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28/02/2009

« Faites ce que je dis, pas ce que je fais. »


UMP: pour un euro t’as plus rien

Quand à l'heure du projet de loi HADOPI, l'UMP propose un euro pour dédommager le groupe de musique MGMT on frôle le foutage de gueule. C'est du moins ce que pense le blogueur Nick Carraway.



(photo : rahego - Flickr - cc)

Jurisprudence prélégislative ?

février 25th, 2009 Posted in Internet, La vie de la cité

Dans l’affaire qui l’oppose au groupe de rock américain MGMT, l’UMP propose de dédommager le groupe, dont ils avaient utilisé une des chansons lors du congrès de la Mutualité du 24 janvier et dans plusieurs vidéos publicitaires, à hauteur d’1 euro. L’offre a été refusée, et l’affaire n’est pas anodine, car la stratégie est dangereuse.

Ce qui est clair, c’est que l’UMP a proposé au groupe une conciliation en amont du jugement, de manière à retirer l’illégalité de l’acte. Ils reconnaissent avoir fait une bourde, mais ils essaient de s’arranger entre eux pour que MGMT retire sa plainte. Or, cette stratégie de dépénalisation est totalement incohérente en regard des cris d’orfraie qui sont poussés par les quelques roquets de la majorité et les majors de l’industrie du film ou du disque. Comment peut-on rendre illicite le téléchargement ou le streaming alors que la majorité qui veut faire passer la loi s’arrange pour ne pas être condamnée ? Cela voudra donc dire qu’au moment de chaque procès, chaque particulier qui se fera pincer pourra contourner la loi en proposant un dédommagement. Imaginez que vous vous faites piquer dans un magasin avec un vêtement sous votre pull et que vous vous proposez gentiment comme compensation de le payer. C’est incohérent !

promesses-et-realisation-ump.jpgMieux encore : l’UMP estime le coût de l’infraction à 1 euro. Et pire encore : le montant du dédommagement n’est pas une estimation du manque à gagner pour le groupe, c’est symbolique. En gros on ne veut pas chiffrer le montant, et on se contente d’un petit geste histoire de dire qu’on a remboursé ! A moins que l’UMP considère qu’elle aurait pu se procurer le titre sur iTunes pour 0,99€, qui lui en donnait la pleine propriété… mais c’est oublier que c’est la propriété à l’usage privé ! Et cela, je doute que ça coûte les 0,01 euros restants ! Si l’on estime la diffusion (voire la possession, on ne sait pas si le titre a été téléchargé illégalement ou non) sans l’accord de l’auteur à 1 euro, voilà une jolie brèche dans laquelle pourront s’engouffrer tous les particuliers. A 1 euro la fraude, on peut être sûr d’une chose : non seulement ça n’endiguera pas le phénomène, mais en plus cela va coûter un max de blé à la justice pour déboucher sur des arrangements d’officine !

Cette histoire est assez révélatrice de l’état d’esprit qui entoure ce projet de loi. Quand le gouvernement réfléchit global, il s’alarme, car il voit que le montant du manque à gagner est astronomique (et encore) ; quand il se fait prendre la main dans le sac, il se dit que ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan et que ce n’est pas dramatique. Alors qu’il n’est pas du tout prouvé que l’on peut mettre bout à bout les actes individuels pour calculer le manque à gagner de l’industrie du disque et du cinéma, qui n’est pas forcément grevée par le téléchargement !

A moins que tout ceci soit un exemple du dicton : « Faites ce que je dis, pas ce que je fais. »

Jeudi 26 Février 2009 - 17:31
Nick Carraway

13:59 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ump, internet, mgmt

23/02/2009

La diversité est au service du néolibéralisme !

La diversité est au service du néolibéralisme !

Dans La Diversité contre l'égalité, l'américain Walter Benn Michaels démythifie la sacrosainte diversité, qui ne résout en rien les vraies inégalités, sociales et économiques. Elle aurait même tendance à noyer le poisson. Ne nous fait-elle pas croire qu'Obama est de gauche, alors qu'il a plus en commun avec Sarkozy qu'avec Jaurès?



La diversité est au service du néolibéralisme !
C'est un petit livre (155 pages) jaune qui attire immédiatement l'attention. Non pas à cause de sa couleur canari pétante, mais parce que son titre est provocateur : « La Diversité contre l'égalité ». Quoi? La diversité, notre nouveau graal, opposée à l'égalité, alors qu'elle est censée en être la garante? Qui ose un tel paradoxe? Un auteur inconnu en France : Walter Benn Michaels.
Un auteur courageux, qui plus est, car Walter Benn Michaels est américain. Et s'en prendre à la diversité dans le pays où elle est sans doute le plus sacralisée, c'est gonflé. C'est pourtant exactement ce que fait ce professeur de littérature américaine (il enseigne à l'Université de l'Illinois à Chicago). Sous-titré dans sa version américaine, «Comment nous avons appris à aimer l'identité et à ignorer l'inégalité», ce livre est la démonstration par A + B que la diversité est en réalité une vaste blague destinée à nous faire avaler plus facilement la pilule néolibérale et le cortège d'inégalités économiques et sociales qu'elle traîne. Car faire en sorte que les minorités soient représentées dans les élites et chez les plus nantis ne comble en rien le fossé grandissant entre riches et pauvres. Explications avec l'auteur.


(photo swanksalot-flickr-cc)
(photo swanksalot-flickr-cc)
Marianne2.fr : Pour vous, le débat sur la diversité masque l'accroissement des inégalités économiques?
Walter Benn Michaels : Oui. Au cours des 30 dernières années, les pays comme la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Canada sont devenus de plus en plus inégalitaires, économiquement parlant. Et plus ils sont devenus inégalitaires, plus ils se sont attachés à la diversité. C'est comme si tout le monde avait senti que le fossé grandissant entre les riches et les pauvres était acceptable du moment qu'une partie des riches sont issus des minorités.

Vous considérez qu'il s'agit d'un écran de fumé et qu'il est délibérément mis en place. Pourquoi et par qui?
Non, il n'y a pas de complot ici. Je pense que les gens se sont de plus en plus attachés à un modèle libéral de justice, dans lequel la discrimination — racisme, sexisme, homophobie, etc. — est le pire de tous les maux. Si ça marche, c'est à la fois parce que c'est vrai — la discrimination est évidemment une mauvaise chose — et parce que ça ne mange pas de pain— le capitalisme n'a pas besoin de la discrimination. Ce dont le capitalisme a besoin, c'est de l'exploitation.

Vous expliquez que la diversité ne réduit pas les inégalités, mais permet seulement de les gérer. Que voulez-vous dire?
Eh bien, il est évident que la diversité ne réduit pas les inégalités économiques. Si vous prenez les 10% de gens les plus riches (ceux qui ont en fait tiré le plus de bénéfices de l'explosion néolibérale des inégalités) et que vous vous assurez qu'une proportion correcte d'entre eux sont noirs, musulmans, femmes ou gays, vous n'avez pas généré plus d'égalité sociale. Vous avez juste créé une société dans laquelle ceux qui tirent avantage des inégalités ne sont  pas tous de la même couleur ou du même sexe.
Les avantages en termes de gouvernance sont assez évidents, eux aussi. L'objectif du néolibéralisme, c'est un monde où les riches peuvent regarder les pauvres et leur affirmer (à raison) que personne n'est victime de discrimination, leur affirmer (tout autant à raison) que leurs identités sont respectées. Il ne s'agit pas, bien sûr, de les rendre moins pauvres, mais de leur faire sentir que leur pauvreté n'est pas injuste.

Vous allez même plus loin puisque vous expliquez que le combat pour la diversité a partie liée avec une logique néolibérale. Pourtant il a existé des convergences, que vous évoquez dans le livre, entre luttes économiques et revendications portées par des minorités. Pourquoi ces convergences ont-elles disparu aujourd'hui?
La convergence que vous évoquez entre la lutte contre la discrimination et le combat contre l'exploitation n'était qu'une convergence temporaire. Ainsi, par exemple, aux Etats-Unis, les Noirs radicaux se sont battus à la fois contre le racisme et le capitalisme. Des gens comme le Black Panther Bobby Seale ont toujours estimé qu'on ne peut pas combattre le capitalisme par le capitalisme noir, mais par le socialisme. Mais avec l'ère du marché triomphant débutée sous Reagan et Thatcher, l'antiracisme s'est déconnecté de l'anticapitalisme et la célébration de la diversité a commencé. Bien entendu, il n'y a rien d'anticapitaliste dans la diversité. Au contraire, tous les PDG américains ont déjà eu l'occasion de vérifier ce que le patron de Pepsi a déclaré dans le New York Times il y a peu: « La diversité permet à notre entreprise d'enrichir les actionnaires ».
De fait, l'antiracisme est devenu essentiel au capitalisme contemporain. Imaginez que vous cherchiez quelqu'un pour prendre la tête du service des ventes de votre entreprise et que vous deviez choisir entre un hétéro blanc et une lesbienne noire. Imaginez aussi que la lesbienne noire est plus compétente que l'hétéro blanc. Eh bien le racisme, le sexisme et l'homophobie vous souffleront de choisir l'hétéro blanc tandis que le capitalisme vous dictera de prendre la femme noire. Tout cela pour vous dire que même si certains capitalistes peuvent être racistes, sexistes et homophobes, le capitalisme lui-même ne l'est pas. Si dans les années 60 les Black Panthers pensaient qu'on ne pouvait pas combattre le capitalisme par le capitalisme noir, aujourd'hui, dans la crise économique actuelle, des gens comme Yazid Sabeg espèrent qu'on peut sauver le capitalisme grâce au capitalisme « black-blanc-beur ».

