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24/03/2009

la chute la plus rude depuis les années 1930-31

Emplois : la chute la plus rude depuis les années 1930-31

Charles-André Udry

Cet article est paru dans la Revue politique virtuelle A l’encontre : (A l’encontre, case postale 120, 1000 Lausanne 20, Suisse).

Taureau, symbole de la Bourse de New York. Photothèque Rouge/JR

Taureau, symbole de la Bourse de New York. Photothèque Rouge/JR

L’ampleur et la rapidité des destructions d’emplois, voilà une des caractéristiques de la récession mondiale présente. Et les records sont loin d’être atteints. Ainsi au début du mois de mars — selon le New York Times et le Wall Street Journal — les grandes entreprises industrielles et les moins grandes, ainsi que celles des services qui y sont reliées, plus la branche de la construction sont les secteurs qui suppriment le plus d’emplois. Le secteur bancaire et financier contribue aussi à l’envol des personnes licenciées.

Mais, il faut y ajouter aujourd’hui : des écoles, des administrations publiques, des bibliothèques. Elles licencient des salarié•e•s. Pour ce « secteur public », ce sont la Californie, l’Illinois, la Pennsylvanie, la Géorgie et le Massachusetts qui sont au premier rang. La réduction des dépenses publiques en est à l’origine.

Dans l’industrie, une firme aussi prestigieuse qu’United Technologies — un conglomérat transnationalisé, basé dans le Connecticut et actif dans l’aéronautique (les hélicoptères Sikorsky, les moteurs Pratt&Whitney) ou la domotique (les ascenseurs Otis, systèmes antifeu, etc.) — annonce, début mars, des « réductions d’emplois » à hauteur de 15 000 pour les États-Unis.

Manpower International, dans son enquête auprès des employeurs sur les perspectives d’engagement de nouveaux employés d’avril à juin 2009, enregistre son résultat le plus plat depuis qu’il établit ce recensement en 1982. Le résultat net est négatif.

La hache pour les emplois

La simple énumération des emplois supprimés entre janvier 2008 et février 2009 (Tableau 1) donne une image de ce qui se passe dans la principale économie capitaliste à l’échelle mondiale.

Tableau 1 — Emplois perdus aux États-Unis (cumulatif)

Janvier 2008 72 000

Février 216 000

Mars 338 000

Avril 498 000

Mai 635 000

Juin 796 000

Juillet 924 000

Août 1 099 000

Septembre 1 420 000

Octobre 1 800 000

Novembre 2 397 000

Décembre 3 078 000

Janvier 2009 3 733 000

Février 2009 4 384 000

(Sources : Wall Street Journal et CNBC)

Le 6 mars 2008, le Bureau of Labor Statistic annonçait que le chômage avait atteint le taux de 8,1 %. Ce résultat valait un grand titre, en première, du quotidien britannique Financial Times (du 7 mas 2009) : « Le nombre de sans-emploi états-uniens est le pire depuis 25 ans ».

Au cours des quatre mois (novembre 2008-février 2009), l’économie américaine a perdu, en moyenne, 600 000 emplois par mois. Pour mieux se représenter la situation, il est utile d’avoir en mémoire la durée, en mois, des récessions enregistrées officiellement aux États-Unis : en 1973-1975 : 17 mois ; 1981-1982 : 16 mois (sans compter la récession de janvier-juillet 1980); 1990-1991 (9 mois) ; 2001 (9 mois) ; décembre 2007 à mars 2009 : déjà 16 mois et l’on est loin d’une relance.

Un graphique (voir ci-dessous) a été établi par l’Economic Policy Institute. Il traduit bien l’ampleur du processus de contraction de l’emploi et surtout son accentuation en cours depuis septembre 2008 ; cela en comparaison avec l’évolution du recul de l’emploi à l’occasion des récessions antérieures.

La part de la population employée (qui dispose d’un emploi) a passé de 63,4 %, en décembre 2006 à 60,3 % en février 2009. Cette chute est déjà supérieure à celle enregistrée lors du repli économique des années 1980.

Or, pour maintenir le nombre d’emplois en tenant compte de l’arrivée sur le marché du travail de nouvelles personnes, il aurait fallu augmenter le nombre de postes de travail de 1,8 million depuis décembre 2007.

Ne sont pas comptabilisées, ici, dans les statistiques les personnes incarcérées : 2,7 millions en décembre 2007. Le taux de chômage des Afro-Américains est, en février 2009, de 13,4 % et celui des Hispaniques de 10,9 %; et cela n’est que la pointe de l’iceberg. La « désafiliation sociale », entre autres, d’une fraction de ces populations crée les conditions légitimant une politique carcérale d’une rare brutalité.

Enfin, il faut avoir en mémoire que le chômage se prolonge bien après la fin, formelle, d’une récession, c’est-à-dire lors de la phase dite de relance. On le constatera en Suisse en 2010 et 2011 ; ce qui ne signifie pas que 2010 sonne la fin de la récession helvétique.

