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16/03/2009

Sarkozy, Darcos et Pécresse en procès à la Sorbonne

Ils étaient plusieurs centaines réunis place de la Sorbonne pour assister ce vendredi après-midi au « procès de la bande des trois » :  Nicolas Sarkozy, Xavier Darcos et Valérie Pécresse. Une mobilisation originale et festive organisée par les enseignants en histoire de Paris-I pour montrer au gouvernement que le mouvement de protestation ne faiblit pas. Depuis plusieurs jours, une information pour le moins surprenante circule sur Internet :

« Procès devant les très doctes pères de la Sorbonne de Sarkozy et de ses complices, les très atroces, très horrifiques et très horribles Xavier Darcos et Valérie Pécresse, accusés d'hérésie, de parjure et de blasphème envers l'illustre Université et le Bien Public. Le tribunal prononcera son jugement sur le parvis de la Sorbonne. » (Voir la vidéo)


Après les manifestations, occupations et autres blocages, le comité de mobilisation de l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne a souhaité mettre en place de nouvelles formes d'action.

Une dizaine d'enseignants en histoire de la Sorbonne, déguisés, sont entrés en scène pour cette parodie de procès. Nicolas Offenstadt, maître de conférences à Paris-I, explique la cause de ce rassemblement :

« C'est l'ensemble du système éducatif français que l'on souhaite abattre et toute forme de pensée critique. » (Voir la vidéo)



Le procès s'ouvre avec le fou-rire du public :

« Vous avez devant vous trois accusés, la liste des crimes qui leur est reproché est longue :  tentative d'assassinat, complot et conspiration, vol et extorsion, outrage blasphème, parjure et hérésie contre l'université, le savoir et le bien public. »

Le parquet de la Sorbonne entame son réquisitoire à l'encontre de Nicolas Sarkozy :

« La cour cherche à comprendre ce qui peut vous pousser à démanteler avec une telle rage les établissements d'enseignement supérieur et tout le système public de l'Education nationale. Quel traumatisme explique que vous agissiez ainsi ? »

Pour simple réponse, le faux Nicolas Sarkozy soulève son téléphone et appelle « Carlita ». Les arguments de défense des deux autres accusés ne sont pas plus convaincants.

A l'énoncé du verdict, pas de surprise :  coupables. Plus étonnantes, leurs condamnations. Hormis leur destitution, Xavier Darcos est contraint « au port de couche à vie » et Nicolas Sarkozy à « l'écartèlement de toutes ses Rolex ».

Nicolas Offenstadt se réjouit du succès de cette nouvelle forme de mobilisation et explique que les enseignants ne comptent pas en rester là :

« Le mouvement va continuer et se durcira s'il n'y a pas d'avancées significatives car les enjeux sont trop lourds. La semaine prochaine, la Sorbonne va organiser des cours libres, ouverts à tous et beaucoup d'enseignants seront mobilisés pour la journée d'action nationale du 19 mars. »

 

source :

http://www.rue89.com/2009/03/13/sarkozy-darcos-et-pecresse-en-proces-a-la-sorbonne

 

Nous sommes des millions, ils font de nous des pirates.

Nous sommes des millions, ils font de nous des pirates.

pirate_drapo_big-300x296.gifJe prends le parti des pirates.
Ils sont, nous sommes,  des millions, en France, chaque jour à échanger des oeuvres: des tubes, des films à la mode, mais aussi des films et des disques rares, introuvables,  des œuvres oubliées ou «tombées» dans le domaine public. 

Ces pratiques sont là pour durer. Elles sont inscrites dans la révolution numérique.
Les tentatives d'interdire les échanges sur Internet - par l'intimidation ou par le filtrage - sont vaines.
Leur coût en termes de libertés publiques est inacceptable.
Cantonnées dans la clandestinité, ces pratiques de partage ne donnent pas, il est vrai, le meilleur d'elles-mêmes. 
C'est au grand jour qu'elles révéleront toutes leurs potentialités.

Il est grand temps de reconnaître ces pratiques.  De cesser cette guerre contre le public et la jeunesse.
En attendant ce jour, je prends le parti des pirates.

Je déclare que je suis l’un d’entre-eux.
Je déclare avoir consommé, remixé ou diffusé des œuvres culturelles.
Alors, pour eux je suis un pirate.

 

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Rapport Hadopi : le piratage en ligne a détruit 10.000 emplois… fictifs ?

résumé :
Le « Rapport Hadopi » n’est ni plus ni moins qu’une opération d’intox - reprise en coeur dans les média début novembre - menée par l’industrie de la Culture et destinée à influencer le parlement, qui doit voter la loi Hadopi en janvier prochain. C’est une chose de le dire, c’est autrement plus long à démontrer. Pour cela, il va vous falloir lire la suite… Désolé pour la taille de ce billet…

10.000, rien que ça, c’est le nombre d’emplois directs et indirects qui auraient été détruits en 2007 par les vilains pirates. C’est en tout cas la conclusion à laquelle arrive le « Rapport Hadopi » (à télécharger ici) réalisé par le cabinet d’expertise économique Tera Consultants et commanditée par Equancy.

Frustrés de ne voir, à quelques exceptions près, que de plats communiqués de presse recopiés à la va-vite, la news n’ayant malheureusement pas été jugée suffisamment importante pour n’être autre chose qu’une dépêche AFP (en même temps, il faut bien dire qu’un milliard de pertes, de nos jours, cela passe plutôt inaperçu), nous avons voulu en savoir plus et nous nous sommes procuré le Rapport Hadopi.

2520976386_88ddef7742_m.jpgLe Rapport Hadopi sera également gracieusement distribué à nos représentants politiques, au premier rangs desquels notre ministre de la Culture, Christine Albanel, à qui le Rapport Hadopi sera remis en grande pompes ce mercredi 19 novembre. A elle la charge de le photocopier et de le distribuer massivement aux centaines de députés ainsi qu’à leurs assistants (elle a du personnel, rassurez-vous), afin que nos chers parlementaires puissent voter en toute connaissance de cause sur la loi Hadopi en janvier prochain.

Il faut dire que la loi étant passée en première lecture au sénat, et ce malgré les protestations de la CNIL et de Bruxelles, il ne manque plus qu’un petit coup de pouce pour faire passer la pilule. Le voilà, sous la forme de 73 pages, écrites en gros caractères à double interlignage (moyenne d’âge à l’assemblée oblige ?).

540px-hadopi_ecoute.pngAu préalable, je vous dois une confession. Je ne suis pas journaliste, ça, vous avez pu vous en rendre compte, même si je m’efforce d’en respecter les règles, mais je ne suis pas non plus bloggeur. Non, dans la vraie vie, je suis, entre autres, consultant. En stratégie Internet, qui plus est. C’est vous dire si je mange ce genre d’étude au petit déjeuner, et ce depuis de nombreuses années. C’est une chance : ces milliers d’heures à lire d’obscurs textes, souvent rédigés dans un style lourd et pataud, vont me servir à autre chose qu’à prédire l’avenir à mes clients. Qui plus est, le Rapport Hadopi est rédigé en Français. Une aubaine, tant les plus grands spécialistes internationaux sur la question, parmi lesquels on compte – cocorico – plusieurs Français, se bornent, c’est une habitude chez les scientifiques, à écrire en Anglais. Cerise sur le gâteau, le texte semble s’être abstenu de tout ce formalisme académique, qui rend les écrits scientifiques aussi difficiles à digérer qu’un cassoulet bien arrosé.

Non, ici, c’est du light, du weight watchers, c’est facile à lire, et l’usage des neurones est facultatif tant rien ne vous incite à la réflexion tout au long des 73 pages du Rapport Hadopi. Un idiot y trouverait une lueur, si ce n’est d’intelligence, du moins, de bases nécessaires pour étayer ce qui lui semblerait être le fruit de sa propre réflexion.

Ne soyons pas présomptueux (un peu ? si, quand même) : la plupart des destinataires du Rapport Hadopi n’iront pas jusqu’à le lire en intégralité, ils se contenteront du traditionnel ‘executive summary’.

Le sommaire qui exécute (traduction libre)

Qu’y lit-on ? Oh, ma foi, tout y est, inutile de pousser plus loin, nul besoin de lire 73 pages de schémas et de chiffres, ami député, noble sénateur, ton temps est précieux, et en deux pages écrites en gros caractères, voici la substantifique moelle d’une prose qui, pour le coup, n’a rien de Rabelaisienne.

«  La copie illégale via l’Internet d’œuvres numérisées est un phénomène massif. »

dede-hadopi-couper,3-X-166029-1.pngOui, non seulement c’est vrai, mais d’indiscutables preuves sont là pour en témoigner, le piratage, ou tout du moins l’utilisation des technologies Peer to Peer sur internet, est un usage grand public de plus en plus populaire.

Comment prétendre le contraire ? C’est une évidence, et jusqu’ici, je ne peux qu’abonder dans le sens de l’auteur de cette étude. Mais qui est-ce, d’ailleurs ? Le Rapport Hadopi, en effet, porte pour seule signature, les logos des sociétés qui l’ont, respectivement, commandité et réalisé.

Continuons cet « executive summary », qui commence décidément sous les meilleurs auspices, en enfonçant une porte ouverte.

« Cette pratique a un impact économique car elle induit inévitablement une moindre activité, voire une contraction de l’activité des secteurs qui la subisse. »

Inévitablement. Tiens. Cette porte là n’était pas ouverte, mais la voilà qui vole en éclats, sans même interrompre la sieste d’un sénateur, pour qui cette assertion peu sembler, ma foi, tout a fait logique. La Terre est plate, circulez, y’a rien à voir. Au XVIe siècle, personne n’aurait trouvé à y redire… Ou presque.

Nous le verrons, cette ‘évidence’ est loin, très  loin, d’avoir été prouvée à ce jour. La réalité est pour le moins… dérangeante, pour les partisans de la loi Hadopi tout du moins, car plusieurs études - scientifiques, elles, - ont tendance à démonter… le contraire.

hadopi-economie1.gif

Source :

http://fr.readwriteweb.com/2008/11/18/a-la-une/rapport-hadopi/

http://reseaudespirates.net/?q=content/le-pacte-pour-les-libert%C3%A9s-num%C3%A9riques

 

Exclusif : la loi Hadopi chère et inefficace…

Exclusif : la loi Hadopi chère et inefficace…

Annexé au projet de loi Création et Internet défendu par Christine Albanel, le document que s'est procuré Marianne prouve que les options retenues par le ministère de la Culture pour lutter contre le téléchargement illégal seraient coûteuses à mettre en place et techniquement inefficaces. Marianne2.fr publie en exclusivité cette note confidentielle.



C’est un rapport, désormais public, que les députés s’apprêtant à voter la loi Création et Internet, et son volet répression du téléchargement, n’ont malheureusement pas reçu dans leur casier. Pas plus que les annexes, qui elles demeurent confidentielles et dont Marianne a pu prendre connaissance.


Extrait de la note : page de garde
Extrait de la note : page de garde
Produit par les crânes d’œufs du Conseil général des technologies de l’information (CGTI), en gros le corps des ingénieurs telecom, ce rapport (en téléchargement ci-dessous) réalisé à la demande des ministères de l’économie et de la culture, est on ne peut plus sévére sur la faisabilité technique de la coupure du flux internet pour acte de piratage.


Extrait de la note : page 2
Extrait de la note : page 2

hadopi2.jpgLe projet de loi Création et Internet, défendu bec et ongle par Christine Albanel dans l'hémicycle, prévoyait la coupure de la connexion Internet de toute personne ayant procédé à des téléchargements illégaux. Or, sur chacun des points de cette « répression du piratage », la note confidentielle met à mal les rêves de filtre infaillible de la ministre de la Culture.

 

Premier souci : difficile de savoir qui utilise un réseau filaire ou sans fil pour récupérer des films sur un réseau. Entre les réseaux Wifi publics, les téléphones portables bientôt assez puissants pour télécharger ou les accès en entreprise, la note recense toutes les failles du système qui empêchent d'identifier le « coupable ». Difficile d'attraper le voleur quand on n'a identifié que l'échelle !

 

La coupure même de la connexion Internet pose ensuite la question des offres « triple play », combinant accès au web, téléphone et télévision. Interrompre la connexion, c'est empêcher de télécharger... mais aussi de passer des coups de fil et de regarder TF1 ! Les solutions techniques impliquent pour les fournisseurs d'accès « d'industrialiser la procédure » permettant de ne couper qu'une partie du service, autrement dit de modifier tous leurs modems afin de permettre à l'Etat de couper l'accès au web !

 

Un frein parmi d'autres qui amène les conseillers techniques à conclure que les limitations prévues par la loi « ne peuvent être ni rapidement ni pleinement surmontées. »

Faute de trouver le raccourci technique magique auquel rêvait le ministère de la Culture, ils prônent la modification d'un terme crucial du projet de loi : à « suspension » du service Internet, « il sera alors préférable de substituer le mot restriction. »

 

hadopi.jpgEt c'est un argument que beaucoup avaient oubliés pour contrer la loi Hadopi : avant d'être liberticide ou rétrograde, elle est avant tout sarkozyste. C'est-à-dire, à l'instar des heures supplémentaires ou du paquet fiscal, foncièrement chère et inefficace !


Mis à jour samedi 14 mars 2009 à 10h10.


Extrait de la note : page 3
Extrait de la note : page 3


annexe_au_projet_de_loi_creation_et_internet_pdf.pdf Annexe au projet de loi Création et Internet.pdf.pdf (750.44 KB)

tentative de déstabilisation du système bancaire de l'UE et de l'Euro par Wall Street et la City

GEAB N°33 est disponible! Tensions transatlantiques croissantes à la veille du G20 : Exemple d'une tentative de déstabilisation du système bancaire de l'UE et de l'Euro par Wall Street et la City


- Communiqué public GEAB N°33 (15 mars 2009) -



GEAB N°33 est disponible! Tensions transatlantiques croissantes à la veille du G20 : Exemple d'une tentative de déstabilisation du système bancaire de l'UE et de l'Euro par Wall Street et la City
Pour LEAP/E2020, les alternatives offertes aux dirigeants du G20 qui se réuniront à Londres le 2 Avril prochain sont au nombre de deux : reconstruire un nouveau système monétaire international qui permette un nouveau jeu global intégrant équitablement tous les principaux acteurs mondiaux et réduire la crise à une durée de trois à cinq ans ; ou bien tenter de faire durer le système actuel et plonger le monde dès la fin 2009 dans une crise tragique de plus d'une décennie.

Dans ce GEAB N°33, nous décrivons ainsi les deux grandes lignes d'avenir qui resteront ouvertes jusqu'à l'été 2009. Au-delà de cette période, notre équipe considère en effet que l'option « crise courte » sera obsolète et que le monde s'engagera sur le chemin de la phase de dislocation géopolitique mondiale de la crise (1), et de la crise profonde de plus d'une décennie.

D'ailleurs, face à l'urgence, LEAP/E2020 publiera le 24 Mars prochain à l'échelle mondiale une lettre ouverte aux dirigeants du G20, modeste contribution de notre équipe pour tenter d'éviter une crise longue et tragique.

La situation s'avère d'autant plus inquiétante que des tensions croissantes se font jour à la veille du sommet du 2 Avril, qui voient émerger les menaces à peine voilées de certains dirigeants et des opérations de manipulation des opinions publiques par d'autres leaders du G20.

Nous revenons plus en détail sur ces éléments dans le GEAB N°33 dans lequel par ailleurs l'équipe de LEAP/E2020 a décidé de se livrer à un exercice utile pour tous ceux (y compris aux Etats-Unis d'où proviennent plus de 20% des lecteurs de LEAP/E2020) qu'exaspèrent l'illusion entretenue par les principaux médias occidentaux sur l'état du pilier américain de notre système actuel : anticiper l'état socio-économique des Etats-Unis d'ici un an, au Printemps 2010. Les tendances lourdes nous paraissent en effet être déjà suffisamment affirmées pour qu'une telle anticipation ait du sens. Un exercice du même ordre sera bien entendu effectué pour l'Union européenne, la Russie et la Chine dans les prochains numéros de GEAB.


Graphique synthétique de l'évolution du sentiment d'inquiétude collective aux Etats-Unis (en bleu : sentiment d'un risque de crise grave ; en vert : sentiment de pouvoir d'achat; en rose : inquiétude sur l'emploi) - Source : Chart of Doom, 02/2009
Graphique synthétique de l'évolution du sentiment d'inquiétude collective aux Etats-Unis (en bleu : sentiment d'un risque de crise grave ; en vert : sentiment de pouvoir d'achat; en rose : inquiétude sur l'emploi) - Source : Chart of Doom, 02/2009
Dans un même souci de fiabilité des informations, l'équipe de LEAP/E2020, qui dès Décembre 2007, dans le GEAB N°20, avait mis en garde contre le risque immobilier en Europe centrale et orientale, a décidé d'analyser dans ce communiqué public du GEAB N°33 la réalité de la soi-disant « bombe bancaire est-européenne » qui a envahi les médias depuis environ un mois.

Si ce sujet nous paraît pertinent c'est qu'il représente selon nous une tentative délibérée de la part de Wall Street et de la City (2) de faire croire à une fracture de l'UE et d'instiller l'idée d'un risque « mortel » pesant sur la zone Euro, en relayant sans discontinuer de fausses informations sur le « risque bancaire venu d'Europe de l'Est » et en tentant de stigmatiser une zone Euro « frileuse » face aux mesures « volontaristes » américaines ou britanniques. L'un des objectifs est également de tenter de détourner l'attention internationale de l'aggravation des problèmes financiers à New-York et Londres, tout en affaiblissant la position européenne à la veille du sommet du G20.

L'idée est brillante : reprendre un thème déjà bien connu des opinions publiques, assurant ainsi une adhésion facile au nouveau contenu ; y intégrer une ou deux analogies frappantes pour assurer une large reprise dans les médias et sur l'Internet (faites « crise bancaire europe est » sur Google, le résultat est éloquent) ; puis utiliser le concours de quelques hommes et organisations liges influentes toujours disponibles pour un mensonge supplémentaire. Avec un tel cocktail, il est même possible de faire croire pour un temps que la guerre en Irak est un succès, que la crise des subprime n'affectera pas la sphère financière, que la crise financière n'affectera pas l'économie réelle, que la crise n'est pas vraiment grave, et que si elle est grave, tout est en fait sous contrôle !

Alors en ce qui nous concerne ici, le thème déjà bien connu, c'est la « séparation entre la « Vieille Europe » et la « Nouvelle Europe », entre une Europe riche et égoïste et une Europe pauvre et pleine d'espoir. De Rumsfeld pour l'Irak au Royaume-Uni pour l'élargissement, c'est une antienne qui a nous a été répétée sans discontinuité pendant dix ans par tous les médias anglo-saxons et affidés, et dont en particulier certains médias britanniques se sont faits une spécialité (3).

Les analogies sont ici au nombre de deux : l'Europe de l'Est, c'est « la crise des subprime de l'UE » (sous-entendu, chacun a forcément une crise de subprime chez soi (4)); et une crise en Europe de l'Est aura le même effet terrible que la Crise asiatique de 1997 (sûrement parce que tout ça se passe à l'Est (5)).

Et les relais disponibles sont nombreux. Tout d'abord, on trouve une agence de notation, en l'occurrence Moodys (6), qui comme ses congénères, est d'une part au service intégral de Wall Street, et d'autre part incapable de voir un éléphant dans un couloir (ils ont juste raté les subprimes, les CDS, Bear Stearn, Lehman Brothers, AIG, ….). Mais, mystérieusement, la presse financière continue à relayer leurs opinions, appliquant sûrement un principe plein d'humanité consistant à penser qu'un jour par simple hasard statistique ils finiront pas évaluer quelque chose correctement. Dans notre cas, l'écho fut unanime : Moodys avait identifié bien à l'avance une énorme « bombe » cachée dans l'arrière-cour de la zone Euro (car c'est bien de l'Euro qu'il s'agit ici) … qui ne manquerait pas de dévaster le système financier européen.

Ensuite, pour crédibiliser la chose, on utilise quelques médias viscéralement anti-Euro (comme le Telegraph par exemple, qui par ailleurs produit pourtant de très bonnes analyses sur la crise, mais que la chute de la Livre et de l'économie britannique a tendance à aveugler ces temps-ci en ce qui concerne la zone Euro) et on diffuse une information qu'on supprime ensuite (car elle est inexacte) pour lui donner le sel de l'interdit, du secret (7) qui dévoilerait un « tsunami financier » mondial en préparation notamment du fait des engagements des banques de la Vieille Europe dans le secteur financier de la Nouvelle Europe (8). On remue tout cela chaque jour via les principaux médias financiers américains et britanniques, sachant que les autres suivront par habitude. Et avec l'UE c'est tellement facile puisqu'il lui faut toujours un long moment pour comprendre et encore plus de temps pour réagir, avec l'inévitable dissension qui permet de faire rebondir la manipulation. Cette fois-ci, c'est le Premier Ministre hongrois, Ferenc Gyurcsany, qui joue le rôle du « pauvre petit nouvel Européen martyr ». Pour mémoire, les Hongrois tentent en vain de se débarrasser de lui depuis qu'il a involontairement avoué il y a 2 ans avoir menti à son peuple pour se faire réélire, en confirmant dans la foulée qu'il avait endetté son pays au-delà de toute limite raisonnable. Et c'est lui qui annonce des chiffres délirants pour un plan de sauvetage du système financier de l'Europe de l'Est, mettant à nouveau en position de « méchants » ou d' « inconscients » les vieux Européens. Le refus de ces derniers est mis en exergue par l'ensemble de la presse américaine et britannique, concluant bien entendu à l'inévitable échec de la solidarité européenne, … et minorant (ou oubliant même parfois) le fait que ce sont les Polonais ou les Tchèques qui ont été les plus virulents contre les exigences aberrantes du Premier Ministre hongrois (9). La tentative d'affaiblir la zone Euro et l'UE par l'Est peut donc se poursuivre. Il faut attendre les déclarations répétées des dirigeants de la zone Euro, l'annonce d'un plan de soutien financier substantiel (au regard des risques réels) et les communiqués musclés des dirigeants politiques et des banquiers centraux de la région pour que cette manipulation commence à perdre un peu de sa vigueur. Mais elle n'a toujours pas disparu, car le parallèle est maintenu dans les médias mentionnés entre crise des subprime et crise de l'immobilier en Europe de l'Est; comme si la Hongrie équivalait à la Californie, ou la Lettonie à la Floride.

Car là est bien le noeud du problème : la taille a de l'importance en matière économique et financière, et ce n'est pas la queue qui fait bouger le chien, comme certains voudraient visiblement le faire croire.