Vous ne semblez pas être un fervent partisan de la politique de discrimination positive telle qu'elle est menée actuellement aux Etats-Unis. Que préconiseriez-vous afin de rendre moins inégalitaire le système éducatif américain ?
Ces quarante dernières années, les étudiants des universités américaines ont changé, et de deux façons. Premièrement, ils se sont beaucoup diversifiés. Deuxièmement, ils sont toujours plus riches. Cela signifie qu'alors que les universités américaines se sont autoproclamées de plus en plus ouvertes (à la diversité), elles se sont en réalité de plus en plus fermées. Ça ne veut pas seulement dire que les jeunes issus de milieux modestes ont du mal à payer leur scolarité, ça signifie aussi qu'ils ont reçu un enseignement si bas de gamme dans le primaire et le secondaire qu'ils n'arrivent pas à passer les examens d'entrée à l'université.
Donc, la première chose à faire lorsqu'on décide de mettre en place une politique de discrimination positive, c'est de le faire par classes et non par races. La seconde — mais de loin la plus importante — chose à faire serait de commencer à réduire les inégalités du système éducatif américain dès le primaire. Tant que ça ne sera pas fait, les meilleurs universités américaines continueront à être réservées aux enfants de l'élite comme le sont, pour l'essentiel, les meilleures grandes écoles françaises. Même si, bien sûr, vos grandes écoles ainsi que vos universités les plus sélectives, puisqu'elles sont gratuites ou bien moins chères que leurs homologues américaines, apportent un avantage supplémentaire aux riches — c'est une redistribution des richesses, mais à l’envers.

Barack Obama est présenté, en France, comme un produit de la discrimination positive. Comment interprétez-vous sa victoire électorale et l'engouement qu'elle a pu susciter ?
Sa victoire, c'est le triomphe totale de l'idéologie néolibérale aux Etats-Unis, le triomphe de la diversité et en même temps celui des marchés. Ce n'est pas un hasard si des économistes démocrates conservateurs comme Larry Summers ou Tim Geithner sont ses conseillers les plus proches. Si ce que vous voulez, c'est sauver le système économique néolibéral de la crise, c'est une bonne chose. Nous savons tous que l'administration Bush était trop distraite par ses lubies impérialistes du XXe siècle pour s'apercevoir  que Wall Street avait plus besoin d'aide que l'Irak. Obama ne fera pas cette erreur. Mais si vous voulez que le système change fondamentalement, ne comptez pas sur les Démocrates. Du point de vue de la justice économique, Obama, c'est juste un Sarkozy noir. Bien sûr, ce n'est pas un problème pour Sarkozy, mais c'est un problème pour tous les gens qui se disent de gauche, qui aiment Obama et pensent que l'engagement dans la diversité dont il est le produit va également produire une société plus égalitaire.
Le thème central de La diversité contre l'égalité, c'est qu'ils se trompent ; la diversité est au service du néolibéralisme, et non son ennemie. Ce n'est pas une adresse à Sarkozy — il sait déjà qu'une élite diversifiée est une élite plus heureuse, plus autosatisfaite. Cela s'adresse à la gauche, à ceux qui préfèrent s'opposer au néolibéralisme, plutôt que l'améliorer.



Samedi 21 Février 2009 - 13:42
Bénédicte Charles

17/02/2009

La crise? Chut, ce n'est pas bon pour le moral...

La crise? Chut, ce n'est pas bon pour le moral...

Sondages, experts, articles de fond, tout est bon pour suggérer aux journalistes de moins parler de la crise. Décryptage.



(photo : kikozbi1 - Flickr - cc)
(photo : kikozbi1 - Flickr - cc)

L'ordre médiatique est une tyrannie dont l'une des règles vitales est le zapping. Il est très rare qu'un sujet reste plus de deux semaines à la une de l'actualité. La crise a bousculé ce bel ordonnancement. Comment zapper au moment où Lehman Brothers fait faillite, où les milliards valsent au dessus de nos têtes comme dit Olivier Besancenot, et où, tous les jours, les entreprises annoncent des plans sociaux ?

 

Pour résoudre cette équation impossible, une nouvelle théorie est apparue : à trop parler de la crise, les médias l'entretiennent, voire l'amplifient. Les snipers d' Acrimed ont été les premiers à lever le lièvre. Car si cette thèse s’est répandue comme une traînée de poudre dans les médias, c’est grâce à une formidable opération de lobbying d’une association patronale adepte de la pensée positive : Ethic, « le mouvement des patrons enthousiastes » ! Ces dirigeants, qui n’en manquent sûrement pas d’éthique, ont fait appel à un « institut d’études international centré sur l'expérience client » peu connu, GN Research, qui leur a servi sur un plateau d’argent une enquête d’opinion sur le thème.

 

Relayé par Le Figaro sous le titre « Les médias sont accusés d'aggraver la crise », ce sondage d’opinion révèlerait que « pour 65% des Français, le traitement de la crise par les médias finit par nuire à l'économie » et que, dans le même temps, « 45% [d'entre eux] affirment avoir une "overdose" d'information sur la crise ». Comme le démontre habilement l'observatoire des médias, les choses ne sont pas aussi simples : « Les sondés (et non les Français) n'affirment rien. Ils répondent à une question : "Les médias parlent-ils trop de la crise économique ?" Et si 45% des sondés répondent positivement, ils n'affirment certainement pas “avoir une overdose d'information sur la crise." Mieux : à lire le diagramme publié par Le Figaro, on constate que 43% trouvent en revanche que les médias parlent "normalement" (???) de la crise et que pour 12% des sondés, les médias n'en parlent "pas assez" : ces 55% de réponses négatives sont royalement ignorées. »

Autre hypothèse : on peut se demander si la méfiance envers les médias, bien ancrée depuis plus de dix ans parmi les Français, ne les conduit pas à approuver toute critique envers leurs journaux ou leurs télévisions, quel que soit le thème abordé. C'est en tout cas un biais probable. Mais qu'importe : après Le Figaro d'autres médias ont relayé ce sondage douteux : France-Soir, 20Minutes.fr, Eco89, chacun à leur manière, l’ont utilisé.

 

Les Français en ont « “ras le bol” des discours anxiogènes » !

Les Echos, eux aussi, se sont posés la question de savoir si les médias avaient leur part de responsabilité dans la crise. Exit l’enquête d’opinion commandée (commanditée ?) par « le mouvement des patrons enthousiastes ». Place cette fois à un article qui donne la parole à une tripotée d’experts censés répondre à une question : « Les élites — politiques, économistes, médias — n’en font-elles trop ? ». Une question qui est d’autant plus légitime d’après le quotidien économique que « les Français semblent en avoir assez d’entendre parler d’une crise dont-ils ne perçoivent pas toujours concrètement les effets. ». Et pour appuyer ce propos, Les Echos font appel au sociologue Denis Muzet, très en vogue en ce moment. D’après lui, il existerait « trois profils face à la situation économique » : « les “acteurs” — dirigeants, politiques, banquiers, patrons — qui tentent de trouver des solutions ; les “éprouvés” qui ressentent, souvent violemment, la dégradation de la situation ; et la grande masse “des spectateurs” qui la vivent par procuration… »

 

C’est vrai, pourquoi parler de la crise puisque tout le monde n’est pas encore frappé de plein fouet ? C’est ennuyeux, voire « anxiogène ». Et, comble du mauvais goût, ce n’est pas vendeur ! À dégager donc la crise des colonnes des journaux, on ressortira le sujet des placards quand la situation sera vraiment critique et que tout le monde sera enfin touché! Poussé à son paroxysme, ce raisonnement donne la « une » du Parisien – Aujourd’hui en France de samedi dernier, jour de consommation débridée pour cause de Saint-Valentin : « Et si on parlait d’autres choses » !

 

Mais que Les Echos se rassurent car d’ici très peu de temps, la majorité des Français percevront très « concrètement » les « effets » de la crise. Pessimiste comme vision ? L'Unedic prévoit simplement 282.000 chômeurs de plus en 2009. Une année 2009 qui sera aussi l’occasion pour Denis Muzet de réviser son analyse car il est à prévoir que dans quelques mois, il ne restera plus que deux « profils » de personnes face à la crise : les « acteurs » qui en seront encore et toujours à chercher des « solutions » et « la grande masse » des « éprouvés » qui ressentira (pas vraiment « par procuration ») « la dégradation de la situation »...

