sa mort, le 12 avril 1945, son successeur Harry Truman, un traître défenseur de l’impérialisme britannique, adopta immédiatement la politique monétaire anti-Roosevelt de John Maynard Keynes.

Il nous faut un système de crédit à taux de change fixes sur une cinquantaine d’années, avec des crédits d’Etat à Etat dont le taux d’intérêt à long terme se situerait entre 1,5 et 2 %. Ces crédits serviraient avant tout au développement à forte intensité capitalistique des économies d’Asie, d’Afrique et d’Ibéro-Amérique, reposant essentiellement sur des formes d’investissements en capital réel à haute technologie, propres à assurer l’accroissement du potentiel productif des nations, mesuré physiquement, par individu et kilomètre carré de territoire, au niveau mondial.

Soumettre les systèmes monétaires et financiers actuels à une procédure de banqueroute organisée, respectant les normes de la loi Glass-Steagall, est le seul moyen d’empêcher l’effondrement du système mondial.

L’heure de cette réforme est arrivée. Tout gouvernement qui s’y oppose devrait être remplacé par un autre de disposition plus raisonnable et plus productive en matière de coopération mondiale à cette fin. On ne doit pas poser cette question idiote : « Etes-vous d’accord ? », mais plutôt : « Etes-vous réellement déterminés à survivre ? »

à lire aussi :

http://www.solidariteetprogres.org/article5378.html

http://www.solidariteetprogres.org/article5379.html

http://www.solidariteetprogres.org/article5381.html

http://www.solidariteetprogres.org/article5382.html

27/04/2009

Le Sénat américain vote pour une nouvelle Commission Pecora !

Le Sénat américain vote pour une nouvelle Commission Pecora !

25 avril 2009 (Nouvelle Solidarité) – Par un vote bipartisan, le Sénat américain vient d’approuver la création d’une commission d’enquête sur les causes de la crise financière. Cette initiative attribue à la commission les pouvoirs de justice nécessaires pour mener une véritable enquête – tel qu’avait pu le faire le procureur Ferdinand Pecora en 1933 - donnant le pouvoir d’aller fouiller dans les comptes des banques et d’assigner les responsables à comparaître. Le Comité d’action politique de Lyndon LaRouche (LPAC) a mené l’offensive pour cette nouvelle Commission Pecora depuis septembre 2008, exigeant que comme en 1933 lors de la Grande dépression, la vérité soit dite au Peuple afin de créer le soutien populaire pour un changement de système.

Le résultat des travaux de cette commission reste incertain, d’autant plus qu’il n’y a pas pour l’instant de soutien clair de la présidence pour obtenir des résultats à la hauteur de ceux qu’a obtenu Pecora avec le soutien de Roosevelt. Mais la création de cette commission reflète une pression populaire de plus en plus forte sur les élus, qui n’ont eu d’autre choix que d’y répondre. Solidarité & Progrès mène campagne en France pour la mise en place rapide d’une telle Commission. Jusqu’ici, 60 maires, des conseillers généraux, un vice-président de région et un député soutiennent cet appel, aux côtés de 2700 citoyens.

 

 

La crise ne vous fera pas de cadeau, n’en faites pas non plus. Militez pour une Commission Pecora en France :

Source:

http://www.solidariteetprogres.org/article5371.html

26/04/2009

Etre en marge, ou ceux qui inventent leur propre modèle

Etre en marge, ou ceux qui inventent leur propre modèle

guideJuridiqueSCOP_1_gf_travail.jpgQu'est-ce qu'une Scop ? voici une petite définition, pour ceux qui, comme moi avait oublier l'existence de ce statut, ou ne connaisse pas du tout ce type d'entreprise.

" La scop, définition
Les Sociétés Coopératives de Production - SCOP - sont des sociétés commerciales. Elles vivent et se développent dans le secteur concurrentiel classique. Leur originalité : les salariés sont les actionnaires majoritaires de leur entreprise. Ensemble, et chacun avec un poids égal, les salariés associés ou actionnaires décident des grandes orientations et élisent les dirigeants qui vont piloter leur entreprise. Entreprendre en SCOP, c'est entreprendre ensemble, autrement. C'est privilégier un fonctionnement participatif en interne et pouvoir se développer dans un réseau de solidarités . C’est aussi bénéficier des services apportés par l'Union Régionale et les fédérations professionnelles, ainsi que des outils de financement propres au Mouvement des SCOP. Les principes qui fondent les coopératives sont apparus au XIXème siècle. Ils conservent aujourd'hui une grande modernité : mutualisation des moyens, fonctionnement démocratique, accession à la responsabilité et à l'initiative économique. En un mot : mettre les hommes et les femmes au coeur de l'entreprise."

C'est rafraîchissant non !? et surtout idéale pour avoir une economie réelle en developpement continue, qui ne risque pas d'etre ecrasé par les marchés spéculatifs boursiers. Enfin bref, un statut qui ne connait pas la crise!

Monté Cristo

4scop_lentrepreneur_01-02-2008-1.jpgPourquoi ça marche. Evidemment elles ne s’affichent pas à la une des journaux économiques. Elles vivent souvent cachées. A l’abri des soubresauts des marchés. Elles refusent d’aller en Bourse. Ne pratiquent ni bonus, ni stock-options. Beaucoup d’entre elles vivent en Scop (1), comme le réseau Biocoop ou la société de noms de domaine Gandi.net. Alors fatalement, la crise financière mondiale leur passe un peu au-dessus de la tête. Désuètes hier, totalement fashion aujourd’hui.

La preuve : Ardelaine. Dans le maelström de la crise, il y a les entreprises emportées par le courant, celles qui résistent, et celles qui ne sont pas sur la trajectoire de la catastrophe. C’est le cas d’Ardelaine, une Scop devenue un modèle d’entreprise alternative. Chez Ardelaine, on vend des vêtements, des matelas, des couettes… à des milliers de petits clients depuis plus de vingt ans. L’année 2008 a été plutôt bonne si bien que le dernier salon de l’année, à Paris, a surpris l’équipe. «On a eu des ventes supérieures aux années précédentes», explique Gérard Barras un des fondateurs d’Ardelaine. Serein, ce coopérateur ne sent pas du tout la crise : «Nous vendons un produit dans l’air du temps, c’est-à-dire sans chimie, équitable… et au fil des années, nous avons fidélisé nos clients. En fait, nous avons créé une entreprise basée sur la résilience.» Il s’étonne que tout le monde s’étonne de la violence de cette crise. «Il y a pas mal de temps qu’on sait que ça n’allait pas durer éternellement.» D’après lui, la crise prouve qu’«une croissance inflationniste fragilise les hommes». Et il pense que ce n’est pas plus mal que les gens fassent désormais attention à leur consommation.

arton303-8a933.jpgSpécificité de la Scop, personne ne peut racheter Ardelaine. Le capital majoritaire est détenu par ceux qui travaillent. «C’est un point fondamental parce qu’aujourd’hui les multinationales ou les industries se constituent via les rachats. Nous, nos réserves sont impartageables», explique Gérard Barras. En grand défenseur du small is beautiful, il cite un proverbe africain qui résume sa vision de l’économie actuelle : «Que les éléphants se battent ou qu’ils fassent l’amour, ce n’est pas le pied pour les fourmis.» Etre trop grands, c’est la phobie des coopérateurs d’Ardelaine. D’ailleurs, la Scop ardéchoise et sa trentaine de salariés est auteure d’un fait d’armes assez inhabituel : elle a refusé deux marchés au Japon dans le passé qui l’auraient obligée à changer d’échelle. La Scop affiche 1,5 million d’euros de chiffre d’affaires. Et les contrats japonais auraient permis d’atteindre 2 millions d’euros en deux ans. Soit 25 % en plus. Après tergiversations, le couperet des coopérateurs est tombé. Et les Japonais ont remballé leurs commandes. «Confier 25 % de notre CA à un seul commanditaire nous aurait trop fragilisés», explique Gérard Barras. Attention, les salariés-coopérateurs d’Ardelaine ne prônent pas pour autant la décroissance, mais visent une croissance maîtrisée qui permet de «garder les pieds sur terre».

scop.jpgCréée en 1982, cette Scop a fait le pari de développer localement - en Ardèche et Haute-Loire - la filière «laine». Elle a, depuis, tissé un joli canevas de réussites : humaine, culturelle, financière et territoriale… Dès le début, les sociétaires-salariés tondent et collectent la laine chez les éleveurs. C’est aujourd’hui 50 000 moutons tondus par an chez 300 éleveurs d’Ardèche et de Haute-Loire. La Scop Ardelaine a même créé une sorte de monnaie interne qui la lie à ses éleveurs. Lorsqu’un éleveur signe un contrat avec Ardelaine, sa laine est vendue environ deux fois plus cher. Depuis les années 90, un accord d’intéressement est en vigueur : dès que le résultat est supérieur à 5 % du chiffre d’affaires, l’argent est équitablement réparti entre les salariés-coopérateurs.

scop_region.jpgArdelaine a aussi développé une stratégie originale en matière de ressources humaines. Du travail avec les éleveurs à la vente sur les salons, la petite entreprise abrite une vingtaine de métiers. Et chaque nouvel embauché fait le tour de tous les postes. «En arrivant, on est un ouvrier polyvalent, explique Gérard Barras. Ce qui fait notre force, c’est que nous ne sommes pas spécialisés». Alors chez Ardelaine, on «débunkerise» les tâches. Et que fait le tondeur de moutons une fois le cycle de tonte du printemps dépassé ? Il devient guide pour le musée qui a été créé par la Scop. Simple.

LAURE NOUALHAT

à lire aussi :

http://ecoloinfo.com/2009/03/13/l-entreprise-autrement-le...

http://www.scop.org/lavieframesa.htm

http://www.cne-elec.fr/presentation008.php

http://www.scop.coop/P193_FR.htm

http://www.scopbtp.org/html/actualites/4scop_lentrepreneu...

21:28 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : entrepreneur, scop

Une constitution pour l’économie

Une constitution pour l’économie

9782802724599FS.gifPaul Jorion suggère depuis quelques temps l’idée d’une « constitution pour l’économie ». Il a d’ailleurs lui-même précisé sa pensée : « Lorsque je défends l’idée d’une « constitution pour l’économie », j’explique que quand la démocratie s’est mise en place, elle s’est arrêtée au bord de l’économie, laissant celle-ci dans un « état de nature » au sens hobbesien du terme, c’est-à-dire où l’homme est un loup pour l’homme. Les événements actuels soulignent la nécessité de sauver l’économie de la loi de la jungle qui y règne en la faisant rentrer dans le giron de la démocratie, ce qui ne peut se faire qu’en la dotant – elle et la finance qui constitue son système sanguin – d’une constitution. »

Nous sommes d’ailleurs quelques-uns (de plus en plus nombreux) à soutenir cette idée qui doit maintenant dépasser le stade de la théorie. Vous êtes nombreux à m’écrire et me dire que ce projet est irréalisable. Je ne le crois pas et voici pourquoi.

site_internet.jpgPeu de personnes connaissent l’origine du réseau informatique mondial, internet. A l’origine, c’est un projet militaire US qui avait pour but de constituer un réseau d’ordinateurs pour améliorer les communications entre chercheurs au sein du DARPA (Defense Advanced Reseach Projects Agency). Ce projet a réellement abouti en 1966 lorsque Lawrence J. Roberts (chercheur au MIT puis au DARPA), le National Physical Laboratory et surtout la Rand Corporation ont mis au point le réseau Arpanet. Plus tard, en 1989, Tim Berners-Lee, informaticien au CERN développe un lien hypertexte. Le World Wide Web est né. Nous connaissons la suite.

Peu d’intellectuels ont compris alors qu’une révolution majeure était en cours et qui verrait l’apparition de ce qu’Howard Bloom nomme « le cerveau global » et que je préfère appeler « le cerveau collectif » (les mots ont un sens).

salon-internet.jpgL’information, la communication qui ont toujours été fondamentales se sont retrouvées au cœur même de nos vies. Or, un parallèle essentiel doit être développé. La science nous apprend par exemple que les bactéries communiquent entre elles (communiqué de presse du CNRS du 5.12.2007) mais surtout, sont capables de se modifier lorsqu’elles sont soumises à un danger.

Il en est de même pour les arbres, et ceci a été prouvé en étudiant les raisons inexpliquées de la mort de « koudous » (des gazelles africaines). On a ainsi retrouvé dans leur estomac des feuilles à la teneur anormale en tanin. En fait lorsque la gazelle dévore les feuilles d’un arbuste (acacia), celui-ci transmet l’information aux autres arbres grâce à une substance chimique volatile : l’éthylène. Une fois informés, ils peuvent se défendre en produisant du tanin qui finit par empoisonner la gazelle. Ted Turlings, chercheur à l’institut de zoologie de Neuchâtel étudie actuellement ce système de défense des plantes.

Quel rapport avec notre sujet me direz-vous ? J’y viens.

Face à la crise systémique actuelle, nous nous retrouvons démunis. Hommes politiques, presse écrite et télévision ne communiquent pas sur les causes et surtout les conséquences réelles du krach actuel. Quatre points fondamentaux se dégagent pourtant :

le chômage de masse.

la destruction des retraites.

la spéculation qui va devenir insoutenable sur les matières premières (nourriture).

La perte de notre liberté

bail_dees.jpgHeureusement, une information de plus en plus riche et de qualité existe sur le net. Il est vrai, il faut chercher et surtout vérifier (il faudrait d’ailleurs que ceux qui interviennent sur la toile citent systématiquement leurs sources). Nous sommes actuellement dans la situation de l’acacia face aux Koudous, car, il ne s’agit pas d’une crise comme les autres. Paul Jorion a situé le problème, il s’agit de « survie de l’espèce humaine ». Je ne reviendrai pas sur mes différentes analyses qui avaient essentiellement pour but de décrypter ce que l’on vous cache et surtout de démontrer que la réponse « monétariste » qui va être trouvée est un leurre. Nous sommes à la fin d’un système, basé sur la consommation à partir de dettes qui envoie la planète et donc nous-mêmes, droit dans le mur. Ce monde, qui permet à quelques-uns de s’enrichir de façon outrancière nous à fait perdre l’essentiel : notre spiritualité. Nous avons fini par croire que la possession d’objets était une fin en soi, ce que Chuck Palahniuk, auteur du roman « Fight Club » (film culte) illustre à la perfection : « nous croyons posséder les objets mais ce sont eux qui nous possèdent ».

Nous devons donc trouver une solution, produire notre « tanin » qui finira par détruire nos prédateurs qui dirigent ce monde et qui tels des virus, « ne savent pas qu’ils seront brûlés vifs ou enterrés profondément dans le sol avec le corps humain qu’ils font mourir. » (Andrew M. Lobaczewski).

La question du comment se pose donc et elle est essentielle. Je l’ai démontré ci-dessus, seule l’information peut créer le terreau propice à une réaction. Il n’y a que 2 solutions possibles :

-une révolution classique, par la violence.

-une révolution pacifique.

Analysons la solution numéro 1.

Nous entendons, nous lisons un peu partout « qu’il faut tout faire péter ! » A ceux qui pensent cela, je désire répondre par une analyse (que j’avais déjà faite).

beatles-revolution.jpgAu cours de l’histoire nous avons eu une multitude de révolutions et elles se sont toutes terminées en dictatures car, au final, l’ordre l’emporte sur le chaos (Ordo ab Chao pour les initiés). 1789 a eu pour résultat Napoléon, la révolution Russe, Staline, la révolution Spartakiste (de novembre 1918 à Berlin), Hitler, l’expérience anarchiste de Barcelone, Franco, la révolution chinoise, Mao.

