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06/08/2009

Banques: le triomphe des coupables

Incroyable ! Attali  qui balance tout sur le système et dénonce les dérives des banques décidément abusives et inchangés, malgré que Sarkozy ait voulu nous faire croire le contraire, après le G20.

Il nous incite même à une révolution politique, en brisant cette délinquance des lobbys tout puissant, souvent baignant dans des conflits d'intérêt ou des délits d'initiés.

Mais où est passé son désir pour le nouvel ordre mondial, qu'il faudrai mettre en place?

A-t'il une idée derrière la tête et des ambitions politique, afin de faire partis un jour d'un nouveau type de gouvernance, qu'il créerai lui-même?    En tout cas, il semble vouloir se positionné dans les bons papiers de l'opinion public, en annonçant tel un oracle, la désintegration et la fin de ce système politico-financier corrompu, en étant à contre courant, de tout ce que peuvent nous dire, les médias Français actuellement.

à suivre.....

Monté Cristo

Banques: le triomphe des coupables par Jacques Attali

En 1929 une réglementation très stricte avait été imposée aux banques responsables de la crise, ce n'est même plus le cas.

1718_attali.jpgLa crise, chacun le sait, est largement de la faute des banques américaines, qui ont trop prêté et développé des produits spéculatifs. Pour les sauver, le Trésor américain leur a prêté de l'argent sans intérêt. Celles de ces banques qui n'ont pas fait faillite continuent à agir comme avant, inventant de nouveaux  produits spéculatifs et ne prêtant, très chers, qu'à celles des entreprises  qui n'ont pas vraiment besoin de leur argent.

Elles ont, en plus, aujourd'hui, une raison supplémentaire d'agir ainsi: tous les régulateurs leur enjoignant  de  reconstituer leurs fonds propres, elles le font, non seulement en utilisant tous les artifices comptables rendus possibles par les réformes d'avril, mais aussi en refusant de prêter aux  particuliers  et en exigeant des intérêts énormes des grandes entreprises désespérément à la recherche de liquidités.

Comme les intérêts que ces banques versent aux déposants sont proches de zéro, leurs bénéfices sont énormes. Et avec eux, elles peuvent recommencer à développer des produits spéculatifs, avec lesquelles elles comptent refaire les mêmes profits que par le passé, sans que personne ne vienne même, cette fois, leur opposer des réglementations. Et nul ne peut protester: qui pourrait se mettre mal avec son banquier ?

5596crash_1929.jpg

Alors qu'après 1929, des réglementations très strictes ont été imposées aux banques américaines, aujourd'hui,  rien n'est imposé à  personne. Le G20 n'aura été qu'une jolie comédie. De plus, Wall Street continue à disposer de considérables moyens d'influence.  Des lobbys bancaires, fort bien dotés, arrosent le Congrès.  Et les  banquiers, devenus ministres ou superviseurs, réussissent à écarter toutes les législations qui pourraient gêner leurs ex et futurs employeurs.

En particulier, une seule banque tient tout: Goldman Sachs. Elle est l'objet aujourd'hui d'innombrables analyses critiques, dont la plus acérée est venue récemment du magazine Rolling Stones. Après avoir éliminé ses principaux concurrents, (dont Lehman) , après avoir profité de ces faillites et reçu de l'Etat d'énormes prêts sans intérêt, cette institution plus que centenaire  fait aujourd'hui fortune grâce à des décisions prises par Geithner, Summers et les autres, dont chacun sait  qu'ils  rejoindront un jour la firme , après avoir quitté leurs fonctions,  comme le firent avant eux les ministres des précédents présidents, Rubin, Paulson, et autres...

Au total,  les entreprises industrielles, qui créent les vraies richesses, financent les erreurs et les bonus des banquiers, avec la bénédiction des hommes politiques. Et en bout de chaîne, les salariés en sont les ultimes victimes: les banques  américaines  enfoncent dans la dépression ceux qu'elles ont déjà largement ruinés.

revolution.jpgCes lobbys sont si puissants qu'on n'en sortira que par une révolution politique. Elle devrait conduire,  au moins, à interdire aux responsables publics du secteur financier de travailler ensuite dans les établissements qu'ils contrôlent. Et au plus, à nationaliser ce secteur.  Une révolution, vous dis je.

Jacques Attali

Source :

http://www.slate.fr/story/8747/banques-le-triomphe-des-co...

24/02/2009

Le pire est encore à venir

Le pire est encore à venir

La machine économique mondiale est en train inexorablement de s'enrayer

Pourquoi personne ne veut-il voir que le pire est sans doute encore devant nous ? De très nombreux pays, qui vivent sur des financements étrangers, ont le plus grand mal à les trouver ; de très nombreuses banques internationales manquent cruellement de ressources, sans même savoir à quelle échéance la réalité de leurs bilans va les frapper ; de plus en plus d' entreprises industrielles ont  de plus en plus de mal à obtenir le renouvellement de leurs crédits et approchent de l'asphyxie. Au total, la machine économique mondiale est en train de s'enrayer rapidement.

rachat-credit-crise.jpgChacun devrait l'accepter et réagir. Même les observateurs les plus optimistes d'antan commencent à le reconnaitre : selon l'agence Bloomberg, en Asie, seulement un prêt sur huit fait en 2008 sera refinancé en 2009. Et, selon Moody's, 17% des crédits faits dans la région seront en défaut en 2009, soit une proportion très supérieure à celle qu'on a connu en 1929.