 

La crainte de la « prophétie auto-réalisatrice »

En filigrane de tous ces articles, on trouve une notion née à la fin des années 1950 sous la plume d’un sociologue américain, Robert King Merton. Ce concept, c’est celui de la « prophétie auto-réalisatrice » . Son énoncé est simple : la « prophétie auto-réalisatrice » est une prophétie qui « se produit lorsqu'une croyance a modifié des comportements de telle sorte que ce qui n'était que croyance advient réellement. » Autrement dit, la crise viendra puisqu’on n’a de cesse d’en parler. Mais c’est oublier que la crise n’est pas une « croyance » mais une situation déterminée par une réalité sociale que reflètent des indicateurs statistiques. Croire au concept de « prophétie auto-réalisatrice », c’est aussi croire en un concept exactement contraire appelé « prophétie auto-destructrice ». En clair, parler d’un événement suffit à le contrecarrer. C’est par exemple ce qui a pu arriver lors de la campagne du référendum sur le Traité constitutionnel européen. Pour certains, si le « non » l’a emporté, c’est en réaction à des médias béni oui-ouistes.

 

D’après Philippe Juhem, maître de conférence en sciences politiques à l’université Robert Schumann de Strasbourg et spécialiste du travail des politiques et du récit qu’en font les journalistes, le concept de « prophétie auto-réalisatrice » est « un concept séduisant mais très douteux » : « A ma connaissance, il n’existe aucune étude qui démontre qu’il existe un effet d’autosuggestion. Les politiques pensent par exemple que plus ils seront présents dans les médias et plus leur discours aura un impact alors que l’impact varie en fonction de l’idée que se font d'eux les gens. S’ils ont une mauvaise opinion d’un politique, sa surreprésentation dans les médias pourra même se retourner contre lui » L’universitaire va même plus loin avec l’exemple des enquêtes d’opinion : « Les sondages sont accusés de deux effets totalement contraires sans que personne n’ait pu prouver leur véracité. Soit on estime qu’un sondage va entraîner un ralliement derrière celui qui a été placé en tête, soit on considère qu’il va favoriser un outsider. » Bref, parler massivement de la crise pourrait avoir deux conséquences tout aussi contraires : la renforcer ou la chasser.

 

En recommandant de moins parler de la crise, les patrons d'Ethic rejoignent également ceux de la presse. Interrogez n'importe quel responsable de la publicité de magazine ou de quotidien et il fera immédiatement le procès de l'information « anxiogène ». Pour se vendre, la publicité a besoin d'un climat positif, propice à la consommation. La crise c'est la sinistrose, la lutte classes. Mieux vaut parler de la Saint-Valentin, ça fait sourire. Et ça fait marcher le commerce...


Lundi 16 Février 2009 - 07:54
Gérald Andrieu

13/02/2009

A Bélem, la dissidence latino-américaine

A Bélem, la dissidence latino-américaine

Cinq chefs d’États se sont rendus à la grand-messe anti-capitaliste, le Forum Social Mondial de Bélem. Christophe Ventura y était. Premier volet d'une série d'interviews sur cet évènement peu analysé dans les médias.

 


La semaine dernière à Belem, au Brésil, se réunissait le Forum Social Mondial. Pour la 8e année consécutive des organisations alter-mondialistes rassemblaient au total près de 135 000 personnes pour ce contre-feu au néolibéralisme.

Alors que les derniers forums s'étaient révélés décevants, le forum a été cette année marqué par une innovation importante : la participation à part entière de plusieurs chefs d'états latino-américains : le président du Paraguay, du Brésil, du Venezuela, de l’Équateur et de la Bolivie étaient de la partie. Autre originalité significative, le président brésilien Lula a même boycotté le Forum de Davos qui se déroulait au même moment en Suisse, alors qu'il avait, les années précédentes, à être présent aux deux manifestations.

Christophe Ventura, chef de file du mouvement Mémoire des luttes, était à Bélem. Il tire le bilan de son voyage et de ses rencontres là-bas pour Marianne2.

Jeudi 12 Février 2009 - 17:04

11/02/2009

2009 : l’année de la révolte ?

2009 : l’année de la révolte ?

L’année 2009 sera pour la France et les Français sans aucun doute une année « noire ».

Si la crise a été sans aucun doute un catalyseur, cette crise prévisible et annoncée n’explique pas tout. Le pays souffre depuis plusieurs dizaines d’années de défaillances structurelles qui étaient déjà à elles seules sources d’une croissance molle.

La dégradation du contexte international ne peut être le prétexte que l’on appose systématiquement à des maux bien plus profonds qui conduisent l’Etat à mettre sous perfusion les banques et les plus aisés tout en demandant à ceux qui encaissent le choc frontalement de se serrer la ceinture.

Je m’en excuse d’office : cet article-dossier sera long. J’y expose ma vision des choses, je ne dis en rien qu’elle est exacte ou juste, je souhaite simplement la proposer.

Je tenais à exposer un point de vu relativement complet, d’autant plus complet que la conférence de presse de N.Sarkozy n’a fait que confirmer mes craintes : non seulement le pays n’a plus de cap, mais plus encore, il applique les recettes d’un modèle (dé)passé le tout en face du silence de mort de journalistes conciliants qui n’osent poser les questions qui fâchent.

I. Un système Français à bout de souffle

La France se caractérise dans le monde par un système social poussé. Forte de secteurs de pointes comme la santé, d’un territoire exceptionnel favorisant une rentrée importantes de devises par le tourisme, d’une administration -jadis- structurée et efficace, de terroir exceptionnel (puissance agricole), d’une industrie aéronautique de pointe (etc.) la France dispose d’une série d’atouts indéniables.

Malgré cet état de fait, le pays ne décolle pas, tout du moins, plus.

Pire, non seulement sa croissance est molle, mais depuis plusieurs années son rayonnement s’affaisse, la qualité de vie se détériore et in fine la richesse des habitants stagne, tout du moins pour ceux qui ne font pas parti de la caste des «  privilégiés et nourris » par le pouvoir.

«  France, orgueilleuse et généreuse, tu n’es bonne qu’avec tes ennemis » disait Victor Hugo.

Caricaturalement, cette France généreuse d’une gauche distribuant l’argent sans en réaliser le moindre contrôle ou cette France orgueilleuse et arrogante d’une droite invitant à sa table des dictateurs ou amnistiant des hommes du milieu.

Un système très politisé fondé sur un étonnant mélange des genres, entre des résurgences communistes-providence où il faut toujours accepter d’aider le plus faible quitte à ce que celui-ci pénalise toute la classe moyenne et la tire vers le bas, et un libéralisme débridé, sans contrôle ni contre-mesures, appuyé par des aides publiques.

Un système où celui qui ne sera pas dans la case moyenne, sera déterminé comme étant «  à aider » et pourra parfois en abuser, ou bien usera et abusera de la position de force d’une sphère de profession parfaitement organisée au sommet de la «  pyramide »

La France a été alternativement gouvernée très à gauche ou très à droite, écartelant la classe moyenne sur l’autel des dispositions en faveur des uns ou des autres aux extrêmes de l’éventail social.

Cette situation abouti après plusieurs décennies à maintenir effectivement un filet «  social » qui produit parfois de nombreux excès et occasionne des situations illogiques où il vaut mieux profiter du système plutôt que de travailler, mais également à l’opposé du spectre une ponction tout aussi sociale des classes moyennes vers les classes aisées, notamment par un système fiscal profondément injuste et des empilements de dispositions toutes plus favorables aux forts qu’aux «  moyens ».

«  A défaut que le juste fut fort, on fit en sorte que le fort fut juste » disait Pascal

La gouvernance française a fait de cet adage une nouvelle devise à apposer en lieu et place du mythe de «  liberté, égalité, fraternité » battu en brèche tous les jours par des dispositions visant toujours à un peu plus à réduire ces valeurs à «  sécurité, privilèges, individualité ».

Cette gouvernance, nous avons tous une part de responsabilité dans ce qu’elle est (ce que certains nomment en disant «  nous avons les élus que l’on mérite ») mais nous ne pouvons lui ôter l’immense part qui lui revient dans la construction dans le temps d’une série d’excès tous plus pernicieux les uns que les autres pour répondre au clientèlisme d’élus en mal de mandats.

Nous avons tous une responsabilité car nous ne pouvons nier le fait que tous, à diverses degrés, nous adorons les avantages mais détestons les privilèges. Nous sommes ainsi, car à force de voir des excès, nous nous réfugions dans ceux dont on peut aussi bénéficier.

Alors, suivant les degrés de privilèges, certains commencent à se taire pour ne pas perdre leur situation. Au fil du temps, le silence devient abnégation, l’abnégation résignation. Certains en viennent à oublier ce qu’ils sont, à suivre ce qui se dit, et à se taire même quand tout est fait à l’inverse de la logique.

Cette situation mine depuis des années les représentations politiques, toutes organisées autour d’une féodalité qui ne dit pas son nom, au sein de partis obsolètes et autoritaires qui n’acceptent dans leur rang que ceux qui pensent et suivent comme leur direction.

Depuis qu’il n’est plus possible de parler, de dialoguer et plus largement de penser autrement que les «  chefs », plus rien ne se fait en France.

Parallèlement à cet état de fait, les dirigeants eux-mêmes ne changent pas, figeant à la fois verticalement les organisations et les décisions, mais les figeant également dans le temps.