Je viens de résumer, la révolte nous pousse dans les bras de monstres car comme le dit Jean-François Revel au final « tous les courants révolutionnaires (…) présentent cette caractéristique qu’une fraction des bénéficiaires de l’ordre régnant se détache de l’ensemble de sa classe et la trahit de l’intérieur. »

Cependant, deux révolutions majeures ont réussi, celle de Mohandas Karamchand Gandhi et de Martin Luther King. Je vous ferai remarquer qu’elles ont été toutes deux réalisées sans violence. Cependant, il existe une critique évidente. Comment modifier notre système économique en organisant comme Gandhi ou Luther King des marches de contestation ou des meetings ? Sur quelle base ?

En effet, le problème est planétaire, il faut donc organiser une riposte planétaire et le seul outil existant pour cela est le web.

Nous avons beaucoup réfléchi au problème. La solution doit être trouvée au sein d’une plate-forme mondiale de réflexion. Cette réflexion doit aboutir à la réalisation d’une « constitution pour l’économie » qui ne doit appartenir à personne mais à nous tous.

Chacun doit pouvoir s’exprimer librement (ce que je fais ici, car je ne donne que mon opinion) et participer aux Etats Généraux du net.

20080324LiberteExpression.jpgPour ma part, il ne sera pas question de « rafistoler » le système. Il s’agit de réfléchir à une autre façon de vivre ensemble, à un autre monde qui place l’homme au cœur de l’économie et qui préserve notre planète. Capitalisme et communisme sont renvoyés dos à dos, ils ont échoué, ce que résume la célèbre blague russe : « Tout ce qu’on nous a dit sur le communisme était faux, mais tout ce qu’on nous a dit sur le capitalisme était vrai. »

Il est temps de nous prendre en charge et de trouver ensemble, une troisième voie, qui préserve ce que nous avons de plus précieux : la liberté.

Jean Guéhenno : « La vraie trahison est de suivre le monde comme il va et d’employer l’esprit à le justifier. »

par Gilles Bonafi

20:50 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : usa, crise, mondiale, systeme

Le coup de grâce de la crise immobilière: le grand crash s’en vient

Le coup de grâce de la crise immobilière: le grand crash s’en vient
Un immense « inventaire caché »


Mondialisation.ca, Le 23 avril 2009

Le coup de grâce de la crise immobilière: le grand crash s’en vient

En raison de la levée du moratoire sur les saisies à la fin mars, la tendance à la baisse dans l’immobilier gagne en vitesse. Le moratoire a été mis en vigueur en janvier pour donner une chance de réussite au programme d'anti-éviction d’Obama, un programme qui est une combinaison de modifications et de refinancement hypothécaires. L’objectif de ce plan consistait à venir rapidement en aide à près de 9 millions de propriétaires qui luttent pour garder leurs maisons, mais il est dorénavant clair que le programme va se pulvériser de même que son objectif.

credit625sept16.jpgEn mars, l'accélération du mouvement à la baisse des prix de l’immobilier indiquait qu'il y aurait de plus importants ajustements à venir. Les tangentes sont plus fortes que jamais - presque perpendiculaires. Les prix de l’immobilier ne sont pas en baisse, ils s’effondrent et ils s’effondrent sérieusement. Maintenant que le moratoire sur l'éviction a pris fin, les Avis de défaut [de paiement] (NOD) ont grimpé à leurs plus hauts niveaux historiques. Dans 4 à 5 mois, ces avis vont devenir des saisies créant une autre série de saisies. Les analystes du marché prédisent qu’il y aura 5 MILLIONS DE NOUVELLES SAISIES ENTRE AUJOURD’HUI ET 2011. Il s'agit d'une catastrophe plus grande que l'ouragan Katrina. La sidérante augmentation du chômage et la hausse des saisies rendent certain que des centaines de banques et d’institutions financières vont être contraintes à la faillite. Quarante pour cent des propriétaires en défaut de paiement ont déjà évacué leurs maisons. Il n'y a rien qu’Obama puisse faire pour les faire rester. Pire encore, seulement 30 pour cent des [maisons] saisies ont été remises en vente suggérant ainsi encore plus d’entourloupettes au sein des banques. Où sont donc passées les maisons? Ont-elles tout simplement disparues?

600,000 « MAISONS DISPARUES? »

Voici un extrait du quotidien San Fransisco Gate expliquant le mystère:

photo_1239776796133-1-0.jpg« Les bailleurs de fonds du pays sont assis sur des centaines de milliers de maisons saisies qu'ils ne sont pas revendues ni même mises en vente, selon de nombreuses sources statistiques. Et les [maisons] saisies, que les banques se débarrassent aux prix d’une vente de feu, sont un facteur majeur qui fait chuter le valeur des maisons.

« Nous croyons qu'il y a environ dans tout le pays 600,000 propriétés que les banques ont reprises, mais qu’elles n’ont pas remises en vente sur le marché », a déclaré Rick Sharga, vice-président de RealtyTrac, qui compile les statistiques sur les saisies au niveau national. « La Californie possède probablement 80,000 de ces maisons. Il pourrait être catastrophique si les banques devaient soudainement inonder le marché de ces propriétés en difficulté. Vous auriez alors plus de dépréciation et de carnage. »

Dans une récente étude, RealtyTrac comparait sa base de données de maisons reprises par les banques avec les annonces de maisons mises en vente sur MLS dans quatre États, dont la Californie. Il a été constaté un écart important - seulement 30 pour cent des saisies ont été inscrites à la vente dans le « Multiple Listing Service (MLS)». Le reste est connu dans l'industrie sous le nom « d’inventaire caché ». («Les banques ne mettent pas en vente un grand nombre de maisons saisies » SF Gate)

wellsfargo.jpgSi les vérificateurs étaient déployés dans les banques qui gardent hors du marché des maisons saisies, ils découvriraient probablement que les banques sont en fait en train de refinancer le service des hypothèques sur une base mensuelle afin de dissimuler l'ampleur de leurs pertes. Ils découvriraient également que les banques s'efforcent de maintenir les prix de l’immobilier artificiellement élevés afin d’éviter d’essuyer d’énormes pertes qui pourraient les ruiner. Une chose est certaine, 600,000 maisons «disparues» signifient que le prix de l’immobilier est loin d’avoir fini de chuter et qu’un pan plus large du système bancaire est en eaux troubles.

Voici plus d’informations sur l'histoire de Monsieur Hypothèque (bloggeur au nom anglais de: Mr. Mortgage) « Le nombre de saisies en Californie va exploser…encore une fois »

« Êtes-vous prêt à voir le futur? Des dizaines de milliers de saisies se feront dans les 1 à 5 mois à venir, ce qui fera monter le nombre total des saisies à des sommets historiques. Cela va inonder le marché immobilier déjà strangulé avec encore plus de maisons juste à temps pour la saison printemps été de vente de maisons ... Les Avis de défaut [de paiement] (NOD) et les syndics de faillite (NTS) démontrent que l’on se dirige à des niveaux jamais vus depuis la mi-2008. Lorsque le syndic de faillite se pointe, la propriété est saisie par un Palais de justice et mis aux enchères dans les 21 à 45 jours suivants... En fin de compte, c'est qu'il y a une énorme vague de saisies qui frappera à partir d'avril et qui ne pourra pas être arrêtée sans un moratoire national. »

37-jpmorgan.jpgJP Morgan Chase, Wells Fargo et Fannie Mae ont intensifié leur activité de saisies au cours des dernières semaines. Les défauts de paiement ont grimpé en flèche présageant toujours plus de réduction des prix dans un avenir prévisible.

Selon le Wall Street Journal: « Ronald Temple, co-directeur de recherche au Lazard Asset Management, prévoit des baisse de prix dans l’immobilier de 22% à 27% par rapport à leurs niveaux de janvier. Plus de 2,1 millions de maisons seront perdues cette année parce que les emprunteurs ne peuvent pas payer leurs mensualités. Ce nombre s’ajoutera aux quelque 1,7 millions [de maisons] de 2008. » (Ruth Simon, « La crise immobilière est sur le point de prendre encore une fois les devants de la scène » Wall Street Journal)

AIG_Wisma.jpgUn autre 20 pour cent de réduction sera retranché de la valeur des maison aux États-Unis signifiant ici un autre 4 trillions de dollars de perte pour l’ensemble des propriétaires de maison. Cela signifie toujours moins d’épargne pour la retraite, moins de dépenses et une diminution du niveau de vie. La prochaine étape dans le secteur immobilier sera atroce, tous les secteurs en seront affectés. Le plan de sauvetage hypothécaire de 75 milliards de dollars d’Obama n’est qu’une maigre pitance; il ne réduit pas le montant d’emprunt des prêts hypothécaires et il ne stoppera pas la saignée. Les dirigeants politiques ont décidé qu'ils en avaient fait assez, et ils se refusent d’aider. Ils ne voient pas le tsunami qui surgit de manière évidente devant eux. Le marché immobilier est plongé à des profondeurs abyssales et il va draguer une bonne partie de l'économie en général avec lui. Les actions [en bourse], aussi. 


Article original en anglais :  Housing Bubble Smackdown: Bigger Crash Ahead, Huge "shadow inventory", publié le 21 avril 2009 :
http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid...


Traduction : Dany Quirion.

20:28 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : aig, crise, immobilier, usa

20/04/2009

Les solutions (n°5 : une constitution pour l’économie?

Crise systémique – Les solutions (n°5 : une constitution pour l’économie)

On peut lire actuellement dans l’ensemble de la presse que l’économie mondiale redémarre, que la crise est sur le point de s’achever. C’est faux et voici pourquoi.

arton4693.jpgAbderrahmane MEBTOUL, expert international et surtout un des plus grands économiste d’Algérie a déclaré : « de l’avis de tous, la crise actuelle est la pire que le monde ait connu depuis la grande dépression avec une perte en sous capitalisation, évaluée par le FMI, fin février 2009, à 52.000 milliards de dollars. »

Face aux catastrophes à venir, il a d’ailleurs lancé un appel, afin de mettre en place une cellule de crise en Algérie.

Selon l’agence Bloomberg, l’ensemble des dépenses, prêts et garanties offerts par l’Etat américain atteignent désormais les 12.800 milliards de dollars (PIB des USA : 14 000 milliards). Boursier.com 31/03/2009.

L’OCC (Office of the Comptroller of the Currency), l’agence de tutelle des banques Us a publié un rapport explosif (avril 2009).

On apprend ainsi que la situation des prêts immobiliers est devenue incontrôlable avec 10 % de défaillances et surtout 694 056 procédures de saisies en cours au 4ème trimestre 2008. Vous pouvez d’ailleurs avoir le résumé de ces chiffres en consultant le tableau page 13 du rapport dont voici le lien : http://www.occ.treas.gov/ftp/release/2009-37a.pdf.

Le département du Commerce a signalé que les mises en chantier ont chuté de 10,8% (510 000 au mois de mars) aux USA et que le nombre de permis de construire a reculé de 9% (513.000). Source : Le Figaro.fr du 16/04/2009.

Les 1000 milliards de dollars du G20 ont donc déjà été dépensés et je ne parle même pas de la faillite prochaine de General Motors et Chrysler (que j’avais annoncée l’année dernière).

Heureusement, il y a Robert Reich, ancien ministre du travail de Bill Clinton qui s’est « réveillé » le 3 avril et a indiqué sur son blog que la crise actuelle était comme en 1929 « une dépression » . Ouf, nous sommes sauvés !

Bernard Lietaer (qui a mis en place l’euro et spécialiste des questions monétaires) avait donné une image exacte de l’ampleur de la crise aux USA, dans son livre blanc en novembre 2008 :

enfants_drapeau_USA__10051b.jpg« L’opération de sauvetage américaine coûtera plus que la somme de toutes les activités historiques suivantes du gouvernement américain, ajustée pour l’inflation : prix de l’achat de la Louisiane, le New Deal et le Plan Marshall, les guerres de Corée, du Vietnam, la débâcle de S&L, la NASA et la course à lune réunis. »

Face à cette pyramide de problèmes nos gouvernements mettent en place des solutions provisoires qui n’auront pour effet que d’aggraver encore plus la situation. Quelles sont ces solutions :

-le "bidouillage" de la comptabilité des banques.

-différer l’échéance fatale des prêts immobiliers aux USA.

-développer l’émission de DTS (droits de tirage spéciaux).

 

I.« Magouilles » comptables et prêts immobiliers US

9782804147846FS.gifLe 02 avril, en plein G20, les USA ont changé leurs normes comptables ce qui va permettre d’après Robert Willens, un ancien directeur de Lehman Brothers Holdings Inc. d’améliorer le bilan des banques de 20 %. Un « miracle » a donc eu lieu qui permet désormais aux entreprises financières de fixer elles-mêmes le prix de leurs produits financiers (car il n’y a plus d’acheteurs) et tout cela sous la contrainte et les menaces. Arthur Levitt, ancien président de la SEC a dit :

« ce qui me perturbe le plus à propos de l’initiative de la FASB (l’organisme qui fixe les règles en matière de comptabilité, à l’origine de la nouvelle réglementation) est qu’elle semble résulter de menaces indignes de membres du Congrès, qui sont redevables à des représentants d’entreprises ». Source : Bloomberg du 29 mars 2009 : « Mark-to-Market Lobby Buoys Bank Profits 20% as FASB May Say Yes ».

En Europe, Christine Lagarde (ministre de l’économie) indique « qu’il faut quand même que tout le monde soit placé sur un pied d’égalité », et donc, dans la liesse générale, les ministres européens des Finances réunis à Prague ont « appelé l’IASB (Bureau des standards comptables internationaux) à coopérer étroitement avec le FASB (américain) pour répondre immédiatement à ces problèmes. » Nous aurons ainsi droit nous aussi à notre « bidouillage » comptable. Nous vivons décidément une époque formidable.

insolvency.jpgEn ce qui concerne les prêts immobiliers US nous assistons au même phénomène. Je l’ai indiqué ci-dessus, 10 % des prêts immobiliers US ne sont pas remboursés. On renégocie donc à tour de bras et on retarde l’échéance qui sera fatale car la majeure partie de ces emprunteurs sont insolvables et la situation s’aggrave de jour en jour avec le chômage. D’ailleurs, un américain sur dix reçoit une aide en bons d’alimentation (Reuters du vendredi 3 avril) et 5,1 millions d’emplois ont été détruits depuis le début de la récession selon le journal Le Monde du vendredi 3 avril. C’est vrai, tout va bien ! Pour ceux que cela intéresse, vous pouvez consulter l’excellent article de Paul Jorion du 12 avril (sur son blog) intitulé La reprise aux États–Unis (non, je plaisante).

pk.jpgEn conclusion de cette première partie, je reprends les propos de Paul Krugman, prix nobel d’économie : « J’ai l’impression qu’elle [l’administration, ndlr] ne cherche qu’à gagner du temps au lieu d’admettre la réalité des pertes essuyées par les banques et de faire ce qui est nécessaire pour nettoyer ce foutoir. »

Il ose même une phrase digne d’un théoricien du complot : « Le problème est que nous avons une administration qui va chercher conseil chez ceux qui ont créé cette crise ». Source : Libération.fr du 15 avril 2009.

Au-delà de ce déni de réalité, nous nous apercevons que nos dirigeants sont face au problème de notre système monétaire dont le pilier (le dollar) est en train de s’effondrer et tentent d’apporter des solutions que le G 20 a concrétisé en développant les DTS.