Si dès Décembre 2007, à un moment où nos « experts actuels en crise d'Europe de l'Est » n'avaient pas la moindre idée du problème, LEAP/E2020 avait souligné le risque immobilier important pesant sur les pays européens concernés (Lettonie, Hongrie, Roumanie,...) et bien entendu leurs créditeurs (Autriche, suisse en particulier), il était tout aussi évident pour notre équipe que c'était un problème très limité aux pays concernés. Il y a bien des problèmes à venir pour ces opérateurs et ces pays, mais ils ne sont pas plus grave que la moyenne des problèmes du système financier mondial ; et sans aucune mesure avec les problèmes des places financières de New-York, Londres ou de Suisse. Rappelons-nous que la banque la plus citée comme « détonateur » de cette « bombe est-européenne », à savoir la banque autrichienne Raiffeisen, a réalisé un profit en hausse de 17% en 2008 ; une performance au-delà des espoirs les plus fous de la plupart des banques américaines ou britanniques comme le fait remarquer fort justement William Gamble, l'un des rares analystes s'être intéressé à la réalité de la situation (10).


PIB de l'Union Européenne, de la zone Euro et des Etats-Membres - Source : Eurostat, 2008
PIB de l'Union Européenne, de la zone Euro et des Etats-Membres - Source : Eurostat, 2008
Pour ceux qui connaissent mal la géographie de l'UE, le titre « la Hongrie en banqueroute » ou « la Lettonie en banqueroute » peut paraître tout-à-fait comparable à « la Californie en banqueroute ». Pour ceux qui perdent leur travail à cause de ces faillites, c'est en effet un problème identique. Mais en terme d'impact plus large, il n'y a aucun rapport entre les deux. Ainsi, la Californie, durement frappée par la crise des subprimes, est l'état le plus peuplé et le plus riche des Etats-Unis alors que la Lettonie est un pays pauvre avec une population égale à moins de 1% de celle de l'UE (contre 12% de la population US pour la Californie (11)). Le PIB de la Hongrie représente à peine 1,1% du PIB de la zone Euro (pour la Lettonie ce chiffre est de 0,2%) (12) : soit une proportion comparable à celle de l'Oklahoma (1% du PIB des Etats-Unis (13)), pas à celle de la Floride. On est donc loin d'une Europe de l'Est porteuse d'une crise des subprime à l'européenne. L'ensemble des nouveaux Etats membres de l'UE pèse moins de 10% du PIB de l'UE (et parmi ceux-là, les plus riches ou les plus gros comme la Tchéquie ou la Pologne ne sont quasiment pas affectés). La somme en jeu, pour le système financier européen, se situe dans le pire des cas autour de 100 Milliards EUR (130 milliards USD) (14), soit une somme très modique à l'échelle du système financier de l'UE (15). D'ailleurs, l'UE a pris la tête d'un consortium injectant déjà près de 25 Milliards € (soit 20% du scénario le plus grave) pour stabiliser la situation (16), dont la récente baisse du Franc suisse diminue encore la gravité.

Et, last but not least, en Europe de l'Est, l'immobilier récent gardera une valeur importante (même si plus faible qu'en 2007/2008) car, après 50 ans de communisme, il y a une pénurie d'immeubles modernes. Alors qu'aux Etats-Unis, les maisons construites pendant le boum immobilier de ces dernières années sont des constructions en surnombre, d'une qualité très variable et qui déjà sont en train de se dégrader dans les états les plus touchés. Il y a là une vraie destruction de richesse pour les propriétaires, l'économie, les créditeurs et les banques.

La complexité de cette crise impose d'être très vigilant pour identifier les tendances et les facteurs qui sont réellement porteurs de graves dangers et ne pas se laisser abuser par les rumeurs ou les fausses informations.

Nous espérons donc que cette explication détaillée permettra non seulement de tordre le cou au mensonge orchestré autour de la soi-disant « bombe financière » d'Europe de l'Est (17) ; et qu'elle servira d'exemple pour permettre à chacun de « briser les apparences » et d'aller chercher « derrière le miroir » des médias financiers dominants les éléments factuels qui seuls permettent de se faire une idée précise.

Si le sommet du G20 de Londres ne parvient pas à éviter l'entrée dans la phase de dislocation géopolitique mondiale, ces opérations de manipulation et de déstabilisation vont se multiplier, chaque bloc cherchant à discréditer son adversaire, comme dans tout jeu à somme nulle (18) : ce qu'il perd, je le gagne.


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Notes:

(1) Voir GEAB N°32

(2) Relayés par tout ce que ces deux places comptent de médias et experts financiers, dont la plupart n'avait même pas idée du problème immobilier/financier de certains pays d'Europe de l'Est quand LEAP/E2020 l'analysait en décembre 2007.

(3) Nulle surprise donc à ce que Marketwatch reprenne dans un article sur le sujet les accusations à leur propos de la Banque Centrale tchèque. Source : Marketwatch}, 09/03/2009.

(4) Ce qui est pourtant faux. Aucun autre pays, à part les Etats-Unis et le Royaume-Uni ne connaît une telle convergence de facteurs catastrophiques.

(5) Alors que les pays d'Europe centrale et orientale touchés (Hongrie, pays baltes, Bulgarie, Roumanie) sont totalement marginaux dans l'économie mondiale, les pays d4asie du Sud-Est étaient des acteurs-clés de la globalisation des années 1990.

(6) Source : Reuters, 17/02/2009

(7) Et qui fait que même les sites avisés sont incertains sur l'attitude à avoir vis-à-vis de cette « information », entretenant donc la crédibilité de l' «information »., comme par exemple c'est le cas de Gary North, le 19/02/2009, sur le site LewRockwell.com.

(8) Source : Telegraph, 15/02/2009

(9) Source: EasyBourse, 01/03/2009

(10) Source : SeekingAlpha, 26/02/2009

(11) Source : Statistiques 2007, US Census Bureau.

(12) Source : Statistiques 2008, Eurostat. Et les pays baltes sont « couvés » par les pays scandinaves, en particulier par la Suède qui prend grand soin à éviter une spirale incontrôlable dans la région. Source : International Herald Tribune, 12/03/2009

(13) Source : Statistiques 2008, Bureau of Economic Analysis, US Department of Commerce.

(14) Source : Baltic Course, 05/03/2009

(15) Et ridicule au regard des centaines de milliards que n'arrêtent pas d'injecter dans leurs banques de manière répétée les gouvernements américain et britannique.

(16) Source : Banque Européenne d'Investissement, 27/02/2009

(17) Et nous ne nous attardons pas ici sur l'amalgame fait avec l'Ukraine (amalgame auquel Nouriel Roubini, pourtant généralement plus avisé, a également prêté son concours – source : Forbes, 26/02/2009), qui non seulement n'appartient pas à l'UE, mais en plus est un pion de Washington et Londres depuis la « révolution orange ». L'actuel effondrement de l'Ukraine, s'il peut poser problème à l'UE comme tout facteur d'instabilité à ses frontières, illustre surtout l' « effondrement du Mur Dollar » au détriment des positions américaines car c'est la Russie qui va y retrouver son influence. Au moment où à Wall Street et à la City, les grandes banques s'effondrent ou sont nationalisées, on a vraiment assisté avec cette manipulation à faire cacher la forêt américano-britannique par l'arbre est-européen. Certains s'y sont certainement laissé prendre en toute honnêteté d'ailleurs car l'histoire était si crédible : « "si non è vero è bello" » comme disent les Italiens.

(18) Ce que deviendra le monde à partir de la fin 2009 si un nouveau jeu n'est pas lancé d'ici l'été prochain.

12/03/2009

Les réformes ratées de Nicolas Sarkozy

Les réformes ratées de Nicolas Sarkozy

Le livre des économistes Pierre Cahuc et André Zylberberg dénonce des réformes «néfastes» qui obtiennent l'effet contraire du but recherché.

En juillet dernier, lors des rencontres du Cercle des économistes à Aix-en-Provence, Pierre Cahuc, professeur à Polytechnique, m'avait gentiment reproché, comme journaliste, de ne pas mener assez loin les critiques des réformes conduites par Nicolas Sarkozy. J'avais répondu qu'il me semblait, comme à beaucoup, que les réformes n'étaient, certes, faites «qu'à moitié» mais que «ce n'était déjà pas si mal dans ce pays de l'immobilisme». Pierre Cahuc a poursuivi: «Il faut voir les décrets d'application, les détails, les mises en place sur le terrain», pour voir que les réformes ne sont pas du tout faites «à moitié»: «ce sont de fausses réformes». Ce à quoi j'avais répondu, non sans un peu de mauvaise conscience d'ailleurs, que «je n'avais pas les moyens d'aller examiner les détails techniques mais que c'était aux économistes, comme lui, de faire ce travail».

9782081220096.jpgVoilà. Pierre Cahuc a, depuis, fait ce travail, avec son complice habituel André Zylberberg, directeur de recherche au CNRS. lls viennent de publier «Les réformes ratées du président Sarkozy» chez Flammarion. Et leur conclusion est plus impitoyable encore pour les réformes de Nicolas Sarkozy: elles ne sont pas simplement «fausses» ces réformes, elles sont «néfastes» au sens où elles aboutissent à des résultats contraires à l'objectif souhaité. Au lieu de résoudre les graves problèmes structurels qui handicapent le pays (un taux de chômage très élevé malgré des prélèvements obligatoires records),  les-dites réformes les accroissent. Elles consolident les ayant-droits, les seniors, les emplois stables, les syndicats installés, les grandes surfaces, etc. alors que la précarité et les difficultés s'abattent toujours sur les mêmes: jeunes, femmes, exclus...

Le livre est impressionnant. Il était, en effet, instructif d'aller dans les détails, comme me demandait Pierre Cahuc. On sort convaincu de la lecture qu'il s'agit d'un vaste problème de méthode: Nicolas Sarkozy veut prendre de vitesse les opposants en les «étouffant» de plusieurs réformes menées à la fois et tambour battant et, en parallèle, en acceptant sur chacune d'elles des «généreuses conciliations» au motif qu'elles ne remettent pas en cause le bénéfice général. Cahuc et Zylberberg montrent que le résultat est inverse: le bénéfice général est maigre, voire inexistant, mais en revanche les conciliations confortent bigrement des catégories dont on voulait réduire les avantages.

affiche.pngEn prologue, les auteurs reprennent l'épisode éclairant de la carte famille nombreuse de la SNCF. Les avantages accordés en France aux familles nombreuses quelque soit leur revenu sont dans l'ensemble injustes et inefficaces. C'est le cas des tarifs SNCF. Des fonctionnaires de Bercy veulent s'y attaquer et supprimer cette «carte famille nombreuse», dans le cadre de la fameuse RGPP (Révision générale des politiques publiques). Dès que le bruit en court, les associations se mobilisent. Sarkozy recule immédiatement et il en rajoute en demandant qu'on prenne en compte «des situations familiales» jusque-là oubliées. A la fin, un nombre plus élevé de personnes qui pourront bénéficier de cette carte famille nombreuse. Les auteurs concluent: «Partant d'un objectif de réduction des dépenses publiques, on aboutit finalement à des dépenses supplémentaires!».

La réforme des régimes spéciaux de retraite est de la même eau. L'idée est de faire d'introduire de la justice et de faire des économies en alignant les conditions de retraites des salariés des services publics (EDF, RATP...) sur les autres, réforme qui a déjà avorté en 1995. Un accord est conclu avec les syndicats et en affichage la durée de cotisation est rallongée. Mais, en contrepartie, des primes et avantages sont «intégrés» dans les salaires ce qui augmentera les pensions. De combien? «C'est un secret d'Etat», déplorent les auteurs qui concluent, différents rapports du Sénat à l'appui, que cette réforme allait finalement coûter au contribuable.

Les auteurs passent ensuite en revue de détail les réformes des taxis, de la représentation syndicale, des grandes surfaces, du RSA et des 35 heures. La conclusion est la même: «L'essentiel est de produire l'apparence du changement».

gors-conflit.jpgPour Cahuc et Zylberberg, c'est la méthode du président de la République qui est en cause. Le chef de l'Etat estime que la France est un pays irréformable par la force, il refuse d'être Thatcher. «Les réformes doivent être accompagnées d'une recherche constante de consensus». Le chef de l'Etat ouvre ainsi des négociations avec les syndicats et leur renvoie la balle: à vous en somme «de vous auto-réformer». Or, selon les auteurs, cela ne marche pas. Les syndicats ne font que servir les intérêts de ceux qu'ils représentent: la fonction publique en majorité, et les emplois stables des grands groupes privés. Négocier avec eux, c'est conforter ces catégories.

Tirant les leçons des expériences étrangères, ils citent plusieurs études internationales qui prouvent que les réformes structurelles n'avancent pas dans les pays faiblement démocratiques où la crédibilité des acteurs est mince et la transparence absente. La France, selon les critères de gouvernance de ces mêmes études internationales, est très mal classée. Pour faire avancer les réformes, il faut donc, en préalable, réviser la gouvernance institutionnelle française, en clair la représentation salariale et la représentation politique dans les Assemblées. Pas de réformes sociales avec des syndicats qui ne représentent que 8% des salariés, pas de réformes économiques dans une Assemblée chasse-gardée des lobbies.

Ces conclusions du primat institutionnel sont très fortes. On objectera que d'autres réformes ont été engagées qui ne sont pas examinées dans le livre: l'université, la carte judiciaire, etc. On demandera aussi avec qui négocier si on refuse de négocier avec les syndicats actuels? Faut-il passer en force? N'y a-t-il rien entre l'immobilisme et Thatcher? Reste que les auteurs marquent des points. Nicolas Sarkozy, soutenu par son énergie, a des apparences, il manque de résultats.

Eric Le Boucher

Et si on changeait tout...

Et si on changeait tout...

Mois après mois, Alternatives Economiques décrit et explique la crise. Mais cela ne nous empêche pas de réfléchir à ce qui pourrait, ce qui devrait changer. Au-delà de ses conséquences parfois dramatiques et des réponses immédiates à trouver, cette crise doit être l'occasion de rompre avec les évidences d'hier.

Non, nous ne sommes pas condamnés à voir les inégalités s'accroître. Non, la mondialisation libérale n'est pas la seule possible. Oui, on peut aller vers un autre mode de vie, plus respectueux de l'environnement et des personnes. Les mesures proposées dans ce dossier n'ont rien de révolutionnaire. Elles sont toutes compatibles avec le capitalisme. Mais, ensemble, elles changeraient profondément la donne et permettraient de remettre l'économie au service de la société.

Philippe Frémeaux, Sandra Moatti

 


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CAC40 dans les paradis fiscaux

Le CAC 40 est au paradis... fiscal!

Des Bermudes à la Suisse en passant par Panama, toutes les grandes entreprises françaises possèdent des filiales dans des paradis fiscaux. C'est ce que révèle une enquête du magazine Alternatives Économiques sur la présence du CAC 40 dans les centres financiers «offshore».



La Place de la Bourse à Paris (photo : Panoramas - Flickr - cc)
La Place de la Bourse à Paris (photo : Panoramas - Flickr - cc)

Alors que les paradis fiscaux sont de plus en plus montrés du doigt et constituent un sujet clé des discussions du G20 sur la régulation du capitalisme, l'enquête menée par Alternatives Economiques montre que toutes les entreprises françaises du CAC 40 sont fortement présentes dans les pays offrant des services financiers de type « paradis fiscaux ». Avec pratiquement 1 500 filiales offshore, réparties sur près d'une trentaine de territoires, des Bermudes à la Suisse en passant par Malte et Panama et... le Royaume-Uni.

Enquête exclusive : la présence des entreprises du CAC40 dans les paradis fiscaux

Des Bermudes à la Suisse en passant par Panama, toutes les grandes entreprises françaises possèdent des filiales dans les paradis fiscaux. C'est ce que révèle notre enquête sur la présence des entreprises du CAC40 dans les centres financiers « offshore ».

Voir le tableau complet : les sociétés du CAC40 implantées dans les paradis fiscaux.

Retrouvez notre enquête complète, avec l'analyse détaillée de la présence des banques françaises et anglo-saxonnes dans les paradis fiscaux, dans le prochain numéro d'Alternatives Economiques (en kiosque début avril).

A lire aussi : le dossier documentaire sur le paradis fiscaux.

Alors que les paradis fiscaux sont de plus en plus montrés du doigt et constituent un sujet clé des discussions du G20 sur la régulation du capitalisme, l'enquête menée par Alternatives Economiques montre que toutes les entreprises françaises du CAC 40 sont fortement présentes dans les pays offrant des services financiers de type « paradis fiscaux » [1] . Avec pratiquement 1 500 filiales offshore, réparties sur près d'une trentaine de territoires, des Bermudes à la Suisse en passant par Malte et Panama et... le Royaume-Uni.

Le secteur financier se révèle être le plus engagé dans les paradis fiscaux. BNP Paribas, le Crédit agricole et la Société générale disposent de 361 entités offshore. Si l'on y ajoute les Banques populaires, Dexia et la Banque postale (présente au Luxembourg), on atteint un total de 467 entreprises. Ce qui représente, en moyenne, 16 % des entreprises de ces six groupes. Les banques françaises s'installent dans les centres financiers offshore pour faire fructifier discrètement et au moindre coût fiscal le patrimoine des personnes aisées, gérer les salaires des cadres à haut revenu en dehors du regard du fisc, accompagner les stratégies internationales des multinationales qui pratiquent « l'optimisation fiscale ».

Mais notre enquête montre aussi que toutes les banques françaises ne font pas appel aux paradis fiscaux avec la même ampleur. BNP Paribas est, de loin, le plus mauvais élève du secteur et du CAC 40. Pourquoi cette banque a-t-elle besoin d'une présence plus de trois fois plus importante que la Société générale dans ces territoires douteux ? En dépit de contacts téléphoniques répétés, il ne nous a pas été possible d'obtenir de justifications. Une banque du secteur mutualiste comme les Banques populaires ne se distingue pas des autres : elle est même présente dans les îles Caïmans, à Malte et à Panama, dont la réputation est plus que sulfureuse.

BANQUES : UN APPETIT VARIE POUR LES PARADIS FISCAUX

Source : Alternatives Economiques, documents de référence des entreprises concernées 2007 ou 2008

Au-delà du secteur bancaire, notre enquête révèle que toutes les multinationales françaises sont implantées dans les paradis fiscaux. Les plus mauvais élèves étant (en valeur absolu comme en pourcentage) LVMH, Schneider, PPR, France Télécom, Danone, Pernod et Capgémini. Les entreprises françaises suivent la voie de leurs concurrentes : à partir des données de la Cnuced, on peut montrer qu'un tiers du stock d'investissements à l'étranger des multinationales se situe dans les paradis fiscaux.

Les principaux paradis fiscaux

Sept territoires offshore concentrent à eux seuls 90 % de la présence française : le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suisse, le Luxembourg, Singapour, l'Irlande et Hongkong. La City de Londres confirme sa première place en la matière. Certes, toutes les entreprises françaises, y compris les banques, qui sont présentes à Londres ne le sont pas uniquement pour bénéficier des activités parasites de la finance britannique. Mais le fait d'avoir 13 filiales pour EADS, 21 pour Peugeot (8 seulement pour Renault) ou encore 43 pour Schneider ne s'explique pas uniquement par la nécessité d'être présent sur le marché britannique. Créer une société écran à la City coûte aujourd'hui environ 250 euros. C'est aussi ce genre de services que viennent y chercher les multinationales de tous les pays pour y minimiser leurs impôts, gérer une partie des revenus de leurs dirigeants, etc.

 

LES ENTREPRISES FRANÇAISES DANS LES PARADIS FISCAUX

Nombre de filiales dans les paradis fiscaux

En % du nombre total de sociétés dans le groupe

BNP Paribas

189

23

LVMH

140

24

Schneider

131

22

Crédit agricole

115

19

PPR

97

17

Banque populaire

90

9

France Telecom

63

24

Société générale

57

17

Lagardère

55

11

Danone

47

23

EADS

46

19

Peugeot

39

11

Carrefour

32

6

Pernod

32

24

Capgemini

31

24

Unibail

31

20

Axa

28

22

Michelin

27

18

Air liquide

22

8

Essilor

22

10

L'Oréal

22

9

Bouygues

18

18

Sanofi Aventis

18

14

Renault

16

11

Dexia

15

33

Accor

11

11

Lafarge

11

12

Saint-Gobain

11

14

GDF Suez

9

13

EDF

8

12

Veolia

8

7

Alstom

6

15

Alcaltel Lucent

5

14

Vallourec

5

8

Suez environnement

4

10

Vivendi

4

11

Auchan

3

5

Arcelor Mittal

1

13

Banque postale

1

6

Total

1 470

16

Source : Alternatives Economiques, à partir des documents de référence 2007 ou 2008

Pour aller plus loin : le dossier documentaire sur le paradis fiscaux.

Christian Chavagneux et Marie-Salomé Rinuy

 


11 Mars 2009

Notes

(1)
Périmètre de l'étude : les entreprises du CAC 40 moins Air France-KLM, STMicroelectronics, Total et Vinci, pour lesquelles les informations ne sont pas disponibles. Inclus Auchan, Banques populaires (avant la fusion avec les Caisses d'épargne pour lesquelles les données ne sont pas disponibles) et la Banque postale. Les données BNP Paribas n'intègrent pas la banque Fortis.

Dépréciation d’actifs

Dépréciation d’actifs : le pire est à venir

fmi_sigle.jpgLe FMI estimait fin janvier que les pertes sur les actifs détenus par les banques américaines dépassaient les 2000 milliards de dollars. Au vu des dernières informations, ces pertes pourraient se révéler deux fois plus importantes, compte tenu de la mécanique infernale entre dépréciations d’actifs financiers, dégradation de la conjoncture économique, et implosion des produits structurés hérités de la période de la bulle. Chronique d’une catastrophe annoncée.

L’agence de notation Standard & Poor’s vient de mettre sous surveillance négative l’équivalent de plus de 550 milliard de dollars d’actifs financiers adossés à des crédits hypothécaires américains, appelés Alt-A. Cette catégorie de crédits hypothécaires est intermédiaire entre les crédits subprime, les plus risqués, et les crédit, prime, qui constituent l’essentiel des crédits immobiliers accordés aux ménages solvables.

Cette décision pourrait déboucher rapidement sur une dégradation de la notation de ces actifs, en raison de la chute continue des prix immobiliers aux Etats-Unis. Il y a un mois, S&P avait déjà remis sous surveillance négative l’équivalent de 427 milliard de dollars d’actifs adossés à des crédits subprime, dont la notation avait été fortement dégradée. Au total c’est donc près de 1000 milliards de dollars d’actifs supplémentaires adossés à des crédits hypothécaires qui pourraient être dégradés très prochainement, ajoutant de nouvelles pertes aux bilans des grandes banques américaines et européennes.

Mais on est encore loin du compte, et le pire est à venir.

Avec l’entrée plus que probable de l’économie mondiale en récession en 2009 - du jamais vu depuis la seconde guerre mondiale ! - , les défauts de paiement vont commencer à se multiplier sur tous les types de crédit accordés aux particuliers et aux entreprises. Les banquiers qui avaient "poussé à la consommation" de crédits pendant les années fastes, pour gonfler leurs bonus de fin d’année, vont se retrouver "collés" avec des montagnes de créances défaillantes.