Si ces menaces se matérialisent, aucun actif financier, aucune créance, aucun compte bancaire, n'aura plus de valeur ; seuls les actifs réels conserveront un prix ; on assistera au développement du troc. L'économie s'effondrera par pans entiers, avec d'immenses problèmes juridiques  sur la propriété des actifs et sur la validité des réclamations des créanciers multiples.

Le monde entier ne sera alors plus très loin de la situation de blocage que connut la Russie, pour des raisons voisines, en 1992. A la seule différence qu'alors, tous les actifs appartenaient à l'Etat, ce qui réduisit les risques de contentieux et permit à quelques-uns de faire fortune. Aujourd'hui, la situation est à l'échelle de la planète beaucoup plus complexe. Et partout, des cabinets d'avocats se préparent avec délectation à gérer des contentieux innombrables dans lesquels chacun contestera la propriété de tout le monde. Une situation que l'un de ces cabinets, basé à Hong Kong, nomme cette semaine, non sans un certain cynisme : «perfect storm» (tempête parfaite).

Si ce genre de désastre se produit, tout notre système social, fondé sur la propriété privée et le respect des contrats de prêts sera remis en cause par la contestation généralisée de la valeur des biens et des titres. L'économie réelle s'effondrera, en flux comme en stock.

Peut-on encore l'éviter ? Plus par les méthodes traditionnelles ; elles ont échoué. Plus par les méthodes nationales ; elles sont pires que le mal. Il faut agir d'un grand coup. En fournissant aux entreprises et aux ménages les moyens de ne pas s'effondrer, le temps de réduire les montagnes de dettes, au détriment sans doute, des actionnaires nécessairement consentants. Dans cette situation, certains en viennent à penser qu'il ne serait pas déraisonnable de permettre aux banques centrales de prêter directement aux entreprises et aux États (c'est le cas de la Réserve fédérale (Fed) aux États-Unis). Mais cela ouvre la voie à une émission monétaire incontrôlée et donc à une inflation bien trop massive, qui dévalorisera tous les actifs, ruinera les détenteurs de rentes financières, et en particulier les retraités. Le prélude à une crise sociale sans précédent.

fmi.JPGIl vaudrait sans doute mieux, tant qu'il en est encore temps, tenter d'offrir de l'argent public aux pays en très grande difficulté en utilisant pour cela un mécanisme prévu par les statuts du FMI (Fonds monétaire international) : l'émission de Droits de Tirage Spéciaux (DTS), qui présente l'avantage de ne pas être comptabilisé dans la dette extérieure des États, et donc de limiter les risques de dévaluation monétaire. Ce mécanisme, que propose depuis longtemps Georges Soros, et qui a été très peu utilisé jusqu'ici, permettrait en théorie à chaque pays membre du FMI, sans exception, de disposer de ressources nouvelles et d'en faire un usage de relance qui n'accroitrait pas le déficit budgétaire ni, en principe, la masse monétaire.

Cependant, dans l'état actuel de l'économie mondiale, et malgré l'effondrement qui menace, c'est impossible. D'abord parce que l'émission de DTS suppose l'approbation des États-Unis, qui en raison de leur quote-part de 16,79% disposent d'un droit de veto de fait sur les principales décisions du FMI prises à 85%. Ensuite parce que, même si l'administration Obama approuvait un tel projet, il serait surement bloqué par le Congrès, qui l'a déjà refusé en 1997 et qui le refuserait surement une nouvelle fois car, cette allocation étant automatiquement accordée à tous les pays membres du FMI, le Zimbabwe et le Soudan, deux pays soumis à des sanction financière des États-Unis, en bénéficieraient. Enfin, à supposer même qu'on puisse franchir cet obstacle, l'allocation de chaque pays étant proportionnelle à sa quote-part, ces DTS seraient accordés en priorité aux pays les plus riches !

Pas de meilleure preuve de la nécessité de changer profondément et urgemment les statuts du FMI, bien au-delà de la réforme de mars 2008, pour modifier les quotes-parts de vote de chaque pays et réformer les mécanismes de prise des décisions les plus importantes, en particulier celles de l'attribution des DTS. Et pour émettre, rapidement, des DTS à l'attention des Etats les plus lourdement endettés.

6261e62e-00f6-11de-ac9a-2a7ad7493ba6.jpgNaturellement, les États-Unis et la Grande-Bretagne ne le voudront pas. Ni maintenant, ni dans deux mois. Et la prochaine réunion du G20 à Londres en avril, sera un échec, sur ce sujet comme sur presque tous les autres.

Les pays les plus pauvres, et tous les victimes de la crise en tireront alors les conclusions qu'ils ne doivent désormais plus rien attendre ni des institutions internationales ni des plus riches. Chacun d'entre eux voudra se protéger seul ; et pour cela émettre de la monnaie nationale en grande quantité, subventionner ses exportations, se fermer aux importations, pour tenter de reconstituer des réserves. Cela ne pourrait qu'entrainer une accélération de l'engrenage de la récession, des faillites et du chômage.

Nous voilà donc très clairement rendus au pied du mur : sans réforme majeure, urgente, radicale, des institutions multilatérales, pour en faire de véritables institutions supranationales, capables de prendre en charge la réduction massive de la dette mondiale et le soutien des emprunteurs les plus fragiles, le pire devient de plus en plus vraisemblable.

Jacques Attali

 
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