La France est un pays figé parce que son pouvoir est verrouillé de l’intérieur. Le Sénat est une chambre de conciliabules hors de portée du peuple. L’assemblée nationale une chambre d’enregistrement des décisions du gouvernement. Le gouvernement une équipe assujettie à la voix de son maître.

En face, le peuple a peur de s’exprimer, les individus renoncent et se taisent.

Quand un système en vient à être centralisé à ce point, sans délégation de responsabilité et de signature, il ne peut survivre que s’il donne une large place à des contre-pouvoirs, ces derniers devenant alors la respiration «  démocratique » permettant de faire entendre une musique autre que celle qui est distillée 24h sur 24 à des médias toujours plus présents.

II. Une crise de repères et de société

L’histoire Française est pourtant jalonnée de périodes claires démontrant tristement qu’il n’a pas été possible jusqu’alors de réformer le pays sans rentrer dans un conflit majeur.

Au lieu de se poser la question du «  Pourquoi ? », les gouvernements successifs se sont tous attelés à la tâche du «  il faut éviter ça » dans une course sans lendemain, où il faut survivre un mois, un jour, une heure.

La question du pourquoi est pourtant essentielle.

La France n’avance pas naturellement et en vient à devoir descendre dans la rue car son pouvoir est coupé des réalités de la base.

Il suffit de voir une élection pour comprendre : pour un élu français, le combat est dans l’élection, pas dans le mandat. Pourtant, le véritable combat, c’est le mandat.

Le pays foisonne d’un nombre bien trop importants d’élus, tous disposés à se justifier de leur utilité, mais tous dépendants les uns des autres dans un système déresponsabilisant, complexe et usant dans lequel il n’est point possible d’agir sans avoir la bénédiction de l’échelon supérieur. Le mode même de financement des collectivités est caractéristique : sans DGF/DGD, point de budget locaux.

Tous dépendent de l’Etat, et à l’Etat tous dépendent des grâces et disgrâces des monarques reignants, de droite comme de gauche. Le système n’est pas régulé à son sommet, il ne s’est pas donné de limites, il ne peut donc montrer l’exemple.

Incapable de limiter les excès de ses propres troupes, de ses propres alter-ego, le pouvoir exécutif s’est installé dans une étrange complaisance avec ses pairs et une étonnante intransigeance avec ses boucs-émissaires : fusiller la sécurité sociale n’est pas un problème tant qu’il s’agit d’arroser copieusement certaines professions médicales, dénigrer les professeurs n’a pas d’incidence tant que cela bénéficie à l’enseignement privé, fragiliser toute la classe moyenne n’est pas pris en compte tant qu’il s’agit d’acheter la paix sociale en prélevant des moyens, voire des pauvres, vers les très pauvres...

Tous les gouvernements en place, issus des mêmes écoles, des mêmes modes de pensée, des mêmes schémas et méthodes de raisonnement considèrent qu’il est préférable d’éviter les problèmes plutôt que de les affronter. Organisés dans de solides sphères d’influence, les hommes et – rares – femmes de pouvoir s’arrogent avec une suffisance consternante toutes les places stratégiques.

La sphère privée est verrouillée par des conseils d’administration croisés.

La sphère publique est verrouillée par une caste d’énarques et de commis financiers de diverses horizons dont le seul but est d’évincer tout ce qui pourrait leur porter préjudice.

La France ne dispose pas d’un «  Barack Obama » parce qu’en France on ne fait pas de la politique pour défendre des idées mais pour se tracer une carrière, s’attribuer des postes et jouir des subsides d’un argent public manié sans discernement.

En face de cette situation, un monde qui évolue vite, très vite.

Les difficultés rencontrés par les Français ont fragilisé les cohésions de groupes. L’usage du collectif ayant été détourné à des fins peu enviables, des générations ont appris à se défendre autrement, à se faire leur place par d’autres biais que le mérite, puisque le mérite n’est qu’une illusion que l’on appose pour ne pas reconnaître que tout se passe son le manteau.

- L’école de la république, creuset de la liberté des individus et de leur capacité à comprendre le monde dans lequel ils vivent, est aujourd’hui en déliquescence pour de nombreuses raisons.

- Le monde du travail s’est radicalisé pour devenir une vaste arène où tous les coups sont permis, du pistonnage initial tuant le mérite au nivellement par le bas et à l’exploitation des failles du système (stages sans limite, CDD à foison, CNE/CPE, licenciement abusifs, violence morale...).

- La justice s’est isolée du peuple, par sa complexité, son coût, sa lenteur. Le justiciable ne pouvant l’être que s’il dispose à l’origine d’un minimum de bagage intellectuel et financier pour soutenir son cas, quand bien même celui-ci est éloquent.

- La santé, accessible à tous, devient un luxe pour minorités riches ou bénéficiaires d’une CMU sans plafond. La distorsion des remboursements et autres prix de prestation occasionnant une santé à vitesse variable où ne prime plus l’intérêt global d’avoir une population en bonne santé, mais l’intérêt particulier de l’être quitte à ce que tous les autres soient malades.

La liste pourrait être longue de repères brouillés dans une société où la vie même des couples a évolué. Les enfants naissent dans des familles recomposées, vont à l’école suivre des enseignements en décalage avec l’Internet et le YouTube de la maison, vivent avec une télévision qui les abreuve chaque jour des réussirent des uns ou des autres sans pour autant en indiquer le «  background ». Le service militaire qui autrefois permettait de projeter une génération à un niveau égal pendant un temps donné n’existe plus (nombreux sont ceux qui d’ailleurs y recherchent d’ailleurs par défaut des repères qu’ils n’ont pas eu dans leur enfance).

La société s’est indéniablement individualisée.

Les individus sont même devenus égoïstes, et même parfois égoïstes en groupe : certains ne veulent pas partager, quitte à ce que cela pénalise tout le monde en cascade.

On ne leur a pas laissé le choix, c’est un mécanisme défensif.

Personne ne s’est élevé pour proposer autre chose en face. Personne n’a eu la grande idée de relever le fait que quand l’Etat perd, c’est l’ensemble des individus-contribuables qui perdent. Personne n’a eu le courage de préciser que l’intérêt général et l’argent public devraient être mis au dessus de toutes autres dispositions d’ordre opportuniste, clientèliste ou tout simplement idéologique parce qu’il n’y a pas de démocratie réelle si certains ont tous les droits et les autres tous les devoirs.

Notre société a perdu ses repères car elle ne sait plus vers quoi aller, quel but commun se donner, quels buts individuels se fixer.

Pour certains la seule priorité de ce monde est de réaliser un score sur un compte en banque, de remplir le «  Hall of Fame » des personnalités qui comptent. Combien pensent encore à une autre idée de la vie humaine, tout simplement en travaillant pour un développement humain plus raisonné avec l’environnement, pour une conquête de l’espace ou même pour d’autres utopies comme un monde qui ne laisse plus crever de faim la moitié de ses effectifs ?

Nous errons comme des âmes en peine dans un système du «  cause toujours » où il est devenu impossible de proposer l’application de mécanisme vertueux sans avoir à subir un lobby, à affronter un privilégié qui souhaite le rester ou même encore une surdité obtus de personne si suffisantes qu’elles n’en viennent même plus à savoir se remettre en question.

III. Une défaillance de vision à long terme

La crise des subprimes aura été pour le monde un formidable avertissement, une quintessence de successions de mécanismes tous plus délirants les uns que les autres mais parfaitement compréhensibles pris un par un : chacun voulant se faire le plus d’argent possible le plus vite possible sans chercher à comprendre vers quoi tout cela tendait au final.

A l’image d’une armée d’esclaves, nous nous attelons à construire notre propre échafaud : à court terme cela rapporte, mais à moyen et long terme nous sommes tous sous le couperet.

L’absence de repères occasionne une course aveugle à l’immédiat et au court terme.

La défaillance de notre société, et plus particulièrement du «  modèle français » provient essentiellement de cette incapacité à se projeter dans l’avenir en tenant le cap de réformes structurelles profondes qui se réalisent sur le terrain, dans le temps et dans l’ajustement au quotidien.

Nous superposons des lois à d’autres lois inappliqués. Nous courons à la réforme sans même en savoir le contenu. Nous nous empressons de brûler ce qui est imparfait sans même savoir ce qu’il nous restera par la suite : jadis les hommes se battaient pour acquérir des droits, maintenant ils se battent pour les conserver.

Nous entendons les annonces quotidiennes de discours qui bercent mais ne sont pas préparés sur le fond et encore moins dans le temps. Des discours, des mots, mais quoi de neuf sur le fond des choses ?

Loin de moi l’idée de défendre des positions qui sont intenables, de justifier l’immobilisme dans les acquis sociaux et autres privilèges acquis. Mais cette course à la mise à l’index doit se faire dans l’optique d’une amélioration commune de la qualité de vie et plus encore par la hiérarchisation des priorités, des choix et des ordres.

En clair, on ne peut réformer que si l’on commence par réformer ce qui est le plus flagrant, ce qui se passe en haut, ce qui est le plus dimensionnant. Cela se prépare, se travaille dans la méthode : cela prend du temps et il faut savoir conduire le changement.