Lorsque je lis certaines études sur la crise systémique actuelle, je suis stupéfait du manque de profondeur de certaines analyses. Ainsi, étudier le krach actuel en se focalisant sur les « dysfonctionnements » de la finance revient à donner une vision parcellaire du problème.

En effet, il faut l’analyser dans sa globalité et notamment sur le plan monétaire.

La destruction du dollar en cours pose un problème fondamental au monde. En effet, quelle sera la monnaie de référence des échanges mondiaux ? Ainsi, cette crise est une crise systémique car, sur le plan strictement économique, nous assistons à la faillite de notre système monétaire. De nombreux économistes ont une vision étroite du krach actuel et désignent la finance comme seule responsable de nos malheurs. Or, certains commencent à aborder le problème structurel que pose notre système monétaire.

Il est temps de faire un petit rappel historique.

 

II. Analyse de la crise et DTS

Money-supply.pngEn juillet 1944, les USA imposaient au monde le dollar comme monnaie de référence. C’était la mise en place de la charte monétaire dite de Bretton Woods.

Or, il faut le rappeler, le dollar était à l’époque convertible en or (35 dollars l’once). Jacques Rueff, économiste, et surtout clairvoyant, avait alors déclaré que c’était pour le monde « le secret d’un déficit sans larmes. »

Puis, par étapes successives, le dollar a cessé d’être convertible en or (1971), pire encore, il est devenu « flottant » (1973), c’est-à-dire déconnecté de toute réalité économique. D’ailleurs, John Connally, secrétaire au trésor, déclarait en 1971 : « Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème. »

Cerise sur le gâteau, on a abandonné le système de change fixe par les accords de Kingston de janvier 1976 (les plantes jamaïcaines peut-être !).

Georges Pompidou qui a travaillé à la banque Rothschild de 1954 à 1962 (donc un spécialiste des questions monétaires) avait à l’époque donné un bon aperçu de la situation :

« il n’y a pas de système monétaire international valable sans parités fixes ». Nous nous sommes donc peu à peu acheminés vers un « non système monétaire ». Une étude récente de la banque mondiale a ainsi démontré que nous avons eu 176 crises monétaires depuis 1971.

Comment les USA ont-ils pu maintenir ce système si longtemps ? Par la violence, bien sûr.

Thomas Friedman conseiller spécial de la secrétaire d’État Madeleine Albright sous l’administration Clinton avait été très explicite :

« La main cachée qui tire les ficelles du marché a besoin d’un poing caché pour être efficace. McDonald’s ne saurait prospérer sans McDonnell Douglas... Et le poing caché qui assure un monde propice au développement des technologies de la Silicon Valley, c’est l’armée, les forces aériennes, la Marine et le Marine Corps américains ».Source : Thomas Friedman, The Lexus and the Olive Tree : Understanding Globalization, Farrar, Strauss and Giroux, New York, 1999, p. 373.

Dr-Evil-Money--35910.jpgC’est d’ailleurs lui qui a promu les taux de change flottants en 1953 dans son article « The Case for Flexible Exchange Rates ». Il affirmait à l’époque qu’il fallait laisser les marchés déterminer la valeur des monnaies nationales. Cette vision anarcho-capitaliste de l’économie s’est diffusée partout dans le monde grâce à l’école de Chicago mais surtout au travers de la Société du Mont-Pèlerin (étrange pèlerinage !). Pascal Salin, ancien président de cette société, économiste et philosophe écrivait à l’époque :

« Dans une période où le marxisme et l’interventionnisme étatique dominaient les esprits, Friedman a joué, à contre-courant, un rôle absolument irremplaçable. » Irremplaçable en effet car il a contribué à détruire l’économie mondiale après 176 crises monétaires  !

Ceux qui recherchent les coupables, feraient mieux de regarder de ce côté. L’idéologie libertarienne a été une catastrophe que nous payons très cher aujourd’hui. Karl Popper, qui a participé à la création de la société du Mont- Pèlerin prosélyte de l’ultra libéralisme, savait très bien ce qu’il faisait : « La liberté, si elle est illimitée, conduit à son contraire ; car si elle n’est pas protégée et restreinte par la loi, la liberté conduit nécessairement à la tyrannie du plus fort sur le plus faible. » Karl Popper « La société ouverte », ch.12, section 2.

Face au vide institutionnel, la finance a donc pris le dessus et la valeur de chaque monnaie a été déterminée par les marchés, une application directe des idées libertariennes de Milton Friedman qui a d’ailleurs obtenu un prix Nobel d’économie en 1976.

D’ailleurs, James D Grant membre du CFR dans une discussion avec Paul Volcker (directeur du conseil pour la reconstruction économique) et Lawrence Summers (responsable actuel du conseil économique d’Obama), le 23 mai 2007, a dit :

« le dollar est basé sur la foi, nous émettons 850 milliards de dollar par an…Donc quelqu’un pense-t-il que c’est …(inaudible) ». J’aime beaucoup la censure discrète (inaudible !). Nous sommes au mois de mai 2007 et ils savent que le système va dans le mur.

Pour ceux qui comprennent l’anglais, un pur bijou !

Source : http://www.cfr.org/publication/1346....

08-01-17_money8.jpgNous connaissons la suite, une montagne de dette pour soutenir les USA, ce qui s’apparente à une taxe impériale, et nous avons laissé « circuler 1000 fois plus d’argent qu’il n’existe d’actifs sous-jacents » comme l’affirme Pierre Pascalon dans son étude pour l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques :« Il faut un véritable Bretton Woods II »).

Or, le 18 mars (« le jour où le dollar est mort », pour reprendre la célèbre phrase des analystes de la banque Standard Chartered) la FED (banque centrale US) a décidé de racheter des bons du trésor, ce qui revient à monétiser la dette.

Igor Panarin ancien expert des USA au KGB enfonce le clou en déclarant : « Le dollar n’est garanti par rien. » Le journal russe Izvestia affirme quant à lui : « La dette étrangère du pays a grandi comme une avalanche ; c’est une pyramide, qui doit s’effondrer. » Source :Bloomberg.com du 25 novembre 2008.

Nous le voyons, notre système monétaire basé sur le dollar n’est plus viable.

Keira-Knightly-Australian-Money--35912.jpgLe problème de la monnaie est donc au cœur de cette crise et vous avez remarqué que j’insiste lourdement sur ce point car les solutions qui seront « trouvées » seront d’ordre monétaire. J’ai expliqué dans mes quatre précédents articles que les monnaies nationales étaient en phase avancée de destruction (dollar, livre sterling par exemple) et que de nouvelles monnaies continentales (dollar nord-américain, Acu pour l’Asie, Sucre pour l’Amérique du sud, l’Arabo lancé par le Conseil de Coopération du Golfe), virtuelles dans un premier temps, étaient en train de naître. Ainsi, nous assistons à la destruction des nations écartelées entre de grands pôles continentaux d’une part et des régions d’autre part. Des monnaies complémentaires apparaissent comme les comptes Hour gérés par la Bank of Ithaca dans l’état de New York par exemple. Le dollar s’effondre donc et avec lui l’Empire US car le cœur économique du monde s’est déplacé vers l’Asie (Chine et Inde).

Le 19 février, le quotidien du peuple (People’s Daily) annonçait que « la Chine autorisait les pays en déficit commercial avec elle à produire des obligations en yuans (et non en dollars). »

Elle a de plus signé un accord avec l’Argentine lui permettant de payer en yuan et « a conclu des accords d’échange de devises d’une valeur totale de 95 milliards de dollars, avec la Malaisie, la Corée du Sud, Hong Kong, la Biélorussie, l’Indonésie, et maintenant l’ Argentine ». Source : China Economic Review du 31 Mars 2009.

L’AFP, le 26 mars, a affirmé « qu’un groupe d’experts de l’ONU dirigé par l’économiste américain Joseph Stiglitz a préconisé un nouveau système monétaire international pour remplacer l’actuel, basé sur le dollar. Un nouveau système monétaire international, ressemblant à des droits de tirage spéciaux (DTS) très élargis » La Chine a enfoncé le clou en proposant que les droits de tirage spéciaux (DTS ou SDR en anglais) puissent jouer le rôle «  de monnaie de réserve supra- souveraine. »

Jack-Nicholson-Money--35908.jpgGeorges Soros a confirmé : « la monnaie américaine pourrait finalement être remplacée comme devise mondiale de réserve, éventuellement par les Droits de tirage spéciaux (DTS) du Fonds monétaire international ». Source : Reuters le 06 avril 2009.

Les DTS ont été créés en 1966 par le FMI en complément des réserves officielles des pays membres, c’est un droit qui permet de « tirer » des devises. Les DTS sont déterminés en fonction d’un panier de valeur de 4 monnaies : le dollar, l’euro, le yen et la livre sterling. Il manque donc le yuan et le rouble.

Or, le 28 mars 2009, l’agence Reuters nous apprend que « la Russie est favorable à une extension du droit de tirage spécial (DTS) du Fonds monétaire international afin qu’il inclue le rouble, le yuan et l’or. » Ceci est dans le droit fil des propositions chinoises et confirmé par le Quotidien du peuple du samedi 11 avril.

Certains parlent même d’élargir le système à d’autres monnaies comme Arkadi Dvorkovitch, conseiller économique au Kremlin. Il faut cependant rappeler que le fonctionnement des droits de tirage spéciaux pose problème car il va falloir fixer de nouvelle quotités des monnaies qui constituent un DTS. Voici par exemple le panier de devises composant un DTS en octobre 2005 (Wikipédia) : 0,5770 USD - 0,4260 EUR - 21,000 JPY - 0,0984 GBP.

sam_4.jpgLes quotités dépendent des quote-parts des membres et vous l’avez deviné, les USA sont majoritaires avec 16, 77% des voix. Que va-t-il se passer lorsque la Russie et la Chine entreront dans le système ? Il faut rappeler que de par son fonctionnement, le droit de tirage spécial favorise celui qui fournit les liquidités et, je vous le rappelle, les USA sont ruinés (ils devront fournir 100 milliards de dollar pour le plan de relance du G20). La Chine devrait donc logiquement devenir un acteur majeur de cet instrument monétaire.

De plus, il s’agit d’un crédit et il faudra donc payer des intérêts.D’ailleurs, face aux besoins croissants de liquidités et la défaillance prochaine de nombreux états il est à craindre que le FMI ne laisse se développer les droits de tirage de manière anarchique. De nouveaux emprunts obligataires libellés en DTS apparaîtront, du crédit pour résoudre la crise du crédit, ubuesque.

Ce système est appelé à être provisoire et comme l’Ecu, monnaie virtuelle qui s’est transformée en euro, nous aurons dans un premier temps des monnaies continentales (Sucre, Acu, etc) qui deviendront réelles pour, au final, être regroupées au sein d’une monnaie unique mondiale dont plusieurs noms circulent (Global, Phoenix, Terra). Je désirais écrire un article au sujet de la monnaie mondiale (prochain opus) mais l’actualité des DTS a pris le dessus.

Voilà, j’espère vous avoir éclairé sur le fonctionnement de notre pauvre petite planète. Il manque cependant une analyse, et ce sera ma conclusion.

J’ai été très surpris de ce qui a été écrit concernant l’arrestation de Bernard Madoff. Il a d’ailleurs été très étonné lui-même des accusations de monstre lancées contre lui. Sa ligne de défense est simple et elle devrait vous en dire long sur notre système économique. Il a ainsi déclaré que l’économie mondiale était une vaste pyramide de Ponzi et qu’il ne comprenait pas pourquoi il devenait le bouc émissaire d’un système alors qu’il en était le révélateur. Ce système qui fonctionne sur la dette et la captation par quelques-uns de l’essentiel des intérêts impose au fil des ans d’élargir la base de crédit. Et, lorsque l’on commence à prêter à des gens qui ne peuvent rembourser (les pauvres), le système s’écroule. Voilà, c’est aussi simple et stupide que cela. Le chômage va donc exploser, les retraites se transformeront en revenu minimum, la sécurité sociale sera réservée à quelques-uns. Dans les pays pauvres, on mourra de faim par millions.

La solution classique consiste à provoquer un gros conflit mondial, en attisant les haines, ce qui permet de se débarrasser des chômeurs et des stocks d’armes et ensuite de reconstruire. J’invite d’ailleurs ceux qui tiennent des propos virulents envers Israël ou les arabes à avoir en tête cet axe d’analyse. Le sentiment diffus que quelque chose de très grave est en préparation est omniprésent. Il reste cependant un petit espoir. Paul Jorion, sur son blog, réfléchit à l’élaboration d’une constitution pour l’économie qui se ferait sur le net et accessible par tous. J’invite donc ceux qui peuvent nous aider concrètement à prendre contact avec lui afin de changer ce monde abominable car il est temps de nous prendre en charge.

Jean Guéhenno : « Nous rêvons une vie, nous en vivons une autre, mais celle que nous rêvons est la vraie. »

 

Gilles Bonafi

12:49 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : crise, economie, usa, obama

16/04/2009

G20 et comportementalisme

Ce qui s’est passé au G20 est encore pire que ce que nous craignions. Il s’agit d’une poussée vers le fascisme financier que je dénonçais dès 2006-2007.

2009-04-02T142930Z_01_APAE531149I00_RTROPTP_2_OFRBS-G20-FMI-20090402.JPGLes décisions se résument à confirmer qu’on déversera 5000 milliards de dollars sur les marchés et à promettre une relance de 1100 milliards de dollars en complément, avec un triplement des moyens fournis au Fonds monétaire international (750 milliards de dollars), 250 milliards pour revigorer les échanges internationaux et 100 milliards en faveur des banques de développement. En fait, le but est de lutter contre le protectionnisme, de continuer à arroser les établissements financiers et de permettre aux perdants escroqués de rembourser leurs dettes aux gagnants tout en faisant un pas vers une gouvernance mondiale.

Les engagements pris ne constituent qu’une rhétorique vide. Ainsi, dans la liste des paradis fiscaux retenus, les Etats américains tricheurs et la City et ses satellites ne sont pas inclus En bref, on a créé en faveur de la City et de Wall Street un monopole pour spéculer et frauder. L’assouplissement des normes comptables permettra de camoufler les comptes en masquant les pertes.

eaa673b.jpgLa photo de famille officielle du sommet, avec la reine d’Angleterre au centre, dans sa robe rose bonbon, encadrée par Gordon Brown, la voix officielle de la City, et Lula, le Brésilien devenu symbole du capitalisme comprador, est révélatrice.

Il est donc d’autant plus choquant que Nicolas Sarkozy, qui a renoncé à l’idée et à la mention du Nouveau Bretton Woods, se félicite d’un « carton plein ».

Ce qui a manqué dans ce sommet est en effet le plus important : pas de banqueroute organisée des titres illégitimes, pas d’interdiction ni même de régulation sérieuse des produits dérivés, des hedge funds et de la titrisation, aucun grand projet international d’équipement de l’homme et de la nature.

8d60b5d4-2055-11de-b02b-76f68444491f.jpgL’explication tient aux pressions exercées principalement sur Obama mais aussi sur Sarkozy par les intérêts de l’oligarchie financière, relayés par l’école de l’économie comportementaliste. Celle-ci n’est qu’une version nouvelle d’une conception de l’homme qui le réduit à un animal aux comportements prévisibles. Il peut ainsi être manipulé si l’on crée autour de lui l’environnement approprié, en analysant ses propensions psychologiques et sociologiques. Obama est entouré de jeunes « économistes » de cette école, qui ont leur centre à la Russell Sage Foundation, à l’Alfred P. Sloan Foundation, au MIT et à Harvard. Ils forment la « Behavioral Economics Roundtable » et exercent une influence directe chez leur protecteur, Larry Summers, directeur du National Economic Council et principal conseiller économique d’Obama. Ils représentent les mêmes intérêts qui, pendant les années trente, combattirent Franklin Delano Roosevelt et propagèrent des idées et des activités mussoliniennes aux Etats-Unis. En 1934, Alfred P. Sloan avait parrainé la pro-fasciste American Liberty League.