 

cds-par-pays-16-02-09.jpg
Toutes les structures complexes à fort effet de levier, montées dans l’euphorie et la précipitation, les ABS (Asset Backed Securities), les CDO (Collateralized Debt Obligations), les CLO (Collateralized Loans Obligations) et autres CPDO (Constant Proportion Debt Obligations), sont entraînées dans un cycle infernal de dépréciation, à mesure que les actifs sous-jacents à ces structures (crédits hypothécaires, cartes de crédit, prêts étudiants, dette LBO, crédits syndiqués, etc) sont touchés par la crise.

Les pertes sur ces structures sont, en outre, amplifiées par le phénomène du "tranchage" qui concentre les risques dans les tranches les plus mal notées, et par un phénomène non anticipé de "recorrélation" entre les différentes tranches, qui dégrade l’ensemble de la structure dès lors qu’une partie est atteinte. C’est l’équivalent financier du phénomène de "résonance" qui provoque la destruction spéctaculaire de certains ouvrages d’art (ponts, tunnels), suite à une répétition de petits chocs ponctuels. La résonance atteint aujourd’hui l’ensemble du système financier.

CDS_5_b.jpgAjoutez à cela que ces structures complexes ont été, en partie, acquises par des investisseurs (hedge funds notamment) qui se sont fortement endettés pour accroître leur gain potentiel, et vous avez une idée de la réaction en chaîne qui s’enclenche : dépréciations des actifs, pertes multipliées par l’effet de levier, ventes forcées en catastrophe sur un marché illiquide, nouvelles dépréciations d’actifs, et ainsi de suite. Les caisses de retraite qui avaient aussi investi dans ces actifs - réputés sans risque -, font alors jouer des assurances - appelées CDS (Credit Default Swaps) - contractées auprès de grandes sociétés comme AIG, elles mêmes en pleine déroute aujourd’hui. L’effet domino s’enclenche. Comme dans une tragédie antique, les différents protagonistes accélèrent leur chute collective en essayant d’y échapper individuellement.

Fin janvier 2009, le FMI estimait dans une note que les actifs compromis détenus par les banques américaines dépassaient les 2000 milliards de dollars, après avoir annoncé un premier chiffre de 1200 milliards de dollars en octobre 2008. Au vu des dernières nouvelles sur le front macroéconomique et sur le front financier, le FMI pourrait très rapidement revoir sa copie. D’ici la fin de l’année, les dépréciations d’actifs liés à des crédits compromis pourraient atteindre 3000 à 4000 milliards de dollars, rien qu’aux Etats-Unis. Un chiffre à méditer, surtout quand on sait que c’est le contribuable qui paiera la note finale.

A Kateb

11/03/2009

Stiglitz commente la crise

Point de vue d'un prix nobel de l'economie

ENTRETIEN DE F24 : Rafaël Kahane reçoit Joseph Stiglitz. Le Prix Nobel d’Economie donne une explication à l’ampleur de la crise économique et livre ses critiques sur les mesures de relance mises en place par les gouvernement dans le monde.

 

 

15:40 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stiglitz, davos, crise

"Mettre fin aux enfers fiscaux"

Point de vue philosophique de la situation

Entretien avec Patrick Viveret, philosophe, lors des 5e assises du développement durable à Lyon, au cours desquelles il a lancé une pétition contre les paradis fiscaux, qu’il propose de rebaptiser "enfers fiscaux".

 

 

Sortir de la banqueroute de l'ordre néo-libéral

Voici un autre commentaire et analyse de Mr Jacques Cheminade, où il explique trés bien le processus de cette escroquerie internationale, du système financier néo-liberal, dans lequel nous vivons.Pour reprendre les termes de Mr Cheminade, la faillite, la destruction de ce système se trouvaient déjà dans ses gènes. Ce qui veut bien dire, que cela etait parfaitement previsible, comme il tente pourtant de le dénoncer depuis les années 90.

Pour ma part, je pense qu'il faut punir les responsables de la mise en place de ce systeme,(financiers,et politiques) comme Greenspan, Reagan, Milken, Madoff, Tatcher, Bernanke, Trichet...pour crime contre l'humanité. Mieux que de vulgaire dictateur de certain pays africains où il y a eu des génocides, eux sont responsables du tres proche effondrement de la civilisation moderne,........de la fin d'un monde! Le terme crime contre l'humanité me semble donc trés approprié, non !? Qu'en pensez-vous?!

 

 

La crise d’aujourd’hui, un exemple d’une crise systémique du capitalisme

Voici un point de vue politique

La crise actuelle est une des conséquences de la crise sociale que nous connaissions avant. C’est une conséquence d’une volonté politique.

Titrisation, effet levier, bulle spéculative... des termes que l’on entend tous les jours. Voici une petite vidéo de vulgarisation.

 

 

L’économie du bonheur

Point de vue sociologique de ce systeme economique

Voici une vidéo qui a plus de 10 ans montrant Monsieur Bourdieu (un des plus grands sociologues Français de l’après guerre) prédisant la crise. Dans un contexte ou tous les hommes politiques et médiatiques nous font croire que cette crise est soudaine et inattendue, cette vidéo prend tout son sens. A vous de juger...

 

 

10/03/2009

L'An 01 d'un nouveau monde

087.jpgBeaucoup en conviendront, c’est une très bonne nouvelle que l’ancien monde s’écroule. Il n’y a pas à se lamenter sur son sort mais à s’impatienter plutôt d’un effondrement d’une insupportable lenteur. Même si on doit en passer par des moments difficiles, ce qu’on nous présente comme de très mauvaises nouvelles, sont pour nous un retour plus que salutaire à la réalité, à la prise de conscience collective et la chance de créer une nouvelle civilisation qui soit fonder sur une base plus humaine et moins matérielle. Au moment du plus grand danger et malgré toutes les menaces qui s’amoncellent, on peut retrouver paradoxalement un optimisme perdu depuis bien longtemps, la Guadeloupe n’étant que la première de nos victoires dans la reconquête de tous nos droits et la réappropriation de la démocratie par ses citoyens.

Il ne faut plus en douter, c’est un avenir radieux qui s’ouvre devant nous, nous sommes dans l’An 01 d’une ère nouvelle avec tout à construire, tout à inventer, ce qui ne veut pas dire faire n’importe quoi et donner libre cours à tous les fantasmes mais, tout au contraire, pour répondre aux défis qui nous sont lancés, il nous faudra tenir compte de toutes les contraintes écologiques, économiques, techniques, sociales, philosophique, psychologique, ainsi que de tous nos défauts, individuels et collectifs, de notre nature double et fragile, de notre besoin d’autonomie comme de solidarité. Mais pour cela la révolution devra d'abord commencer en nous meme et en chacun de nous.

Après avoir tenté de donner un programme minimal susceptible d’unir les revendications sociales, il est temps d’esquisser dès maintenant ce que pourrait être l’étape suivante, pas si éloignée, un programme maximum si l’on veut, afin d’en éprouver les limites et sortir des visions religieuses, idéologiques, culturelles ou émotionnelles de la politique au profit d’un projet concret, d’une nouvelle organisation économique et sociale au service de l’épanouissement humain.

 

Pour se représenter la vie dans ce monde nouveau, il faut planter le décor d’une économie relocalisée en grande partie (pas complètement) et tournée vers les services et l’immatériel avec un retour de l’artisanat et des petits producteurs biologiques locaux.

1101802048_small.jpgIl ne faut pas s’imaginer qu’il n’y aura plus d’industrie ni de capitalisme. Il y aura même des industries comme le textile rapatriées, une fois la Chine tournée vers son marché intérieur et engagée vers la hausse des salaires. Simplement l’industrie ne représentera plus qu’une part minime de l’activité avec des usines très automatisées et une part de plus en plus importante d’objets seront produits localement par des imprimantes 3D ou des petits ateliers numériques reproduisant sur place des articles commandés aussi bien que des créations originales (qu’on les appelle "micro-usines personnalisées" ou fabbers ou digital fabricator). De quoi réduire la part de l’industrie et les transports même s’il faudra toujours s’approvisionner en matières premières et que l’industrie restera compétitive dans les productions de masse.

L’agriculture devrait reprendre un peu plus de place, y compris en ville (sur les toits et entre les tours), avec de nombreux petits agriculteurs fournissant les marchés de proximité mais aussi avec le développement des jardins individuels.

Le petit artisanat sera encouragé mais l’essentiel de l’activité concernera la santé, l’éducation, la formation, la culture, l’information, l’informatique, le divertissement, la restauration, le tourisme, etc. L’informatique se distingue des services par son caractère immatériel et sa capacité à se multiplier alors que dans les services, les personnels ne peuvent se dédoubler. En tout cas, on est là dans une économie plus écologique et humaine dont la croissance n’augmente pas forcément la consommation matérielle, on peut y veiller. Cela ne supprime pas pour autant la production industrielle qu’il faut réduire, la décroissance étant ici inévitable alors qu’elle ne concerne pas la consommation de musiques numériques notamment. Le monde de demain, c’est le monde du téléchargement et de la gratuité numérique mais de produits plus petits, plus durables et plus chers sans doute. Mais dans tous les cas une consommation mieux régulé, mieux ciblé et moins excessive.

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Les transports seront très réduits pendant la transition énergétique au moins et devront être optimisés. C’est une reconfiguration de l’espace et des circuits économiques qui doit assurer d’avoir le moins à se déplacer. Sur ce plan, les achats sur internet devraient se généraliser, sans remplacer les marchés locaux, de même que les visioconférences, sans remplacer les contacts humains.

On voit que c’est à la fois très différent de notre présent et pas si lointain malgré tout. Un petit signe peut sembler étrange, une carte de paiement SOL utilisée comme une carte de fidélité ou pour acheter des produits locaux. C’est par cette monnaie locale que se matérialise une relocalisation qui n’a besoin ni de barrières, ni de frontières. Elle permet de rendre plus concurrentielles les compétences locales, exemptées de toute taxe quand elles sont payées en monnaie locale. C’est la municipalité qui gère la monnaie, et ce n’est pas toujours facile la démocratie municipale, mais la relocalisation commence par là, par la reconstitution d’une vie démocratique locale décidée à se réapproprier son avenir et ne pas se laisser faire. Certes, il faut souvent une bonne crise pour ressouder ses liens mais le moment devrait être propice, en tout cas c’est là qu’une résistance à la débâcle générale devra s’organiser. Bien sûr, l’idée d’une monnaie municipale devra faire pas mal de chemin pour s’imposer mais, ça vient, on commence à en parler au moins...

On n’a rien vu que de très normal jusqu’à présent mais c’est qu’on ne voit pas le statut des travailleurs. La plupart ne sont plus salariés mais auto-entrepreneurs, inscrits à la coopérative municipale qui leur fournit un certain nombre de services de conseil, d’assistance, de formation, de valorisation, de financement, tous les instruments du développement humain. Poussons la porte de la coopérative même si on peut tout faire par internet, c’est un endroit sympa qui fait bar café (pour d’autres, ça peut faire aussi épicerie, restaurant, salle de sport, vidéothèque, centre culturel, studio d’enregistrement, radio, free clinic, etc.) mais on y trouve aussi une assistante sociale, des formations. On peut y apporter des objets à l’atelier de réparation ou de récupération mais on peut aussi l’échanger à la bourse locale d’échange. La coopérative est au coeur de l’animation de la commune (ou de la communauté de commune, ou du quartier selon les configurations). Si on veut travailler dans un domaine on peut en parler et trouver des partenaires pour se lancer, y rencontrer d’autres travailleurs autonomes pour s’associer dans un projet commun (tout en restant autonome). Si on n’y arrive pas, on doit trouver toutes sortes d’assistances pour mieux valoriser ses compétences ou vendre ses produits. Bien sûr, la coopérative municipale ne vise pas à concentrer toutes les activités, il y aura encore des salariés, des fonctionnaires et des commerçants dans cette économie plurielle. Elle est inévitablement le reflet des habitants de la commune, des coutumes locales et de l’état des relations sociales ou des rapports de force qui ne sont pas toujours favorables. Les formes peuvent en être très diverses. C’est principalement l’institution du développement humain et des échanges locaux, favorisant le travail autonome en sortant l’auto-entrepreneur de son isolement.

La sortie du salariat ne se voit pas, sauf peut-être dans un plus grand sentiment de liberté et d’égalité, mais il y a une chose qu’on ne devrait plus voir, ce sont les pauvres et les sdf qui se multiplient depuis peu. En effet, tout ce qu’on a vu, le développement du travail autonome ne peut être viable sans un revenu garanti qui représente une libération du travail comparable à la libération de l’esclavage, ce qui ne veut dire, on le voit bien, ni un bonheur sans fin, ni qu’on ne ferait plus rien ! Bien sûr, cela n’empêchera pas des adolescents affalés devant la télé, des alcooliques, des drogués mais un peu moins sans doute, grâce aux coopératives qui complètent le dispositif, permettant ainsi au plus grand nombre d’accéder au travail choisi tout en protégeant les plus faibles. Voilà bien ce qui est presque impossible d’obtenir directement mais qui se met en place en contre-bande, en Guadeloupe notamment. Une grève générale pourrait peut-être l’obtenir mais il faudrait pour cela que l’idée soit dans toutes les têtes, ce qui est loin d’être le cas. Pourtant on peut voir dans ce revenu d’autonomie un véritable droit à l’existence qui nous fait monter d’un cran dans notre humanité et dans nos libertés effectives, passage de la sécurité sociale au développement humain.

breveon51.jpgIl y aurait beaucoup d’autres choses à raconter sur nos futurs modes de vie et les techniques écologiques à employer. On pourrait continuer ainsi la fiction si elle ne risquait de virer au roman à l’eau de rose à ne voir que les bons côtés alors que la réalité sera inévitablement plus contradictoire et diversifiée. C’est quand même vraiment un autre monde, même s’il nous reste familier, un autre monde possible qu’il vaut le coup de construire mais qui ne changera pas fondamentalement les hommes pour autant à les rendre simplement un peu meilleurs avec de meilleures institutions et une production moins polluante. C’est du moins une véritable reconnaissance sociale de chaque citoyen et un progrès de la démocratisation. André Gorz indiquait déjà dans "Misères du présent, richesse du possible" comment ce triptyque (monnaie locale, coopératives, revenu garanti) pouvait faire système et constituer des alternatives locales à la globalisation marchande et aux multinationales. Que veut-on de plus ?

On ne parle pas ici d’abolir le marché, ni même le capitalisme, juste de sortir progressivement et volontairement du salariat. On parle de ce qui est possible et souhaitable, de donner les moyens de l’autonomie. On ne parle pas tant de confiscation des richesses que de leur distribution. La question écologique n’est pas prise ici du côté de la consommation mais de la production, pas du côté de la propriété collective mais du travailleur autonome, pas du côté du contrôle des populations mais de leur liberté. En effet, pour défendre notre liberté et notre qualité de vie, il s’agit de partir de ce qu’on veut faire, et changer le travail pour changer de mode de vie. L’écologie de la vie quotidienne est d’abord une écologie du travail, privilégiant le travail autonome et la coopération. Qu’il y a-t-il de plus important que de pouvoir choisir ce qu’on veut faire et valoriser ses compétences.D'où un nouveau type d'education à mettre egalement en place, basé sur le respect de chaque individualité.C'est à dire, ne plus dénaturer les capacités et competences naturelles de chaque individu, et que les choix d'orientation ne ce fasses plus en fonction de pression sociale, familliale ou encore culturelle, mais simplement en fonction de la nature profonde de la personne. Quoi de mieux, que de pouvoir enfin etre soi meme et en accord avec nos personnalités, plutot que de devenir ce qu'on n'est pas? Ce n’est qu’une partie de la solution sans doute et qui ne réglera pas tous nos problèmes mais l’avenir est prometteur (30 ans après la crise !), le moment est propice qu’il ne faut pas laisser passer. C’est maintenant que se construisent les institutions du cycle suivant. On n’y est pas du tout encore et ce n’est pas ce dont on rêve ordinairement, tout cela reste trop exotique mais devrait malgré tout s’imposer matériellement avec la crise et ce serait pas mal quand même, de quoi retrouver le sourire et le bonheur d’être ensemble, même si ce n’est pas le paradis où tout le monde s’aime pour la vie..., mais déjà nous pouvons faire cette révoluttion en nous meme, en reprennant confiance en nous ; ainsi se deconditionner du passé pour retrouver la liberté et notre conscience humaine.

Le changement passera d'abord par nous meme en chacun de nous ! là est la vrai revolution humaine, pour que le monde change !

09/03/2009

On ne badine pas avec l'honnêteté fiscale

Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. Lors du prochain G20 qui aura lieu à Londres au mois d'avril, il sera question de la lutte contre les paradis fiscaux et le secret bancaire. En attendant la Suisse, le Luxembourg et l'Autriche cherchent des parades...



(photo : ★ Mathias Pastwa ★ - Flickr - cc)
(photo : ★ Mathias Pastwa ★ - Flickr - cc)
Peut-on abolir le secret bancaire ? Voilà que la Suisse, le Luxembourg et l’Autriche contre-attaquent avant le sommet du G20…

Londres, premier paradis fiscal
Le sommet du G20 à Londres qui se tiendra le 2 avril et qui devrait mettre un peu d’ordre dans le système financier international ; et notamment lutter contre les paradis fiscaux et le secret bancaire ! Petite remarque préliminaire : Londres, deuxième place financière du monde, en est sans doute – c’est Jacques Attali qui faisait cette remarque - le premier paradis fiscal. Les grandes institutions de la City sont branchées et perfusées en permanence sur les paradis fiscaux, certains pas très lointains, comme les Iles Anglo-Normandes. D’une certaine manière on va contrôler la finance chez les grands patrons de la dite finance, ça commence mal. En attendant, la Suisse, l’Autriche et le Luxembourg se sont réunis au Grand-Duché pour chercher quelque parade. Je rappelle que deux de ces pays sont membres de la zone euro. Parade numéro un : nous sommes des pays du secret bancaire, mais pas des paradis fiscaux. Alors ? Que penser de cette fable ? Que c’est une fable précisément, parce que lorsqu’on cache de l’argent, pour qu’il n’apparaisse plus aux yeux de quelque autorité que ce soit, c’est, en général, pour frauder le fisc.


On ne badine pas avec l'honnêteté fiscale
« Amnistions les fraudeurs, sinon ils resteront en Suisse »
Il n’y a pas que de la fraude fiscale dans les paradis fiscaux. Soyons rassurés, dans les 10000 milliards de dollars que représentent les paradis fiscaux, c'est-à-dire 20% du PIB mondial, il y a aussi, dieu merci, de l’argent de la drogue, de la prostitution, du rackett et de crimes divers. Mais la parade numéro deux de nos trois amis, la Suisse, le Luxembourg et l’Autriche disent : si c’est pas nous, c’est les autres ! Magnifique argument. Si c’est pas nous, l’argent ira à Singapour. C’était déjà l’argument du blanchiment des fraudeurs utilisé en Italie et en France : amnistions les fraudeurs, sinon ils resteront en Suisse.

Que répondre à ça ? Qu’ils y aillent. Et si certains fonds d’investissements français ont vraiment besoin de l’argent noir, après tout, ils iront le chercher à Singapour, mais nous, en Europe, on ne badine pas avec l’honnêteté fiscale, fondement de la démocratie. C’est un peu l’argument des partisans de la peine de mort : on abolira la peine de mort quand les assassins l’auront abolie. Et bien non : ce n’est pas parce qu’il y a des fraudeurs qu’il faut accepter la fraude.

Est-ce que cet argent est dangereux ? D’abord on en aurait bien besoin, en ces temps de déficit ! Ensuite oui, il est dangereux, il déstabilise le système financier, et favorise les comptabilités truquées ou occultes. Pourquoi croyez-vous que la BNP a des succursales dans les Iles Anglo-Normande ?

Mardi 10 Mars 2009 - 12:53

Bernard Maris

Du pain et des jeux en ligne !

Du pain et des jeux en ligne !

Par Laurent Pinsolle. Qui est irrité par la libéralisation des jeux d’argent en ligne imposée par Bruxelles. Et dénonce les arguments boiteux des néolibéraux pour défendre leurs intérêts.



(capture d'écran : www.poker770.com)
(capture d'écran : www.poker770.com)

La crise empire, de jour en jour, mais les tenants du néolibéralisme continuent à faire avancer, inlassablement leur agenda de déréglementation. Nouvel exemple en date : la libéralisation des jeux d’argent en ligne, imposée, comme souvent, par Bruxelles.

Faut-il libéraliser les jeux en ligne ?

Les deux principaux arguments des défenseurs de cette libéralisation sont le refus de toute réglementation et le constat que des milliers de Français y jouent déjà. Le Figaro affirme ainsi que 5% de la population joue déjà en ligne et que 2 milliards d’euros y sont dépensés. D’autres affirment que cette libéralisation, qui sera effective au 1er janvier, permettra de rapporter au gouvernement de l’argent, au moment où il en a besoin, faisant un parallèle avec le projet de légalisation de la marijuana en Californie…

Le problème est que les jeux d’argent ne sont pas une activité comme une autre. C’est une activité où les joueurs sont sûrs de perdre collectivement, laissant une marge bénéficiaire sécurisée à leurs promoteurs. C’est pourquoi cet opium du peuple a souvent été strictement réglementé dans beaucoup de pays, voir confié à des entreprises publiques, pour assurer que le bénéfice de cette activité reste à la collectivité. Pire, l’aspect virtuel d’Internet risque de démultiplier les paris des joueurs, à leur détriment.


Ce que révèle ce débat

Le débat sur la libéralisation des jeux en ligne est un puissant révélateur des lignes de partage entre les néolibéraux et les partisans d’un certain encadrement de la société. Les uns trouveront toujours un argument pour ridiculiser cette volonté d’entraver la liberté individuelle (d’entreprendre ou de jouer) tandis que nous autres soulignons que ces règles sont nécessaires au bon fonctionnement d’une société, un peu comme le code de la route est nécessaire pour la sécurité de tous, même s’il entrave certaines libertés.

L’Europe, comme toujours, pousse à toujours plus de libéralisation, de suppressions des règles qui encadraient nos sociétés, par pur dogmatisme intellectuel, sans jamais invoquer l’intérêt collectif. En effet, comment croire une seconde que l’intérêt général consiste à laisser les gens parier en ligne ? Quel bénéfice en tirera la société ? L’activité du jeu, parce qu’elle peut être addictive et mettre en danger la vie de certaines personnes, doit être encadrée pour veiller à limiter ses effets néfastes.

Les jeux en ligne n’apportent strictement rien à la société, mais peuvent coûter beaucoup à certains. C’est pourquoi le gouvernement a tort de suivre la Commission Européenne et d’autoriser cette activité. À moins qu’en ces temps troublés il ne souhaite nous donner du pain et des jeux…


Lundi 09 Mars 2009 - 16:40
Laurent Pinsolle

07/03/2009

L’EUROPE JETTE LE MASQUE : C’EST UNE DICTATURE !

