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26/02/2009

Sarkozy lance la bataille de l'intelligence… et la perd

Sarkozy lance la bataille de l'intelligence… et la perd

C'est la vidéo que s'échangent les chercheurs : un banc d'essai des discours de Sarkozy et d'Obama sur la science. Devinez qui s'en tire le mieux?

Une vidéo qui en dit long sur la vision de la science des deux côtés de l’Atlantique : le 20 décembre 2008, Barack Obama  assurait qu’elle est « une clé pour la survie de la planète et la prospérité de la nation » et qu’il entendait s’en servir pour ouvrir son pays aux défis du 21e siècle, « découvrir des médicaments », « créer des emplois », « préserver le globe pour nos enfants et nos petits enfants »,  faire des Etats-Unis un leader dans tous les domaines de pointe.

Un mois plus tard, le 22 janvier 2009, Nicolas Sarkozy, qui avait apparemment retenu la leçon de l’Oncle Sam de travers, affirmait que la recherche et l’innovation sont la clé pour sortir renforcé d’une crise sans précédent… et qu’il s’apprêtait à la mettre sous la porte.  Quand le Président américain flattait les cerveaux qui « pourchassent la nouvelle grande idée » et préparent « la révolution qui pourra changer nos vies », le chef de l’Etat français sortait le fouet et alignait des contrevérités manifestes sur la recherche tricolore.  Le premier, en offrant sa confiance aux chercheurs, leur a donné envie de se dépasser dans les labos, le second en les humiliant les a encouragés à arrêter le boulot. Les propos généraux de l’un se sont traduits par de généreuses subventions et des dons des fondations, les propos de café de commerce de l’autre, qui reposent sur des chiffres faux et des à peu près, n’ont été repris que par les imbéciles qui croient tout ce qu’on leur dit.

Finalement, mieux aurait valu arriver après la bataille
En grève depuis le 2 février, les enseignants-chercheurs, eux, restent mobilisés dans toutes nos universités et nos laboratoires contre la politique d’enseignement supérieur et de recherche du gouvernement. Et même si  Nicolas Sarkozy, Valérie Pécresse et sa médiatrice Claire Bazy-Malaurie jouent le pourrissement, les chercheurs inventent chaque jour de nouvelles actions pour combattre le règne de l’ignorance … L’imagination est au pouvoir lorsqu’ils descendent dans la rue. Le Président avait donc raison, le 22 janvier dernier, lorsqu’il disait que « la bataille de l’intelligence est engagée ». Mais on dirait qu’il l’a perdue.


Jeudi 26 Février 2009 - 07:00
Anna Alter

13/02/2009

Chercheurs: face au mépris, la colère

Chercheurs: face au mépris, la colère

Mardi 10 février, piqués au vif par l'attitude de Sarkozy, qu'ils tiennent pour du mépris — ou, au mieux, de la provocation, les chercheurs étaient dans la rue.



(photo : marc_monticelli - Flickr - cc)
(photo : marc_monticelli - Flickr - cc)
Pendant que Valérie Pécresse leur criait son amour devant l’Assemblée nationale, les universitaires soutenus par les étudiants défilaient en direction de la place Bourbon. C’est que nos cerveaux qui ont pourtant un cœur  rejettent en bloc «les preuves d’amour» que la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche entend «leur apporter tous les jours». Les scientifiques ont le sens de la mesure et celle que leur prépare la fille du professeur Dominique Roux en les cajolant les hérisse. Le décalage entre son discours et les actes les a fait descendre en masse dans la rue en ce glacial mardi 10 février. 

« Elle va trop loin, c’est du mépris», note froidement dans le cortège une professeure d’économie de Paris XII Val-de-Marne. « Je pense que les gens au pouvoir n’ont pas le sens du débat et des autres, je n’ai jamais vu ça ! », s’indigne une dame à cheveux gris du CNRS qui avant de prendre sa retraite a tenu à manifester une dernière fois son désaccord. « Le problème, c’est cette accumulation de changements autoritaires décidés depuis un an par les conseillers du Président de la République sans tenir compte des remarques qui sont faites tant par les instances- pourtant en grande partie nommées par le gouvernement lui-même- que par des collectifs représentatifs », rationalise une sommité de l’Institut des hautes études scientifiques. Le ténor de l’école mathématique française, l’une sinon la meilleure du monde, souligne que l’ensemble du Conseil scientifique du CNRS—  dont la moitié des membres sont pourtant désignés d’en haut— s’est « associée à la forte émotion des personnels de la recherche provoquée par le discours du Président de la République du 22 janvier 2009». Les sages ont dénoncé à l’unanimité « l’énoncé de contrevérités manifestes appuyées sur des éléments partiels et des erreurs concernant la recherche, et notamment en ce qui concerne son mode d’évaluation». Ce discours présidentiel leur «  semble procéder de la provocation ».