On ne réforme pas l’école en supprimant idéologiquement des postes. On la réforme en changeant ses contenus, ses méthodes d’enseignement, son cadre de travail.

On ne réforme pas le travail en forçant d’une manière ou d’une autre les salariés à se prostituer pour quelques euros supplémentaires, mais en donnant du sens au travail, en améliorant la qualité organisationnelle des entreprises, en répartissant mieux les salaires et plus largement en répartissant sur chaque acteurs les droits et devoirs.

Les patrons ne sont pas tous des «  pourris », ils ont eux aussi des droits et des devoirs, différents des salariés, mais qui doivent rester connecter avec raison avec la place occupée dans l’organigramme.

La chasse aux sorcières, la mise à l’index, la politique de victimisation et de bouc-émissaire n’ont aucun avenir. On ne change pas la société, on n’offre pas de progrès humain en cherchant les responsables, mais en cherchant comment il a été possible qu’un excès ait pu être commis.

Une fois cette question solutionnée, alors, et seulement alors, il est possible d’édicter des règles avec des sanctions claires.

Poursuivre les banques fautives d’une crise majeur n’a pas de sens : il faudrait évider tout le système bancaire qui n’a agit que dans une logique moutonnière.

Par contre, savoir que ce sont les banquiers qui ont déconné parce qu’il n’existait pas de règles occasionne l’immédiate conséquence que tout plan de sauvetage aurait dû être étroitement conditionné à des règles strictes.

Parmi ces règles il y aurait du y avoir les termes de régulation, contrôle, baisse des prix pratiqués, sanction des comportements ne respectant pas ces nouvelles règles.

L’état ne peut pas toujours signer des chèques pour compenser ses défaillances régaliennes.

C’est aussi et surtout parce qu’il ne prévoit pas, parce qu’il ne clarifie pas ses lois dans des textes clairs et évolutifs, qu’il s’affaiblit par la corruption passive de ses membres, qu’il devient une proie facile pour des entreprises mondialisées «  hors-sol » qui peuvent se soustraire à son ordre.

Sans État fort, il n’y a pas de vision à long terme.

Mais que l’on se comprenne bien : un État fort n’est pas un Etat autoritaire : c’est un Etat organisé, régalien, juste et impartial qui a pour seules et uniques prérogatives que de projeter son peuple dans un avenir meilleur.

IV. Pourquoi le clash est inéluctable

Depuis des dizaines d’années, le pouvoir refuse d’assumer son rôle pour se complaire dans les facilités d’une gestion par accoups et par l’écoute de lobbies fort lucratif pour la situation personnels d’élus qui sont avant tout des individualités.

Le terme de «  réforme » est galvaudé, utilisé à tord et à travers, la suppression d’un droit étant tapi sous le terme de réforme, celui-ci connoté positivement faisant de tout détracteur un opposant au progrès proclamé par la bien pensée du sommet du pouvoir.

Néanmoins, les reculs successifs portés méthodiquement à certains pans du système et non à d’autres ont créés d’insoutenables décalages, à compter par la dualité du système scolaire – unique au monde à un tel degré - , l’écrasante domination des entreprises géantes de rang mondial qui ne laisse aucune place aux PME pourtant génératrices d’emplois, l’incroyable système fiscal qui exonère les milliardaires mais ponctionnent au taux maximal les classes moyennes....

Ces préoccupations, concrètes, devraient figurer au premier rang des discussions de l’assemblée nationale et occuper une bonne part de l’information des médias.

Il n’en est rien.

(Sur ce point du reste, j’ai partagé pour la première fois une citation du président : «  si l’on ne conduit pas les réformes nécessaires dans ce pays, les français se révolteront, et ils auront raison de le faire ». Bingo, c’est exactement ce qui risque de se passer.)

A l’inverse, aujourd’hui tout ce qui pourrait interférer dans le déversoir médiatique à médiocrités est méthodiquement mis à l’écart, muselé, mis sous silence. L’ensemble des contre-pouvoirs est mis à mal avec une froide et sournoise efficacité.

- Les syndicats sont (ont été ?) divisés, muselés et enfoncés dans leur crise de représentativité qui mériterait pourtant une refonte forte notamment pour redéfinir leur rôle ainsi que renforcer leur représentativité, leur relation avec le pouvoir et plus largement leur capacité à intervenir comme acteurs constructifs et privilégiés de terrain.

- Les médias sont majoritairement sous contrôle, directe par certains biais financiers, indirectes par des ententes entre détenteurs de groupes de presse et financeurs de campagne.

Bien sûr, les effectifs sont libre de leur choix, mais si leur direction n’apprécie point leur point de vu, cela ne durera pas très longtemps.

- L’indépendance et les moyens de la justice sont mis à mal. L’éviction de certains magistrats, la remise en question du juge d’instruction, la prépondérance du parquet, et donc les liens de dépendances avec le pouvoir politique réduise chaque jour un peu plus l’indépendance d’une justice qui souffre déjà intrinsèquement d’un manque de moyen, et surtout d’une prolifération de textes inapplicables/contradictoires qui ralentissent l’instruction des dossiers.

- L’opposition est éclatée et manque de ligne claire et cohérente. La parodie de Reims, l’incapacité de l’extrême gauche à se rassembler, la position en porte à faux du Modem, et toutes les dissonances de l’opposition en font une proie facile pour une majorité regroupée lors de ses sorties, mais tout aussi divisée en interne.

- L’expression populaire, qu’il s’agisse d’expression dans les médias, sur Internet ou bien dans la vie courante est marginalisée. Rares sont les voix qui s’opposent en public alors que nombreuses sont celles à le penser en privé.

Les contre-pouvoirs étant mis à l’écart, seuls les chiffres peuvent parler.

Ces derniers ne mentent pas : ils virent tous au rouge vif.

Plutôt que de s’atteler à redresser la barre, les gouvernements en place n’ont cessé de chercher à en masquer l’ampleur.

- Depuis plus de 30 ans, le déficit récurrent du budget de l’Etat, de la Sécurité Sociale et plus largement de la sphère publique n’a cessé de se creuser. L’accélération a été telle depuis 2007 que le déficit annuel a réalisé un bond de 50% en 2008 passant à plus de 4,5% du PIB.

- Les chiffres du chômage n’ont jamais réellement franchi à la baisse la barre des 10%, une partie non négligeable des français étant «  sorti des statistiques » par diverses biais, qu’il s’agisse des stages, des contrats aidés (en floraison notable ces derniers temps) ou même des simples jeu de catégories ANPE.

- La balance commerciale (-55G€ en 2008) a sombré dans les années 2000 du fait d’une extrême exposition aux importations, à la faiblesse de nos exportations (contrairement à l’Allemagne) et de notre secteur industriel, et plus largement à l’effet rustine que constituait l’exportation de «  gros volume financiers comme les Airbus » et venait combler la faiblesse des exportations de «  détail ».

Depuis 1998, les Français ont certes pu se réfugier dans l’immobilier, vecteur fort de génération de plus-value ayant permis par le simple jeu de valorisation de générer des richesses tout en affaiblissant les non acquéreurs (creusement nette d’écarts de richesse pendant cette période) et les locataires.

Depuis 2008, le renversement simultané des cours de bourse et de l’immobilier ont donner un coup d’arrêt nette aux 2 derniers moteurs de génération d’argent facile, laissant le pays en face de ses difficultés d’économie réelle.

Certes, une reprise aura sans aucun doute lieu d’ici quelques mois.

Mais en attendant, pendant la période transitoire, le pays voit s’envoler entreprises, emplois et pire encore, savoir-faire, hors de nos frontières.

En perdant notre capacité productive, en laissant le situation se détériorer, nous semons d’ores et déjà les graines pourries d’une reprise qui sera molle.

Le secours, inévitable, des banques aurait du se faire sous conditions et avec un volet fort d’investissement dans les infrastructures et l’affaiblissement temporaire de la fiscalité sur le volet des ménages. Il fallait stimuler aussi et surtout la demande et renforcer l’action régalienne de l’Etat.

Le gouvernement fait exactement l’inverse- sans contre-parties-. Et ce n’est pas nouveau.

Les bras de fer déployés à grands frais, contre les enseignants, les postiers, les cheminots, les magistrats (tous publics) est inversement proportionnel aux cadeaux offerts à la sphère privée, des médecins aux chefs d’entreprises (prolifération des exonérations fiscales), en évitant soigneusement les classes moyennes et populaires.

Creusant la «  fracture sociale devenue canyon », le gouvernement semble peiner à voir une école à 2 vitesses qui voit les écarts se creuser puis se poursuivre tout au long de la vie.

Le système n’est plus homogène au niveau des lois et de l’équité de justice : l’individualisation de défense conduit lentement mais sûrement à un délitement du ciment social, jetant clairement les bases d’une révolte profonde à venir tôt ou tard.

Tout le monde n’est pas à plaindre. C’est la proportion de ceux qui n’ont plus rien à perdre et sont écartés des richesses qui s’accroît et s’avère risqué à terme. La résignation devient alors colère. Cette colère devient d’autant plus explosive qu’elle concerne avant tout les jeunes générations, ces dernières voyant leurs espoirs d’avoir une vie meilleure que leurs parents s’affaisser sous les yeux mêmes de ceux qui ne pensaient pas que l’on puisse en arriver là.