VERITE

"Lorsqu'un gouvernement est dépendant des banquiers pour l'argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit. [...] L'argent n'a pas de patrie ; les financiers n'ont pas de patriotisme et n'ont pas de décence ; leur unique objectif est le gain."

Napoléon Bonaparte (1769-1821), Empereur Français

Le prétendu « mini-traité européen » qui vient d’être signé à Lisbonne, a été conçu en secret et dans le dos des peuples européens, dans le seul but de faire ratifier par la France un texte exactement comparable, sur le fond, à celui que le peuple français souverain a rejeté à 55% des suffrages le 29 mai 2005.


cassons-la-dictature-de-la-finance.1222936292.jpgLa preuve est ainsi faite que le processus de construction européenne est purement et simplement la mise en place d’une dictature, qui a l’astuce de se cacher. Nonobstant la volonté de banaliser ce coup de force des uns et les silences complices des autres, il s’agit d’une affaire d’une exceptionnelle gravité.



Dans ces conditions, la question n’est certainement pas de discuter des modalités de ratification d’un traité dont le principe même est un déni de démocratie. Que ce soit par voie parlementaire ou référendaire, aucun procédé ne peut plus légitimer ni ce nouveau traité, ni le statu quo, après le vote souverain et définitif du peuple français du 29 mai 2005.


La seule question légitime à poser désormais aux Français est de savoir si, oui ou non, nos compatriotes acceptent la mise en place de cette dictature.


C’est le devoir de tous ceux qui respectent les principes démocratiques et le droit international, dont la règle supérieure reste le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, d’exiger dès maintenant la sortie de la France de l’Union européenne.

LaRouche : la plus grande crise de l’humanité et comment la surmonter

6 mars 2009

la.terre.jpgNous vivons un moment historique sans précédent depuis l’âge des ténèbres du XIVème siècle. Voilà un aspect du problème qui se pose, dans la mesure où il n’y a personne, en vie aujourd’hui ou ayant vécu au cours des dernières générations, qui ait la moindre idée de ce qui arrive à la planète en ce moment.

La terre compte actuellement environ 6,7 milliards d’habitants. Faute de prendre les mesures nécessaires à l’échelle mondiale, que j’indiquerai ici, ce nombre ne sera plus, au mieux, que de 2 milliards d’ici deux générations. Des pans entiers de nos cultures risquent de disparaître, à part quelques survivants qui se rappelleront du passé pour le transmettre à leurs descendants.

Aux Etats-Unis, notre nouveau Président est entouré d’un groupe de personnes douées et compétentes. Certaines ne me plaisent pas du tout, mais dans l’ensemble, ces individus représentent les meilleurs talents que les Etats-Unis puissent nous offrir. Malheureusement, ils n’ont ni l’expérience, ni la compréhension pour faire face au type de crise qui nous tombe dessus.

Evidemment, moi non plus, je n’étais pas là au XIVème siècle, mais j’ai une assez bonne idée, peut-être plus que tout autre personne vivante, de ce qu’il faut faire aujourd’hui. Par conséquent, j’ai la lourde responsabilité de faire la distinction entre ce que les experts savent du remède à administrer et ce qu’ils ne savent pas, et donc de leur montrer ce qui leur échappe. Certains parlent de cette crise comme d’une « récession », ce qui est puéril, ou encore d’une « dépression », ce qui est un terme beaucoup trop faible.

En réalité, notre civilisation est confrontée à une crise existentielle d’une telle gravité qu’elle risque de ne pas pouvoir la surmonter. Des civilisations, des cultures, des sociétés entières et leurs populations peuvent disparaître. Il faut bien se rendre compte de la vulnérabilité de la population mondiale.

2008-12-04T121301Z_01_APAE4B30XXR00_RTROPTP_2_OFRBS-CHINE-USA-ECONOMIE-20081204.JPGPrenons le cas de la Chine, frappée d’une crise brutale : elle sera incapable de maintenir en vie sa population de 1,4 milliard d’individus si les tendances actuelles se confirment. Toutefois, le problème n’est pas chinois, mais international. L’Inde est un peu plus stable, parce qu’elle est moins tributaire des exportations, mais elle est tout aussi vulnérable. La Russie est au bord de la non existence ! L’ensemble de l’Asie du sud-ouest est en crise, tandis que l’Afrique est la cible d’un génocide, orchestré notamment par l’empire britannique, et sa population pourrait être anéantie si nous ne l’arrêtons pas. Celle des Etats-Unis, d’Amérique du Sud et d’autres continents est également menacée.

Dans cette situation, le schéma habituel qu’emploient les gouvernements de certaines nations pour réagir à la crise, s’avère tout à fait inopérant et erroné.

Rétablir la souveraineté nationale

Ce dont nous avons besoin, c’est d’une réaffirmation de la souveraineté nationale, surtout en Europe, qui l’a totalement abandonnée. Faute de défendre et promouvoir la souveraineté nationale, on ne pourra pas mobiliser les populations du monde pour faire face. En même temps, il faut comprendre comment organiser une lutte globale pour surmonter le grand krach, c’est-à-dire comment amener des nations, qui ne sont pas proches par nature, à collaborer en toute souveraineté dans une coopération à long terme – de l’ordre de cinquante ans ou plus, afin de rebâtir l’économie mondiale et d’assurer la survie de la civilisation.

Les talents existent pour traiter le problème, mais ils ne conçoivent pas la manière de s’organiser pour un effort conjoint. Voilà mon travail.

Pour ce qui est de la nature de l’enjeu lui-même, les économistes professionnels ne sont aucunement compétents pour traiter le coeur du problème. Il existe des personnes capables de mettre en oeuvre des programmes, mais elles n’ont pas vraiment étudié le problème du point de vue de l’histoire longue. Elles pensent en termes de quelques générations, ou de seulement quelques siècles, alors qu’il faudrait prendre en compte les derniers 2000 ou 3000 ans, pour en apprécier l’ampleur.

993404-1241841.jpgRécapitulons. Le 25 juillet 2007, j’ai affirmé lors d’une conférence internet que nous étions au bord d’une crise généralisée d’effondrement du système financier et monétaire mondial. J’ai clairement identifié le problème et certaines des mesures à prendre. Trois jours plus tard, le système commença à se disloquer. Certains idiots évoquaient une « crise du crédit immobilier subprime ». En réalité, il s’agissait du râle d’agonie du système. Depuis, la désintégration de l’économie mondiale ne fait que s’accélérer.

Les « experts » sont partis du point de vue qu’il n’est pas nécessaire d’effectuer des changements fondamentaux, qui renverseraient les politiques suivies, en particulier depuis le printemps 1968. En fait, il faudrait annuler la plupart des politiques adoptées depuis le 1er mars 1968, lorsque le président Johnson prit la première mesure de démantèlement du système à taux de change fixes. Ce démantèlement signifiait l’autodestruction des Etats-Unis et condamnait l’Europe au déclin.

Depuis lors, les pays européens ont perdu leur souveraineté. Ce grand espace de l’Europe occidentale et centrale a cessé d’être un bastion de souveraineté. Aucun pays de l’UE ne dispose plus de l’autorité juridique pour gérer sa propre économie. Tous sont sous la coupe du système de l’euro, qui les emprisonne. Ils n’ont même pas le droit d’émettre du crédit productif public pour assurer une reprise. Dans le cadre des règles actuelles, ils ne sont pas autorisés à augmenter les investissements en capitaux, grâce au crédit public productif, pour renverser la vapeur.

Prenons par exemple le cas d’Opel, ici à Rüsselsheim en Allemagne, où se tient notre conférence. Le secteur de l’automobile international est en pleine désintégration. Aux Etats-Unis, l’industrie automobile est morte ; il y a longtemps qu’elle s’est suicidée, mais c’est seulement maintenant que sa mort se manifeste. (...)

Le nucléaire et les technologies de pointe

L’origine de cette crise remonte à 1968. Au lieu de mobiliser les ressources nécessaires pour faire face au déclin industriel et économique, sous la pression des soixante-huitards qui défilaient dans la rue, on a pris la direction opposée, optant pour une société dite « postindustrielle ». On a banni l’énergie nucléaire, qui est la seule source énergétique à même d’assurer une vraie croissance économique.

9782868836915FS.gifEn science économique, la plupart des gens sont ignares. Ils croient à la soi-disant « énergie gratuite » et pensent qu’on peut se fier au vent et au soleil pour produire de l’énergie. Ce n’est pas possible ! On a oublié ce qu’est l’énergie. Telle calorie n’est pas égale à une autre. L’énergie se mesure en termes de densité de flux énergétique : il s’agit de l’intensité d’un flux de chaleur (ou de son équivalent en température) utilisée par la source de puissance.

Cela vaut aussi pour la chimie physique : pour transformer des déchets en matières premières, on a besoin de sources énergétiques à forte densité de flux énergétique. Le pétrole n’est pas suffisant, pas plus que le gaz naturel.

Par exemple, sans la fission nucléaire et sans la perspective de fusion thermonucléaire, nous ne pourrons pas développer la quantité d’énergie nécessaire pour garantir l’approvisionnement en eau douce des nations densément peuplées. L’Inde utilise déjà ses ressources en eau fossile, tandis qu’elles s’épuisent en Europe, comme aux Etats-Unis. Sans énergie nucléaire, il n’y aura pas de relance économique. L’éolien est une farce, qui n’existe que grâce à des subventions publiques. Toute la conception de l’infrastructure et la culture du travail industriel qualifié sont passées aux oubliettes.

De même, nous avons commencé à délocaliser les emplois d’Europe et des Etats-Unis vers des pays pauvres. Les « experts » nous disaient que c’était une bonne affaire, mais c’est un leurre. Ils s’y sont installés pour disposer de main d’œuvre bon marché, mais la productivité du monde, dans l’ensemble, a chuté à la suite de ces délocalisations. On s’aperçoit désormais que la Chine est excessivement dépendante de ses exportations. Elle est plongée dans une crise existentielle, car le genre de marché à l’exportation dont elle vivait, avec ses ouvriers mal payés, n’existe plus.

Nous devons changer radicalement cette situation. Actuellement, nous sommes incapables d’entretenir la technologie nécessaire pour faire vivre une population de plus de six milliards de personnes, ne serait-ce qu’à leur niveau de vie actuel. Si l’on abaisse encore ce niveau, il y aura des morts. En Chine, faute de trouver un remède, on voit déjà le début de ce genre de génocide potentiel. Comment infléchir les orientations politiques actuelles ? Comment renverser la vapeur ?

Il faut provoquer une prise de conscience, car les habitudes mentales qui dominent la vie des nations, en particulier depuis Mai 68, tuent des gens et si nous n’y changeons rien, une bonne partie de la population mondiale disparaîtra dans sa chute vers un nouvel âge des ténèbres.

Culture et Etat-nation

photo_1222697484292-4-0.jpgLe levier pour obtenir ce changement consiste à forger de nouvelles formes de coopération, surtout pour fournir une direction à la planète. L’Europe, en raison de son organisation et de ses lois, est pour l’instant incapable de générer le capital nécessaire pour rebâtir ses propres économies et encore moins l’économie mondiale. (L’opposition au nucléaire n’est qu’un aspect du problème. Les pays sont démobilisés : tous ces moulins à vent, ici, ne sont qu’un signe de damnation, ce ne sont pas des cibles pour Don Quichotte. Pas question d’avoir une industrie moderne avec ces éoliennes !)

Qui pourra le faire alors ? Il y a quatre pays sur cette planète qui peuvent, en coopérant, stimuler le monde dans son ensemble pour faire adopter le remède. Les Etats-Unis (quoi que vous puissiez penser de leur politique) sont déterminants. Sans leur coopération, il n’y aura pas de relance globale. Sans défendre la Chine, la reprise ne marchera pas non plus. De même pour l’Inde et la Russie. Sans réunir ces quatre puissances, entre autres, dans la solidarité, afin d’inverser la dérive des quarante dernières années pour recouvrer la santé mentale, cette descente dans un âge des ténèbres deviendra quasiment inarrêtable.

Il faut revenir au concept d’Etat-nation souverain. Avec la mondialisation, nous avons les mains liées. On a besoin de l’Etat-nation souverain, ne serait-ce que pour des raisons culturelles.

Quel est le problème, en particulier avec ces délocalisations ? Comment subvenir aux besoins d’une population qui est passée de moins d’un milliard au milieu du XIVème siècle à 6,7 milliards aujourd’hui ? On doit s’appuyer sur le progrès scientifique et technologique, qui entraîne à son tour le développement des infrastructures et de l’industrie, permettant d’assurer le bien-être de la population, en lui fournissant par exemple les soins médicaux et les systèmes de santé, qui sont tout aussi importants. Grâce à l’éducation et à la culture, les capacités intellectuelles de la population se développent. On forme des individus capables d’assimiler la science et la technologie modernes et de les appliquer, à la production ou ailleurs. En rejetant la technologie de pointe, comme on l’a fait depuis 1968, on condamne la planète.

Prenons une population devenue étrangère à la science et à la technologie. On pourra la mobiliser en l’impliquant dans un travail productif permettant le rétablissement de bonnes conditions de vie pour chacun.

Cependant, sans cultures nationales, c’est impossible. Ce que les gens et la plupart des économistes ne comprennent pas, c’est la vraie notion de « productivité ». La productivité dépend des facultés créatrices de l’esprit humain, qui permettent de faire des découvertes scientifiques et, plus largement, donnent à la population les moyens d’assimiler l’innovation et le progrès. Autrement dit, au contact de la science et de la technologie, et aussi de la culture classique, la créativité de la population augmente. Elle acquiert ainsi la capacité de faire des découvertes, ou du moins la capacité de les assimiler de manière productive.

Sans cette orientation vers la science et la culture classique, c’est beaucoup plus difficile. La camelote que l’on nous vend aujourd’hui en guise de culture, empêche les gens de développer leur potentiel créateur. On le voit bien dans nos systèmes d’éducation.

Avec la mondialisation, l’idée de maintenir les populations asiatiques ou latino-américaines dans l’arriération, pauvres et privées de culture classique, les condamne à ne pas pouvoir subvenir à leurs besoins, ce que seule la véritable créativité permet d’obtenir.

Pour développer cette créativité, la culture nationale de chacun est le véhicule qui amène les gens à penser de façon créative, pour eux-mêmes comme pour leur société. Si l’on pense à une force de travail composée de main d’oeuvre bon marché, elle est incapable d’innover, cantonnée à des méthodes de production qui n’encouragent pas le progrès.

Cette idée de la créativité comme fondement de la productivité était essentiellement européenne. L’impulsion initiale de ce qui allait devenir la civilisation européenne moderne remonte à l’époque du grand Concile de Florence, vers 1439. Elle s’est manifestée par l’influence de Nicolas de Cues, par exemple, et de Filippo Brunelleschi auparavant, reflétée dans le dôme de la basilique Santa Maria della Fiore à Florence, et plus tard avec Léonard de Vinci et les grands esprits scientifiques des XVIème et XVIIème siècles. Voilà l’origine de la culture européenne moderne.

En parallèle, nous avons le processus conduisant, par l’intermédiaire de Jean-Sébastien Bach, à la grande musique et autres chefs d’œuvre de la culture artistique classique. Ces richesses, qui ont vu le jour en Europe, furent « exportées » et répandues en Amérique du Sud et du Nord.

L’intention des humanistes était d’étendre au monde entier l’accès à ce genre de savoir, encourageant ainsi, chez l’individu, la qualité qui distingue l’homme de l’animal : la créativité.

140508_105812_PEEL_QTeSrt.jpgAucune forme de vie animale n’est capable d’accroître, volontairement, son potentiel de densité démographique relative. L’espèce humaine est la seule qui soit, et sera, capable d’accroître ce potentiel, d’augmenter son niveau et son espérance de vie. La créativité, qui n’existe que chez l’homme, est la locomotive du progrès scientifique et technologique et du progrès culturel. Par conséquent, lorsque nous éradiquons cette capacité, en appliquant une politique de main d’oeuvre bon marché, une idéologie anti-science ou encore une culture qui méprise cette capacité au lieu de l’encourager, nous détruisons l’économie.

La créativité s’exprime au niveau individuel, mais chez des individus appartenant à une certaine culture. Dans l’utilisation de la langue, par exemple. La langue nationale est utilisée pour exprimer des idées. Reste à déterminer à quels degré et profondeur ces idées peuvent être communiquées à la population. Si l’on maintient dans l’ignorance 50 ou 60% de la population, sera-t-elle capable de développer sa créativité ? Non !

Par conséquent, la culture nationale – l’eau dans laquelle nage la population-poisson – et son développement sont la source de l’accroissement de la créativité et de la productivité potentielle des citoyens. En vérité, il s’agit là d’un mouvement culturel qui sert de base pour promouvoir la créativité. Cela s’appelle, chez Leibniz et d’autres, la dynamique, contrairement aux méthodes cartésiennes.

Nous voulons donc mobiliser les Etats-nations souverains, non pour s’entretuer, mais en conformité avec les principes des Traités de Westphalie : un peuple national souverain considère que le bien-être des autres peuples souverains répond à son propre intérêt bien compris, tout en défendant sa propre souveraineté. Voilà l’origine des grands accomplissements de la civilisation européenne. C’est une leçon que nous avons jadis apprise de l’étude d’autres cultures, en Asie ou ailleurs.

Le rôle des Etats-Unis

Pour cela, le rôle central des Etats-Unis est essentiel, bien que beaucoup d’Européens rechignent à l’admettre. Interrogeons-nous donc sur ce que « sont » réellement les Etats-Unis.

[M. LaRouche examina ensuite l’origine des colonies d’Amérique du Nord, projet qui remontait aux cercles autour de Nicolas de Cues. Les colons, expliqua-t-il, étaient en grande partie des pionniers qui entendaient sauver la culture européenne en la transposant le plus loin possible de l’oligarchie européenne qui déchaînait les guerres de Religion et l’oppression. « Ainsi, dès le début, avant même d’être formellement une nation, les futurs Etats-Unis avaient un caractère dynamique, imprimé par ceux qui voulaient sauver le meilleur de la culture européenne. »

Ainsi, les Etats-Unis devinrent une grande puissance économique, expliqua LaRouche, grâce en particulier au chemin de fer transcontinental, qui permit d’intégrer l’ensemble du territoire, de l’Atlantique au Pacifique, par voie terrestre. Ce grand projet, lancé par le Président Lincoln, révolutionna le développement économique. Il mit un terme à la primauté historique de la puissance maritime, sur laquelle s’appuyait l’empire britannique pour dominer le monde.

LaRouche rappela que l’une des qualités du peuple américain est son aversion viscérale pour la noblesse et l’oligarchie, qui restent malheureusement un objet de fascination dans certains pays d’Europe.

Nous devons faire revivre cette tradition américaine et rechercher des partenaires avec qui collaborer, à des fins communes, à partir de cultures différentes. Un peuple, dans son ensemble, doit se développer dynamiquement, en tant que culture nationale. Puis, en s’appuyant sur le même principe que la paix de Westphalie, (...), des nations représentatives et volontaires, comme les Etats-Unis, la Russie, la Chine et l’Inde, pourront s’engager pour un objectif à long terme. Le « long terme » signifie entre 80 et 100 ans, parce que les investissements en capitaux et les investissements dans le développement des populations, se comptent en générations. Une perspective de 50 ans pour l’infrastructure, et même de 100 ans pour les grands systèmes fluviaux et de transport mondiaux s’impose.

L’objectif est d’augmenter la productivité de la population, grâce au développement de l’infrastructure et de l’énergie. On vise en priorité le développement culturel des populations, dans leur culture nationale. L’orientation vers le progrès scientifique, technologique et culturel doit être la règle, afin de renverser les tendances imposées depuis 1968 et de revenir à l’accord implicitement fixé aux nations au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, à savoir ériger un monde affranchi du colonialisme, de l’assujettissement des peuples et des traditions oligarchiques.

Voilà ce qui motiva les Européens à traverser l’Atlantique pour tenter de bâtir, hors d’Europe, un bastion de la civilisation européenne. (...)

Pour ce qui est de la nouvelle administration américaine, j’estime que certains de ses membres disposent de talent et de compétences. Il y en a d’autres que je n’aime pas, non pour des raisons personnelles mais à cause de leur politique. Mais en général, les personnes dans ce gouvernement, et celles qui lui sont associées, sont capables de mener à bien le travail qui s’impose.

2008-04-02T061414Z_01_NOOTR_RTRIDSP_2_OFRWR-USA-IMAGE-SONDAGE-20080402.jpgLe problème vient d’individus comme George Soros et de cette clique de Wall Street, qui incarnent le pire, chez nous et en Europe. Par exemple, George Soros est le plus grand promoteur de la drogue au niveau mondial. C’est un valet de l’empire britannique, qui fait équipe avec Lord Malloch Brown, le numéro deux du Foreign Office britannique.

Le refus des nations de s’attaquer au trafic international des stupéfiants est un des principaux problèmes. Ce trafic est organisé comme les opérations des Anglo-Hollandais au XVIIIème siècle. Par exemple, la production de pavot d’un paysan afghan lui rapporte de 500 à 600 dollars. Le prix du produit livré au consommateur en Europe ou aux Etats-Unis peut être mille fois plus élevé. La situation est identique en Amérique du sud.

Le problème stratégique en Asie du sud-ouest vient, en grande partie, de la drogue. C’est pourquoi envoyer des soldats en Afghanistan pour combattre les terroristes est une folie. (...) Il faut arrêter le trafic transfrontalier de la drogue, ce qui signifie s’attaquer à l’empire britannique [qui vit de l’argent de la drogue]. Il faut aussi fermer les paradis fiscaux et les marchés de produits financiers dérivés.

Nous devons instaurer une coopération entre nations pour combattre ce type de problème et, d’un point de vue positif, pour assurer le développement économique à long terme. Pour mettre en oeuvre un programme de relance aux Etats-Unis, l’administration actuelle, malgré certaines personnes mal avisées, a le potentiel d’aller dans ce sens. Mais nous allons avoir besoin de crédit pour des investissements à long terme, par exemple pour exploiter les matières premières de Russie et développer la production reposant sur ces matières premières. Cela implique des systèmes de transport et l’ouverture des régions de la toundra. La culture nationale doit être à même de traiter ce problème. Certaines personnes que je connais au musée Vernadski de Moscou sont des spécialistes en la matière et nous aurons besoin de leur coopération. (...)

Puis nous avons la Chine, une culture asiatique. Elle ne survivra pas à moins de réorienter son économie et d’être soutenue dans ses relations économiques avec le reste du monde. Ne pouvant plus compter sur des exportations bon marché aux Etats-Unis, la Chine devrait lancer un programme d’investissements à long terme, créant le crédit nécessaire pour que la population chinoise puisse accroître elle-même sa productivité. A cela, il faut intégrer l’Inde, puis l’Asie du sud-ouest. Les Etats-Unis, la Russie, la Chine et l’Inde représentent les principales concentrations de pouvoir économique et politique dans le monde.