En fait, plus de 23,1 millions

Pour disposer d’une mesure plus exacte de la situation de l’emploi, il faut prendre en compte le sous-emploi. C’est-à-dire les personnes qui travaillent à temps partiel et qui cherchent un emploi à temps plein. Or, selon le BLS, le pourcentage de personnes sous-employées a passé de 13,9 % en janvier 2009 à 14,8 % en février. Depuis le début de la récession, le nombre de salariés contraints à un temps partiel — avec la perte de revenu que cela implique, sans même mentionner l’inexistence de couverture sociale, pour l’essentiel — a augmenté de 4 millions. En effet, la statistique indique le chiffre de 8,6 millions pour février 2009, par rapport à 4 millions en décembre 2007.

usa.preview.jpgAu total entre les sans-emploi et les sous-emploi, ce sont 23,1 millions de personnes qui sont frappées par cette pandémie propre au système capitaliste.

A cela s’ajoute le chômage à long terme, c’est-à-dire ceux qui, aux États-Unis, se trouvent sans emploi durant une période de plus de six mois. Il est fort élevé : 23,1 %, ce qui n’a rien d’étonnant lorsque l’on sait que le rapport entre les « places vacantes » et les chômeurs et chômeuses est de 1 à 4 (une place vacante pour 4 sans-emploi). Quant aux « personnes découragées » de chercher un emploi, elles ne figurent pas dans les chiffres mentionnés ici.

Or, au cours de cette année, vont se multiplier les faillites, avec leurs effets en cascade. Le volume des emplois qui seront supprimés — en plus de celui déjà effectué — par l’industrie automobile sera énorme ; d’autant plus si l’on prend en compte l’ensemble du secteur (équipementiers, revendeurs, etc.) qui dépend du « noyau dur » que sont, en tant que telles, les firmes GM, Ford, Chrysler, mais aussi Toyota et Honda dont les ventes déclinent fortement.

Dans ce secteur, déjà sinistré, des licenciements massifs débouchent sur des pertes non seulement de salaire, mais aussi d’assurance-maladie et de retraite.

Comme le titrait l’hebdomadaire Business Week : « Le temps du travail pour les personnes à la retraite commence ». Entre autres, celles qui ont perdu leurs « avoirs retraite ».

Ces seuls constats montrent que les « plans de relance » de l’administration Obama sont loin de répondre aux besoins d’emplois, sans même mentionner la qualité de ces emplois.

Cette crise met ouvertement en question la capacité du système capitaliste à répondre aux besoins sociaux. Et la brutalité avec laquelle ce système traite les êtres humains (les « ressources humaines » !) n’est qu’une autre facette de la rudesse avec laquelle il « épuise les ressources de la planète ».

 

05/02/2009

Le baromètre Marianne du chômage: 4 millions de demandeurs d’emplois

Le baromètre Marianne du chômage: 4 millions de demandeurs d’emplois

Marianne2.fr publie, dans la foulée des chiffres officiels, son évaluation du chômage «réel»: aux 2,114 millions déclarés par l’ANPE s’ajoutent en décembre 1,914 millions de «chômeurs cachés», ce qui mène le total au-delà des 4 millions.



Le baromètre Marianne du chômage: 4 millions de demandeurs d’emplois
Bonne nouvelle : le chômage recule sur un an ! Mauvaise nouvelle : selon le baromètre de Marianne, il a dépassé les 4 millions en décembre 2008. Suivant la méthodologie habituelle de Marianne, ces chiffres combinent les données de l’ANPE (rendues publiques lundi 2 février au soir) et les données du « chômage caché » (temps partiels contraints, chômeurs en préretraite ou en formation, CES, contrats Borloo).

Un effet « blanchiment » du chômage caché ?
Là où le chômage officiel, correspondant à la catégorie 1 de l’ANPE, augmente de 2,21% entre novembre et décembre 2008, le « chômage caché » baisse de 2,11%. Sur une année, l’ANPE déclare une augmentation de 11,44% alors que le nombre de demandeurs d’emplois officieux baisse de 12,50%.


Le baromètre Marianne du chômage: 4 millions de demandeurs d’emplois
Se pourrait-il que, par un phénomène de vases communicants, des « chômeurs cachés » rentrent en catégorie 1 à la faveur de la crise ? Pas vraiment. Sur la période novembre-décembre, les Chèques emploi service et contrats Borloo chutent de 11,46%, soit un peu moins du tiers de la baisse totale de l’année concentrée en un mois. Autrement dit, ce sont les contrats d’insertion des chômeurs de longue durée (contrats Borloo) et les services à domicile qui s’effondrent : peu de chances que ce soit au profit d'emplois stables.

Les temps partiels augmentent en décembre après avoir baissé sur 2008
Le nombre de chômeurs en formation baisse quant à lui significativement sur le dernier mois (-7,52%) alors qu’il avait connu une augmentation nette au courant de l’année (+11,61%). Là encore, difficile de croire qu’ils ont tous quitté leur formation pour un CDI…

Sur l’année, le nombre de chômeurs en préretraite a baissé de presque 20%, une baisse régulière puisqu’elle n’atteint que 0,61% sur le dernier mois. Quant aux chômeurs à temps partiel, qui représentent 1,117 millions des 1,914 millions de chômeurs cachés, leur nombre a baissé sur l’année (-8,94%) mais a augmenté entre novembre et décembre de 0,50%. La crise économique ferait-elle croitre les temps partiels contraints ?

Retrouvez toutes les données du baromètre dans le prochain numéro de Marianne.


Mardi 03 Février 2009 - 13:36
 
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