Des chercheurs vexés
En tout cas, il est gravé dans les têtes et parfois détourné sur les tee-shirts des manifestants qui arpentent le pavé sous la pluie gelée. Une jeune femme porte sur son dos l’inscription : « Enseignante feignante, chercheuse médiocre, historienne inutile, universitaire non rentable et… en plus en grève ». Une autre arbore un écriteau « je ne suis pas un ours, je ne grogne pas».  Une troisième « le temps est pourri, le gouvernement aussi». Il faut être fou pour croire qu’un chercheur -enseignant qui gagne 1800 euros par mois avec un Bac+8, va accepter en prime de perdre sa liberté. « Sarkozy en thérapie», s’époumonent les membres d’une UFR de psychologie. Alors que le décret Pécresse octroie aux Présidents d’Université des pouvoirs démesurés, neuf  d’entre eux ont lancé le 9 février «l’appel de la  Sorbonne» pour exiger le retrait de tous les projets de réformes controversées. Pour le monde universitaire, les enjeux sont énormes. Sous la bannière Paris VII, les têtes des filières scientifiques s’échauffent en marchant. Morceaux choisis :

Un physicien nucléaire :« Nous ne voulons pas que les mauvais chercheurs fassent uniquement de l’enseignement parce que par principe à l’Université ce sont les meilleurs chercheurs qui aiment  enseigner ».

Un biophysicien : « La modulation, nous la pratiquons déjà entre collègues, mais nous ne voulons pas qu’elle devienne une sanction imposée par notre dirlo. On ne peut pas dire comme Nicolas Sarkozy que l’on veut mettre l’Université au centre du système de recherche et d’enseignement et parallèlement transformer l’Université en crèche pour post ado ».

Un mathématicien : « Contrairement à ce qu’on affirme ici ou là, nous ne refusons pas l’évaluation. D’ailleurs personne n'est autant évalué que les chercheurs, à part peut-être les sportifs. L’échelle de notation par les pairs est la plus étendue qui soit. Elle va de nul : travail trivial, ou sans intérêt, ou résultats faux parce que la procédure expérimentale est viciée... à plus l'infini : découverte scientifique d'importance majeure. Qui d'autre que des scientifiques travaillant dans le même domaine peut porter un tel jugement ? »

Un spécialiste de la théorie des groupes : « Le gouvernement veut singer les Universités américaines sans en avoir les contraintes : là-bas l’évaluation se fait par les pairs et leurs budgets n’ont aucune communes mesures avec les nôtres. La prestigieuse Harvard à elle seule dispose de presque autant d’argent que toute la recherche française ».

Le mathématicien : « Je voudrais bien être évalué comme mon fils mathématicien à Boston : il a été bien noté et il a reçu en plus de son salaire 100 000 dollars pour s’acheter du matériel,  embaucher un post-doc ou ce qu’il veut ! »

Le spécialiste de la théorie des groupes : « La présence policière est parfaitement disproportionnée comme si on se préparait à des manifestations plus dures. Les CRS nous ont barré la route de l’Assemblée et toutes les rues adjacentes avec des grilles nous obligeant à remonter sur un kilomètre le flux descendant des manifestants. Le chef de l’Etat en s’attaquant à un maillon qu’il croit faible veut faire passer un message à la nation ».

«Non à l'université bling bling»
En début de cortège, sous la banderole « non à l’université bling bling», les enseignants - chercheurs de l’Université du Maine au Mans se prennent en photo. L’ambiance est bon enfant. Jusqu’à ce que, alors que la manif touche à sa fin, les CRS avisent la banderole « bling bling ».

Professeur, Directeur Adjoint du Laboratoire d'Acoustique de l'Université du Maine (LAUM), Rachid  El Guerjouma raconte la suite : « Quelques CRS courent devant nous. On croit au début qu'ils coursent  quelqu'un ou qu'ils ont loupé leur bus… Eh non, c'est nous qui sommes ainsi pris à partie, subitement dangereux. Ils nous encerclent en quelques secondes. Les questions fusent : où allez-vous ? revenez sur vos pas ! On nous demande d'enlever nos badges (très subversifs puisqu'il est écrit dessus : UNIVERSITE DU  MAINE). "Qu'est-ce qu'on fait ? y'en a un qui s'énerve", demande le chef de section au talkie-walkie ». L’ordre a du être de laisser filer.  Les chercheurs-enseignants  ont donc pu repartir en courant rejoindre leur car.  C’est bon pour cette fois, mais qu’on ne vous y reprenne pas à faire des calicots « bling bling ». C’est, apparemment, une grave insulte à la République…


Vendredi 13 Février 2009 - 12:57

10/02/2009

Après avoir mis en grève Assas et Dauphine, Pécresse recule !

Après avoir mis en grève Assas et Dauphine, Pécresse recule !

A quelques heures de la manifestation contre la réforme de l'IUFM et le décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs, ce qui transparaît sur le Net, c'est la crainte de la droite de voir aboutir ce mouvement.