En finir avec le monétarisme

Euro.jpgPour en revenir à mon rôle spécifique, on doit se débarrasser de l’idée selon laquelle l’argent représente une valeur intrinsèque. Ce n’est pas l’argent qui détermine la valeur des biens. Il faut instaurer, entre nations, un système de taux de change fixes, afin d’éviter que, lorsqu’elles empruntent de l’argent à 2%, les fluctuations des devises ne haussent ce taux à 4 ou 5%. De même, au lieu d’un système monétaire, qui est intrinsèquement un système impérialiste, il nous faut un système de crédit productif public. C’était l’intention de Franklin Roosevelt avant sa mort, en 1944, que [le président] Truman renversa de fond en comble.

En proposant de construire un système de crédit à taux de change fixes, Roosevelt s’opposait à Keynes, un impérialiste de la pire espèce. Dans la préface du livre qu’il fit publier en allemand, en 1937, Keynes expliquait qu’à l’époque, les conditions en Allemagne étaient plus propices pour ses idées que partout ailleurs dans le monde. Et c’était vrai !

Un système monétaire signifie que les nations n’ont pas de système de crédit souverain. On a affaire à un arrangement monétaire international, sous le contrôle de banquiers de style vénitien, qui utilisent les gouvernements et leurs devises nominales dans des schémas arrangés par une combinaison de puissances monétaires privées. Etablissons donc un système de crédit, où seul l’Etat peut émettre de la monnaie par un acte souverain. Cette création monétaire a lieu sous forme de crédit, qui peut être ensuite monétisé selon la loi.

Nous avons besoin d’investissements à long terme, à 25 ans, à 50 ans et à 100 ans. La construction d’une centrale nucléaire requiert un investissement sur 30 ou 40 ans. La fusion thermonucléaire doit être développée pour pouvoir maîtriser des densités de flux énergétique plus fortes, qui nous permettent d’évoluer vers des technologies plus performantes et moins polluantes.

Pour résumer, je propose d’élaborer un accord entre nations pour un système à taux de change fixes et des traités cadres portant sur des objectifs communs et des projets à long terme. Il s’agit également d’informer les populations sur l’importance de ces accords.

Mais avant tout, nous devons revenir à l’Etat-nation. C’est là que j’entre en scène et c’est là qu’est mon plus grand combat. Le 25 juillet 2007, j’ai soumis un projet de loi très spécifique sur les finances, parce que je savais que nous nous dirigions vers une énorme crise immobilière. Je proposai de mettre l’ensemble du système de crédit immobilier en redressement judiciaire, tout en empêchant une vague de saisies de logements en raison de l’éclatement de la bulle spéculative. L’on devait aussi empêcher la fermeture des banques agréées, dont les services sont indispensables. Je préconisai de mettre les banques en banqueroute contrôlée, sous protection légale, et d’éplucher leurs comptes : si leurs investissements sont légitimes, on les protège. S’il s’agit de pure spéculation, ce monstre spéculatif, « désolés, vous n’aurez rien ; vous êtes en banqueroute, c’est fini ! », leur dira-t-on.

En septembre 2007, lorsque nous l’avons proposée, cette démarche aurait pu nous épargner le pétrin dans lequel nous sommes aujourd’hui, si le sénateur Dodd et le membre du Congrès Barney Frank, entre autres, ne l’avaient torpillée.

Aux Etats-Unis, le pouvoir financier exerce une forte influence politique. Cependant, on peut tout aussi bien réveiller la véritable tradition américaine, qui lui est opposée, pour qu’elle reprenne le dessus. D’où mon rôle essentiel, qui est de concevoir, promouvoir et défendre le type de système que je viens d’évoquer.

Pour une vraie commission Pecora et la réquisition des banques

(suite)

Voici une vidéo de la conference de Mr Cheminade sur l'histoire de Ferdinand Pecora



06/03/2009

Pour une vraie commission Pecora

Pour une vraie commission Pecora et la réquisition des banques


« La raison d’être d’un pays, qui est de faire prévaloir le bien commun, prime sur tout. Nous sommes conscients que nos exigences sont exceptionnelles, mais elles sont rendues nécessaires par des circonstances exceptionnelles. Des précédents existent. La Commission Pecora, la Commission bancaire et monétaire du Sénat des Etats-Unis dans les années 1933-1934, en faisant connaître au peuple américain les pratiques de ses banquiers et l’étendue de leurs pouvoirs, créa la base politique pour les mesures de redressement et de relance de l’Administration Roosevelt. Les réquisitions, dans notre pays, découlent de l’état d’esprit du Programme du conseil national de la Résistance du 15 mars 1944 et du Préambule de notre Constitution, et ont été appliquées par l’ordonnance de 1945 en matière de logement et dans diverses entreprises à la Libération.

« Il y a urgence. Les Françaises et les Français ont le droit de savoir et d’exiger que les droits économiques et sociaux inscrits dans nos textes fondateurs soient protégés. »

Extrait de l’Appel lancé par S&P le 19 janvier 2009

 

L’urgence de nouvelles Commissions Pecora

La Commission Pecora : Un enjeu décisif dans le monde des années 30



Appel à constituer sans délai une Commission d’enquête parlementaire sur la crise financière

La France et le monde se trouvent face à une crise sans précédent dans l’histoire moderne. Il faut relancer l’économie avec des injections rapides et massives de crédit là où sont les besoins et les potentiels de développement : énergie, transports à grande vitesse, ferroutage, recherche, hôpitaux, éducation et consommation des biens indispensables. Les établissements financiers, dont le comportement a conduit à la situation actuelle, s’avèrent cependant incapables de transmettre à l’économie, sous forme de crédits, les avantages que leur procure l’Etat. Dans ces conditions, nous demandons de toute urgence :

  • la constitution d’une commission d’enquête parlementaire sur les agissements de ces établissements financiers et l’état de leurs comptes. Le moment est en effet venu de faire comparaître devant les représentants du peuple ceux qui ont abusé de leurs pouvoirs et de déterminer comment ils ont pu procéder et avec qui, en France ou ailleurs dans le monde. Cet examen a pour objet de déterminer ce qui est viable et nécessaire à un fonctionnement légitime du système bancaire, qui doit être maintenu et aidé, et ce qui relève de l’imprudence irresponsable ou d’opérations exotiques, qui doit être soumis à des procédures de banqueroute organisée. L’Etat ne doit pas faire payer les citoyens en absorbant les créances douteuses de ceux qui se sont égarés, mais faire constater leur absence de valeur et les éliminer dans l’intérêt général.
  • La réquisition temporaire des banques afin d’assurer qu’elles alimentent réellement l’économie en faisant leur métier légitime et qu’elles donnent accès en toute transparence à leurs comptes, parallèlement aux travaux de la commission d’enquête et dans la logique de son fonctionnement.

La raison d’être d’un pays, qui est de faire prévaloir le bien commun, prime sur tout. Nous sommes conscients que nos exigences sont exceptionnelles, mais elles sont rendues nécessaires par des circonstances exceptionnelles. Des précédents existent. La Commission Pecora, la Commission bancaire et monétaire du Sénat des Etats-Unis dans les années 1933-1934, en faisant connaître au peuple américain les pratiques de ses banquiers et l’étendue de leurs pouvoirs, créa la base politique pour les mesures de redressement et de relance de l’Administration Roosevelt. Les réquisitions, dans notre pays, découlent de l’état d’esprit du Programme du conseil national de la Résistance du 15 mars 1944 et du Préambule de notre Constitution, et ont été appliquées par l’ordonnance de 1945 en matière de logement et dans diverses entreprises à la Libération.

Il y a urgence. Les Françaises et les Français ont le droit de savoir et d’exiger que les droits économiques et sociaux inscrits dans nos textes fondateurs soient protégés.

Nous autres soussignés le demandons, en suggérant que Jacques Cheminade, qui a prévu les conséquences de cette crise et se bat aujourd’hui pour un Nouveau Bretton Woods, puisse être amené à conseiller la Commission et aider avec nous à faire connaître partout ses travaux.

Le système actuel est aussi mort que mort

Krach financier systémique : l’heure des dénis de réalité
6 août 2008 - 17:39

 


Par Lyndon H. LaRouche Jr.

20060916212621!Lyndon_LaRouche.jpg5 août 2008 — Le monde vient de franchir un cap critique de la crise que tant de gens, y compris parmi mes propres associés, n’ont pas eu le courage d’envisager. La mort du système financier mondial actuel, formellement annoncée par avance pendant la nuit du 15 août 1971 lorsque le président Nixon annonça la fin de la convertibilité du dollar avec l’or, devient maintenant une réalité.

Si le jour, et l’heure exacte d’un tel développement dans la politique américaine reste impossible à prévoir à court terme, ce qui est sûr, c’est qu’à part les mesures d’urgence que je préconise, le système financier mondial est condamné à court terme et peut-être même à très court terme.

Cependant, un grand nombre de responsables financiers et monétaires s’efforcent à mentir comme si de rien n’était. L’incertitude est que pendant qu’ils mentent, aucun d’entre eux ne sait de manière certaine quelle est la vérité.

A l’heure actuelle, on estime qu’entre 1400 et 3000 banques américaines, sans compter celles d’Europe, sont déjà entassées dans les chambres funéraires du cimetière bancaire. Seules quelques unes ont eu droit à un enterrement décent, tandis que les dépouilles des autres reposent dans la chambre froide. Ce chiffre pourrait d’ailleurs être bien plus élevé, et avoisiner les 5000 banques.

La difficulté de chiffrer avec précision le nombre exact de banques en danger mortel est double. D’abord, les responsables du secteur mentent tous azimuts. Ensuite, faut-il encore définir ce qu’on entend par « mort » ; si le système actuel est effectivement totalement mort et ne pourra pas être ressuscité dans sa forme actuelle, le nombre de banques qu’on pourrait faire ressusciter avec un nouveau système dépend entièrement de la vitesse avec lequel ce nouveau système est mis en place.

Le facteur de l’idiotie de masse

Avec la disparition graduelle des membres de ma génération et des générations précédentes, il ne reste plus aucune personne compétente parmi les nouvelles générations pour ce qui concerne la pensée économique, ni dans la génération du baby-boom qui tient les manettes du pouvoir actuel au Congrès et à Wall Street, ni dans la nouvelle génération de jeunes adultes. Ces générations sont criblées de fantasmes, semblables à ceux d’un Alan Greenspan, notamment lorsqu’elles souhaitent croire que l’argent n’est simplement que ce que leurs rêveries pieuses espèrent ce qu’il soit, ou devienne. A quelques exceptions près, les économistes de la place, les spécialistes des marchés et les politiciens sont aussi fous qu’irresponsables sur ces questions.

Ce qu’il convient de rappeler avec force, c’est qu’en essence l’argent n’est qu’une fiction et non pas une quelconque expression d’une « vraie » valeur. La croyance même dans « un système d’argent » n’est que le marqueur d’une espèce de maladie mentale assez proche des fantasmes sexuels les plus morbides. La prédominance croissante des soixante-huitards parmi les élites en Amérique du Nord, en Europe et en ex-URSS, se reflète dans le mépris envers le monde du travail, l’industrie ou l’agriculture et même dans celui de la recherche, un état mental où les plaisirs qu’on a pu tirer de quelque expérience, vraie ou imaginaire, avec la cocaïne remplacent la réalité dans leurs préoccupations. Pour ces soixante-huitards du type « Alice aux pays des merveilles », l’argent n’est que « ce que nous espérons choisir comme croyance de masse ».

LaRouche2.jpgLa première phase de la désintégration en cours est de nature financière et économique. La deuxième phase est l’effondrement du mode de vie « globalisé » sciemment voulu par les « boomers ». Peu importe la puissance de leurs convictions lunatiques, le système s’effondre, et il s’avère que c’est uniquement les mesures que je préconise qui pourront prévenir la descente aux enfers, ou pire, et éventuellement plus persistante que « l’âge des ténèbres » ayant presque fait disparaître la civilisation européenne au milieu du quatorzième siècle.

La seule « prédiction » qui a un sens aujourd’hui, c’est de prédire que vous pourriez, soudainement, et miraculeusement, abandonner vos sottes convictions. La fête dans laquelle vous croyiez vous trouver est terminée.

Le système actuel est aussi mort que mort. Ceux qui sont sains d’esprit acceptent cela comme un fait.

Pour creuser le sujet : les propositions de LaRouche


La prochaine étape pour l’Europe et le monde
4 mars 2009

Intervention de Lyndon LaRouche à la Conférence internationale de l’Institut Schiller du 21 et 22 février 2009 à Russelsheim, en Allemagne.

Traduction française simultanée

 


La bulle du Credit Default Swaps prete à exploser

La chienlit financière n’est pas finie…

Les institutions financières chutent les unes après les autres, contraignant les États à injecter sans cesse des dizaines de milliards de dollars (ou d'euros) pour assurer leur survie. Dernier exemple en date? AIG.



(photo : Gene Hunt - Flickr - cc)
(photo : Gene Hunt - Flickr - cc)
100 milliards de dollars : c’est le montant de la perte d’AIG en 2008, soit quasiment l’équivalent de son chiffre d’affaires. Après avoir déjà injecté 150 milliards, l’Etat est contraint à une rallonge de 30 milliards. Résultat, les bourses du monde entier s’effondrent depuis quelques jours.

La barbarie financière
Après avoir imposé aux entreprises des niveaux de rentabilité destructeurs pour l’emploi et le pouvoir d’achat, le monde financier impose aux gouvernements du monde entier des plans de soutien colossaux. Parce que leur écroulement pourrait entraîner une crise encore beaucoup plus grave, l’Etat Américain a été contraint de donner 180 milliards de dollars à l’assureur AIG, chiffre assez surprenant car il est presque deux fois supérieur aux pertes de l’entreprise. Les Etats ont déjà injecté environ 1000 milliards de dollars dans les institutions financières depuis le début de la crise et le total pourrait encore doubler ou tripler.

Les raisons de la chute d’AIG sont les CDS (Credit Default Swaps), des contrats assurant tout risque de perte d’actifs ou de prêts pour les souscripteurs. À ce titre, AIG percevait une prime proportionnelle à la valeur du bien garanti. En revanche, l’entreprise n’avait pas mis de côté le moindre dollar pour couvrir les éventuelles pertes. L’explosion de la bulle immobilière et l’effondrement boursier consécutif ont provoqué le déclenchement de ces contrats ruinant alors l’assureur américain peu prévoyant.

L’anarchie financière qui s’est renforcée depuis des années a permis à de nombreuses entreprises et à de nombreux dirigeants de réaliser des profits et des bonus colossaux depuis des années. Mais une fois le château de cartes effondré, ce sont bien les contribuables qui se retrouvent contraints de sauver cette finance qui les a pourtant si souvent étranglés dans le passé. Le système néolibéral aboutit finalement à une privatisation des profits et une collectivisation des pertes.

Une réforme de la finance encore lointaine
Malgré l’énormité des excès commis, les dirigeants de la planète ne semblent pas vraiment se diriger vers une véritable réforme de la finance. Comme le dit Pierre-Antoine Delhommais dans le Monde à propos de la réunion du G20 à venir : « On y dira du mal des paradis fiscaux - sans les supprimer -, des agences de notation - sans remettre en cause leur existence -, on s'engagera à mieux superviser les hedge funds - sans les interdire - et à mieux réguler les activités des banques - sans les contrôler entièrement. »

Pourtant, de nombreux auteurs proposent de nouvelles idées pour sortir de cette anarchie économique qui ne mène qu’au chaos. Sébastien Duchêne évoque les pistes intéressantes de Michel Aglietta pour donner de nouveaux objectifs à la politique monétaire, en prenant davantage en compte l’inflation des actifs. D’autres évoquent la Taxe Tobin ou la révision des ratios prudentiels, qui n’avaient de « prudentiels » que le nom. Malheureusement, ces réformes ne semblent pas à l’ordre du jour du G20.

L’énormité chaque jour plus apparente de la catastrophe économique est peut-être le seul espoir que nous avons pour que le système économique et financier soit réformé. Mais, à aujourd’hui, les dirigeants de la planète ne semblent pas très avancés dans leur réflexion.

Source : http://ecofi.blog.lemonde.fr/2009/02/24/les-banques-centr...

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/02...

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/03...

Mercredi 04 Mars 2009 - 14:59
Laurent Pinsolle

28/02/2009

Nouveau point d’inflexion en Mars 2009

Crise systémique globale : Nouveau point d’inflexion en Mars 2009 ’Quand le monde prend conscience que cette crise est pire que celle des années 1930’
- Communiqué public GEAB N°30 (16 décembre 2008) -
16/12/2008

 

 

LEAP/E2020 estime que la crise systémique globale connaîtra en Mars 2009 un nouveau point d’inflexion d’une importance analogue à celui de Septembre 2008. Notre équipe considère en effet que cette période de l’année 2009 va être caractérisée par une prise de conscience générale de l’existence de trois processus déstabilisateurs majeurs de l’économie mondiale, à savoir :

1. la prise de conscience de la longue durée de la crise

2. l’explosion du chômage dans le monde entier

3. le risque d’effondrement brutal de l’ensemble des systèmes de pension par capitalisation

Ce point d’inflexion sera ainsi caractérisé par un ensemble de facteurs psychologiques, à savoir la perception générale par les opinions publiques en Europe, en Amérique et en Asie que la crise en cours a échappé au contrôle de toute autorité publique, nationale ou internationale, qu’elle affecte sévèrement toutes les régions du monde même si certaines sont plus affectées que d’autres (voir GEAB N°28), qu’elle touche directement des centaines de millions de personnes dans le monde ’développé’ et qu’elle ne fait qu’empirer au fur et à mesure où les conséquences se font sentir dans l’économie réelle. Les gouvernements nationaux et les institutions internationales n’ont plus qu’un trimestre pour se préparer à cette situation qui est potentiellement porteuse d’un risque majeur de chaos social. Les pays les moins bien équipés pour gérer socialement la montée rapide du chômage et le risque croissant sur les retraites seront les plus déstabilisés par cette prise de conscience des opinions publiques.

Dans ce GEAB N°30, l’équipe de LEAP/E2020 détaille ces trois processus déstabilisateurs (dont deux sont présentés dans ce communiqué public) et présente ses recommandations pour faire face à cette montée des risques. Par ailleurs, ce numéro est aussi comme chaque année l’occasion d’une évaluation objective de la fiabilité des anticipations de LEAP/E2020, qui permet de préciser également certains aspects méthodologiques du processus d’analyse que nous mettons en œuvre. En 2008, le taux de réussite de LEAP/E2020 est de 80%, avec une pointe à 86% pour les anticipations strictement socio-économiques. Pour une année de bouleversements majeurs, c’est un résultat dont nous sommes fiers.

La crise durera au moins jusqu’à la fin 2010

Comme nous l’avons détaillé dans le GEAB N°28, la crise affectera de manière diversifiée les différentes régions du monde. Cependant, et LEAP/E2020 souhaite être très clair sur ce point, contrairement aux discours actuels des mêmes experts qui niaient l’existence d’une crise en gestation il y a trois ans, qui niaient qu’elle soit globale il y a 2 ans et qui niaient il y a seulement six mois qu’elle soit systémique, nous anticipons une durée minimale de trois ans pour cette phase de décantation de la crise [1]. Elle ne sera ni terminée au printemps 2009, ni à l’été 2009, ni au début 2010. C’est seulement vers la fin 2010 que la situation commencera à se stabiliser et s’améliorer un peu dans certaines régions du monde, à savoir l’Asie et la zone Euro, ainsi que pour les pays producteurs de matières premières énergétiques, minérales ou alimentaires [2]. Ailleurs, elle continuera. En particulier aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, et dans les pays les plus liés à ces économies, où elle s’inscrit dans une logique décennale. C’est seulement vers 2018 que ces pays peuvent envisager un retour réel de la croissance.

Par ailleurs, il ne faut pas imaginer que l’amélioration de la fin 2010 marquera un retour à une croissance forte. La convalescence sera longue ; par exemple, les bourses mettront également une décennie à revenir aux niveaux de l’année 2007, si elles y reviennent un jour. Il faut se souvenir que Wall Street mit 20 ans à revenir à ses niveaux de la fin des années 1920. Or, selon LEAP/E2020 cette crise est plus profonde et durable que celle des années 1930. Cette prise de conscience de la longue durée de la crise va progressivement se faire jour dans les opinions publiques au cours du trimestre à venir. Et elle déclenchera immédiatement deux phénomènes porteurs d’instabilité socio-économique : la peur panique du lendemain et la critique renforcée des dirigeants du pays.

Evolution de la base monétaire des Etats-Unis et indication des crises majeures corrélées (1910 – 2008) - Source : Federal Reserve Bank of Saint Louis / Mish’s Global Economic Trends Analysis

Le risque d’effondrement brutal de l’ensemble des systèmes de pension par capitalisation

Enfin, dans le cadre des conséquences de la crise qui affecteront directement des dizaines de millions de personnes aux Etats-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, au Japon, aux Pays-Bas et au Danemark en particulier [3], il faut intégrer le fait qu’à partir de cette fin d’année 2008 vont se multiplier les nouvelles concernant les pertes massives des organismes gérant les actifs censés financer ces retraites. L’OCDE estime à 4.000 milliards USD les pertes des fonds de pension pour la seule année 2008 [4]. Aux Pays-Bas [5] comme au Royaume-Uni [6], les organes de surveillance des fonds de pension viennent de lancer des cris d’alarme demandant en urgence un accroissement des cotisations obligatoires et une intervention de l’Etat. Aux Etats-Unis, ce sont des annonces multiples d’augmentation des contributions et de diminution des versements qui sont émises à un rythme croissant [7]. Et c’est seulement dans les semaines à venir que nombre de fonds vont pouvoir faire réellement le décompte de ce qu’ils ont perdu [8]. Beaucoup s’illusionnent encore sur leur capacité à reconstituer leur capital à l’occasion d’une prochaine sortie de crise. En Mars 2009, quand gestionnaires de fonds de pension, retraités et gouvernements vont simultanément prendre conscience que la crise va durer, qu’elle va coïncider avec l’arrivée massive des « babyboomers » à la retraite et que les bourses ont peu de chance de retrouver avant de longues années leurs niveaux de 2007 [9], le chaos va s’installer dans ce secteur et les gouvernements vont se rapprocher de plus en plus de l’obligation d’intervenir pour nationaliser tous ces fonds. L’Argentine, qui a pris cette décision il y a quelques mois apparaîtra alors comme un précurseur.