Et plus nous perdons du temps à réagir, plus la situation se dégradera pour les générations à venir. Celles-ci étant minoritaires «  démographiquement » et donc politiquement, elles ne pourront éternellement assurer le service après-vente des retraites, leur propre niveau de vie, et leur marginalisation de la vie politique.

V. Que faire ?

S’il semble difficile de dresser un registre des actions à réaliser, il me semble essentiel de souligner l’importance d’un changement de cap majeur dans la manière de gouverner, de diriger et d’organiser le pays.

1. La première des réformes, structurelle, devrait consister en un profond changement de la représentation politique, qu’il s’agisse de la diversité, de la place des femmes, du nombre d’élus et plus largement des prérogatives, moyens et cadre de fonctionnement dans lesquels ils évoluent.

Le cumul des mandats, les absences aux assemblées, la non représentation des minorités, la faible proportion de femmes, de jeunes, etc... ne peuvent conduire à l’expression de points de vu différents et à la richesse d’une nation.

La superposition d’échelons de décisions, tous interdépendants et aboutissant au doublonnage de postes administratifs et aux financements croisés ne peut être maintenu éternellement.

Parallèlement, la prolifération d’organes para-publics, tels que certaines agences, les conseils économiques et sociaux régionaux (CESR), les hautes autorités pour un oui ou pour un non, deviennent des repères à refoulés du suffrage universel et autres nids de remerciements à collaborateurs. Loin des règles de gestion, ces organismes coûtent chers. Certains sont particulièrement utiles voire vitaux (cour des comptes), d’autres nettement moins (maison de l’emploi, AFIFT)

Par ailleurs, l’expression publique ne peut se réduire à la prolifération de textes de loi se superposant les uns aux autres et devenant avec le temps, contradictoires, complexes et inapplicables. La mise en oeuvre de loi simples, évolutives dans le temps, avec des dispositions claires d’exécution devrait guider des juristes qui aujourd’hui sont plus dans la créativité textuelle que dans le pragmatisme d’applications concrètes et immédiates de dispositions opérationnelles.

2. La seconde des réformes, structurelle elle aussi, devrait consister à une profonde refonte de la fiscalité, toute la fiscalité (cf rapport de la Cour des Comptes). L’objectif étant de rétablir une fiscalité plus claire, plus progressive et surtout efficace pour la vie des citoyens.

Le niveau de prélèvement élevé en France n’est pas gage d’une bonne redistribution sociale. Au contraire même : certaines dispositions amènent la majorité à cotiser pour les avantages de minorités. L’impôt sur le revenu est un gruyère où les plafonnements d’exonérations sont fictifs.

La TVA s’applique de manière homogène sans prendre en compte la réalité des entreprises.

La fiscalité locale est complexe et illisible, de la constitution de la «  valeur locative » en passant par les canaux de redistribution aux collectivités.

Les cotisations patronales et salariales ne sont pas suivies de la source à l’arrivée, aboutissant par exemple à des financements syndicaux ou patronaux interposés, notamment par le biais des 1% formation et autres x% thématiques.

La répartition de l’effort fiscal et la redistribution des ressources devrait constituer l’un des fondements de l’action publique, notamment sur le volet du contrôle et de la régulation : aujourd’hui, c’est l’inverse qui a lieu.

3. La troisième des réformes, organisationnelle et structurante, devrait consister à redonner du sens, du contenu et des règles tant à l’école que dans le monde du travail. Il s’agit ni plus ni moins de remettre du mérite dans le système, non pas pour produire des élites, mais pour diversifier les excellences et conduire des générations de jeunes – et d’anciens via la formation continue – à des savoirs-faire professionnels, qualifiants et valorisables sur le marché.

L’école ne peut plus continuer à fonctionner sur un système dual aboutissant à une organisation du travail hyper-segmenté où le management «  à la française » se traduit par marche ou crève, sans jamais se poser la question de l’émulation, du gagnant-gagnant ou des perspectives d’évolution : le pire ce n’est pas d’être au SMIC, c’est de savoir que l’on va y rester.

Ce sens peut également se traduite par une meilleur redistribution des revenus, par la législation et l’encadrement des hautes rémunérations, par l’encadrement des pratiques de prix, qu’il s’agisse du bâtiment ou de la médecine, sans aller dans la rédaction de prix, mais en passant par la transparence obligatoire sur les prestations. Impossible alors de vendre une maison 100K€ alors qu’il y en a pour 5K€ de matériaux le tout en indiquant que ce sont les prestataires qui font du sale travail... Même chose pour des praticiens organisés qui facturent 45€ la consultation sur un secteur sans en justifier la raison. Même chose encore lorsqu’il s’agit des rémunérations : difficile d’accepter un PDG à 200K€/an quand 95% des salariés évoluent au SMIC...

Redonner du contenu à l’école, c’est aussi redéfinir le contenu et les moyens de la recherche, renforcer les universités, alimenter les cours par des éléments de savoir pratiques, qualifiants, proche des réalités mais aussi prospectifs pour l’avenir.

S’il s’agit dans les premières années d’école (jusqu’en 5ème) de donner aux élèves des savoirs de base communs, il s’agit à l’inverse après la 5ème de permettre de tester des disciplines pour en faire son métier et sa spécialité.

4. La quatrième des réformes, organisationnelle également, pourrait consister à redéfinir le champ d’action de la sphère publique – régalien notamment - pour assurer les infrastructures et les services sans aller s’imbriquer dans la sphère privée. Aujourd’hui l’action publique se mêle avec l’action privée, venant dans nombre de cas parasiter le développement d’entreprises.

Parallèlement il s’agit également de redonner du poids aux PME, en définissant des règles favorisant leur essor et empêchant le phénomène actuel d’entreprises mondialisées qui avalent tout ce qui pousse et laissent sur le terrain que des micro-entreprises. Sans moyennes entreprises, il ne peut y avoir de génération d’emplois.

L’économie française est beaucoup trop centralisée et dépendante de mastodontes sous lesquels rien ne peut pousser.

Enfin il s’agit également de soutenir la création d’activités par la mise en place beaucoup plus large et démocratique de structures «  pépinières » permettant aux idées de jeunes entrepreneurs de prendre corps par un soutien matériel pendant les premières années. Ceci est particulièrement vrai pour les services et l’ingénierie.

On pourra à l’inverse éviter les «  offrandes » au privé lorsqu’un investissement public rapporte, comme les autoroutes partiellement vendues à prix cadeaux à quelques entreprises privées (Vinci, Bouygues, Eiffage) qui, non seulement dégagent du bénéfice (1G€/an) mais en plus augmentent les péages ! L’état devrait être le garant attentif de la valorisation de son patrimoine et de la rentabilité de ses investissements lourds.

5. La cinquième des réformes, prospective et de vision, serait de projeter le pays vers d’autres voies de développement, plus forcément fondé sur le quantitatif PIB, mais vers du qualitatif.

Ce qualitatif, cela peut être l’économie verte, l’économie de la connaissance, la génération de nouveaux services, la recherche, et plus encore la qualité de vie.

Il peut aussi passer par la force de la productivité (temps de travail ou organisation), la solidité des règles équilibrées encadrant le travail, la qualité de vie dans les entreprises, la qualité de l’encadrement et de la préparation des sportifs de haut niveau, et même encore par bon nombres d’autres voies donnant à la France un «  attrait » par sa qualité globale de vie.

Nous savons qu’il ne sera plus possible de lutter financièrement face à des pays où la main d’oeuvre est moins onéreuses pour des tâches simples. Nous devons donc former les individus à produire quelquechose de plus complexe pour avoir une rémunération adapté au niveau de vie du pays.

L’importance du maintien des savoirs-faire, des brevets et des outils de production sur le sol français est vitale : l’état doit protéger et soutenir ses activités, d’où l’impérieuse nécessité de définir des règles cassant les licenciements alors que l’entreprise génère des profits.

6. La sixième des réformes, organisationnelle et fonctionnelle, serait de redonner du sens au dialogue tout en limitant le poids du politique à tous les étages.

Un Etat fort n’est pas nécessairement un état où intervient une pléthore d’élus. La force d’un Etat c’est de garantir un panel de droits, de libertés et de justice large à ses citoyens.

La trop grande implication du politique (comme en Chine) induit des comportements biaisés, des grilles de lecture «  double » qui ne prennent plus forcément en compte du rationnel, mais de l’opportun ou de l’admis. Une trop grande implication du politique conduit à une radicalisation des pensées, blocs contre blocs, entraînant de fait des décisions unilatérales de «  groupe » et non plus des choix issus d’un dialogue constructif.

En clair, le fait d’avoir tous les ans une élection, à tous niveaux de décision une représentation politique, induit des comportements qui ne sont plus professionnels mais tributaires des convictions de chacun. Certaines entreprises ne pourront jamais voir leur activité être soutenu parce que de connotation «  de gauche » sur un territoire «  de droite » et inversement.

C’est exactement la même chose pour les projets, les associations, les permis de construire etc...