(Photo : gillesklein - Flickr - cc)

Et une reculade de plus au compteur du gouvernement Fillon ? Invitée hier soir de France-Info, la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, annonçait que le décret contre lequel se mobilisent aujourd’hui dans la rue étudiants et enseignants-chercheurs devrait « rentrer en vigueur pour la rentrée 2010 » avant d’ajouter : « Ca nous laisse un petit peu de temps pour approfondir la concertation, pour le retravailler (...) et pour lever tous les malentendus, rassurer, apaiser les inquiétudes ». Et une médiatrice est même nommée pour « retravailler » le décret (voir ci-dessous). Mais quelques minutes seulement après cette déclaration, son cabinet faisait savoir que la langue de la ministre avait tout simplement « fourché » et que le décret allait bien rentrer en vigueur en septembre 2009. Et voilà comment celle qui faisait figure de bonne élève du gouvernement, voit sa cote brutalement s'effondrer. Mais c'est comme ça : Nicolas Sarkozy a toujours reculé devant la rue, et plus ça va, plus il recule avant même qu'un mouvement déploie toute sa potentialité.

 

Quoiqu'il en soit, lapsus ou pas, une chose est sûre : la droite redoute la grogne des universitaires tout autant qu’elle avait redouté celle des lycéens en décembre dernier. Il suffit pour s’en convaincre de s’offrir un petit tour du Web. Bien entendu, les organisations opposées à la réforme du statut des enseignants-chercheurs sont omniprésentes sur Internet. Bien entendu, de nombreux sites relaient les communiqués du Snesup, de l’UNEF ou du collectif « Sauvons la recherche ». Bien entendu, aussi, certaines vidéos ont été concoctées et circulent  qui démontent le discours du chef de l’Etat et de sa fidèle ministre.

Mais c’est surtout la droite et ses organisations affiliées qui occupent l’espace. L’UNI, par exemple, s’est jetée dans la bataille déployant, pour l’occasion, tout un matériel de propagande (voir photo ci-dessous). Le syndicat lycéen dit vouloir dénoncer « les mensonges des syndicats et de la gauche » et explique voir dans cette grogne universitaire « un mouvement ultra-politisé ». Un comble pour une organisation étudiante qui affiche fièrement pour slogan : « La droite universitaire »


Après avoir mis en grève Assas et Dauphine, Pécresse recule !

Les comités « Stop la grève » ont aussi été sortis de la naphtaline pour contrer ce fameux mouvement. Et étrangement (sic), ils entonnent mot pour mot le même refrain que l’UNI… Et comme si cela ne suffisait pas, les Jeunes Pop se sont joints au cortège des casseurs de grève. Benjamin Lancar, son dynamique président (sans doute pas autant que le patron des « Vieux Pop »), s’est même fendu d’un appel « aux présidents d’université pour ne pas paralyser les établissements ». Dans ce texte, le responsable des jeunes sarkozystes explique que « les enseignants ne peuvent en aucun cas utiliser le mécontentement actuel pour mobiliser les étudiants contre un projet qui ne les concerne pas » !

 

Oui à la manifestation mais non au retrait des réformes !

Mais la droite a bien raison d’avoir peur de ce mouvement et de déployer tous les moyens possibles pour en venir à bout. Car il y a des signes qui ne trompent pas, qui montrent que la grogne universitaire a très largement franchi les frontières politiques traditionnelles. Ainsi la FAGE (la Fédération des associations générales étudiantes, ndlr) qui s’est toujours présentée comme « indépendante » mais qui n’est pas vraiment connue pour son engagement à gauche, a annoncé qu’elle allait manifester. Dans un communiqué, l’organisation « appelle les étudiants à rejoindre les manifestations du mardi 10 février », sans pour autant exiger le « retrait des réformes sur le statut des enseignants-chercheurs ou sur la masterisation de la formation des maîtres » ! Et d’expliquer qu’elle « souhaite l’ouverture d’une large concertation, notamment sur ces dossiers, avec l’ensemble des acteurs. » Est-ce que c’est suffisamment clair ? Pas vraiment…

En revanche, ce qui l’est, c’est que certains bastions universitaires traditionnellement acquis à la droite sont tombés. Et c’est une nouvelle fois sur le Net, que l’on peut en avoir la preuve. L’université Paris IX, plus connue sous le nom de Dauphine, fairait partie des établissements en grève. Pour le site Universitesenlutte.wordpress.com , ça serait même « la première fois depuis… 1976 » . Difficile à dire si c’est effectivement le cas mais une autre université, encore plus idéologiquement marqué à droite, a été contaminée par la grogne universitaire : Assas ! Son conseil d’administration « en formation restreinte aux enseignants-chercheurs » a adopté, le 4 février dernier, une motion grâce à laquelle il souhaite attirer « l'attention du gouvernement sur les graves conséquences que pourrait avoir pour le fonctionnement du service public la publication du décret dans sa rédaction actuelle. » Si même Assas est aujourd’hui aux mains des socialo-communistes, on comprend mieux pourquoi Valérie Pécresse en a perdu son latin. Voire son calendrier grégorien. Et mieux encore pourquoi le président ne se sentait pas le courage d'aller au baston contre un mouvement élargi à Dauphine et Assas.



Mardi 10 Février 2009 - 07:00
 
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