Ces tendances sont toutes déjà en cours. Leur conjonction et la prise de conscience par les opinions publiques des conséquences qu’elles entraînent constituera le grand choc psychologique mondial du printemps 2009, à savoir que nous sommes tous plongés dans une crise pire que celle de 1929 ; et qu’il n’y a pas de sortie de crise possible à court terme. Cette évolution aura un impact décisif sur la mentalité collective mondiale des peuples et des décideurs et modifiera donc considérablement le processus de déroulement de la crise dans la période qui suivra. Avec plus de désillusions et moins de certitudes, l’instabilité socio-politique globale va s’accroître considérablement.

Enfin, ce GEAB N°30 présente également une série de 13 questions/réponses afin d’aider de manière quasi-interactive les épargnants/investisseurs/décideurs à mieux comprendre et anticiper les développements à venir de la crise systémique globale :

1. Cette crise est-elle différente des crises ayant précédemment affecté le capitalisme ?

2. Cette crise est-elle différente de la crise des années 1930 ?

3. La crise est-elle aussi grave en Europe et en Asie qu’aux Etats-Unis ?

4. Les mesures entreprises actuellement par les Etats du monde entier sont-elles suffisantes pour juguler la crise ?

5. Quels risques majeurs pèsent toujours sur le système financière international ? Et toutes les épargnes sont-elles égales face à la crise ?

6. La zone Euro constitue-t-elle une vraie protection contre les pires aspects de la crise et que pourrait-elle faire pour améliorer ce statut ?

7. Le système de Bretton Woods (sous sa dernière version des années 1970) est-il en train de s’effondrer ? L’Euro doit-il remplacer le Dollar ?

8. Que peut-on espérer du prochain G20 de Londres ?

9. Pensez-vous que la déflation soit actuellement la plus grande menace planant sur les économies mondiales ?

10. Pensez-vous que le gouvernement Obama sera en mesure d’empêcher les Etats Unis de sombrer dans ce que vous avez appelé la “Très Grande Dépression Américaine” ?

11. En termes de monnaies, au-delà de votre anticipation concernant la reprise de la chute du Dollar US dans les tout prochains mois, pensez-vous que la Livre Sterling et le Franc Suisse soient toujours des monnaies de statut international ?

12. Pensez-vous que le marché des CDS soit sur le point d’imploser ? Et quelles seraient les conséquences d’un tel phénomène ?

13. La “bulle des Bons de Trésor US » est-elle sur le point d’exploser ?


 

[1] Il est utile de lire au sujet de cette crise une très intéressante contribution de Robert Guttmann publiée au 2° semestre 2008 sur le site Revues.org, soutenu par la Maison des Sciences de l’Homme Paris-Nord.

[2] D’ailleurs ce sont les matières premières qui commencent à déjà relancer le marché du transport maritime international. Source : Financial Times, 14/12/2008

[3] Puisque ce sont les pays qui ont le plus développé les systèmes de retraite par capitalisation. Voir GEAB N°23. Mais c’est aussi le cas de l’Irlande. Source : Independent, 30/11/2008

[4] Source : OCDE, 12/11/2008

[5] Source : NU.NL, 15/12/2008

[6] Source : BBC, 09/12/2008

[7] Sources : WallStreetJournal, 17/11/2008 ; Phillyburbs, 25/11/2008 ; RockyMountainNews, 19/11/2008

[8] Source : CNBC, 05/12/2008

[9] Et nous ne mentionnons même pas l’influence de l’explosion de la bulle des Bons du Trésor US qui affectera également brutalement les fonds de pension. Voir Q&A, GEAB N°30.

Rupture Système Monétaire Mondial d’ici l’été 2009

Phase IV de la Crise Systémique Globale : Rupture Système Monétaire Mondial d’ici l’été 2009
- Communiqué public GEAB N°29 (16 novembre 2008) -
16/11/2008

 

 

La réunion du G20 à Washington des 14/15 Novembre 2008, est en soi un indicateur historique, qui signale la fin du monopole occidental, avant tout anglo-saxon, sur la gouvernance économique et financière mondiale. Mais, pour LEAP/E2020, cette réunion a aussi clairement démontré que ces sommets sont condamnés à l’inefficacité face à la crise car ils se limitent à traiter les symptômes (dérives financières des banques et autres hedge funds, explosion des produits financiers dérivés, volatilité extrême des marchés financiers et des devises, ...) sans traiter la cause principale de la crise systémique globale actuelle, à savoir l’effondrement du système de Bretton Woods fondé sur le Dollar US comme pivot de l’édifice monétaire mondial. Sans remise à plat complète du système hérité de 1944 d’ici l’été 2009, la faillite du système actuel et des Etats-Unis qui en sont le cœur entraînera l’ensemble de la planète vers une instabilité économique, sociale, politique et stratégique sans précédent, marquée notamment par la rupture du système monétaire mondial à l’été 2009. Au vu du jargon et du calendrier technocratiques du communiqué de ce premier Sommet du G20, totalement déconnecté de la vitesse et de l’ampleur de la crise en cours [1], il plus que probable qu’il faudra d’abord en passer par cette catastrophe pour que les problèmes de fond soient concrètement abordés et un début de réponse efficace à la crise enfin amorcé.

Quatre phénomènes fondamentaux jouent désormais à pleine puissance pour faire s’effondrer le système de Bretton Woods II [2] dans le courant de l’année 2009, à savoir :

1. Affaiblissement très rapide des acteurs centraux historiques : USA, UK 2. Trois visions d’avenir de la gouvernance globale vont diviser les principaux acteurs mondiaux (Etats-Unis, Eurozone, Chine, Japon, Russie, Brésil) d’ici le Printemps 2009 3. Accélération incontrôlée des processus (dé)stabilisateurs de la dernière décennie 4. Multiplication de chocs-retours d’une violence accrue.

LEAP/E2020 a déjà largement anticipé dans les derniers numéros du GEAB les phénomènes 1 et 4. Dans ce GEAB N°29, nous nous concentrerons sur les phénomènes 2 et 3.

Ainsi, la fébrilité qui a saisi les dirigeants mondiaux depuis la fin Septembre 2008 illustre clairement un sentiment de panique au plus haut niveau. Les responsables politiques de l’ensemble de la planète ont bien compris désormais qu’il y avait le feu à la maison. Mais ils n’ont pas perçu une évidence : c’est la structure même de l’édifice qui est en cause. Il ne s’agit pas simplement d’améliorer les consignes anti-incendie ou l’organisation des secours. Pour prendre une image symbolique forte, les tours jumelles du World Trade Center ne se sont pas effondrées parce que les pompiers ont eu du retard ou parce qu’il n’y avait pas assez d’eau dans le système automatique anti-incendie : elles se sont effondrées parce que leur structure n’était pas faite pour encaisser le choc de deux avions de ligne les percutant quasi-simultanément.

Le système monétaire mondial actuel est dans une situation identique : les deux tours, c’est Bretton Woods, et les avions s’appellent « crise des subprimes », « crise du crédit », « faillites bancaires », « récession économique », « Très Grande Dépression US », « déficits US », ... une vraie escadrille.

Première année des grandes corrections boursières (Dow, en %, depuis 1900) (la première année de la correction actuelle a été la plus violente depuis 1900, plus forte même que celle de 1929) - Source ChartoftheDay

Les dirigeants actuels, issus du monde qui s’effondre sous nos yeux (Barak Obama inclus [3]), ne peuvent pas imaginer les solutions nécessaires, tout comme les banquiers centraux n’ont pas pu, en 2006/2007, imaginer l’ampleur de la crise actuelle [4]. C’est leur monde qui disparaît sous leurs yeux, leurs certitudes et leurs illusions (parfois identiques d’ailleurs) [5]. Selon notre équipe, il va être nécessaire d’attendre un renouvellement d’au moins 20% des principaux dirigeants de la planète pour commencer à voir des solutions viables [6] émerger. C’est en effet, selon LEAP/E2020, la « masse critique » nécessaire pour envisager tout changement fondamental de perspective dans un groupe humain complexe, peu hiérarchisé. On est loin du compte aujourd’hui car ces nouveaux dirigeants, pour contribuer réellement aux solutions de la crise, doivent accéder au pouvoir après avoir pris conscience de la nature de la crise.

Pour LEAP/E2020, sans de telles prises de conscience par les dirigeants mondiaux au cours des trois mois à venir et leur traduction en actes dans les six mois à venir, comme nous l’indiquions dans le GEAB N°28, la dette des Etats-Unis « implosera » à l’été 2009 sous forme de cessation de paiement du pays ou de dévaluation massive du Dollar. Cet effondrement aura été précédé de plusieurs autres épisodes similaires affectant des pays moins centraux (voir GEAB N°28), dont le Royaume-Uni déjà surendetté, qui voit sa dette et ses déficits s’accroître presque au même rythme que ceux de Washington [7]. Tout comme la Réserve Fédérale US a vu, mois après mois, ses « Primary Dealers » [8] être emportés par la crise avant d’être désormais elle-même confrontée à un vrai problème de capitalisation et donc de survie, les Etats-Unis verront dans l’année à venir les pays les plus intégrés à leur économie et à leur finance, et leurs alliés fortement dépendants financièrement [9], imploser les uns après les autres.

Autorités monétaires contrôlant les plus importantes réserves mondiales de change - Sources FMI/BRI/Wikipedia , 10/2008

Le rôle des Européens en la matière est essentiel [10]. La zone Euro en particulier doit relayer un message très fort vers Washington : « Les Etats-Unis vont tomber dans un trou noir économique et financier en 2009 s’ils s’accrochent à tout prix à leurs « privilèges » passés. Une fois que le monde aura fait une croix sur le Dollar, il sera trop tard pour rien négocier ». Avec plus de 550 Milliards USD, la zone Euro possède ainsi les troisièmes (ex-aequo avec la Russie qui n’est pas très précise sur ce sujet) réserves les plus importantes au monde derrière la Chine et le Japon, et avant les pays du Golfe (voir tableau ci-dessus). Elle a donc le poids diplomatique, le poids financier, le poids économique, le poids commercial et le poids monétaire pour forcer Washington à faire face aux réalités [11]. L’ensemble de l’UE suivra car tous les pays européens hors zone Euro sont aujourd’hui à la merci d’une grave crise de leur devise ou de leur économie, voire des deux à la fois [12]. Sans l’Euroland, leurs perspectives à court et moyen terme sont très sombres. D’ailleurs, l’Euro est la seule devise que veulent rejoindre un nombre croissant d’Etats initialement réticents (Islande, Danemark, ...) ou peu pressés (Pologne, Tchéquie, Hongrie, ...) [13].

Signe des temps, le Financial Times a commencé à établir la liste des actifs matériels du gouvernement fédéral américain : bases militaires, parcs nationaux, bâtiments publics, musées, etc... tout a été évalué pour arriver à un montant d’environ 1.500 milliards USD, soit à peu près le montant du déficit budgétaire probable de 2009 (voir le détail des actifs sur le graphique ci-dessous). Pas étonnant que Taiwan, pourtant très dépendante de la sécurité fournie par Washington, ait déjà décidé d’arrêter d’acheter l’une des trois grandes composantes de la dette publique US (les titres Fannie Mae et Freddie Mac pourtant désormais « sauvés » par l’état fédéral [14]) ; ou que le Japon soit devenu vendeur net de Bons du Trésor US.

Que ceux qui, malgré nos conseils de ces deux dernières années, ont investi dans ces mêmes Fannie Mae et Freddie Mac, ou dans les bourses, ou dans les grandes banques d’affaires US ou dans le secteur bancaire en général, se rassurent une fois encore : tout cela ne peut pas arriver car « ils » l’empêcheront. Seul problème : les « ils » sont désormais paniqués et « ils » ne comprennent plus rien à une situation à laquelle « ils » ne se sont jamais préparés. Comme nous l’avons expliqué dans le GEAB 28, 2008 n’était que le détonateur de la crise systémique globale. Voici maintenant venir la phase IV, celle des conséquences !

Actifs du gouvernement des Etats-Unis (09/2007) - Source : US GOA / Financial Times


 

[1] On peut trouver ici le communiqué final en Anglais et une première analyse très réservée de la presse française, dans le Journal du Dimanche, proche du pouvoir parisien, qui va certainement être du même ordre dans la presse de l’ensemble des pays de l’Eurozone. Une chose est certaine : ce Sommet du G20 n’aura rien fait pour calmer la crise, il risque même d’inquiéter encore plus les opérateurs au vu du refus américain à accepter que les vrais problèmes soient traités.

[2] N’en déplaise à Gordon Brown et Nicolas Sarkozy, et à des médias peu regardant, Bretton Woods II existe depuis les années 1970. C’est en effet à partir de 1971 et de la décision unilatérale américaine d’abandonner la parité Dollar/Or, puis des accords de la Jamaïque en 1976 qui n’ont fait que formaliser un régime général de changes flottants, que l’on est sorti du cadre initial de Bretton Woods pour entrer dans un système généralisé de change flottants (Bretton Woods II).

[3] Le futur président des Etats-Unis semble en effet n’avoir comme objectif que la mise en place de son programme de campagne (sécurité sociale, infrastructures, réduction d’impôts pour les classes moyennes, …) élaboré avant la crise et impliquant quantité de dépenses nouvelles alors que l’Etat américain est déjà surendetté. C’est un programme parfait … pour une Amérique qui n’existe plus que dans les discours électoraux.

[4] Voir à ce sujet nos anticipations des GEAB n°17 et n°18.

[5] C’est ainsi le cas de des réserves en dollars US de nombreux pays comme la Chine, le Japon ou les pays pétroliers du Golfe persique. Les dirigeants actuels ne parviennent pas à imaginer que ces centaines de milliards de Dollars US accumulés dans leurs réserves ne valent en fait peut-être plus que 50% ou 30% de leur valeur faciale. Ce sont leurs successeurs qui en tireront sans état d’âmes les conclusions nécessaires, imaginant alors un système mondial très différent de l’actuel.

[6] C’est à dire intellectuellement pertinentes et efficacement mises en œuvre.

[7] Ainsi c’est déjà le Royaume-Uni, du fait de sa récession forte, qui fait baisser la faible croissance moyenne de l’UE en 2009. La Grande-Bretagne va être l’ « homme malade » de l’UE pour les années à venir.

[8] Il est très instructif de consulter sur Wikipedia l’historique des « Primary Dealers », ces banques choisies par la Reserve Federal US pour être les privilégiées ayant seules le droit de faire des affaires avec elle. En effet, après une longue stabilité au cours des dernières décennies, on constate tout à coup une réduction de la liste et l’énumération de « primary dealers » disparus depuis le début 2008, tous balayés par la crise.

[9] En termes d’alliés dépendants, c’est d’ailleurs déjà le cas du Pakistan et de l’Ukraine désormais sous perfusion du FMI, de la Turquie (dont la note de crédit vient d’être abaissée), ... Attendons de voir l’Egypte, Israël, la Colombie rejoindre la liste.

[10] Ce que souligne également Joseph Stiglitz dans son article du 11/11/2008 dans le Telegraph.

[11] Loin de notre équipe l’idée que la zone Euro ne fait pas face à de graves difficultés également (voir notamment le GEAB N°28 pour les perspectives économiques) ; mais au sein d’une crise historique comme celle que nous vivons, ces problèmes paraissent mineurs comparés à ceux des Etats-Unis, du Royaume-Uni ou même de l’Asie dans l’année à venir.

[12] Ainsi la Lettonie vient de nationaliser dans l’urgence la seconde banque du Pays ; la Hongrie est sous perfusion de la BCE et du FMI ; la croissance s’effondre en Pologne ; le Danemark et la Suède s’apprêtent à entrer dans la zone Euro dans les deux années à venir ; le Royaume-Uni est en perdition ; ...

[13] Source : NRC, 13/11/2008. On ne peut pas franchement en dire autant de la devise US qui voit au contraire des pays vouloir se « dé-pegger » du Dollar (supprimer le « peg », régime de change lié, qui les relie à la monnaie américaine), voire même créer des devises alternatives, comme par exemple les pétro-monarchies du Golfe persique et leur projet de devise commune d’ici 2010. Source : GulfNews, 22/09/2008

[14] L’annonce d’une nouvelle perte record de Fannie Mae au 3° trimestre (29 milliards USD) explique peut-être cela. Sources : Barron’s, 24/10/2008 ; MarketWatch, 10/11/2008


Eté 2009 : Cessation de paiement du gouvernement américain

Alerte Crise Systémique Globale - Eté 2009 : Cessation de paiement du gouvernement américain
- Communiqué public GEAB N°28 (15 octobre 2008) -
15/10/2008

 

 

A l’occasion de la parution du GEAB N°28, LEAP/E2020 a décidé de lancer une nouvelle alerte dans le cadre de la crise systémique globale car nos chercheurs estiment qu’à l’été 2009, le gouvernement américain sera en cessation de paiement et ne pourra donc pas rembourser ses créditeurs (détenteurs de Bons du Trésor US, de titres de Fanny Mae et Freddy Mac, etc.). Cette situation de banqueroute aura bien évidemment des conséquences très négatives pour l’ensemble des propriétaires d’actifs libellés en dollars US. Selon notre équipe, la période qui s’ouvrira alors deviendra propice à la mise en place d’un « nouveau Dollar » destiné à remédier brutalement au problème de la cessation de paiement et de la fuite massive de capitaux hors des Etats-Unis. Ce processus découlera des cinq facteurs suivants qui sont analysés plus en détail dans le GEAB N°28 :

1. L’évolution récente, à la hausse, du Dollar US est une conséquence directe et provisoire de la chute des bourses mondiales

2. Le « baptême politique » de l’Euro vient juste d’avoir lieu donnant une alternative « de crise » au Dollar US, en tant que « valeur-refuge » crédible

3. La dette publique américaine s’enfle de manière désormais incontrôlable

4. L’effondrement en cours de l’économie réelle des Etats-Unis empêche toute solution alternative à la cessation de paiement

5. « Forte inflation ou hyper-inflation aux Etats-Unis en 2009 », là est la seule question.

Mais on peut déjà se faire une idée de l’évolution à venir en regardant l’Islande que notre équipe suit à la loupe depuis début 2006. Ce pays constitue en effet un bon exemple de ce qui attend les Etats-Unis, et également le Royaume-Uni. On peut considérer, comme d’ailleurs bon nombre d’Islandais aujourd’hui, que l’effondrement du système financier islandais est venu du fait qu’il était surdimensionné par rapport à la taille de l’économie du pays.

Evolution de l’inflation en Islande 2003-2008 - Source Banque centrale d’Islande

L’Islande s’est en fait prise en matière financière pour le Royaume-Uni [1]. Comme le Royaume-Uni en matière financière s’est lui-même pris pour les Etats-Unis et que les Etats-Unis se sont pris pour la planète entière, il n’est pas inutile de méditer le précédent islandais [2] pour appréhender le cours des évènements des douze prochains mois à Londres et Washington [3].

Nous assistons en effet actuellement à un double phénomène historique :

. d’une part, depuis le mois de Septembre 2008 (comme annoncé dans le GEAB N°22 de Février 2008), l’ensemble de la planète est désormais conscient de l’existence d’une crise systémique globale caractérisée par un effondrement du système financier américain et sa contagion au reste de la planète.

. d’autre part, un nombre croissant d’acteurs mondiaux entreprennent d’agir par eux-mêmes devant l’inefficacité des mesures préconisées ou prises par les Etats-Unis, pourtant centre du système financier mondial depuis des décennies. L’exemple du 1° Sommet de l’Euroland (ou Eurozone), qui s’est tenu Dimanche 12 octobre 2008 et dont les décisions, par leur ampleur (près de 1.700 milliards EUR) et leur nature [4], ont permis un retour de confiance sur les marchés financiers de toute la planète, est à ce titre tout-à-fait exemplaire du « monde d’après-Septembre 2008 ».

Carte des garanties de dépôts bancaires dans l’Union européenne Source AFP - 09/10/2008

Car il y a bien un « monde de l’après-Septembre 2008 ». Pour notre équipe, il est désormais évident que ce mois restera dans les livres d’histoire de l’ensemble de la planète comme celui « datant » le déclenchement de la crise systémique globale ; même s’il ne s’agit en fait que de la phase de « décantation », la dernière des quatre phases de cette crise identifiée dès Juin 2006 par LEAP/E2020 [5]. Comme toujours quand il s’agit de grands ensembles humains, la perception du changement par le plus grand nombre n’intervient que lorsque le changement est en fait déjà bien engagé.

En l’occurrence, Septembre 2008 marque l’explosion majeure du « détonateur financier » de la crise systémique globale. Selon LEAP/E2020, ce second semestre 2008 est en effet le moment où « le monde plonge au cœur de la phase d’impact de la crise systémique globale » [6]. Ce qui veut dire pour nos chercheurs qu’à la fin de ce semestre, le monde entre dans la phase dite de « décantation » de la crise, c’est-à-dire la phase où l’on voit les conséquences du choc se mettre en place. C’est de facto la phase la plus longue de la crise (entre trois et dix ans selon les pays) et celle qui va affecter directement le plus grand nombre de personnes et de pays. C’est l’étape qui va voir également se dégager les composantes des nouveaux équilibres mondiaux dont LEAP/E2020 présente deux premières illustrations graphiques dans ce GEAB N°28 [7].

Ainsi, comme nous l’avons répété à plusieurs reprises depuis 2006, cette crise est beaucoup plus importante, en termes d’impact et de conséquences, que celle de 1929. Historiquement, nous sommes tous les premiers acteurs, témoins et/ou victimes d’une crise qui affecte toute la planète, avec un degré sans précédent d’interdépendance des pays (du fait de la globalisation de ces vingt dernières années) et des personnes (le degré d’urbanisation, et donc de dépendance pour les besoins de base - eau, nourriture, énergie, ... - est aujourd’hui sans précédent dans l’Histoire). Cependant, le précédent des années 1930 et ses terribles conséquences destructrices semblent à nos chercheurs assez présents dans les mémoires collectives pour nous permettre, si les citoyens sont vigilants et les dirigeants lucides, d’éviter un bis repetita conduisant à une (ou des) conflagration(s) majeure(s).

Europe, Russie, Chine, Japon,... constituent sans aucun doute les acteurs collectifs pouvant d’assurer que l’implosion en cours de la puissance dominante de ces dernières décennies, à savoir les Etats-Unis, ne conduise pas la planète dans une catastrophe. En effet, à l’exception de l’URSS de Gorbatchev, les empires ont tendance à tenter vainement d’inverser le cours de l’Histoire quand ils sentent leur puissance s’effondrer. C’est aux puissances partenaires de canaliser pacifiquement le processus, ainsi qu’aux citoyens et élites du pays concerné de faire preuve de lucidité pour affronter la période très pénible qui se prépare.