Le virus a atteint la France avec Jean Tirole, qui combine dans son approche économique théorie des jeux et théorie de l’information avec les acquis de la psychologie comportementaliste. Tirole est un ami d’Olivier Blanchard, le « cerveau de la relance mondiale » et chef économiste du FMI, ainsi que des conseillers de dirigeants socialistes que sont Thomas Piketty et Philippe Aghion. Tous ont passé des années au MIT et y ont enseigné. Leur arrogance n’a d’égal que leur servitude volontaire.

Jacques Cheminade

Eté 2009 : La rupture du système monétaire international se confirme


- Communiqué public GEAB N°34 (15 avril 2009) -
16/04/2009

 

 

La prochaine étape de la crise sera déterminée par un rêve chinois. En effet, à quoi peut bien rêver Pékin pris, d’après Washington, dans le « piège Dollar » de ses 1.400 milliards d’actifs libellés en Dollars US [1] ? D’après les dirigeants américains et leur cortège d’experts médiatiques, à continuer à être prisonnier et même à renforcer cette condition carcérale en achetant toujours plus de Bons du Trésor et de Dollars US [2].

Pourtant, tout le monde sait à quoi rêve vraiment un prisonnier ? A s’évader bien sûr, à sortir de sa prison. Aussi, pour LEAP/E2020, il ne fait aucun doute que Pékin cherche sans relâche désormais [3] à se débarrasser au plus vite de cette montagne d’actifs « toxiques » que sont devenus les Bons du Trésor US et la devise américaine sous laquelle la richesse de 1 milliard 300 millions de Chinois [4] est emprisonnée. Dans ce GEAB N°34, notre équipe détaille donc les « tunnels et les galeries » que Pékin creuse discrètement depuis plusieurs mois dans le système économique et financier mondial afin de s’évader du « piège Dollar » d’ici la fin de l’été 2009. Sur fond de cessation de paiement des Etats-Unis s’ouvrira alors la période à partir de laquelle le « chacun pour soi » deviendra la règle du jeu international, dans la droite ligne d’un G20 de Londres dont le communiqué final se lit comme la « chronique d’une dislocation géopolitique annoncée » ainsi que LEAP/E2020 l’analyse dans ce numéro du Global Europe Anticipation Bulletin.

Evolution trimestrielle de l’accroissement des réserves de change chinoises - Source : Banque centrale de Chine / New York Times, 04/2009

Derrière le « jeu de dupes » londonien, où chacun a prétendu croire qu’une collaboration internationale « historique » [5] était en action, on constate en fait une profonde division du G20 : les Américains et le Britanniques (suivis par un Japon docile) tentent désespérément de préserver leur contrôle sur le système financier mondial, en bloquant ou en diluant toute réforme significative donnant un pouvoir plus important aux autres acteurs du système, sans plus avoir assez de puissance pour imposer leurs objectifs. Les Chinois, les Russes, les Indiens, les Brésiliens, … essayent de rééquilibrer le système monétaire et financier international en leur faveur, mais sans pouvoir (ou peut-être même sans vouloir vraiment [6]) imposer une telle réforme. Les Européens (et quand on utilise ce terme il implique de plus en plus une UE sans le Royaume-Uni) s’avèrent de leur côté incapables de trancher entre les deux seules options qui s’offrent à eux : sombrer avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni en copiant leurs politiques ou bien remettre fondamentalement en cause le système monétaire et financier mondial actuel en partenariat avec les Chinois, les Russes, les Indiens et les Brésiliens. Ils arrivent à ne plus suivre Washington et Londres dans leur reproduction des politiques passées qui ont toutes déjà fait faillite [7], mais ils ne parviennent pas à oser préparer l’avenir.

L’effondrement du commerce international n’a aucun précédent - Evolution annuelle à partir des taux trimestriels (courbe en trait continu : évolution en cours / courbe en petits pointillés : prévision d’après la corrélation historique entre le com

Les Européens porteront d’ailleurs une responsabilité majeure si, dans la brève fenêtre temporelle qui reste (moins de six mois désormais), aucune action majeure n’est entreprise pour éviter la crise longue et tragique qui durera plus d’une décennie [8]. Ils possèdent à la fois le savoir-faire technique pour aider au succès d’une devise internationale fondée sur un panier des principales monnaies et une méthode politique qui permet de gérer au mieux les intérêts stratégiques divers d’un ensemble de pays comme ceux dont la monnaie serait derrière la nouvelle devise internationale de référence. Pourtant, il existe aujourd’hui une évidente incapacité des dirigeants de l’UE (et notamment de la zone Euro) à assumer ces responsabilités, comme si finalement ils préféraient voir le système occidental finir de se briser (tout en proclamant le contraire) plutôt que de se battre pour en faire un pont vers un nouveau système mondial : que ce soit un choix (ce que LEAP/E2020 ne croit pas) ou que ce soit le simple résultat de la pusillanimité de dirigeants européens choisis pour leur docilité (vis-à-vis de Washington et des grands opérateurs économiques et financiers européens), dans tous les cas, leur neutralité est très dangereuse pour la planète puisqu’elle empêche le lancement d’un processus efficace permettant d’éviter une crise longue et tragique [9].

Ainsi, dans ce GEAB N°34, nos chercheurs développent plus avant leurs anticipations sur les formes possibles que prendra la cessation de paiement américaine d’ici la fin de l’été 2009 et que le mois d’Avril 2009 (principal mois de collecte des revenus fiscaux aux Etats-Unis) va rendre désormais impossible à masquer [10]. La cessation de paiement des Etats-Unis à l’été 2009 est en effet d’une actualité toujours plus brûlante avec un déficit public désormais totalement hors de contrôle sur fond d’explosion des dépenses (+ 41%) et d’effondrement des recettes fiscales (-28%) comme l’a anticipé LEAP/E2020 il y a plus d’un an : pour le seul mois de Mars 2009, le déficit fédéral s’est monté à près de 200 Milliards USD (très largement au-dessus des prévision les plus pessimistes), soit à peine un peu moins de la moitié du déficit pourtant record de l’ensemble de l’année 2008 [11]. Et le même phénomène se répète à tous les niveaux de la structure publique du pays : état fédéral, états fédérés [12], comtés, villes [13], … partout les recettes fiscales s’évanouissent entraînant de manière accélérée l’ensemble du pays dans une spirale déficitaire que personne (Washington en premier chef) ne maîtrise plus.

Evolution des revenus fiscaux de sociétés aux Etats-Unis (1930 – 2009) - Sources : US Department of Commerce / Réserve Fédérale de Saint Louis (Estimation 2° et 3° trimestres 2009 par EconomicEdge)

Dans ce GEAB N°34, nos chercheurs se penchent également sur le « mystère du cours de l’or ». Pour le métal jaune, nos chercheurs (non pas d’or, mais d’information) ont identifié quelques pistes très intéressantes pour comprendre pourquoi [14], alors que les acheteurs d’or sont légion et que dans de nombreux pays on signale des ruptures d’approvisionnement en pièces ou lingots d’or, le cours du métal jaune ne fait qu’osciller autour du même pivot depuis des mois.

Enfin, notre équipe présente ses recommandations pour se préparer aux prochains mois de la crise en s’attachant ce mois-ci notamment à l’épargne en général et aux assurances-vie en particulier.

 

[1] Si l’ensemble des réserves chinoises est évalué désormais à environ 2.000 milliards USD, la part d’actifs libellés en Dollars US n’est au maximum que de 70%, ce qui donne environ 1.400 milliards USD. Le reste consiste essentiellement en actifs libellés en Euros.

[2] N’oublions pas que ce sont en général les mêmes « experts » qui prédisaient ces dernières années que l’économie mondiale bénéficierait de la suppression de la régulation des banques, que l’économie de l’Internet ouvrait la voie à une croissance sans fin, que les déficits américains étaient un signe de force, que les prix de l’immobilier US n’arrêteraient pas de monter et enfin que s’endetter sans restrictions était la forme moderne d’un enrichissement durable.

[3] Le message sur le nécessaire changement de devise internationale de référence que Pékin a adressé au monde entier, et aux autorités américaines en particulier, à la veille du sommet du G20 de Londres n’était absolument pas un « ballon d’essai » ou une tentative sans espoir de réussite. Les dirigeants chinois ne se faisaient aucune illusion sur la probabilité qu’un tel sujet soit discuté au cours de ce G20. Ils ont voulu imposer ce débat dans les couloirs du sommet afin de faire passer un message, un avertissement officieux à tous les acteurs du système monétaire international : pour Pékin, le système Dollar, c’est fini. Si personne ne veut préparer un système alternatif en commun, alors, cela se fera autrement. Et leurs actes, analysés dans ce numéro du GEAB, corroborent cette intention. D’ailleurs, et le hasard du calendrier politique est une rareté à Pékin, dans la même période sort un livre, intitulé « La Chine mécontente », qui demande une action plus volontariste des leaders chinois afin d’imposer leurs choix sur la scène internationale. Source : ChinaDailyBBS, 27/03/2009

[4] Un lien original pour suivre ce chiffre en temps réel : ChineInformation.

[5] C’est en fait Angela Merkel qui a fait preuve de la plus grande clairvoyance en trouvant le mot juste sur la nature du sommet du G20 à Londres. Elle a dit que c’était une réunion « presque historique » ; et c’est bien le mot « presque » qui résume ce qui s’est passé à Londres. Les dirigeants du G20 ont « presque » abordé les questions essentielles ; ils ont « presque » défini un programme commun d’action ; ils sont « presque » parvenus à lancer de nouvelles stimulations économiques et une nouvelle régulation financière mondiale ; ils ont « presque » interdit les paradis fiscaux ; et ils ont « presque » convaincu » l’opinion publique mondiale. « Presque », mais, hélas, pas réellement. Et cela fait une belle différence pour la suite de la crise.

[6] C’est en effet le dilemme du « jeu international » développé dans le GEAB N°33. A un certain moment, l’intérêt des joueurs qui montent en puissance est de laisser purement et simplement l’ancien jeu se briser net pour en reconstruire un qui leur convienne plutôt que de se battre pour transformer l’ancien jeu via une transition longue et incertaine.

[7] Notamment l’endettement public à outrance, qui est appelé par Washington et Londres « stimulus économique ».

[8] Le G20 de Londres s’inscrit directement dans la direction de cette crise de longue durée.

[9] A propos de l’UE, l’équipe de LEAP/E2020 souhaite souligner l’inanité des « analyses » économico-politiques, essentiellement issues d’éminents économistes et experts proches du Parti démocrate américain, que relayent actuellement les principaux médias internationaux, et qui se limitent à reprocher aux Européens … de ne pas faire comme Washington. Paul Krugman en tête, ces « grands amis » de l’Europe, qui l’aiment tant qu’ils pensent savoir mieux que les Européens ce qu’elle doit faire (et aussi ce qu’elle doit être car les mêmes prônent généralement aussi son extension à la Turquie, voire à Israël et à l’Asie centrale), feraient mieux de s’occuper de conseiller efficacement leur propre parti et leur nouveau président pour éviter l’effondrement de leur pays, car c’est bien de cela qu’il s’agit désormais. Enfin, et nous n’y reviendrons plus, il est quand même étonnant qu’un ensemble d’experts qui depuis des années a tant vanté les mérites d’un système qui aujourd’hui s’effondre sous les yeux de tous, ose encore donner des leçons au reste du monde. La plus élémentaire décence lui imposerait, au niveau international, la seule voie respectable possible : le silence. En tout cas, en Europe, ce discours, qui a bien entendu toujours ses relais académiques et journalistiques, ne passe plus car il vient tout droit d’une époque révolue. Comme le fait d’ailleurs régulièrement remarquer LEAP/E2020, il est bien évidemment nécessaire et légitime de porter un regard très critique sur l’UE, ses dirigeants et ses politiques ; mais le faire avec comme seul critère la conformité ou non aux orientations de Washington (ou Londres) est désormais inacceptable. Visiblement, à l’image des financiers qui n’ont pas encore compris qu’une page était tournée en ce qui concerne leurs stock-options et leurs « parachutes dorés », nombre d’intellectuels et de politiques n’ont pas encore bien intégré que leurs références, leurs valeurs et leurs analyses appartenaient désormais au passé. Qu’ils pensent aux élites du bloc soviétique … et ils comprendront comment et à quelle vitesse un système de pensée peut devenir obsolète.

[10] Outre la baisse des revenus fiscaux, on assiste dorénavant aux Etats-Unis à l’extension d’un mouvement de révolte contre l’utilisation des impôts pour sauver Wall Street et contre l’ampleur des déficits prévus, qui met en cause l’ensemble de la classe dirigeante américaine. Sources : USAToday, 13/04/2009 ; MarketWatch , 16/04/2009

[11] Sources : USAToday, 11/04/2009 ; MarketWatch , 10/04/2009

[12] Ainsi en Californie, les premiers jours d’Avril laissent craindre des recettes très largement inférieures aux pires prévisions, entraînant un déficit budgétaire multiplié par deux pour la Californie par rapport aux prévisions d’il y a seulement quelques mois. Au niveau fédéral, un processus du même type est en cours, rendant désormais envisageable selon LEAP/E2020 un déficit fédéral annuel à près de 3.500 Milliards USD, soit plus de 20% du PNB des Etats-Unis. Source : CaliforniaCapitol, 08/04/2009

[13] L’exemple de ces villes qui, comme Auburn dans la région de Seattle, doivent interdire leurs grands axes aux poids-lourds faute de moyens pour les entretenir est éloquent. Source : SeattleBusinessJournal, 10/04/2009

[14] Et permettre ainsi d’anticiper les tendances des prochains mois.

Source :

http://www.europe2020.org/spip.php?article599&lang=fr

18:01 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : crise, rupture, usa

13/04/2009

La reprise américaine... Tu parles Charles!

La reprise américaine... Tu parles Charles!

Par Paul Jorion. Les défenseurs du système sont d'indécrottables optimistes. Pourtant, plusieurs indicateurs montrent que les Etats Unis ne sortiront de la récession que dans vingt ans.



UN café en 1929 - Kim Scarborough - Flickr - cc
UN café en 1929 - Kim Scarborough - Flickr - cc


En 2007, j’attendais toujours avec impatience le vendredi soir parce que c’était le moment où je recevais la newsletter de John Mauldin, qui faisait le point de la semaine sur la situation économique et financière aux États–Unis. Si vous lisez mes billets de cette époque publiés le samedi, ils étaient souvent influencés par ma lecture de Mauldin, à qui j’ai emprunté quelques-uns des graphiques que je vous montrais ici. Se trouvant au centre d’un immense réseau d’économistes, il avait une capacité à concentrer l’information que je n’avais pas à cette époque. Il avait aussi un art consommé d’agrémenter ces considérations arides de propos assez excentriques sur le sens de la vie. Il a ainsi fait partager à ses lecteurs des photos de mariage de sa fille prises… au fond d’une piscine ! C’était l’époque où l’on riait encore.
En 2008, Mauldin a adopté un profil très bas, au point que certaines de ses newsletters étaient des reprises d’anciens prospectus de son cabinet de conseil. Il n’avait pas la forme. C’est qu’en 2007, son message était resté le même : il y aura un ralentissement mais il sera de courte durée et de faible ampleur. L’année 2008 fut pour lui un calvaire. Il y a quelques semaines, il a viré sa cuti et a reconnu avec une certaine solennité qu’il s’était trompé. Depuis, il va beaucoup mieux, il prend même un malin plaisir à jouer les rabat-joie. Je vous présente deux graphiques empruntés à sa lettre d’hier (cliquez sur le diagramme pour l’agrandir) .