Moins d’élus, mais mieux d’élus à des échelons plus pragmatiques, ce serait aussi beaucoup plus de décisions techniques fondées sur des faits.

Plus de dialogue -sans préalables ni décisions prises d’office- et moins de blocages, ce serait aussi de redonner une existence réel à des syndicats marginalisés par des pratiques de management «  par la peur » qui ne permettent pas à ceux qui en auraient le plus besoin d’avoir des relais de représentation sur leur lieu de travail.

C’est toute la question de la représentativité syndicale et plus encore de la part de syndiqué qui est à poser : des syndicats plus forts, moins nombreux et beaucoup plus associés à toutes les décisions, seraient un gage de décision efficaces sans utiliser inutilement l’arme de dernier recours : la grève.

Il suffit de voir la méprise du gouvernement pour des accords pourtant signés entre syndicats et patronat pour comprendre l’un des maux français le plus profond : l’incapacité à décider avec l’autre.

7. La septième des réformes, culturelle, est sans doute la plus difficile mais aussi la plus importante à mes yeux : changer le mode de management par la peur à la française.

Il suffit d’écouter les français pour s’en rendre compte : un mal rampant mine les troupes.

Derrière les belles statistiques se cachent l’étonnante impression de «  bosser comme des chiens », de «  travailler pour des vampires » et plus largement de perdre du sens dans le travail.

L’organisation pyramidale des entreprises ou la féodalité de certaines administrations entraînent une surconcentration des pouvoirs de décision en haut, une déresponsabilisation en bas, un jeu de petit chef usant au milieu. Le management à la française n’est pas construit sur la prise d’initiative ou le soutien à l’émulation, mais plutôt sur la peur collective, la promotion à la loyauté du silence et même bien trop souvent la promotion à la médiocrité.

Celui qui sort du moule, qui propose, tente, essaye et peut parfois se louper n’est pas pardonné : il faut se faire respecter dans les urgences, dans les menaces, dans les provocations. Culturellement nous n’essayons pas de «  conduire des équipes » mais plutôt de «  survivre le plus longtemps à la tête de celle-ci », le mode de management ministériel en étant une triste caricature : «  Un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne ».

Il serait grand temps de passer à autre chose vers un discours plutôt basé sur le : «  Un ministre ça propose des idées et des solutions à mettre en oeuvre ou bien cela fait un autre travail ».

Pour prêter à réflexion, mieux vaudrait travailler 30h/semaine dans des conditions de management optimale mobilisant les bonnes compétences au bon moment, plutôt que de reconnaître les «  forcenés » du travail à 60h/semaine qui passent le plus clair de leur temps à la machine à café et à la boîte mail pour dire aux autres toutes les erreurs qu’ils ont commises ... sans avoir lu la dernière version.

Cela s’appelle l’efficacité, et on a encore clairement de la marge en France.

La liste pourrait s’allonger de dispositions encore plus pragmatique sur des thèmes clairs et dimensionnant comme le logement (25% des budgets des français), la santé (à quand un gouvernement qui ne cède pas face aux médecins et reconnaît les excès (cf rapport de l’IGAS), la justice (que dire d’élus qui fraudent des élections et risquent au pire 1 an avec sursis et 15 000€ d’amende alors que le moindre casseur de bijouterie en prendrait pour 20 ans ?), l’outre-mer (grève général en Guadeloupe – rappelez vous mai 67 précurseur...- la Guyane l’était il y a 3 mois). D’ailleurs sur ce dernier point, la gronde est telle que ce sont toutes les Antilles qui frôlent la révolte, toujours pour les mêmes raisons : un pouvoir d’achat en berne, des gens qui s’en mettent plein les poches et des défaillances structurelles ...

VI Conclusions ?

La France a clairement besoins de réformes, les français en sont conscients et le disent.

La question essentielle consiste à définir lesquelles, pour faire quoi et comment : le contenu est décisif.

L’année 2009 sera sans aucun doute une année très difficile pour de nombreux français, avec une récession à la clef (-2% de croissance selon toute vraisemblance) et une hausse forte du chômage.

Le plan de relance, fictif, n’est qu’une avance de trésorerie complétée par des jeux de prêts. Ne visant que l’offre, il en oublie de soutenir la demande prétextant que cela encouragerait le déficit de la balance commerciale... Cette dernière remarque est totalement déconnectée des liens de cause à effet, puisque c’est la structure même des nos jeux d’import-export (libre échange et économie de marché) qui occasionne ce déficit mécanique.

Ne pas soutenir la consommation sous ce prétexte renvoie à 2 écueils majeurs :

  1. Si les autres pays de l’UE relancent via l’investissement ET la consommation, alors ces derniers nous font aussi vivre de l’argent qu’ils injectent : quand on parle d’action coordonnée à l’échelle de l’UE, il semble difficile que la France face jeu à part et bénéficie de l’argent de ses copains...

    2 Si la consommation creuse le déficit de la balance commercial : faut-il incriminer les consommateurs ou bien le fait de s’être trop exposé aux importations ? Cela revient à dire aux français qu’il ne faut plus les payer dès maintenant sous prétexte qu’ils vont aller acheter des produits étrangers alors qu’on a vendu leur savoir faire et leurs entreprises à leur détriment. Absurde.

Focalisé sur la trésorerie et les projets déjà inscrits (cf CPER et jeu de crédits de paiement) ce micro-plan de relance n’en cache pas moins un dérapage budgétaire significatif notamment constitué d’une notable baisse des recettes de l’Etat (paquet fiscal, exonérations multiples et variées) avec une hausse notable de certains «  trous » budgétaires, le tout avec des budgets thématiques à volume constant dégradés (éducation, justice, recherche, etc...).

Parmi ces trous budgétaires, on citera entre autres la SECU (budget annexe mais quand même), le financement des retraites (dont l’impact de la loi Fillon de 2003 a été épinglé du reste pour son inefficacité et sa capacité à envoyer encore plus vite les actifs en pré-retraite), le poids de la dette et des intérêts de celle-ci.

L’état français vit clairement au dessus de ses moyens.

Il continue néanmoins a poursuivre les erreurs commises depuis plusieurs décennies :

politique du carnet de chèque, effets d’annonce à grands frais, déficit budgétaire, resserrement fiscal sur la classe moyenne, largesse fiscal pour les extrêmes du spectre.

Il ne prépare en rien l’avenir et amène les français à devoir se «  driver » eux-mêmes, non seulement pour s’en sortir au jour le jour, mais aussi pour se déterminer un avenir.

Et c’est bien cela dont il s’agit : l’avenir.

2009 sera une année de crise, certes. Mais cette crise doit servir pour faire mieux après.

Or, nous ne construisons pas aujourd’hui les succès de demain, bien au contraire.

L’absence d’ambition concrète pour les jeunes, pour les banlieues, pour les séniors, bref pour les français qui ont ou auront la charge de construire la «  France d’après » est un fardeau lourd de sens.

L’absence totale de vision, de déontologie et même plus encore de respect pour les générations à venir compte tenu des dettes et de la situation écologique mondiale est une provocation intenable.

Intellectuellement, les jeunes devront se faire à l’idée que leurs «  vieux » leur ont construit un monde bancal et inégal, qu’ils pouvaient agir mais qu’ils ont renoncé pour mieux se complaire dans la suffisance, la facilité voire l’égoïsme.

La vie démontre que pour survivre, il faut savoir s’adapter.

Le défi de ce siècle, est à mon sens dans ce mot : l’adaptation.

Nous avons plusieurs énormes défis à relever, dont le plus important réside dans le fait d’adapter notre mode de développement à un monde fini. Nous pouvons encore un temps fermer les yeux et jouer aux imbéciles, en produisant n’importe quoi n’importe où à n’importe quel prix. Mais cela ne pourra durer éternellement sans occasionner de lourds conflits.

L’avenir appartiendra à ceux qui comprendront qu’il est nécessaire de changer de cap pour respecter cette nouvelle donne, qu’il n’est plus possible de se développer seul dans son château de dorures sans avoir à un moment la responsabilité d’améliorer la vie du voisin, qu’il n’est plus possible de produire des voitures et de consommer du pétrole à foison (modèle des années 60 dépassé) sans se poser la question des limites, qu’il n’est plus possible de tout balancer à la poubelle sans se poser la question de l’état de l’environnement, qu’il n’est plus possible de former des générations d’enfant à des savoirs généralistes dépassés quand la société exigent de la compétence pratique...

Bref il est grand temps de changer de repères et de buts.

Voilà pourquoi B.Obama porte un espoir : parce qu’il porte en lui la capacité d’amener du nouveau, autre chose, d’autres idées. Je ne dis pas qu’il réussira. Je dis qu’il est le vecteur de cet espoir-là.

C’est tout le défi que nous avons à relever en France dans ce siècle : avoir enfin un espoir porteur de renouveau. Voilà pourquoi il faudra bien un jour que la «  révolte » ait lieu pour faire entendre cette petite musique là.