Evolution des emprûnts des institutions financières US auprès de la Réserve fédérale américaine (08/01/1986 – 09/10/2008) - Source Federal Reserve Bank of St Louis

La « réparation d’urgence » des canaux financiers internationaux, réalisée avant tout par les pays de la zone Euro en ce début de mois d’Octobre 2008 [8], ne doit pas masquer trois faits essentiels :

. cette « réparation d’urgence », nécessaire pour éviter une panique qui menaçait d’engloutir tout le système financier mondial en quelques semaines, ne traite provisoirement qu’un symptôme. Elle ne fait qu’acheter du temps, deux à trois mois maximum, car la récession globale et l’effondrement de l’économie américaine (le tableau ci-dessus montre ainsi la vertigineuse croissance des fonds prêtés aux banques américaines par la Réserve fédérale) vont s’accélérer et créer de nouvelles tensions économiques, sociales et politiques qu’il faut traiter par anticipation dès le mois prochain (une fois les « paquets financiers » mis en oeuvre)

. même s’il était absolument nécessaire de remettre en marche le système de crédit, les gigantesques moyens financiers consacrés sur toute la planète aux « réparations d’urgence » du système financier mondial seront autant de moyens qui ne pourront pas être mis à disposition de l’économie réelle dans les mois à venir pour faire face à la récession globale

. la « réparation d’urgence » constitue une marginalisation, et donc un affaiblissement supplémentaire des Etats-Unis, puisqu’elle met en place des processus contraires à ceux prônés par Washington pour les 700 Milliards USD du TARP de Hank Paulson et Ben Bernanke : une recapitalisation des banques par les gouvernements (décision qu’Hank Paulson est obligé de suivre maintenant) et une garantie des prêts interbancaires (en fait les gouvernements de l’Euroland se substituent aux assureurs de crédits, une industrie au cœur de la finance mondiale et essentiellement américaine depuis des décennies). Ces évolutions détournent toujours plus de relais décisionnels et de flux financiers hors de l’orbite américaine à un moment où l’économie des Etats-Unis et l’explosion de leur dette publique [9] et privée en auraient plus que jamais besoin ; sans même parler des retraites qui s’envolent en fumée [10].

Le dernier point illustre comment, dans les mois à venir, les solutions à la crise et ses différentes séquences (financière, économique, sociale et politique) vont diverger de plus en plus : ce qui est bon pour le reste du monde ne le sera pas pour les Etats-Unis [11] et désormais, Euroland en tête, le reste du monde semble déterminer à faire ses propres choix.

Le choc brutal que générera la cessation de paiement des Etats-Unis à l’été 2009 est en partie une conséquence de ce découplage décisionnel des grandes économies du monde par rapport aux Etats-Unis. Il est prévisible et peut être amorti si l’ensemble des acteurs commencent dès maintenant à l’anticiper ; c’est d’ailleurs l’un des thèmes développés dans ce GEAB N°28. LEAP/E2020 espère seulement que le choc de Septembre 2008 aura « éduqué » les responsables politiques, économiques et financiers de la planète afin qu’ils comprennent qu’on agit mieux par anticipation que dans l’urgence. Il serait dommage que l’Euroland, l’Asie et les pays producteurs de pétrole, tout comme les citoyens américains d’ailleurs, découvrent brutalement au cours de l’été 2009, à la faveur d’un week-end prolongé ou d’une fermeture administrative des banques et bourses pour plusieurs jours sur le territoire américain, que leurs Bons du Trésor US et leurs Dollars US ne valent plus que 10% de leur valeur car un « nouveau Dollar » vient d’être instauré [12].

 

[1] L’Islande a adopté depuis plus de 10 ans tous les principes de dérégulation et de financiarisation de l’économie qui ont été développés et mis en œuvre aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Reykjavik était devenu une sorte de « Mini-Me » financier de Londres et Washington, pour reprendre le personnage du film très britannico-américain Austin Powers. Et les trois pays ont entrepris de jouer financièrement à « la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf », pour reprendre la fable de Jean de la Fontaine dont la fin est fatale à la grenouille.

[2] Ainsi la bourse islandaise s’est effondrée de 76% après avoir été fermée quelques jours pour « éviter » la panique ! Source : MarketWatch, 14/10/2008

[3] A ce titre, attardons-nous sur le montant du « paquet financier » annoncé par Londres, soit 640 milliards EUR dont 64 milliards EUR pour recapitaliser les banques et 320 milliards EUR pour renflouer les dettes à moyen terme de ces mêmes banques (source : Financial Times, 09/10/2008). Avec une économie en chute libre à l ’image du marché immobilier, une inflation galopante, des retraites par capitalisation qui s’évanouissent en fumée, et une monnaie au plus bas, à part accroître la dette publique et affaiblir encore plus la Livre, on voit mal comment cela peut « sauver » des banques déjà très mal en point. A la différence des banques des pays de la plupart de la zone Euro, le système financier britannique, comme son homologue américain, est au cœur de la crise, et non pas une victime collatérale. Et Gordon Brown peut bien jouer à Churchill et Roosevelt réunis (Source : Telegraph, 14/10/2008), mais dans sa méconnaissance évidente de l’Histoire, il oublie que ni Churchill ni Roosevelt n’étaient aux commandes de leurs pays depuis 10 ans quand ils ont dû affronter chacun leur « grande crise » (cela vaut d’ailleurs pour les Etats-Unis et l’administration Bush - Paulson et Bernanke inclus - qui viennent tous du « problème » et font donc très peu probablement partis de la « solution »). Sans compter que Roosevelt et Churchill organisaient les sommets comme Yalta ou Téhéran en laissant Français et Allemands à la porte, alors que c’est lui qui a dû rester à la porte du Sommet de l’Euroland.

[4] Source : L’Express, 13/10/2008

[5] Source GEAB N°5, 15/05/2006

[6] Source GEAB N°26, 15/06/2008

[7] LEAP/E2020 présente ainsi une synthèse de ses anticipations sur la phase de décantation de la crise grâce à une carte du monde de l’impact de la crise différenciant entre 6 grands groupes de pays ; ainsi qu’un calendrier anticipatif 2008-2013 des 4 séquences financière, économique, sociale et politique pour chacune de ces régions.

[8] Car c’est bien la zone Euro, l’Euroland, qui a permis d’arrêter la spirale de panique globale. Depuis des semaines, les initiatives américaines et britanniques se sont succédées sans effet. C’est l’irruption d’un nouvel acteur collectif, le « sommet de l’Euroland » et ses décisions d’envergure, qui ont constitué le phénomène nouveau et rassurant. C’est d’ailleurs un nouvel acteur que Washington et Londres ont systématiquement empêché d’émerger depuis le lancement de l’Euro il y a 6 ans. Et il a fallu toute une mise en scène diplomatique (réunion préalable, photo de groupe pré-sommet,... ) pour permettre au Premier Ministre britannique de faire croire qu’il n’était pas marginalisé dans ce processus, alors qu’il n’appartient de facto pas aux sommets de la zone euro. Dans ce GEAB N°28, LEAP/E2020 revient sur ce phénomène et les conséquences systémiques durables de la tenue du 1er sommet de l’Euroland.

[9] Le plan de sauvetage financier américain a déjà accru de 17.000 USD la dette de chaque Américain. Source : CommodityOnline, 06/10/2008

[10] Ce sont en effet 2.000 milliards USD de retraites par capitalisation qui ont disparu en fumée ces dernières semaines aux Etats-Unis. Source : USAToday, 08/10/2008

[11] En tout cas à court terme. Car notre équipe est persuadée que pour le peuple américain, à moyen et long termes, il n’est pas mauvais du tout que le système dominant à Washington et New-York soit fondamentalement remis en cause. C’est en effet ce système qui a plongé ce pays dans les problèmes dramatiques où des dizaines de millions d’Américains se débattent aujourd’hui, comme l’illustre parfaitement cet article du New York Times du 11/10/2008

[12] Même si c’est une mesure de peu d’ampleur par rapport à la perspective de cessation de paiement des Etats-Unis, ceux qui pensent qu’il est temps de réinvestir dans les marchés financiers peuvent trouver utile de savoir que le New York Stock Exchange vient de réviser tous ses seuils d’interruption des cotations pour cause de chute trop forte des cours. Source : NYSE/Euronext, 30/09/2008

Début de la séquence d’insolvabilité globale

Phase IV de la crise systémique : Début de la séquence d’insolvabilité globale
Communiqué public GEAB N°31 (15 janvier 2009)
15/01/2009

 

 

En 2007, LEAP/E2020 avait annoncé que les banques américaines et le consommateur américain étaient tous deux insolvables. Il y a plus d’un an, notre équipe avait estimé à 10.000 milliards USD le montant d’ « actifs-fantômes » qui allait disparaître du fait de la crise. Ces deux annonces étaient en complet décalage avec les analyses dominantes du moment ; la suite a montré qu’elles étaient pourtant parfaitement justifiées. En fonction de la même logique d’anticipation, LEAP/E2020 estime aujourd’hui que le monde est entré dans une nouvelle séquence de la phase IV de la crise systémique mondiale (la phase dite de « décantation »), à savoir la séquence d’insolvabilité globale.

Les graves conséquences de cette insolvabilité globale sont anticipées dans ce GEAB N°31, dont ce communiqué présente un extrait qui permet de bien poser l’enjeu que représente cette nouvelle séquence de la crise. Par ailleurs le GEAB N°31 présente les 29 « hausses et baisses » de l’année 2009 selon l’équipe de LEAP/E2020 : quinze tendances en hausse et quatorze en baisse qui constituent autant d’outils d’aide à la décision et à l’analyse pour ceux que l’année à venir inquiète ou intrigue.

Contrairement à ce que les dirigeants politiques mondiaux, à l’image de leurs banquiers centraux, semblent penser, le problème de liquidité qu’ils essayent de résoudre par des baisses historiques de taux d’intérêts et une création monétaire illimitée, n’est pas une cause mais une conséquence de la crise actuelle. C’est bel et bien un problème de solvabilité qui crée les « trous noirs » dans lesquels disparaissent les liquidités, qu’ils s’appellent bilans des banques [1], endettements des ménages [2], faillites d’entreprises ou déficits publics. Avec une estimation conservatrice des « actifs fantômes » mondiaux portée désormais à plus de 30.000 milliards USD [3], notre équipe considère que le monde fait désormais face à une insolvabilité généralisée frappant évidemment en premier lieu les pays et les organisations (publiques ou privées) surendettés et/ou très dépendants des services financiers.

Evolution des capitalisations boursières mondiales en 2008 (en milliers de milliards de Dollars US) - Source : Thomson financial Datastream, 01/2009

A quoi reconnaît-on une crise de solvabilité d’une crise de liquidité ?

Cette distinction entre crise de liquidité et crise de solvabilité peut paraître très technique et finalement peu déterminante pour l’évolution de la crise en cours. Pourtant, elle n’a rien d’une querelle académique puisque, selon le cas, l’action actuelle des gouvernements et des banques centrales sera utile ou au contraire totalement inutile, voire dangereuse.

Un exemple simple permet de bien saisir l’enjeu. Si vous avez un problème transitoire de trésorerie et que votre banque ou votre famille accepte de vous prêter les fonds nécessaires pour que vous traversiez la passe difficile, leur effort est bénéfique pour tout le monde. En effet, vous continuez votre activité, vous pouvez payer vos employés ou vous-même, votre banque ou votre famille est remboursée (avec un intérêt sans aucun doute pour ce qui est de votre banque), et l’économie en général a bénéficié d’une contribution positive. En revanche, si votre problème n’est pas du à un problème de trésorerie mais au fait que votre activité n’est pas rentable et ne peut pas le devenir dans les conditions économiques du moment, alors l’effort de votre banque ou de votre famille devient d’autant plus dangereux pour tout le monde qu’il a été important. En effet, selon toute probabilité, votre premier appel de fonds sera suivi par d’autres toujours assortis de promesses (honnêtes supposons-le) que la mauvaise passe est bientôt terminée. Votre banque ou votre famille seront d’autant plus incités à continuer à vous aider qu’ils risquent de perdre ce qu’ils vous ont déjà prêtés au cas où vous cesseriez votre activité. Mais si la situation continue à empirer, ce qui est le cas si c’est bien un problème de rentabilité, alors arrive un moment où certaines limites sont atteintes : d’une part, votre banque va décider qu’elle a plus à perdre à continuer de vous soutenir qu’à vous laisser tomber ; et d’autre part, votre famille n’a simplement plus d’argent disponible, car vous lui avez siphonné toute son épargne. Il apparaît à tout le monde que non seulement vous êtes en faillite et insolvable, mais que vous avez probablement entraîné votre famille dans la même situation ou affaibli votre banque [4]. Vous avez porté ainsi un coup terrible à l’économie autour de vous, y compris à vos proches [5]. Il est important de souligner que tout cela a pu se dérouler en toute bonne foi si un changement brutal d’environnement économique a bouleversé les conditions de rentabilité de votre activité sans que vous ayez pris conscience de l’ampleur des conséquences pour votre activité.

Nombre de faillites quotidiennes aux Etats-Unis (01/2006 – 11/2008) - Source : CreditSlips, 01/2009

Selon LEAP/E2020, cet exemple simple illustre parfaitement la situation qui prévaut en ce début d’année 2009 pour l’ensemble du système financier mondial, une part importante de l’économie de la planète et tous les acteurs économiques (Etats compris) qui ont fondé leur croissance de ces dernières années sur l’endettement. La crise a traduit et amplifié un problème de solvabilité globale. Le monde est en train de prendre conscience qu’il est beaucoup plus pauvre que la dernière décennie le lui avait laissé croire. Et 2009 est l’année qui va obliger tous les acteurs économiques à tenter d’évaluer concrètement l’état de leur solvabilité, sachant que nombre d’actifs continuent encore à perdre de la valeur. La difficulté est qu’un nombre croissant d’opérateurs ne font plus confiance aux indicateurs et instruments de mesure traditionnels. Les agences de notation ont perdu toute crédibilité. Le Dollar US n’est plus qu’une fiction d’unité de mesure monétaire mondiale dont nombre d’Etats tentent de se dégager au plus vite [6]. Donc toute la sphère financière est à juste titre suspectée de n’être plus qu’un immense trou noir. Pour les entreprises, plus personne ne sait si les carnets de commande sont fiables [7] puisque, tous secteurs confondus, les clients annulent massivement les commandes [8] ou n’achètent plus, même quand les prix sont cassés, comme le confirme la forte baisse des ventes de détail de ces dernières semaines [9]. Et pour les Etats (et autres collectivités publiques), c’est dorénavant l’effondrement des recettes fiscales qui fait craindre une envolée des déficits pouvant entraîner là aussi des faillites. D’ailleurs, des milliardaires russes [10] aux pétromonarchies du Golfe arabique en passant par l’Eldorado commercial chinois [11], ce sont toutes les « poules aux œufs d’or » des entreprises et des établissements financiers de la planète (et notamment européennes, japonaises et nord-américaines [12]) qui s’avèrent désormais insolvables ou tout juste solvables. La question de la solvabilité de l’état fédéral et des états fédérés américains [13] (comme de celle de la Russie ou du Royaume-Uni) commence d’ailleurs également à être posée dans les grands médias internationaux ; tout comme d’ailleurs celle des grands fonds de pension par capitalisation, grands acteurs de l’économie globalisée de ces vingt dernières années.

Pour LEAP/E2020, la tendance est donc claire : la séquence qui commence en ce début d’année 2009, c’est bien celle de l’insolvabilité globale.

 

[1] Voici d’ailleurs une liste très utile des banques américaines sur le point de faire faillite présentée sur le site LewRockwell.com, réalisée à partir du Texas Ratio qui permet de mesurer leur exposition au risque.

[2] Cette carte dynamique des impayés de cartes de crédit et de prêts immobiliers aux Etats-Unis (au 2° trimestre 2008), réalisée par la Reserve fédérale de New-York, permet de juger de l’étendue de la crise affectant les revenus des ménages et leur niveau d’endettement. Source : NewYorkFed, 12/2008

[3] L’évolution des valeurs boursières mondiales est un bon indicateur de cette disparition des « actifs-fantômes », même si il faut lui ajouter toutes les pertes de valeur dans l’immobilier et dans d’autres gammes d’actifs ; et probablement lui retrancher des reprises de valeurs qui ont été emportées par la tourmente actuelle et se rétabliront une fois le pire de la crise derrière nous.

[4] Nous ne parlons même pas ici des employés, fournisseurs, clients, …

[5] Et, une telle situation, répétée à l’échelle d’un pays tout entier conduit à un chaos social. D’ailleurs, l’armée américaine elle-même envisage que l’instabilité sociale créée par la crise puisse conduire à une intervention militaire. Source : ElPasoTimes, 29/12/2008

[6] A ce propos, LEAP/E2020 émet une recommandation à destination des institutions financières internationales, et surtout à leurs responsables des services statistiques : il est urgent de mettre en place une comptabilité internationale alternative, fondée sur un panier de devises (par exemple : 25% USD, 25% Euro, 25% Yen et 25% Yuan en attendant un panier global décidé par les dirigeants politiques) car la cessation de paiement des Etats-Unis et la rupture du système monétaire mondial que nous anticipons à l’été 2009 va immédiatement entraîné une catastrophe en matière de comptabilisation des valeurs et des flux financiers mondiaux. Il est donc urgent, même si cela résulte de discussions officieuses et de comptabilité « au noir » de doubler les statistiques actuelles faites essentiellement en Dollars Us par une version de « sauvegarde » effectuée dans un panier de devises. Cela permettra d’assurer une continuité des statistiques le temps d’une reconstruction du système monétaire mondial.

[7] Une série d’articles du Spiegel (18/12/2008), intitulée « Le calme avant la récession mondiale », illustre très bien la crise vue d’Allemagne. Et la chute généralisée du transport de marchandises en zone Euro illustre bien ce fait. Source : Libération, 12/01/2009

[8] L’un des indicateurs avancés de l’économie mondiale est indéniablement le marché des machines-outils, car ce sont elles qui servent à produire les objets manufacturés. Les commandes de machines-outils permettent d’anticiper 6 mois à 1 an à l’avance l’état de l’industrie manufacturière mondiale. Les deux grands fabricants et exportateurs mondiaux de machines-outils étant l’Allemagne et le Japon, l’évolution de leur production et exportation dans ce secteur est donc un indice très fiable de l’avenir de l’industrie manufacturière mondiale. En l’occurrence, il s’avère très sombre pour 2009 puisqu’à l’image de l’Allemagne, le Japon a enregistré en Novembre 2008 une chute vertigineuse de 16,2% de ses commandes par rapport à Octobre 2008, soit la pire baisse depuis 1987 quand ces statistiques ont commencé à être disponibles. Source : MarketWatch, 15/01/2009

[9] Aux Etats-Unis, 2009 risque de voir 25% des commerces de détail fermer leurs portes. Source : ClusterStockAlleyInsider, 27/12/2008

[10] Les « milliardaires russes » en sont réduits à quémander l’aumône du Kremlin, qui lui même voit ses réserves financières fondre à vue d’oeil. Source : Spiegel, 08/01/2009

[11] Un « El Dorado chinois » qui en 2009 est en train de se transformer en bourbier socio-économique. Source : Janelanaweb, 25/12/2008 ; Yahoo/Reuters, 07/01/2009 ; Guardian, 13/01/2009

[12] La toute récente faillite de Nortel, leader nord-américain de l’industrie des télécommunications en est un exemple flagrant.

[13] Sources : USAToday, 28/12/2008 ; Reuters, 02/01/2009

« Faites ce que je dis, pas ce que je fais. »


UMP: pour un euro t’as plus rien

Quand à l'heure du projet de loi HADOPI, l'UMP propose un euro pour dédommager le groupe de musique MGMT on frôle le foutage de gueule. C'est du moins ce que pense le blogueur Nick Carraway.



(photo : rahego - Flickr - cc)

Jurisprudence prélégislative ?

février 25th, 2009 Posted in Internet, La vie de la cité

Dans l’affaire qui l’oppose au groupe de rock américain MGMT, l’UMP propose de dédommager le groupe, dont ils avaient utilisé une des chansons lors du congrès de la Mutualité du 24 janvier et dans plusieurs vidéos publicitaires, à hauteur d’1 euro. L’offre a été refusée, et l’affaire n’est pas anodine, car la stratégie est dangereuse.

Ce qui est clair, c’est que l’UMP a proposé au groupe une conciliation en amont du jugement, de manière à retirer l’illégalité de l’acte. Ils reconnaissent avoir fait une bourde, mais ils essaient de s’arranger entre eux pour que MGMT retire sa plainte. Or, cette stratégie de dépénalisation est totalement incohérente en regard des cris d’orfraie qui sont poussés par les quelques roquets de la majorité et les majors de l’industrie du film ou du disque. Comment peut-on rendre illicite le téléchargement ou le streaming alors que la majorité qui veut faire passer la loi s’arrange pour ne pas être condamnée ? Cela voudra donc dire qu’au moment de chaque procès, chaque particulier qui se fera pincer pourra contourner la loi en proposant un dédommagement. Imaginez que vous vous faites piquer dans un magasin avec un vêtement sous votre pull et que vous vous proposez gentiment comme compensation de le payer. C’est incohérent !

promesses-et-realisation-ump.jpgMieux encore : l’UMP estime le coût de l’infraction à 1 euro. Et pire encore : le montant du dédommagement n’est pas une estimation du manque à gagner pour le groupe, c’est symbolique. En gros on ne veut pas chiffrer le montant, et on se contente d’un petit geste histoire de dire qu’on a remboursé ! A moins que l’UMP considère qu’elle aurait pu se procurer le titre sur iTunes pour 0,99€, qui lui en donnait la pleine propriété… mais c’est oublier que c’est la propriété à l’usage privé ! Et cela, je doute que ça coûte les 0,01 euros restants ! Si l’on estime la diffusion (voire la possession, on ne sait pas si le titre a été téléchargé illégalement ou non) sans l’accord de l’auteur à 1 euro, voilà une jolie brèche dans laquelle pourront s’engouffrer tous les particuliers. A 1 euro la fraude, on peut être sûr d’une chose : non seulement ça n’endiguera pas le phénomène, mais en plus cela va coûter un max de blé à la justice pour déboucher sur des arrangements d’officine !

Cette histoire est assez révélatrice de l’état d’esprit qui entoure ce projet de loi. Quand le gouvernement réfléchit global, il s’alarme, car il voit que le montant du manque à gagner est astronomique (et encore) ; quand il se fait prendre la main dans le sac, il se dit que ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan et que ce n’est pas dramatique. Alors qu’il n’est pas du tout prouvé que l’on peut mettre bout à bout les actes individuels pour calculer le manque à gagner de l’industrie du disque et du cinéma, qui n’est pas forcément grevée par le téléchargement !

A moins que tout ceci soit un exemple du dicton : « Faites ce que je dis, pas ce que je fais. »

Jeudi 26 Février 2009 - 17:31
Nick Carraway

13:59 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ump, internet, mgmt

27/02/2009

Corinne Lepage démonte Pérol

Corinne Lepage démonte Pérol

Pour Corinne Lepage, la nomination de François Pérol, secrétaire général adjoint de l'Elysée, à la tête de l’établissement bancaire résultant de la fusion des Banques Populaires et des Caisses d’épargne est une «affaire grave». Elle s'explique pour Marianne2.fr.