Les effets retards de la crise des subprime
Le premier, c’est le calendrier des réajustements des taux sur les crédits immobiliers résidentiels américains, réajustements à la hausse cela va sans dire. Les colonnes représentent les montants cumulés des prêts en milliards de dollars. Les crédits subprime sont en vert clair, on voit qu’ils étaient l’actualité du jour en 2007 et 2008. On voit aussi que 2009 est une année assez calme à ce point de vue, mais les problèmes repartent sur les chapeaux de roue en 2010 pour culminer en 2011. En jaune vif, les crédits Alt-A, encore appelés « liars’ loans », prêts pour menteurs, accordés sur la base de déclarations de revenus non-vérifiées : dans le climat de la bulle, les emprunteurs gonflaient leurs revenus déclarés pour acheter des logements les plus vastes possibles et multiplier ainsi l’effet de levier quand ils les revendraient quelques années plus tard, comptant sur les 5 % à 10 % d’appréciation annuelle qui étaient devenus la norme. On sait ce qu’il en est advenu. Versant des mensualités en accord avec le train de vie correspondant aux revenus gonflés qu’ils déclarèrent en 2005 ou 2006, exposés à un taux de chômage dont on dit qu’il atteindra bientôt les 10 %, ces ménages seront bien évidemment incapables de s’acquitter de traites encore plus élevées.
En jaune clair, les crédits Pay-Option ARM, ceux qui offraient différentes options de paiement, dont une qui fut choisie par 85 % des emprunteurs consistant à faire des versements mensuels inférieurs même aux intérêts accrus, ce qui signifie bien entendu que le principal, la somme totale due, augmente inexorablement de mois en mois. Quand elle atteint 115 % du montant orignal du prêt, celui-ci est automatiquement converti en prêt avec amortissement, ce qui débouche sur un quasi-doublement du montant des mensualités. Je vous laisse imaginer ce qui se passera.


La reprise américaine... Tu parles Charles!

Deuxième graphique : l’évolution des bénéfices des entreprises au cours de diverses récessions aux États–Unis. On voit qu’il faut compter de deux à vingt ans pour que l’économie émerge d’une récession. Le trait noir à gauche, le plus épais, représente la récession en cours. La chute est brutale, plus raide encore que celle de la courbe voisine représentant la Grande Crise débutant en 1929 et qui ne s’achèvera en fait qu’en 1947, dix-huit ans plus tard. Pire qu’en 29, comme je vous le répète inlassablement depuis deux ans.
À part ça, comme vous le savez, les analystes nous annoncent que les affaires reprennent. Il faut peut-être prendre leurs pronostics avec un grain de sel nous prévient cependant John Mauldin : leurs prévisions du bénéfice moyen par action des entreprises américaines en 2008 était de 92 $, il fut en réalité de 14,88 $. Eh oui : ce sont d’indécrottables optimistes !


La reprise américaine... Tu parles Charles!

Paul Jorion

11/04/2009

Monnaie commune, protectionnisme européen : faisons l’Europe par le haut

Second et dernier volet de l’entretien que nous a accordé Jacques Sapir, qui relativise beaucoup le rôle protecteur prêté à l’euro face à la crise et pose même la question de sa survie d’ici à l’hiver prochain. Ses solutions : un système mixte monnaie unique / monnaie commune et la création d’une Europe en cercles concentriques, protégée par la préférence communautaire.

 


Jacques Sapir : Le système bancaire et la crise

à lire egalement : Le Monde qui vient par Jacques Sapir

Réflexions sur les conséquences de la crise et les tendances économiques à venir

http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2008/10/25/850-le-mo...

12:27 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : euro, crise, sapir

Destruction du dollar : Explications

Destruction du dollar : Explications

TrillionDollar.pngDe nombreux économistes et non des moindres se demandent à juste titre si les Etats-Unis vont traverser une période de déflation ou d’inflation. Certains parlent même de stagflation, c’est-à-dire l’association d’une forte inflation et d’une croissance nulle. Il existe aussi une dernière possibilité que personne n’ose aborder : l’hyperinflation (inflation qui échappe à tout contrôle).Or, depuis des mois, j’affirme que le dollar va disparaître et il convient ici d’en analyser les causes.

Face à la crise systémique actuelle, Georges Bush et Barack Obama (ainsi que le reste du monde) ont appliqué la même politique. Ils ont décidé d’éteindre l’incendie en inondant l’économie de dollars, ce qui peut être résumé par l’allégorie de Milton Friedman, « larguer du cash depuis des hélicoptères ».
0325.h1.jpgOlivier De Ducla, expert financier, dans son éditorial du 13 décembre 2008, avait résumé la situation : « On a surnommé « helicopter Ben » l’actuel président de la FED. Au risque de voir renaître bientôt la terrible inflation de Weimar. On sait comment ça s’est terminé. »
En effet, le « deleveraging » en cours (le désendettement, ou débouclage, destiné à améliorer le rapport actif / fonds propres dans les bilans des banques) est financé par les fonds publics.
D’ailleurs, 1 000 à 1 500 milliards de dollars de dettes supplémentaires des Etats-Unis et des pays européens vont bientôt arriver sur le marché. Source : Jean-Louis Mourier, responsable de la recherche économique chez Aurel BGC, cité dans le Monde du 12.01.09.
Paul Krugman (prix Nobel d‘économie) dans le New York Times, le 9 janvier 2009, nous confirme les problèmes à venir. Pour lui, le plan d’Obama ne pourra pas combler l’« output gap », c’est-à-dire l’écart entre le potentiel productif de l’économie et son niveau d’activité réel. Il chiffre d’ailleurs la baisse d‘activité à 2100 milliards de dollars. Or, le plan d’Obama avoisine les 800 milliards. Il faudra donc faire un autre plan qui devra combler ce gouffre.
Pourtant, il faut s’interroger sur le chiffre de Paul Krugman (2100 milliards) qui reste, il faut le souligner dans la fourchette basse des évaluations. Je le chiffre quant à moi autour des 3500 milliards de dollars, ce qui veut tout simplement dire un effondrement de l’économie US.
Quoi qu’il en soit, tous les économistes sont unanimes sur l’insuffisance du plan de relance. Ainsi, Martin Wolf souligne que le Congressionnal Budget Office pour 2009 et 2010 a prévu un déficit d’activité de 7% (plus de 10% pour ma part) à comparer avec les 5% du plan de relance.
La crise financière ne fait donc que redémarrer et de gigantesques problèmes sont à venir (LBO, Alt A , CDS pour les spécialistes), certains parlent même de phase II qui, quoi qu’il en soit, sera autrement plus violente qu’en septembre 2008 car l’économie mondiale est à genou.
La faillite de l’industrie automobile en est la preuve et le chômage est en train d’exploser.
Dollar_burn.jpgFace à cette catastrophe à venir, la Fed envisage d’ailleurs la création d’une structure de rachat des actifs douteux, dont le total pourrait atteindre 1200 milliards. Source : Bloomberg du vendredi 16 janvier.
L’immobilier commercial est lui aussi secoué, ainsi, sur 700 milliards de titres (adossés à l’immobilier commercial), le total des emprunts potentiellement en difficulté est de 57 milliards. Source : Co Star du vendredi 16 janvier 2009.
Face aux montagnes de dettes à venir garanties par l’état, la planche à billet devient l’unique recours. Michel Santi déclare ainsi que le marché obligataire américain s’est "clairement transformé en bulle spéculative ces derniers mois". Source Le Monde du 12.01.09.
François Leclerc résume ainsi le 13 janvier 2009 (voir le blog de Paul Jorion) : « j’ai découvert l’existence de « Collateralised Debt Obligations » (CDO) au carré, résultat de la titrisation d’actifs qui sont eux-mêmes des obligations émises dans le cadre d’une opération de titrisation. Et même de CDO au cube. Ceux qui prétendent « encadrer la titrisation », justifiant son caractère indispensable par sa nécessité financière, devront être très convaincants ».
Mais, pour moi, le principal problème concerne les retraites et la perte de sécurité sociale (pour des millions de travailleurs). En effet, le bureau du budget du Congrès (CBO) a, dans son rapport de janvier 2009, indiqué que « les fonds publics et privés de retraite aux Etats-Unis ont fondu de quelque 2.000 milliards de dollars ces 18 derniers mois ». En Europe, c’est la même chose, ainsi, les caisses de pension suisses ont perdu environ 18,8 milliards d’euros à cause de la crise financière. Source : AFP.
En France, selon Bernard Devy, membre (FO) du conseil de surveillance du Fonds de réserve des retraites, l’Organisme aurait perdu "environ 25%" de sa valeur depuis le début de l’année.
ChomageUSA.jpgDe plus, les USA ont terminé l’année 2008 avec un taux de chômage qui a grimpé à 7,2% et donc autant de personnes n’ayant plus de sécurité sociale, chiffre qui doublera avec la crise. Se soigner deviendra un luxe, une catastrophe !
Certains se demandaient qui allaient payer les pots cassés de la crise, vous avez la réponse sous vos yeux.
Autre problème à venir et non des moindres qui va obliger l’Etat fédéral à s’endetter encore plus concerne les faillites des collectivités locales et des états aux USA (ce que j’ai annoncé en septembre).
Vendredi 16 janvier, Arnold Schwarzenegger gouverneur de la Californie a déclaré : « la Californie est à quelques semaines de la cessation de paiement ». Source : Calculated Risk.
551544083.jpgLes USA, tel le « Titanic » sont en train de sombrer et mettent en place ce qui sera l’acte final de la destruction du dollar. L’agence Bloomberg a fait le bilan du coût de la crise aux USA : 7 400 milliards de dollars, auxquels il faut ajouter 1800 milliards de dépenses supplémentaires ces derniers jours soit plus de 60% du PIB américain dépensé en 3 mois ! Pour rappel, le montant de la dette publique des Etats-Unis a franchi le cap des 10.000 milliards de dollars, selon le "rapport mensuel sur la dette" visible sur le site du Trésor américain de novembre 2008.
Le 16 décembre 2008, Ben Bernanke (le président de la Réserve fédérale) a ainsi annoncé que « la Fed pourrait acquérir des bons du Trésor ».
Cela sera de la pure création monétaire « ex nihilo », du jamais vu, et conduira inéluctablement à l’effondrement du taux des emprunts d’Etat américains et donc du dollar qui devra être remplacé par une nouvelle monnaie (lire « Barack Obama, dernier président des USA).
us-dollar.JPGLe temps était venu d’expliquer de façon précise et technique les raisons de l’effondrement du dollar. Nous oublions trop souvent que les graves crises économiques se résolvent dans la guerre. Gaza est désormais l’acte I de catastrophes à venir. Les élections législatives anticipées du 1O février 2009 en Israël se feront dans un contexte de guerre et de crise économique qui propulsera au pouvoir ceux qui rêvent de détruire l’Iran. Le pire est à venir, nous sommes au bord du gouffre. Il ne reste qu’une seule solution, la création de ce que Paul Jorion nomme « une nouvelle constitution pour l’économie » qui préserve notre planète, nos libertés et surtout l’espèce humaine.
Pour rappel, Jacques Cossart, Jean-Marie Harribey et Dominique Plihon ont déclaré dans Le Monde, le 16 septembre 2008 :
« Décidément, le capitalisme est indécrottable. Plus il se rapproche de sa "pureté" théorique analysée par Marx (le surplus de valeur pour l’actionnaire et rien que pour lui), plus il accroît le risque de délitement des sociétés et éloigne la perspective de régulation de la planète. Jamais nous n’avons été aussi proches du franchissement de limites, au-delà desquelles le saut dans l’inconnu pourrait être catastrophique. Contenir la crise financière, non, c’est trop tard. Faire reculer l’emprise de la finance qui en est la source, il est plus que temps. »
Jean Ziegler déclare ainsi : « Les 500 plus puissantes entreprises transcontinentales privées ont contrôlé l’an passé 52 % du produit mondial brut, c’est-à-dire de toutes les richesses produites sur la planète. 9782253121152.jpegNous allons vers une reféodalisation du monde". Source : l’Empire de la Honte. Editions Fayard. Pour conclure, je reprends un passage de l’excellent article de François Leclerc :
« Quand le soleil se lèvera finalement sur Austerlitz, le système bancaire aura, lui, été en toute certitude restructuré et sera concentré. De nouveaux mastodontes sont en train d’émerger, aidés par les pouvoirs publics ».
Gilles Bonafi

04:31 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dollar, usa, hyperinflation

10/04/2009

Geithner dissimule l'insolvabilité bancaire

L'effondrement des États-Unis entraîné par la « fraude. » Geithner dissimule l'insolvabilité bancaire

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Lors d’une interview explosive dans le journal de Bill Moyers sur PBS, William K. Black, professeur d'économie et de droit à l'Université du Missouri, a affirmé que les banques et les organismes de crédit étasuniens ont contribué à créer un système, se résumant en l’énorme « supercherie » à l'épicentre de la finance des États-Unis, dans laquelle les fameux « prêts des menteurs » pourraient recevoir la cote AAA et zéro surveillance. Mais, pire encore, dit Black, Timothy Geithner, le Secrétaire au Trésor du Président Barack Obama, est actuellement engagé dans une dissimulation pour cacher à ses citoyens l’insolvabilité financière des États-Unis. L'interview, qui a été diffusée vendredi soir, est sur le site Internet du Bill Moyers Journal.

 

La toute dernière publication de Black, l'ouvrage The Best Way to Rob a Bank is to Own One (la meilleure façon de dévaliser la banque c’est de la posséder), sorti en 2005, a été salué par George A. Akerlof, lauréat du Nobel de l’économie, comme « extraordinaire. »

 

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« Il n'y a personne d’autre dans le monde entier qui comprenne aussi bien dans tous les détails comment se sont produites ces malversations, et comment des modifications dans la réglementation gouvernementale et dans les textes de lois au début des années 80, ont provoqué cette vague de pillages, » écrit-il. « Ce livre sera un classique. »

 

Mais ce livre ne couvre que les retombées de la crise de Savings & Loan (Épargne et Prêt) des années 80 ; la dernière implication de première main de Black dans le scandale qui a suivi la liquidation des mauvaises banques.

 

« Une seule banque, IndyMac, a perdu plus d'argent que la totalité de la crise de Savings & Loan, » a indiqué PBS. « La différence entre aujourd'hui et à l’époque, » explique Black, c’est l’allégement drastique de la réglementation et de la supervision, « Nous savons maintenant ce qui se passe quand on supprime les règlements. On obtient la plus grande calamité financière que jamais depuis plus de 80 ans. »

 

Ce désastre financier, a-t-il expliqué, a été provoqué non pas par accident ou par erreur, mais seulement après un travail concerté visant à saper et à supprimer toute réglementation permettant au créancier la pagaille généralisée qui dépendait de la notation risquée frauduleuse des mauvais prêts.

 

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« La manière dont il faut faire cela est de faire vraiment de très mauvais prêts, parce qu'ils paient mieux, » a déclaré Moyers. « Ensuite, vous grossissez très rapidement, en d'autres termes, vous êtes dans un système à la Ponzi. Et la troisième chose à faire est ce que nous appelons un levier. Ça signifie juste emprunter beaucoup d'argent, et la combinaison crée une situation où vous vous assurez des profits records dans les premières années. Cela vous rend riche, grâce aux bonus que rapporte la rémunération des dirigeants modernes. Ça rend aussi inévitable la survenue d’une catastrophe sur la route.