10/02/2009

Kouchner, l'homme qui signe des contrats à 660.000 euros avec des inconnus

Kouchner, l'homme qui signe des contrats à 660.000 euros avec des inconnus

Après la photo de la porte de la gardienne de l'immeuble d'Imeda, où apparaissait le nom de Bernard Kouchner, publiée par Challenges, c'est au tour du Parisien de révéler que le nom d'Imeda figure dans les statuts même de la société du ministre, BK consultants. Pour un contrat d'un montant de 660.000 euros !

kouchner_kabila432.jpgSix cent soixante mille euros : c’est le montant du contrat qu’aurait signé en 2004 Bernard Kouchner, via sa société BK consultants avec la société Imeda pour réaliser un audit sur « le système de santé du Gabon et propositions de réforme ». C’est ce que révèle le Parisien, dont les journalistes ont réussi à se procurer les statuts de BK consultants, où il est écrit noir sur blanc que la société se crée dans le but de la « signature d’un contrat de consultant avec la société Imeda pour un montant de 660 000 €  taxes comprises ». Pour trois ans de travail.

rdc-kabila.jpgDifficile dans ces conditions pour Bernard Kouchner de continuer à prétendre, comme il l’a fait mercredi 4 février dernier au JT de France 2, « Je n'ai jamais appartenu à Imeda ou à Africa Steps (les deux sociétés ayant facturé ses prestations, ndlr)» ou encore qu’il « ne connaissait pas » les dirigeants de ces entreprises : il est rare qu’on signe des contrats pareils, nécessitant la création d’une société ad hoc, avec des inconnus. La version kouchnérienne des faits est d’autant plus mise à mal que l’hebdomadaire Challenges a publié cette semaine une photo démontrant que le ministre des Affaires étrangères était bel et bien lié à Imeda et Africa Steps.



Samedi 07 Février 2009 - 15:25


06/02/2009

La presse étrangère découvre l'autre visage de Kouchner

La presse étrangère découvre l'autre visage de Kouchner

Depuis quelques jours le livre de Pierre Péan, «le monde selon K», suscite de nombreuses réactions dans les journaux. Et pas seulement dans l'Hexagone! La presse étrangère s'intéresse également à l'affaire, égratigne Kouchner et encense l'enquêteur.



(capture d'écran du site du Times)
(capture d'écran du site du Times)
Voilà désormais le French Doctor  confronté à l’opinion publique internationale. Peut-être aurait-il souhaité que ce soit dans d’autres conditions. La plupart des journaux Britanniques reviennent sur « l’affaire Kouchner », s’attardant sur les affaires africaines du ministre.

« Bernard Kouchner se bat pour son honneur politique »
« L'argent des dictateurs africains pour le Monsieur Propre français » titre The Guardian, qui ajoute que le président Sarkozy avait promis de rompre avec le passé trouble de la Françafrique. Pour le Times, Bernard Kouchner se bat pour son « honneur politique », « Monsieur Péan décrit le Dr Kouchner, ancien administrateur de l'ONU pour le Kosovo, comme un hypocrite motivé par l’appât du gain, engagé en tant que consultant pour les gouvernements du Congo-Brazzaville, du Gabon et d’autres. Bien loin de son image lisse de militant des droits de l'Homme. »

The independent, qui évoque un livre « au vitriol », est le seul journal à revenir sur les « passages insidieux où il est question de cosmopolitisme et d’anti France » en citant les propos de Kouchner à l’Assemblée qui y voyait un retour inquiétant au vocabulaire des années 30.

Le Washington Post y consacre un long article politique et estime que « le bureau de Sarkozy devra décider si le tapage fait autour de ce livre l’affaiblit dans sa fonction de ministre. Pour l’instant, le Premier Ministre, François Fillon évoque « une chasse à l’homme » et le chef de l'UMP, Xavier Bertrand, a suggéré que le livre, était une façon pour le Parti socialiste à régler ses comptes avec Kouchner. »

Loin de l'image du chevalier blanc de l'action humanitaire
Le journal américain revient également sur le couple Kouchner-Ockrent. La journaliste a, en effet, débuté sa carrière aux États-Unis : « Kouchner et son épouse, la journaliste Christine Ockrent, ont fréquenté le milliardaire Bernard Tapie, passé du temps sur son yacht, acheté une maison de vacances en Corse, passé de longs moments dans la luxueuse villa marocaine de Bernard Henri Lévy. Bien loin de l’image du chevalier blanc de l’action humanitaire, pour lui,  et des usages classiques du journalisme américain, pour elle. »

Pour La Presse, quotidien de Montréal, « l'affaire » est d'autant plus gênante que Pierre Péan est un « redoutable journaliste d'investigation », « l'un des meilleurs de France » écrit même l'Irish Times qui parle de « la chute d'une icône » concernant « Mister K ».

Preuve que les médias étrangers ne se payent pas de mots quand il s'agit de déboulonner les politiques même les plus populaires.


Vendredi 06 Février 2009 - 06:59

Le consulting, nouvelle retraite chapeau des chefs d'Etat

Le consulting, nouvelle retraite chapeau des chefs d'Etat

Comme le démontrait Serge Halimi dans Le Monde diplomatique de janvier, de Clinton à Schröder, les chefs d’Etat sont de plus en plus nombreux à profiter des collusions entre politique et business pour se préparer des fin de carrière généreusement payées. Une tentation qui n’est pas étrangère à Nicolas Sarkozy.



(photo : zzzack - Flickr - cc)
(photo : zzzack - Flickr - cc)
« Quand je vois les milliards que gagne Clinton, moi, j’m’en mets plein les poches ». C'est ce qu'aurait déclaré Nicolas Sarkozy, selon Le Point du 3 juillet 2008. De fait, comme le constate Serge Halimi dans le Monde Diplomatique de janvier, Clinton a plutôt bien réussi sa reconversion. Et il n'est pas le seul : la fonction de chef d’Etat devient un formidable tremplin pour les hommes politiques désireux de s’assurer une retraite dorée.

Certains se débrouillent mieux que d'autres : Tony Blair gagne  un million d'euros par an contre 250.000 pour Gérard Schröder (décidément, les salaires restent plus attractifs chez les anglo-saxons !).

L’ancien Premier ministre britannique a trouvé une place de conseiller à temps partiel dans le prestigieux cabinet JP Morgan, malgré ses mesures à l’égard des institutions financières. A l’inverse, Schröder n’a fait que rejoindre la société de gestion de pipe-line que sa fonction de Chancelier lui avait permis de favoriser.

« Je fais ça pendant 5 ans et ensuite je pars faire du fric comme Clinton », Nicolas Sarkozy
Evidemment, ce ne sont pas ces exemples européens qui fascinent Nicolas Sarkozy, mais leurs cousins d’Amérique. Si George W. Bush envisage déjà de « donner quelques conférences pour remplir [ses] vieux coffres », c’est le démocrate Bill Clinton qui force l’admiration de Sarkozy. L’ancien Président démocrate mène si bien sa barque de conférencier de luxe qu’il devra soumettre au comité d’éthique de département d’Etat la liste de ceux qui le rémunèrent dans le cadre de ses conférences. « Nul ne pourra soupçonner Mme Hillary Clinton de conduire la politique étrangère des Etats-Unis de manière à enrichir subrepticement les clients de son mari », glisse Serge Halimi.



Sauver les banquiers, pour assurer ses vieux jours ?
Dans un contexte de régulation du capitalisme financier où l’Etat semble le dernier rempart à l’emballement bancaire, on n’ose imaginer ce que les grands groupes et firmes en tous genres devront aux chefs d’Etat actuellement en poste. Une nouvelle forme de corruption politique, rimant avec la collusion économique, est-elle en train de se dessiner ?


Jeudi 05 Février 2009 - 15:27

challenges.fr publie une photo qui contredit Kouchner

challenges.fr publie une photo qui contredit Kouchner

Bernard Kouchner a affirmé à plusieurs reprises qu'il n'avait appartenu ni à Imeda, ni à Africa Steps. Pourtant l'hebdomadaire Challenges publie une photo où son nom son nom figure en toutes lettres sur la porte de la gardienne de l'établissement de ces sociétés.



challenges.fr publie une photo qui contredit Kouchner
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«Je ne suis pas Imeda, je suis un des consultants», avait juré le docteur Kouchner, à plusieurs reprises ces derniers jours lorsqu'on l'interrogeait sur les mises en cause dont il fait l'objet dans le livre de Pierre Péan.
Connaissant son rôle sur le bout des doigts, il le répétait encore hier soir au journal de 20 heures: «Je n’ai appartenu ni à Africa Steps, ni à Imeda». Aucune fausse note, l'acteur est à son meilleur. A ceci près que l'hebdomadaire Challenges publiait cet après-midi une photo qui dément les propos du ministre des affaires étrangères. Le document suggère, écrit Challenges que «Bernard Kouchner est si proche de ces sociétés, domiciliées boulevard Saint-Germain à Paris, que son nom figure en toutes lettres sur la porte de la gardienne. Il n’y est pas seul. Sont également mentionnés, entre autres, les noms de son ami Eric Danon, éphémère ambassadeur de France à Monaco et patron d’Imeda, ainsi que celui de Jacques Baudouin, gérant d’Africa Steps et salarié d’Imeda».

L'article et la photo de Challenges


Jeudi 05 Février 2009 - 19:07
 
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