(photo : guillaumepaumier - Flickr - cc)
(photo : guillaumepaumier - Flickr - cc)
La nomination de M. Pérol à la tête de l’établissement bancaire résultant de la fusion des Banques Populaires et des Caisses d’épargne est une affaire grave à double titre.

Quand la parole publique est défaillante...
D’une part, manifestement, et contrairement à ce qui est affirmé, M. Pérol est justiciable de la commission de déontologie. Du reste, le Président de la République a commencé par affirmer que celle-ci n’avait pas formulé d’opposition (ce qui ne signifie du reste pas qu’elle ait donné un avis positif) avant de faire reconnaître par M. Guéant que non seulement elle n’avait pas donné d’avis, mais encore que le Président de cette commission , seul consulté semble-t-il à cette heure, ne serait prononcé que sur le caractère obligatoire ou non de la saisine. Il aurait indiqué que le cas de M. Pérol ne relevait pas d’une saisine obligatoire, ce qui, bien évidemment, ne constitue en rien un avis sur la légalité de cette nomination. Ainsi, les propos du Président sont doublement inexacts, ce qui est grave en soi. Rappelons, en effet, que dans une démocratie, la parole publique est fondamentale.

Mais, revenons au texte. Il serait très instructif que soit rendu public le courrier de M. Fouquet, Président de la Commission de déontologie  pour essayer de justifier que le cas de M. Pérol ne relève pas d’une saisine obligatoire. En effet, la loi du 29 janvier 1993 modifiée par la loi du d 2 février 2007 dispose dans son article 87 :

I. - Une commission de déontologie placée auprès du Premier ministre est chargée d'apprécier la compatibilité de toute activité lucrative, salariée ou non, dans une entreprise ou un organisme privé ou toute activité libérale, avec les fonctions effectivement exercées au cours des trois années précédant le début de cette activité par tout agent cessant ses fonctions. Ces dispositions sont applicables :

1° Aux fonctionnaires placés ou devant être placés en cessation définitive de fonctions, disponibilité, détachement, hors-cadre, mise à disposition ou exclusion temporaire de fonctions ;

2° Aux agents non titulaires de droit public employés par l'Etat, une collectivité territoriale ou un établissement public ;

3° Aux membres d'un cabinet ministériel ;

4° Aux collaborateurs de cabinet des autorités territoriales

5° Aux agents contractuels de droit public ou de droit privé des établissements mentionnés aux articles L. 1142-22, L. 1222-1, L. 1323-1, L. 1336-1, L. 1413-2, L. 1418-1 et L. 5311-1 du code de la santé publique ;

6° Aux agents contractuels de droit public ou de droit privé d'une autorité administrative indépendante.

Ces dispositions ne s'appliquent aux agents non titulaires de droit public mentionnés aux 2° et 6° que s'ils sont employés de manière continue depuis plus d'un an par la même autorité ou collectivité publique...

II. - La saisine de la commission est obligatoire au titre du I pour les agents chargés soit d'assurer la surveillance ou le contrôle d'une entreprise privée, soit de conclure des contrats de toute nature avec une entreprise privée ou de formuler un avis sur de tels contrats, soit de proposer des décisions relatives à des opérations effectuées par une entreprise privée ou de formuler un avis sur de telles décisions.
Pour l'application du premier alinéa du présent II, est assimilée à une entreprise privée toute entreprise publique exerçant son activité dans un secteur concurrentiel et conformément aux règles du droit privé.
La commission peut être saisie, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État, par tout agent entrant dans le champ du I ou par l'administration dont relève cet agent.

Dans tous les cas, la commission est saisie préalablement à l'exercice de l'activité envisagée.

III. - La commission peut être saisie pour rendre un avis sur la compatibilité avec les fonctions précédentes de l'agent, de toute activité lucrative, salariée ou non, dans un organisme ou une entreprise privé ou dans une entreprise publique exerçant son activité conformément aux règles du droit privé dans un secteur concurrentiel ou d'une activité libérale que souhaite exercer l'agent pendant un délai de trois ans suivant la cessation de ses fonctions. La commission examine si cette activité porte atteinte à la dignité des fonctions précédemment exercées ou risque de compromettre ou de mettre en cause le fonctionnement normal, l'indépendance ou la neutralité du service. Au cas où la commission a été consultée et n'a pas émis d'avis défavorable, l'agent public ne peut plus faire l'objet de poursuites disciplinaires et le IV ne lui est pas applicable.


article_photo_1235488079021-1-0.jpgLe Décret n°2007-611 du 26 avril 2007 relatif à l'exercice d'activités privées par des fonctionnaires ou agents non titulaires ayant cessé temporairement ou définitivement leurs fonctions et à la commission de déontologie précise dans son article 1 :

I. - Il est interdit aux agents mentionnés au I de l'article 87 de la loi du 29 janvier 1993 susvisée qui cessent temporairement ou définitivement leurs fonctions :

A. - De travailler, de prendre ou de recevoir une participation par conseil ou capitaux dans une entreprise privée, lorsque l'intéressé a été chargé, au cours des trois dernières années qui précèdent le début de cette activité, dans le cadre des fonctions qu'il a effectivement exercées :
1° D'assurer la surveillance ou le contrôle de cette entreprise ;
2° De conclure des contrats de toute nature avec cette entreprise ou de formuler un avis sur de tels contrats ;
3° De proposer directement à l'autorité compétente des décisions relatives à des opérations réalisées par cette entreprise ou de formuler un avis sur de telles décisions.
Les interdictions mentionnées ci-dessus s'appliquent également aux activités exercées dans une entreprise :
a) Qui détient au moins 30 % du capital de l'entreprise susmentionnée, ou dont le capital est, à hauteur de 30 % au moins, détenu soit par l'entreprise susmentionnée, soit par une entreprise détenant aussi 30 % au moins du capital de l'entreprise susmentionnée ;
b) Ou qui a conclu avec l'entreprise susmentionnée un contrat comportant une exclusivité de droit ou de fait.
Ne sont toutefois pas interdites la seule participation au capital de sociétés cotées en bourse ou la participation intervenant par dévolution successorale.

B. - D'exercer une activité lucrative, salariée ou non, dans un organisme ou une entreprise privé et toute activité libérale si, par sa nature ou ses conditions d'exercice et eu égard aux fonctions précédemment exercées par l'intéressé, cette activité porte atteinte à la dignité desdites fonctions ou risque de compromettre ou mettre en cause le fonctionnement normal, l'indépendance ou la neutralité du service.

II. - Les interdictions prévues au I ci-dessus s'appliquent pour une durée de trois ans à compter de la cessation des fonctions justifiant l'interdiction.

III. - Au sens du présent article, est assimilée à une entreprise privée toute entreprise publique exerçant son activité dans un secteur concurrentiel et conformément au droit privé.


En l’espèce, il apparait évident que M. Pérol a , a minima, proposé des décisions relatives aux opérations effectuées par la future entité qu’il va présider et a fortiori a formulé un avis. Comment dés lors, considérer que la saisine n’est pas obligatoire ? et a fortiori considérer qu’il n’entre pas dans les cas énumérés par la loi de saisine obligatoire ?

35052_une-sarkozy-perol.jpgIncohérence et divergence des discours
La lettre du président Fouquet est très éloignée des versions successives qui ont été présentées par l’Elysée. Tout d’abord, il a été indiqué que la Commission de déontologie avait été saisie. C’est inexact.
Ensuite, il a été indiqué que la Commission avait donné un avis par l’intermédiaire de son Président ; Ce n’est que partiellement exact puisque le Président prend soin d’indiquer qu’il ne peut que donner un avis personnel qui n’engage pas la Commission. Puis, M. Guéant a indiqué qu’en toute hypothèse , le cas de M. Pérol n’entrait pas dans la saisine obligatoire de la Commission. A aucun moment, dans son courrier, le Président Fouquet ne s’exprime sur ce point, mais au contraire évoque la question de fond ; Dès lors, la saisine de la Commission étant préalable, M. Pérol ne peut à ce jour accéder à ses nouvelles fonctions.

« La jurisprudence citée n'est pas concluante  »
Sur le fond, l’avis du président Fouquet doit être lu entre les lignes et ne contredit en rien l’analyse juridique qui précède. Tout d’abord, il vise l’avis du secrétaire général qui estime que les fonctions de M. Pérol à l’Elysée n’entrent pas dans les cas visés par la loi. Ainsi, il se réfère à une interprétation que Le secrétaire général de l’Elysée n’a aucune compétence pour formuler et qui n’engage que lui. Or, la situation de fait est importante pour juger de la  situation de droit ; l’avis est donc émis comme si M. Pérol était totalement étranger à l’opération concernant la naissance du nouvel établissement. De plus, il n’analyse la situation que sur le plan pénal en se référant à l’interprétation nécessairement stricte de la loi pénale. Mais, les pouvoirs de la commission ne sont pas de nature pénale ; ils sont beaucoup plus large et visent l’aspect strictement déontologique. Enfin, la jurisprudence citée n’est pas concluante pour deux raisons ; celle qui est antérieure à 2007 est inopérante car la loi a changé en 2007. quant aux autres exemples, ils ne visent pas des personnes entrant dans un établissement sur lequel ils avaient spécifiquement travaillé ; en toute hypothèse, l’arrêt Bauffret du Conseil d’Etat montre un rigueur beaucoup plus grande du Conseil d’Etat sur le pantouflage.

Ainsi, on voit mal, comment, même si elle n’était pas saisie à titre obligatoire, la commission pourrait rendre un avis favorable. Elle doit être saisie et M. Pérol ne devrait pas prendre de fonctions tant que l’avis n’est pas émis.

photo_1235581092800-1-0.jpgDes dysfonctionnements mis en évidence
Dès lors, dans cette affaire, et indépendamment même des questions déontologiques d’une autre nature liées au fait que par le passé, M. Pérol avait conseillé une des deux parties sur un montage qui est aujourd’hui contesté, si les règles de droit étaient appliquées, M. Pérol ne pourrait être nommé. Cette affaire révèle, au-delà du cas particulier qui ne met évidemment pas en cause les compétences professionnelles de M. Pérol, le dysfonctionnement des instances politiques et juridiques françaises. Comment se fait-il que le Président de la République, garant au terme de la Constitution, du fonctionnement des pouvoirs publics et  du respect de l’état de droit, intervient précisément en violation de la loi. Comment se fait-il que nous ne disposions d’aucun organe qui puisse imposer le respect de la loi, alors même que l’article 432-13 du code pénal a été évoqué par certains ? Comment se fait-il qu’il n’y ait en France aucun pouvoir judiciaire à même de trancher la difficulté juridique à supposer qu’il y ait un débat juridique ?

On le voit. Cette affaire, indépendamment des questions liées au poids du Président dans les nominations pose crûment  la question du fonctionnement de notre état de droit et de la qualification de démocratique de notre système.


Jeudi 26 Février 2009 - 17:04
Corinne Lepage

Après la crise financière, la guerre civile ? Préparez-vous à "quitter votre région"...


iraq_bomb_wideweb__430x282.jpgLa crise économique et financière va-t-elle dégénérer en violentes explosions sociales ? En Europe, aux Etats-Unis ou au Japon, la guerre civile est-elle pour demain ? C'est le pronostic quelque peu affolant que dressent les experts du LEAP/Europe 2020, un groupe de réflexion européen, dans leur dernier bulletin daté de mi-février.

Dans cette édition où il est question que la crise entre, au quatrième trimestre 2009, dans une phase de "dislocation géopolitique mondiale", les experts prévoient un "sauve-qui-peut généralisé" dans les pays frappés par la crise. Cette débandade se conclurait ensuite par des logiques d'affrontements, autrement dit, par des semi-guerres civiles. "Si votre pays ou région est une zone où circulent massivement des armes à feu (parmi les grands pays, seuls les Etats-Unis sont dans ce cas), indique le LEAP, alors le meilleur moyen de faire face à la dislocation est de quitter votre région, si cela est possible."

Selon cette association, formée de contributeurs indépendants issus des milieux politiques et économiques et de professionnels européens de différents secteurs, les zones les plus dangereuses sont celles où le système de protection sociale est le plus faible.

La crise serait ainsi à même de susciter de violentes révoltes populaires dont l'intensité serait aggravée par une libre circulation des armes à feu. L'Amérique latine, mais aussi les Etats-Unis sont les zones les plus à risques. "Il y a 200 millions d'armes à feu en circulation aux Etats-Unis, et la violence sociale s'est déjà manifestée via les gangs", rappelle Franck Biancheri, à la tête de l'association. Les experts du LEAP décèlent d'ailleurs déjà des fuites de populations des Etats-Unis vers l'Europe, "où la dangerosité physique directe restera marginale", selon eux.

 

FAIRE DES RÉSERVES

 

premonition.jpgAu-delà de ces conflits armés, le LEAP alerte sur les risques de pénuries possibles d'énergie, de nourriture, d'eau, dans les régions dépendantes de l'extérieur pour leur approvisionnement et conseille de faire des réserves. Cette perspective apocalyptique pourrait faire sourire si ce groupe de réflexion n'avait, dès février 2006, prédit avec une exactitude troublante le déclenchement et l'enchaînement de la crise. Il y a trois ans, l'association décrivait ainsi la venue d'une "crise systémique mondiale", initiée par une infection financière globale liée au surendettement américain, suivie de l'effondrement boursier, en particulier en Asie et aux Etats-Unis (de - 50 % à - 20 % en un an), puis de l'éclatement de l'ensemble des bulles immobilières mondiales au Royaume-Uni, en Espagne, en France et dans les pays émergents. Tout cela provoquant une récession en Europe et une "très Grande Dépression" aux Etats-Unis.

Doit-on en conclure que la crise mondiale peut se transformer en guerre mondiale ? "Les pronostics de LEAP sont extrêmes, mais la violence sociale pointe", admet Laurence Boone, économiste chez Barclays.

Reste un espoir, une "dernière chance" selon le LEAP, qui résiderait dans la capacité du G20, qui se réunira le 2 avril à Londres, à arrêter un plan d'action "convaincant et audacieux". Dans ce cas, le monde ne serait toutefois pas tiré d'affaire, puisque les experts ne manquent de rappeler que se profile aussi une sévère crise climatique...


GEAB N°32 est disponible! 4° trimestre 2009 - Début de la phase 5 de la crise systémique globale : la phase de dislocation géopolitique mondiale

- Communiqué public GEAB N°32 (15 février 2009) -



GEAB N°32 est disponible! 4° trimestre 2009 - Début de la phase 5 de la crise systémique globale : la phase de dislocation géopolitique mondiale
Depuis Février 2006, LEAP/E2020 avait estimé que la crise systémique globale se déroulerait selon 4 grandes phases structurantes, à savoir les phases de déclenchement, d'accélération, d'impact et de décantation. Ce processus a bien décrit les évènements jusqu'à aujourd'hui. Mais notre équipe estime dorénavant que l'incapacité des dirigeants mondiaux à prendre la mesure de la crise, caractérisée notamment par leur acharnement depuis plus d'un an à en traiter les conséquences au lieu de s'attaquer radicalement à ses causes, va faire entrer la crise systémique globale dans une cinquième phase à partir du 4° trimestre 2009 : la phase dite de dislocation géopolitique mondiale.

Selon LEAP/E2020, cette nouvelle phase de la crise sera ainsi façonnée par deux phénomènes majeurs organisant les évènements en deux séquences parallèles, à savoir :

A. Deux phénomènes majeurs :
1. La disparition du socle financier (Dollars + Dettes) sur l'ensemble de la planète
2. La fragmentation accélérée des intérêts des principaux acteurs du système global et des grands ensembles mondiaux

B. Deux séquences parallèles :
1. La décomposition rapide de l'ensemble du système international actuel
2. La dislocation stratégique de grands acteurs globaux.

GuerreCivileSarko.jpgNous avions espéré que la phase de décantation permettrait aux dirigeants du monde entier de tirer les conséquences de l'effondrement du système qui organise la planète depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Hélas, à ce stade, il n'est plus vraiment permis d'être optimiste en la matière (1). Aux Etats-Unis comme en Europe, en Chine ou au Japon, les dirigeants persistent à faire comme si le système global en question était seulement victime d'une panne passagère et qu'il suffisait d'y ajouter quantité de carburants (liquidités) et autres ingrédients (baisse de taux, achats d'actifs toxiques, plans de relance des industries en quasi-faillite,…) pour faire repartir la machine. Or, et c'est bien le sens du terme de « crise systémique globale » créé par LEAP/E2020 dès Février 2006, le système global est désormais hors d'usage. Il faut en reconstruire un nouveau au lieu de s'acharner à sauver ce qui ne peut plus l'être.


Evolution des commandes à l’industrie au cours du 4° trimestre 2008 (Japon, Etats-Unis, zone Euro, Royaume-Uni, Chine, Inde) - Sources : MarketOracle / JPMorgan
Evolution des commandes à l’industrie au cours du 4° trimestre 2008 (Japon, Etats-Unis, zone Euro, Royaume-Uni, Chine, Inde) - Sources : MarketOracle / JPMorgan
L'Histoire n'étant pas particulièrement patiente, cette cinquième phase de la crise va donc entamer ce processus de reconstruction mais de manière brutale, par la dislocation complète du système préexistant. Et les deux séquences parallèles, décrites dans ce GEAB N°32, qui vont organiser les évènements promettent d'être particulièrement tragiques pour plusieurs grands acteurs mondiaux.

Selon LEAP/E2020, il ne reste plus qu'une toute petite fenêtre de tir pour tenter d'éviter le pire, à savoir les quatre mois à venir, d'ici l'été 2009. Très concrètement, le Sommet du G20 d'Avril 2009 constitue selon notre équipe la dernière chance pour réorienter de manière constructive les forces en action, c'est-à-dire avant que la séquence cessation de paiement du Royaume-uni, puis des Etats-Unis ne se mette en branle (2). Faute de quoi, ils perdront tout contrôle sur les évènements (3), y compris, pour nombre d'entre eux, dans leurs propres pays, tandis que la planète entrera dans cette phase de dislocation géopolitique à la manière d'un « bateau ivre ». A l'issue de cette phase de dislocation géopolitique, le monde risque de ressembler à l'Europe de 1913 plus qu'à la planète de 2007.

Ainsi, à force de tenter de porter sur leurs épaules le poids toujours croissant de la crise en cours, la plupart des Etats concernés, y compris les plus puissants, ne se sont pas rendu compte qu'ils étaient en train d'organiser leur propre écrasement sous le poids de l'Histoire, oubliant qu'ils n'étaient que des constructions humaines, ne survivant que parce que l'intérêt du plus grand nombre s'y retrouvait. Dans ce numéro 32 du GEAB, LEAP/E2020 a donc choisi d'anticiper les conséquences de cette phase de dislocation géopolitique sur les Etats-Unis et l'UE.


Evolution de la base monétaire des Etats-Unis - (12/2002 – 12/2008) - Source US Federal Reserve / DollarDaze
Evolution de la base monétaire des Etats-Unis - (12/2002 – 12/2008) - Source US Federal Reserve / DollarDaze
Il est donc temps pour les personnes comme pour les acteurs socio-économiques de se préparer à affronter une période très difficile qui va voir des pans entiers de nos sociétés telles qu'on les connaît être fortement affectés (4), voire tout simplement disparaître provisoirement ou même dans certains cas durablement. Ainsi, la rupture du système monétaire mondial au cours de l'été 2009 va non seulement entraîner un effondrement du Dollar US (et de la valeur de tous les actifs libellés en USD), mais il va aussi induire par contagion psychologique une perte de confiance généralisée dans les monnaies fiduciaires. C'est à tout cela que s'attachent les recommandations de ce GEAB N°32.

Last but not least, notre équipe considère désormais que ce sont les entités politiques (5) les plus monolithiques, les plus « impériales », qui vont être les plus gravement bouleversées au cours de cette cinquième phase de la crise. La dislocation géopolitique va ainsi s'appliquer à des états qui vont connaître une véritable dislocation stratégique remettant en cause leur intégrité territoriale et l'ensemble de leurs zones d'influences dans le monde. D'autres états, en conséquence, seront projetés brutalement hors de situations protégées pour plonger dans des chaos régionaux.

source:
http://www.leap2020.eu/GEAB-N-32-est-disponible!-4-trimes...

http://www.leap2020.eu/Fin-2008-Le-monde-entre-dans-la-ph...

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/02...

26/02/2009

Sarkozy lance la bataille de l'intelligence… et la perd

Sarkozy lance la bataille de l'intelligence… et la perd

C'est la vidéo que s'échangent les chercheurs : un banc d'essai des discours de Sarkozy et d'Obama sur la science. Devinez qui s'en tire le mieux?

Une vidéo qui en dit long sur la vision de la science des deux côtés de l’Atlantique : le 20 décembre 2008, Barack Obama  assurait qu’elle est « une clé pour la survie de la planète et la prospérité de la nation » et qu’il entendait s’en servir pour ouvrir son pays aux défis du 21e siècle, « découvrir des médicaments », « créer des emplois », « préserver le globe pour nos enfants et nos petits enfants »,  faire des Etats-Unis un leader dans tous les domaines de pointe.

Un mois plus tard, le 22 janvier 2009, Nicolas Sarkozy, qui avait apparemment retenu la leçon de l’Oncle Sam de travers, affirmait que la recherche et l’innovation sont la clé pour sortir renforcé d’une crise sans précédent… et qu’il s’apprêtait à la mettre sous la porte.  Quand le Président américain flattait les cerveaux qui « pourchassent la nouvelle grande idée » et préparent « la révolution qui pourra changer nos vies », le chef de l’Etat français sortait le fouet et alignait des contrevérités manifestes sur la recherche tricolore.  Le premier, en offrant sa confiance aux chercheurs, leur a donné envie de se dépasser dans les labos, le second en les humiliant les a encouragés à arrêter le boulot. Les propos généraux de l’un se sont traduits par de généreuses subventions et des dons des fondations, les propos de café de commerce de l’autre, qui reposent sur des chiffres faux et des à peu près, n’ont été repris que par les imbéciles qui croient tout ce qu’on leur dit.

Finalement, mieux aurait valu arriver après la bataille
En grève depuis le 2 février, les enseignants-chercheurs, eux, restent mobilisés dans toutes nos universités et nos laboratoires contre la politique d’enseignement supérieur et de recherche du gouvernement. Et même si  Nicolas Sarkozy, Valérie Pécresse et sa médiatrice Claire Bazy-Malaurie jouent le pourrissement, les chercheurs inventent chaque jour de nouvelles actions pour combattre le règne de l’ignorance … L’imagination est au pouvoir lorsqu’ils descendent dans la rue. Le Président avait donc raison, le 22 janvier dernier, lorsqu’il disait que « la bataille de l’intelligence est engagée ». Mais on dirait qu’il l’a perdue.


Jeudi 26 Février 2009 - 07:00
Anna Alter
 
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