 

« ... Tout ce fourbi, ces trucs exotiques dont vous parlez, a été créé à partir de choses comme les prêts de menteurs, qui sont connus pour être particulièrement mauvais, » a-t-il poursuivi. « Et maintenant, ils avaient obtenu la cote triple-A. Maintenant, une cote triple-A est censée signifier qu'il y a zéro risque de crédit. Ainsi, vous faites un truc qui n’est pas que grave, ça risque l’anéantissement. C'est pourquoi c’est toxique. Et vous créez cette fiction qu'il a zéro risque. C’est bien sûr en soi une manœuvre frauduleuse. Et, encore une fois, personne ne regardait durant les années Bush. Ensuite, en dernier, il y a seulement un an, nous avons commencé à avoir une enquête du Congrès sur certaines de ces agences de notation, et c'est un scandale qui en est sorti. Ce que nous savons maintenant, c’est que les agences de notation n'ont jamais regardé un seul dossier de prêt. Quand elles ont finalement regardé, après que le marché se soit complètement effondré, elles ont trouvé, et je cite Fitch, la plus petite agence de notation, « les constats étaient déconcertants dans la mesure où de la fraude apparaissait dans quasiment chaque dossier que nous avons examiné. »

 

Il a assimilé le système financier étasunien entier à une « magouille de Ponzi » géante, et accusé le Secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, tout comme le Secrétaire Henry Paulson, avant lui, de « dissimuler » la vérité.

 

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« Voulez-vous dire que Timothy Geithner, le Secrétaire au Trésor, et d'autres dans l'administration, avec les banques, sont engagés dans une dissimulation pour nous empêcher de savoir ce qui a mal tourné, » a demandé Moyers.

 

« Absolument, parce qu'ils craignent la destruction, » a-t-il dit. « Vous comprenez ? Ils ont peur de la destruction d'un effondrement. Ils craignent que s’ils admettent la vérité, la plupart des grandes banques soient insolvables. Ils pensent que les Étasuniens sont une bande de lâches, et qu’ils vont se ruer en hurlant vers les sorties [après avoir résilié leur compte bancaire]. Et nous ne pourrons pas compter sur l'assurance-dépôts. Et, de fait, nous pouvons compter sur l'assurance-dépôts. Et c'est stupide. Vous comprenez ? Maintenant, ça pourrait devenir pire que ça. Vous pouvez invoquer des motifs plus cyniques. Mais je pense sincèrement qu'ils sont juste paniqués à ce sujet, ‘’Nous ne pouvons tout simplement pas laisser les grandes banques faire faillite’’. C'est faux. »

 

En fin de compte, dit Black, la ruine financière des États-Unis dans le sillage des années Bush est due à « l’engagement dans la fraude et à sa facilitation par le gratin des établissements étasuniens. »

 

« Quand est-ce que les Étasuniens se réveilleront et tiendront les vrais délinquants, les banksters, pour responsables de leurs actes, et pousseront le gouvernement à ordonner des changements systémiques pour prévenir les abus ? » a demandé à Huffington Post le blogueur Mike Garibaldi-Frick.

 

L'intégralité de l'interview peut être visionné en ligne.


 

Original : rawstory.com/news/2008/Economist_US_collapse_driven_by_fr...

Traduction : Pétrus Lombard.


Articles de Stephen C. Webster publiés par Mondialisation.ca

16:51 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : obama, tresor, usa, geithner

Récession et violence vont de pair

Récession et violence vont de pair

violence-contre-les-femmes.jpgDrames conjugaux, coups de folie, suicides et tueries : les derniers jours ont été sanglants aux États-Unis. Certains évoquent maintenant le spectre d'une montée de la violence pendant la crise économique. Et l'histoire tend à leur donner raison.

Quand Richard Poplawski s'est rendu aux autorités après avoir abattu trois policiers et en avoir blessé deux autres, à Pittsburgh, il a expliqué son geste en affirmant qu'il était «déprimé par la perte de son emploi».

depression-from-defence-magazine.jpgLa veille, c'est un homme de 41 ans, au chômage et aux prises avec des difficultés financières, qui massacrait 13 personnes avant de se suicider dans la petite ville tranquille de Binghamton, dans l'État de New York.

Et hier, les policiers ont confirmé que le père de famille qui a abattu ses cinq enfants samedi venait à peine d'apprendre que sa femme le quittait.

recession-2.jpg«Rage de la récession»

Or, avant même de s'attarder sur les motivations des auteurs de ces crimes, des criminologues et des sociologues ont tracé dans les médias américains un lien entre la crise économique et la multiplication des crimes violents. Le quotidien britannique The Guardian est allé jusqu'à brandir le spectre d'une «rage de la récession».

«Ce n'est pas exagéré», affirme Irvin Waller, professeur de criminologie à l'Université d'Ottawa. M. Waller se spécialise dans l'étude des liens entre les taux de criminalité et la situation économique. Il n'est pas surpris de ce qui est survenu au cours des derniers jours.

«Il y a une forte corrélation entre la criminalité et le cycle des affaires. Et oui, on peut craindre une augmentation de la violence domestique au cours des prochains mois en se basant sur ce qui s'est produit par le passé.»

Les drames aussi violents que les trois tueries de la fin de semaine resteront très certainement des épisodes isolés. Mais les suicides pourraient augmenter. Tout comme les cas de violence conjugale.

Le professeur prévoit même que les prochaines statistiques sur le nombre de vols commis aux États-Unis et au Canada seront à la hausse, comme elles l'ont été pendant le dernier ralentissement économique.

En période de récession, explique M. Waller, les gens perdent confiance en leur avenir. Pas besoin d'être mis à pied pour consommer davantage d'alcool, pour avoir les idées plus sombres, pour être plus anxieux, plus agressif au bureau comme à la maison.

recession1.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La dépression guette

«Quand l'économie va mal, le stress augmente et le stress, c'est un facteur de risque de problèmes psychiatriques», ajoute Diane Koszycki, psychiatre et professeure à l'Université d'Ottawa. Elle anticipe une hausse du nombre de dépressions au cours des prochains mois.

Or, cette fois-ci, la tendance pourrait même être plus marquée, avance Irvin Waller. « La récession a été très rapide et nous a pris par surprise. Le choc est plus grand pour certains. » Autre facteur aggravant pour les Américains: plusieurs n'ont pas seulement perdu leur emploi, mais aussi leur maison à cause de la crise des prêts hypothécaires. «C'est une partie importante de soi. Un repère dont la perte est particulièrement déstabilisante.»

Dans ces conditions, le soutien des proches est déterminant, ajoute Mme Koszycki. «Il faut être très attentif au moindre changement de comportement et surtout, ne pas hésiter à en parler. C'est notre responsabilité sociale à tous et encore plus particulièrement maintenant.»

Le hic, c'est qu'en période de crise, les gens sont aussi plus préoccupés par leurs propres problèmes, et plus susceptibles d'ignorer - involontairement - ceux des autres.

Au nom de quoi le G20 gouverne-t-il le monde?

Au nom de quoi le G20 gouverne-t-il le monde?

La gouvernance mondiale ressemble à ce qu'était le concert des nations dans l'Europe du XIXème siècle : un club d'aristocrates.

G20PhotoWashington2008115.jpgLa réunion au sommet du G20 a été saluée à juste titre comme l'amorce d'un nouvel ordre international, un pas vers cette gouvernance mondiale dont la globalisation a besoin. Mais si c'est bien le cas, nous sommes en droit de nous interroger sur sa légitimité. Quelle est la légitimité de ce groupe qui prétend influencer les destinées du monde, en attendant peut-être de le gouverner ? A un moment où l'aspiration à la démocratie est décrite comme une tendance universelle, l'auto-désignation et la cooptation sont-elles des sources de légitimité ?

Bien sûr, il y a le nombre. Vingt Etats venus des tous les continents, c'est un progrès certain par rapport au G6 qui rassemblait, en 1975, les pays les plus industrialisés du monde à l'initiative de Valéry Giscard d'Estaing. L'année suivante l'arrivée du Canada transformait le G6 en G7 et dans les années 1990, le G7 devenait G8 par adjonction de la Russie.

Ces dernières années le G8 s'était ouvert à quelques pays émergents pour des réunions dites G13. Mais comparé aux quelque 190 Etats membres de l'ONU, on est loin du compte. On remarque beaucoup d'absents au banquet du G20.

merkel-sarkozy-zapatero-berlusconi-brown-g20_497.jpgIl y a aussi la masse. Les pays du G20 représentent les deux tiers du commerce mondial et 90% des échanges mondiaux. Si telle est la justification de leur aspiration à la gouvernance mondiale, nous allons vers un système international fondé sur la puissance. Ce ne serait pas une nouveauté mais ce ne serait certainement pas une avancée décisive.

La légitimité du G20 pourrait émaner de l'ONU. Ce n'est pas le cas. Et encore, l'intervention des Nations unies ne serait-elle pas une garantie, car elles sont elles-mêmes de plus en plus contestées. Leur organisation reflète les rapports de force issus, voilà plus de soixante ans, de la deuxième guerre mondiale. Le Conseil de sécurité, avec ses cinq membres permanents ayant un droit de veto, a la légitimité des vainqueurs. Les échecs répétés des tentatives de réforme montrent qu'il est très difficile d'adapter une vieille institution aux nouvelles réalités. La création d'un Conseil de sécurité économique - une idée ancienne de Jacques Delors reprise récemment par la chancelière Angela Merkel - manifesterait l'intérêt des Nations unies pour les questions économiques mais se heurterait aux mêmes obstacles.

g20-nous-ne-paierons-pas-leur-crise-28-mars-09.1237112166.jpgLe G20 ne saurait a fortiori se réclamer d'une légitimité démocratique. Non seulement ses membres n'ont pas été désignés pas l'ensemble de l'humanité - ce qui de toutes façons serait une idée utopique -, mais il compte en son sein des dirigeants dont la légitimité démocratique elle-même est pour le moins sujette à caution. C'est un fait.

Il ne plaide pas nécessairement en faveur d'une Ligue des démocraties que certains Américains de tous bords souhaitent fonder pour compléter sinon pour remplacer l'ONU. Car si les démocraties se retrouvaient entre elles - encore faudrait-il se mettre d'accord sur les critères pour en établir la liste --, elles ne seraient pas plus en mesure d'imposer leurs vues sur les questions financières et économiques que dans le domaine de la sécurité. Et la crise actuelle montre que la démocratie ne constitue pas une assurance contre les dérives et les excès.

Toutes ces objections ne visent pas à tuer dans l'œuf l'idée d'une gouvernance mondiale. Elles soulignent simplement une partie des difficultés que celle-ci soulève, et encore n'avons-nous pas abordé l'application des décisions éventuelles du G20 et le contrôle de leur mise en œuvre.
Il faut se rendre à l'évidence. La gouvernance mondiale par le G20 ressemble à ce qu'était le concert des nations dans l'Europe du XIXème siècle : un club d'aristocrates. Ce n'est pas le monde de Kant.

Daniel Vernet

13:23 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : g20, economie, gouvernance

reprendre contact avec la vie réelle?

Il faut rééduquer les banquiers

Les dirigeants des établissements financiers ont besoin de reprendre contact avec la vie réelle.

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C'est le grand divorce. Qu'y a-t-il de commun entre les présidents ou les directeurs généraux de banque, la majorité de leurs salariés et l'opinion publique ? Plus grand chose.

Tout se passe comme si le big bang qui secoue le monde avait fait émerger deux planètes. D'un côté le fief des chefs d'orchestre de la finance, de l'autre la sphère de l'économie et de la vie réelle. Entre ces deux mondes le fossé se creuse chaque jour davantage.

Or dans une économie de marché tout repose sur le financement du système par les banques. Il ne suffira pas de restaurer la solvabilité des banques, il faudra aussi trouver les moyens de faire descendre les big boss de la finance de leur tour d'ivoire pour qu'ils retrouvent leurs esprits et le sens des réalités. Pour redorer leur blason, sortir de l'image d'ennemi public numéro un, et tout simplement montrer qu'ils se situent sur la même longueur d'ondes que le commun des mortels, les patrons de banques devraient se frotter à la vraie vie. Donc sortir de leur splendide isolement.

On pensait qu'ils feraient leur révolution culturelle à la lumière de la crise qu'ils ont provoquée. Que nenni !  Ils donnent l'impression de faire le dos rond en attendant des jours meilleurs. Aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en France, et la liste des pays pourrait être beaucoup plus longue, les banquiers restent murés dans leurs convictions....d'avant la crise. Ils sont restés agrippés à leurs bonus, stock-options, attributions d'actions gratuites, parachutes dorés et retraites chapeau.

Dans leur tête tout se passe comme si les banques  continuaient d'accumuler des bénéfices pour le plus grand bien de l'économie, des entreprises, des particuliers et des actionnaires. Les Etats ont été contraints de mettre le holà aux débordements dispendieux, en plafonnant la rémunération des patrons de banques secourus par des fonds publics comme aux Etats-Unis, en interdisant les bonus, la distribution de stocks-options et d'actions gratuites comme en France. De part et d'autre de l'Atlantique les banquiers sont vilipendés pour leur cynisme et leur refus de tourner la page de l'Ancien régime financier. Ils font penser à ces nobles, qui pendant la révolution française, tenaient table ouverte à Londres ou à Coblenz en rêvant de rétablir les privilèges d'antan.

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Après vingt-cinq années de dérégulation à outrance et de sacre de l'argent roi, qui ont mené aux dérives que l'on subit, il est temps de remettre les pendules à l'heure. Et si les grands banquiers ne parviennent pas à comprendre que la culture qu'ils se sont forgée est remise en cause pourquoi ne pas leur faire suivre des stages de réinsertion ? Histoire de les faire sortir de leurs bureaux feutrés et de leur faire toucher du doigt la vie de tout un chacun avec ses problèmes de fins de mois difficiles quand on est salarié et de financement quand on est à la tête d'une PME.

En France, où les responsables de banques clament qu'ils s'en sortent beaucoup mieux que leurs concurrents étrangers, à l'exception des Banques Populaires et des Caisses d'épargne plombés par Natixis, les vieux démons sont les mêmes que dans les autres institutions financières de la planète beaucoup plus mal en point.

Le culte du rendement à court terme et de l'accumulation de revenus pour les dirigeants et les opérateurs de marchés ont la vie dure. La Société Générale en a royalement fait la preuve ces derniers mois. C'est la mort dans l'âme que son président, Daniel Bouton et son directeur général, Frédéric Oudéa, ont abandonné leurs bonus sous la contrainte de l'Elysée. Mais quelques semaines plus tard, un communiqué de la banque annonçait qu'ils allaient recevoir de copieuses stocks-options à un prix très avantageux. Là encore l'Etat est intervenu, cette fois par décret, pour interdire ce genre de pratique dans les entreprises qui reçoivent des deniers publics.

05-12-15-pebereau-villepin-breton.jpgBNP Paribas, considéré comme très sage sur ces sujets là depuis le début de la crise, a provoqué la stupeur en prévoyant d'accorder à ses quatre mandataires sociaux une retraite chapeau de 28,6 millions d'euros. Son président Michel Pébereau devrait percevoir 800.000 euros par an dont 700.000 versé par la banque. Dans la foulée, les chiffres de la Société Générale ont été publiés : 33 millions d'euros ont été mis en réserve pour les retraites de six mandataires sociaux. Daniel Bouton pourra se prévaloir de 730.000 euros de retraite par an.

Dans un autre registre, Natixis, la banque de financement et d'investissement en perdition des Banques Populaires et des Caisses d'épargne présidée par Philippe Dupont,  après avoir affiché des pertes abyssales de 2,8 milliards d'euros en 2008, attribue royalement 71 millions d'euros de bonus aux opérateurs de marché et gestionnaires d'actifs......

En France comme ailleurs, les patrons de banque ont bien besoin de se frotter à d'autres réalités. On pourrait imaginer de les faire travailler pendant un mois dans un tout autre univers, avec la rémunération correspondant à leur nouvelle fonction et de vivre le mois suivant avec le salaire qu'ils ont perçu. Daniel Bouton pourrait se voir affecter un poste de gardien de parking, Frédéric Oudéa s'adonner au travail ingrat de comptable troisième échelon dans une grande entreprise, Michel Pébereau prendre la place d'un administratif dans une PME de sous-traitance pour l'automobile, Baudouin Prot (directeur général de BNP Paribas) devenir chef du rayon charcuterie dans un supermarché et Philippe Dupont (patron des Banques Populaires) vendre des hamburgers chez Mc Do. Georges Pauget, le directeur général de Crédit Agricole SA, pourrait faire ses premières armes chez un fabriquant de fromage.

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Reste le cas de François Pérol, le nouveau venu dans le paysage bancaire français, qui prendra bientôt des rênes des Banques Populaires et Caisses d'épargne réunies. Un mois de labeur au guichet d'une agence bancaire, pourrait lui mettre les pieds à l'étrier, lui qui n'a jamais œuvré dans une banque commerciale. Il faudrait bien sûr étendre ces stages d'insertion à la vraie vie aux membres des comités exécutifs de chaque banque.

Cette immersion dans des métiers radicalement différents, ce brassage avec d'autres catégories de la population, pourraient  permettre aux dirigeants de banque remettre les pieds sur terre, de porter un regard nouveau sur la société, la place qu'ils y occupent et le rôle qu'ils doivent y jouer. Et surtout ces stages de réinsertion devraient leur ouvrir les yeux sur une vérité toute simple : ils peuvent gagner très confortablement leur vie dans leurs banques respectives sans sombrer dans les excès du toujours plus.

Dominique Mariette

09/04/2009

Un monde si cruel

 

 

1433archisculptur04a.jpgPuisque désormais, s’amorce une gouvernance planétaire, il est essentiel d’en comprendre la logique. Et d’abord, d’en décrypter le processus de décision : Alors que, dans chaque pays démocratique, la majorité fixe la règle commune et que, dans les institutions internationales , ont été mis au point des procédures de vote très complexes où se mêlent, selon des recettes diverses selon les institutions, les exigences de souveraineté (un pays une voix), l de démocratie (un homme une voix) et de pouvoir (un dollar, une voix), dans le G8 ou, le G20, rien de tel : l’hôte propose un projet de communiqué qu’on doit approuver à l’unanimité.

Mais peu de gens se posent la question de savoir ce qui se cache derrière cette règle apparente : chacun des participants à t il un égal droit de véto, qui voudrait dire que le résultat de ces négociations ne pourrait etre que le plus petit commun dénominateur commun ? Ou bien les plus puissants peuvent-ils, implicitement ou explicitement, obtenir des plus faibles des concessions sur un sujet en se servant de moyens de pression sur d’autres domaines ?

484942.jpgEn réalité, dans ce genre de réunion, fonctionne se joue une impitoyable bataille, dans laquelle les plus puissants l’emportent toujours : car seul peut s’imposer celui qui peut se permettre le luxe d’un échec de la réunion. C’est toujours le cas du plus fort ; beaucoup plus rarement celui d’un autre, assez désespéré pour prendre ce risque. De plus, le pays hôte est tacitement reconnu comme ayant droit à une récompense, sous forme d’une concession, au moins d’apparence, à ses intérêts électoraux. Et si l’hôte est aussi le plus fort, il écrase tout. A cela s’ajoute d’innombrables facteurs personnels, qui jouent vraiment dans ce genre de réunion : la compétence, l’ascendant, la capacité à proposer au bon moment un compromis évitant aux autres de perdre la face, tout en protégeant au mieux ses propres intérêts. Enfin, la maitrise parfaite de la langue anglaise, dans ces négociations éclairs, est essentielle.

NY.jpg On peut donc dire pratiquement d’avance le résultat de ces sommets : les Etats-Unis réussissent toujours à éviter la moindre décision qui nuirait à leurs intérêt ;les Britanniques, qui n’ont pas le même pouvoir, se concentrent sur la défense des intérêts de la City, et gagnent à tous les coups , aidés par les Etats-Unis ; les Allemands disposent de très peu de marge de manœuvre pour refuser quoi que ce soit aux Américains, sauf quand une alliance avec la France leur permet de proteger les intérêts de la zone Euro. Le Japon protège ses intérêts commerciaux. La France défend toujours en priorité son indépendance nucléaire, sa puissance agricole, et son pré carré africain, cédant souvent sur le reste. La Russie protège tout ce qui touche à sa souveraineté stratégique. Les autres, quand ils sont les hôtes (comme cela sera le cas de l’Italie pour le prochain G8) ont droit à un pourboire.

Finance Ave pic.jpgLa réunion de Londres a donné un parfait exemple de ce processus : En menaçant de partir, le président français à fait comprendre qu’il était prêt à prendre politiquement le risque de l’échec, ce qui lui a donné un peu de marge de négociation. Mais pour l’essentiel, il était écrit d’avance que cette réunion allait protéger les intérêts anglo- saxons et chinois : leurs paradis fiscaux ont été protégés ; et les règles comptables ont été modifiées exactement comme l’avait souhaité le jour même la chambre de commerce des Etats-Unis, qui l’a imposé aux Congrès, qui l’a lui-même imposé aux régulateurs, qui l’ont soufflé aux négociateurs américains à Londres.

Si l’on veut que le prochain sommet du G20, (qui, comme par hasard, se tiendra à New York) ne soit pas joué d’avance, il serait essentiel de poser dès maintenant la question des procédures d’approbation des textes qui y seront discutés. Une question très mal polie…

Jacques Attali

12:35 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : g20, anglo-saxon

Derrière les soubresauts de l’argent-monnaie, une catastrophe annoncée

Derrière les soubresauts de l’argent-monnaie, une catastrophe annoncée, par Bruno Lemaire

Publié par Paul Jorion dans Economie, Monde financier, Monnaie

Billet invité.

DERRIERE LES SOUBRESAUTS DE L’ARGENT-MONNAIE, UNE CATASTROPHE ANNONCEE

Les mesures annoncées par le G20 n’y changeront rien. La monnaie n’est pas neutre, ni économiquement, ni idéologiquement, et il ne faut pas laisser aux intérêts spéculatifs et privés le soin d’émettre cette monnaie, potentiellement si perturbatrice.

Quatre questions se posent à toute personne voulant comprendre et éventuellement réformer le système monétaire actuel :

1) Qui émet (ou “crée”) cette monnaie-argent ?

2) Combien (quelle quantité) faut-il émettre ?

3) Pourquoi (et pour qui) émet-on cette monnaie ?

4) Qui contrôle (et régule) cette émission ?

200903241FRM.gifJe ne vais pas revenir sur la première question, car chacun sait, plus ou moins bien, que le système monétaire fait intervenir à la fois la banque centrale (pour la monnaie fiduciaire – les billets – proprement dits) et les institutions financières, banques (de second rang) ou intermédiaires financiers. Les banques émettent essentiellement de la monnaie scripturale (au-delà de leurs propres réserves en monnaie fiduciaire) – dans le cadre de certaines règles prudentielles peu contraignantes. Les autres institutions agissent comme de simples intermédiaires financiers, en prêtant à certains agents économiques l’épargne – de plus ou moins long terme – réalisée par d’autres agents.

Je vais plutôt m’interroger ici sur les raisons des variations de la monnaie, en me limitant ici à ce qui est appelé agrégat monétaire M1, qui inclut billets (et pièces) en circulation et dépôts à vue (définition Banque de France, 1999). Cette question contient donc les points 2 (Combien) et 3 (Pourquoi). Le point 4, celui du contrôle et de la régulation, n’est pas vraiment traité par le G20, faute de s’être attaqué clairement – et non idéologiquement – aux questions “Combien” et “Pourquoi”.

code-monetaire-et-financier.1232987142.jpgPourquoi des variations monétaires ?

Cette question, souvent effleurée, mais rarement approfondie, peut s’écrire ainsi : pourquoi la masse monétaire en circulation a-t-elle besoin d’être augmentée (ou diminuée) d’une période à l’autre ? Dit encore autrement, pourquoi le système économique pris dans sa globalité a-t-il besoin de plus (ou de moins) de monnaie-argent que précédemment ?

Ces questions sont évidemment indépendantes de l’agrégat monétaire choisi pour le raisonnement. J’ai pris ici M1, considéré traditionnellement comme correspondant à l’ensemble des moyens de paiement (fiduciaire et scripturaux) ; on aurait pu, dans un système où il n’y aurait que de la monnaie fiduciaire, se poser les mêmes questions.

9782909356228FS.gifL’augmentation monétaire a servi essentiellement au secteur financier

L’augmentation de la masse monétaire constatée en Europe – et en France – depuis une douzaine d’années (avant et après le passage à l’euro), et on pourrait faire le même raisonnement au niveau mondial même si les chiffres sont plus délicats à commenter, est liée au phénomène suivant.

Les “rentiers” et les “spéculateurs” se sont enrichis au détriment des producteurs
Indépendamment de tout problème lié à l’inflation, l’essentiel de cette augmentation monétaire (en moyenne, inflation décomptée, de 7 à 9%, pour une croissance moyenne de 2,5%) est dû aux besoins de financement d’actifs financiers, en d’autres termes aux spéculations boursières. Plus précisément, au lieu que la masse monétaire, censée être un simple “voile monétaire” au service de l’économie dans son ensemble, joue ce rôle ‘normal’, cette augmentation a essentiellement profité au secteur financier, au détriment de la sphère de l’économie réelle. Les “rentiers” et les “spéculateurs” se sont enrichis au détriment des producteurs (entrepreneurs et “travailleurs”).

Des chiffres éloquents

Deux chiffres montrent bien cette “spoliation” de l’économie “réelle” au profit de ce qu’il convient d’appeler les “capitalistes”, les hommes aux écus dépeints par Karl Marx dans le livre 1 du Capital.

krach_boursier.jpgL’agrégat monétaire M1 (l’ensemble des moyens de paiement ‘à vue’) est passé en France, en 10 ans, de 1997 à 2006, de 26% à 44% du PIB. Si M1 était un simple voile monétaire, cet agrégat aurait dû conserver les mêmes proportions par rapport à la production nationale. A moins, bien sûr, de supposer que la vitesse de circulation de la monnaie ait baissé dans les mêmes proportions, ce qui, jusqu’en début 2008 au moins, n’a pas été constaté.

L’évolution du cours de la Bourse (supposé résumée par l’évolution du CAC 40) a crû sur les 15 dernières années deux fois plus vite que le PIB, avec de fortes évolutions il est vrai, après l’écroulement de la bulle Internet, puis les attentats du 11 septembre, puis d’autres crises encore. Mais si on regarde le niveau atteint le 2 mai 2007, 6000 points, cette remarque reste vraie en tendance.

Il n’est donc pas surprenant que le CAC 40 évolue actuellement entre 2600 et 3000 points, qui représentent une correction “normale” si l’on estime, du moins, que la valeur boursière des entreprises devrait correspondre à leur valeur économique, telle qu’elle est représentée par l’évolution du PIB et des profits “normaux” réalisés à cette occasion – profits “normaux” censés pouvoir financer les investissements futurs. Sans croissance, aucun profit n’est “normal”, il ne devrait y en avoir aucun.

Il n’est pas surprenant non plus que ceux qui s’étaient enrichis indûment, en captant à leur profit l’essentiel de la masse monétaire émise (ou “créée”) par le système bancaire – en contrepartie de leurs actifs “financiers” (créances douteuses reposant en partie sur des actifs “toxiques”) – réclament à corps et à cris une rallonge monétaire à leur seul profit, cette rallonge ne pouvant passer, évidemment, que par les banques.

nouvelle_pi-ce_de_2_euro-1.jpgDeux solutions se présentent : récompenser les voleurs ou aider les producteurs

Face au hold-up commis sur 15 ans – plus sans doute – par les spéculateurs dont la part dans la richesse nationale (revenus non gagnés pourtant) n’est pas loin d’avoir doublé, on peut décider de valider cet hold-up. C’est apparemment ce que le G20 a décidé.

Rappelons au sujet du “hold-up” des spéculateurs que cette bascule de l’augmentation monétaire à leur seul bénéfice a amené une quasi stagnation du pouvoir d’achat des “travailleurs” sur les dernières années, et à un surendettement de l’ensemble de l’économie (surendettement de la part des “capitalistes” qui n’est apparu tel qu’après le début de la crise des subprimes, et de la part des travailleurs, qui gageaient cet endettement sur des revenus futurs, qu’ils n’auront sans doute pas du fait de la dépression actuelle).

Couverture_dette_publique_affaire_rentable_AJHPD922x500.jpgUne autre solution, la seule socialement correcte, serait bien sûr de considérer que les pertes (virtuelles) des capitalistes doivent rester des pertes, et de décréter que les créances douteuses accordées par les banques ne valent plus rien.

Comme mesure complémentaire, en dehors de la “nationalisation de la monnaie” (pas des banques), c’est-à-dire de la reprise en main directe par l’Etat de toute émission monétaire (ce n’est évidemment pas la “planche à billets” qui a causé – au moins pour la plus grande part – cette augmentation monétaire favorisant les spéculateurs, par l’intermédiaire d’un système financier où chacun, petit ou grand, croyait pouvoir devenir riche indument) il apparaît essentiel de transformer l’ensemble des dépôts à vue en monnaie fiduciaire, tout en interdisant dorénavant aux banques d’accorder des crédits non entièrement couverts par cette nouvelle monnaie fiduciaire.

9782865532018.jpgCela ne changerait pas la masse monétaire actuelle M1, mais cela interdirait dorénavant aux banques commerciales – redevenues de simples intermédiaires financiers – d’émettre sans contrôle de la nouvelle monnaie, indépendamment des besoins réels de l’économie réelle. Et s’il faut créer de la monnaie nouvelle, cette monnaie doit aller directement aux entreprises et aux ménages, en aucun cas aux spéculateurs et aux banques (en dehors de la restriction précédente : les banques peuvent et doivent agir en tant qu’intermédiaires financiers, en prêtant à des agents économiques l’épargne déjà réalisée par d’autres agents).

Mais, encore une fois, je ne crois pas, hélas, que le G20 prenne ce type de décisions. Il préfère sans doute amuser la galerie en faisant la chasse aux paradis fiscaux. C’est sans doute une bonne chose, mais très marginale par rapport à ce qu’il faut faire. L’argent doit aller à l’économie réelle, pas à l’économie financière, ce n’est pas en taxant un peu plus les spéculateurs que le problème de fond sera traité.

11:01 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0)

La crise exige une convergence contre le néolibéralisme

La crise exige une convergence contre le néolibéralisme

Par Philippe Matzkowski, pour le Collectif LBO, un réseau de syndicalistes et d’experts constitué en 2006 pour lutter contre les rachats d’entreprises à des fins spéculatives. Une analyse de la crise qui enjoint les forces progressistes, démocratiques et républicaines à se réunir pour les élections européennes de 2009.



(photo : Jacob Botter -Flickr - cc)
(photo : Jacob Botter -Flickr - cc)


2004-loi-du-liberalisme-darwinisme-social.jpgCapitalistes menacés ? Une solution : la démocratisation !

Dans toutes les périodes d’importants déséquilibres et de fortes instabilités, se pose la question du risque : risque d’explosion sociale, d’insurrections, voire de révolutions ; avec le danger d’une remise en cause rapide de l’ordre établi dont l’issue est toujours imprévisible.

 

Incontestablement, le nombre de foyers de crises est en forte progression. Les risques d’explosions sociales et leur contagion rapide, notamment au niveau paneuropéen, ne sont pas à exclure car le fonctionnement de l’Europe et des États qui la composent, manifestement antidémocratiques, conduisent les peuples à contester et à se révolter.

 

9782354800314.jpegCette crise est radicalement différente des précédentes. Elle touche l’ensemble de la population et pas seulement les plus démunis. Certains patrons piégés par les mécaniques financières avaient déjà pris conscience des impasses du système, tout comme la classe moyenne. Ce qui est nouveau, c’est l’appréciation que peuvent porter les cadres sur les syndicats dont ils jugent, probablement à juste titre, certains modes de fonctionnement trop corporatistes et inadaptés aux enjeux actuels : simple manque d’ambitions ou seul souci de préserver des postes de permanents et des ressources financières ?

 

Coluche disait : « La dictature, c’est ferme ta gueule ! La démocratie, c’est cause toujours tu m’intéresses ! » Cela n’est pas acceptable pour des relations entre confédérations syndicales et syndicats de base. Le nombre de syndicalistes et de syndiqués de très grande qualité dont la France dispose est une force dont les organisations syndicales n’estiment pas suffisamment la capacité d’initiatives d’envergure.

 

utopie_neoliberale_L10.jpgUne convergence des luttes ?

L’action syndicale ne peut se réduire à des batailles locales, à de beaux discours et à quelques journées de grèves sporadiques. Ces luttes doivent davantage être mises en cohérence entre elles par des actions convergentes, afin de permettre l’émergence de véritables rapports de forces au niveau des nations. Au-delà de ces constats, force est de reconnaître que les mouvements lycéens de décembre illustrent le désespoir de toute une génération. Nombre d’entre eux considèrent que l’humanité court à sa perte. Mais, beaucoup plus grave encore, ces adolescents désabusés considèrent tout changement impossible.

 

Derrière la crise financière, se posent donc moins la définition du projet de société que les conditions pour sa mise en oeuvre. Les mouvements d’éducation populaire ont incontestablement un rôle déterminant à jouer pour expliquer la situation.

 

Comment répondre aujourd’hui aux urgences et comment envisager le long terme, en matière économique, sociale et environnementale, alors que ces trente dernières années de mondialisation financière ont conduit à des reculs démocratiques considérables qui nous empêchent aujourd’hui de décider de notre avenir ?

Deux erreurs historiques majeures sont à considérer : l’adhésion des États aux principes d’une « libre circulation des capitaux » et d’une « concurrence libre et non faussée », principes dits de liberté soi-disant au bénéfice des consommateurs mais qui aliènent en réalité les salariés et nuisent aux citoyens, faisant de la finance une fin en soi et non plus un moyen au service des hommes.

 

t052.jpgNous devons donc nous affranchir rapidement de ce système qui a transformé tout projet collectif pérenne en une somme élitiste d’intérêts particuliers ou corporatistes. La mondialisation financière continuera à produire des dégâts si nous ne décidons pas d’y mettre fin ensemble ! La tâche la plus difficile consistera à convaincre nos concitoyens, dont les plus jeunes d’entre eux, qu’une autre voie est possible, afin que 2009 puisse marquer le démarrage de la reconstruction d’une société plus juste !

Dans une telle situation, l’unité nationale pourrait effectivement s’imposer, mais certainement pas sur la base de la poursuite des réformes engagées, ni par l’adhésion plus ou moins tacite de partis politiques à l’idéologie néolibérale qui nous conduit à la catastrophe.

 

La convergence des forces progressistes, démocratiques et républicaines dans le cadre des élections européennes de 2009 doit s’accélérer, avec le souci d’expliquer encore davantage les dangers de l’idéologie néolibérale, notamment aux électeurs abusés par le marketing politique de Nicolas Sarkozy ; à cet égard, leur soutien à la candidature Obama marque une rupture avec le bushisme assumé du Président de la République. La démocratisation de nos entreprises, de nos institutions mais aussi de nos banques doit être notre priorité. C’est en leur sein qu’une partie des réponses aux questions sociales, économiques et environnementales se trouve. Des initiatives dans le sens de la démocratisation de notre société doivent être soutenues, notamment par les régions. C’est au peuple de redonner sa vraie valeur au syndicalisme, à la politique, à l’action publique.

 

globe_image.1235987207.jpegLe temps dont nous disposons est compté : 2009 sera l’année de tous les dangers !

Mais force est de constater que cette crise financière constitue également un véritable espoir pour tous les peuples, aspirant à la coopération plutôt qu’à la concurrence dont la forme paroxysmique reste la guerre.

Le Collectif LBO* continuera d’oeuvrer dans le sens de cette transformation de notre société, en particulier par la mise en place de nouvelles convergences. Autant pour les capitaliste,s la démocratisation était jusqu’à récemment considérée comme le problème, autant pour les plus éclairés d’entre eux la démocratisation pourrait bien s’avérer être la solution pour tous. À chacun de prendre ses responsabilités !

 

(*) Réseau de syndicalistes et d’experts constitué en 2006 pour lutter contre les rachats d’entreprises à des fins spéculatives.

 

Par Philippe Matzkowski, pour le Collectif LBO

08/04/2009

les paradis sociaux ignorés par le G20

Exclusif : les paradis sociaux ignorés par le G20

Alors que le G20 s'est vanté de démanteler les paradis fiscaux, les paradis sociaux, où les coûts de main d'œuvre minimes facilitent les transferts d'usine, subsistent à travers le monde : Indonésie, Sri Lanka, Mexique... Certains ont même intégré l'Union européenne en toute impunité !



Usine chinoise (photo : Ed-meister - flickr - cc / http://www.flickr.com/photos/edwinylee )
Usine chinoise (photo : Ed-meister - flickr - cc / http://www.flickr.com/photos/edwinylee )

Îles asiatiques paradisiaques, petits Etats d'Amérique centrale et même Etats membres de l'Union européenne : les «paradis sociaux» sont légions ! Alors que le G20 a établit une liste noire et deux listes grises des Etats aux fiscalités minimales sur le capital et à l'opacité bancaire suspecte, Marianne2 vous révèle un premier brouillon de liste des paradis sociaux.

Dans ces pays où le coût de main d'œuvre défit toute concurrence, des milliers d'entreprises, y compris des multinationales françaises du Cac 40, viennent implanter leurs usines et produire en toute impunité au mépris du niveau de vie local et au détriment des pays plus regardant sur les droits sociaux.

Les Etats le savent et ne font rien !
Un petit tour par les sites des agences gouvernementales le prouve : les grands Etats ont tous connaissance de l'existence de ces lieux. Le ministère du Travail américain établit régulièrement une comparaison des coûts de main d'œuvre dans 31 pays, le Bureau international du travail dispose de statistiques précises sur plus d'une centaine d'Etat, Eurostat établit des comparaisons entre les salaires horaires des 27 Etats membres... Bref : l'absence de prise de position sur ce sujet est bien volontaire.


2€ de l'heure en Bulgarie, 0,61$ au Sril Lanka
Portant sur le coût horaire du travail (hourly compensation cost), l'étude du ministère du Travail américain pointe clairement du doigt l'Asie du Sud-Est : alors que le coût horaire moyen d'un ouvrier américain est évalué à 24,59$, son collègue philippin émarge à 1,10$ et leur alter égo sri-lankais à 0,61$. Des prix au regard desquels le très abordable Mexicain (dont l'heure coûterait 2,92$) passe pour un ignoble nanti !


Extrait du rapport du Departement of Labour américain sur la compensation horaire annuelle dans le monde.
Extrait du rapport du Departement of Labour américain sur la compensation horaire annuelle dans le monde.
Mais même pas besoin d'aller en Asie pour faire tourner son usine à bas prix : Eurostat établit ainsi que, s'il vaut mieux placer ses économies que ses chaînes de montage au Luxembourg, où le coût horaire de main d'œuvre est évalué à 33,30€ en 2006, la Bulgarie s'avère, à 1,96€ de l'heure, un paradis social comparable aux plus déshérités des Etats centre-américains, à moins de trois heures d'avion de Paris !

Devises, échelles et autres éléments d'opacité
Mais la situation est bien trop profitable pour les grandes entreprises qui, chaque année, confortent leurs marges en allant dissimuler leurs usines dans les paradis sociaux... Elément d'opacité, les statistiques livrées à l'Observatoire international du travail sont souvent lacunaires, en devises locales et selon des échelles de temps irrégulières : comment comparer une journée indienne à 134,44 rupee avec une année de salaire jordanien à 2309 dinar locaux ? Sans compter le  temps de travail de chaque pays, limité ou non, l'âge des travailleurs, les éventuels taxes sur le travail qui rendent plus illisibles encore la carte des flux d'emploi.

Le blanchiment du travail continue et, avec lui, la fuite des emplois vers ces paradis sociaux où des produits manufacturés sont élaborés à vils prix, maintenant ceux qui les assemblent dans une semi misère.


Liste noire des paradis sociaux (moins de deux dollars de l'heure)
  • Bulgarie
  • Chine
  • Costa Rica
  • Inde
  • Indonésie
  • Malaisie
  • Myanmar
  • Philippines
  • Salvador
  • Sri Lanka
  • Vietnam
  • Thaïlande


Liste grise des paradis sociaux (moins de dix dollars par heure) :
  • Brésil
  • Estonie
  • Hong Kong
  • Lituanie
  • Lettonie
  • Portugal
  • Pologne
  • Roumanie
  • Slovaquie



Bien plus que les paradis fiscaux, les paradis sociaux sont à la base du système néolibéral qui vient de faire faillite sous nos yeux. Par un enchaînement diabolique que l'on peut aujourd'hui reconstituer : à force de tirer le marché du travail vers le bas en mettant en concurrence les mains d'oeuvre du monde entier, le système a fini par engendrer la plus grave crise de la demande depuis la deuxième guerre mondiale. Mais comme il fallait bien que les entreprises continuent à vendre, on a développé une offre de crédit inédite pour acheter sa maison, sa voiture ou simplement pour consommer ou survivre. D'où les subprime, puis les faillites bancaires.
Malheureusement, les dirigeants du G20, les socialistes du FMI, de l'OMC et de la Banque mondiale, les experts qui les inspirent et les managers qu'ils persistent à aduler demeurent pour le moment persuadés que le même libre-échange intégral qui a provoqué la crise nous permetrta d'en sortir.

 

Sylvain Lapoix

07/04/2009

Un dernier verre, pour la route

 

812_Image -(630x300)-attali_SIPA_00545908_000042.jpgJ’aurai tant voulu pouvoir écrire que le G20 est un succès total : J’aurai tant voulu pouvoir, comme le font presque tous les commentateurs, saluer sans nuance les efforts énormes des uns et des autres   pour que personne ne claque la porte.

Les efforts du président français, pour qu’on traite sérieusement de la régulation, ce qu’on a fait,  en promettant une liste de paradis fiscaux, en contrôlant mieux les agences de notation, les hedges funds  et  les rémunérations des patrons et des traders,  en créant un comité de stabilité économique (au lieu du Forum du même nom).

Les efforts  du président américain, pour qu’on rappelle les immenses  programmes  de  relance, ce  qu’on a fait.

Ceux du président chinois, pour qu’on reforme le FMI et qu’on crée des DTS, ce qu’on a fait. Ceux des présidents du Sud pour qu’on augmente de 0, 75 trillions  les moyens du FMI à leur intention, ce qu’on a fait, portant à 5 trillions le montant de la relance.

Mais je ne peux m’empêcher de craindre que tout cela n’annonce aussi  l’accumulation de bien de nouveaux nuages à l’horizon, parce qu’on emploie pour résoudre la crise les mêmes armes que celles qui l’ont créée. Quelques exemples :

541-relance-OB.jpg5 Trillions de relance ?

C’est  bien la somme des sommes déjà dégagées, mélange de prêts, d’émissions monétaires, qui  représente 10% du PIB mondial ; mais qui  renvoie  à la question simple : qui finance ?  Je ne vois aucune recette, sauf la vente d’un peu d’or du FMI ; et encore, sa mise sur le marché en fera s’effondrer le prix. Comment alors espérer résoudre une crise de la dette en augmentant la dette ? A terme, par l’argent des contribuables.

Des bilans de banques plus sains ?

En permettant aux banques et aux assureurs de  ne plus valoriser leurs actifs à des prix   proches de leur valeur  de marché , on améliore en apparence le bilan des banques. Mais à l’inverse, on ne les encourage pas à se débarrasser de leurs actifs toxiques.  Les auditeurs vont même se retrouver, avec ces nouvelles dispositions, dans l'obligation de valider des valorisations d'actifs même s'ils ne sont pas convaincus des hypothèses sous jacentes. Quand la vérité apparaitra, dans quelques mois ou quelques années, il  faudra recapitaliser ces institutions. Avec l’argent des contribuables (bis)

Crise-financiere.jpg

 

 

 

 

Une spéculation réduite ?

En apparence oui. Mais quoi, en pratique ?  Rien n’est dit sur les CDS, épée de Damoclès au dessus du système, ni sur les paradis fiscaux anglo-saxons, grands vainqueurs du G20, ni sur la réalité de la titrisation et des effets de levier.  En fait, tout semble même continuer comme avant : La  FSA (régulateur anglais)  a autorisé avant hier la  Barclays  à céder l’une  de ses filiales en lui permettant de financer l’acquéreur. Comme avant. Les nouvelles valorisations autorisées vont améliorer artificiellement les fonds propres et permettre l’accroissement des effets de levier. Comme avant.  Le plan Geithner va permettre aux  banques américaines de vendre leurs  actifs toxiques avec des effets de levier dignes des pires spéculations d’avant la crise (9 pour 1). Comment le Comité de Stabilité Financière pourrait-il autoriser   des pratiques si contraires aux principes qu’il est supposé défendre  ?  Comment autorisera t il ainsi à des fonds spéculatifs de faire d’immense profits avec l’argent des contribuables (ter).

Et enfin, comme rien n’est fait véritablement pour renforcer les fonds propres des banques, dont dépend la relance  durable du financement sain de la demande, le G20 semble s’attendre à la faillite de nombreuses  institutions financières , et vouloir se prémunir contre son propre échec, par cette phrase rassurante et terrifiante : « … we will put in place credible strategies from the measures that need to be taken… ». Autrement dit, si tout ca ne marche pas, on fera plus encore.  Plus, mais quoi?  Plus de dettes. Et à terme, plus d’impôt (quatuor)

BushBeer1-3a9f5.jpgAu total, tout se passe malheureusement comme si, à coté de mesures tres  utiles et courageuses , dont j’espère infiniment qu’elles suffiront,  on mettait en place un immense plan de relance aveugle, non dirigé vers la sauvegarde des banques, ni vers les secteurs d’avenir, et non financé, qui pourrait se terminer ,  dans  deux mois ou dans deux ans , par des faillites, une hyperinflation, et un formidable plan d’austérité.

Tout se passe comme si les alcooliques anonymes, tout heureux de leurs  bonnes résolutions, avaient décidé, au sortir de leur réunion, de prendre un dernier verre.  Pour la route.

Jacques Attali

 
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