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11/04/2009

Monnaie commune, protectionnisme européen : faisons l’Europe par le haut

Second et dernier volet de l’entretien que nous a accordé Jacques Sapir, qui relativise beaucoup le rôle protecteur prêté à l’euro face à la crise et pose même la question de sa survie d’ici à l’hiver prochain. Ses solutions : un système mixte monnaie unique / monnaie commune et la création d’une Europe en cercles concentriques, protégée par la préférence communautaire.

 


Jacques Sapir : Le système bancaire et la crise

à lire egalement : Le Monde qui vient par Jacques Sapir

Réflexions sur les conséquences de la crise et les tendances économiques à venir

http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2008/10/25/850-le-mo...

12:27 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : euro, crise, sapir

23/03/2009

Vers un effondrement du dollar ?

L'Amérique va-t-elle laisser sombrer le dollar ?

Pour répondre à la crise, les États-Unis mettent en œuvre une politique de forte création monétaire. Mais pour Malakine, l’ampleur de la dette extérieure et la situation d’insolvabilité potentielle du pays laissent penser que cela ne sera pas suffisant. Et si nous allions vivre la fin du dollar souverain ?



(photo : MShades - Flickr - cc)
(photo : MShades - Flickr - cc)
La crise vient d’entrer dans une nouvelle phase avec la décision de la FED d’acheter 300 milliards de dollars de bons du trésors et 500 autres de créances assises sur des crédits immobiliers titrisés probablement insolvables, soit au total 800 milliards de pure création monétaire !

Les Etats-Unis ont donc décidé de financer leur plan de relance par des « moyens non conventionnels » recherchant un « assouplissement quantitatif » comme on dit en langage des banquiers centraux, ou pour le dire plus vulgairement, par de la monnaie de singe ou la planche à billet. La crise financière est désormais en passe se muer en crise monétaire mondiale.

Effondrement_du_dollar_2008.jpgJusqu’ici les Etats-Unis parvenaient à financer leurs déficits budgétaires et commerciaux par une importation de capitaux avec la vente de produits financiers, plus ou moins frauduleux. Ce n’est désormais plus possible. Ils viennent de prendre acte du fait qu’il n’y a plus suffisamment d’acheteurs dans le monde pour leurs produits financiers, ce qui marque peut-être le début de l’effondrement du dollar, avec des conséquences que d’aucun ne s’est jamais aventuré à prédire.

Rappelons en préambule que l’orthodoxie économique proscrit la création de monétaire par les banques centrales pour les besoins publics, ce mécanisme étant supposé conduire à l’hyperinflation. Ce point fait d'ailleurs l’objet d’un solide tabou. Il suffit de rechercher des tribunes ayant pris position pour ou contre la solution mise en œuvre pour s’en rendre compte. Quasiment rien ! Le recours massif à la planche à billet semble avoir d’ailleurs été une surprise pour les marchés, ce qui est peut-être le signe d'une décision improvisée prise sous l’empire de la nécessité.

On sentait monter depuis quelques semaines la question de la création monétaire, comme réponse au problème global d’insolvabilité qui caractérise la crise : Insolvabilité de la demande, des créanciers, des banques et peut-être demain des Etats. Nous y sommes. On ne peut plus désormais fuir ce débat qui est une véritable trappe intellectuelle pour le profane et qui est soigneusement évité par les spécialistes.

La création monétaire est-elle une réponse à la crise ?
Même s’il est difficile d’avoir en la matière la moindre certitude, quelques arguments semblent plaider en faveur d’une politique de création monétaire dans la période actuelle.

DDD.jpg1- La crise économique a été déclenchée par une chute brutale de la demande mondiale liée à l’éclatement de la bulle du crédit. Le désendettement massif et la contraction du crédit qui en a résulté a eu pour effet de détruire de la monnaie. Il n’est donc pas illogique de rechercher aujourd’hui à stimuler sa création.

2- Le moyen le plus classiquement utilisé pour créer de la monnaie nouvelle est la baisse des taux d’intérêt. Or ils sont déjà au plus bas aux Etats-Unis, comme en Europe, ce qui dans un contexte de dépression ne suffit pas à relancer la demande de crédit. En outre, la création monétaire par le crédit injecte de la monnaie dans les secteurs pour lesquels on emprunte, c'est-à-dire principalement l’économie financière ou les investissements. Aujourd’hui, c’est la demande, publique ou privée, qu’il faut solvabiliser. Créer de la monnaie pour l’injecter directement dans l’économie via de la dépense publique peut donc permettre de soutenir la demande dans l’économie réelle.

3- La relance de l’inflation constitue l’une des conditions les plus sûres pour se sortir de la pyramide de dettes qui étouffe l’économie mondiale. Or, la dépression mondiale conduit plutôt à un contexte déflationniste. L’injection de monnaie supplémentaire peut donc constituer une solution pour relancer un peu d’inflation.

On pourrait alors regretter que l’Europe ait interdit ce procédé dans ses traités, la BCE ne pouvant acheter que des créances privées. On peut déplorer ici, une fois de plus, que les institutions européennes ne se soient pas limitées à organiser l’exercice en commun de compétences, mais qu’elles aient gravé dans le marbre de traités, devenus quasi intangibles avec l’élargissement, la manière dont ces compétences devaient être exercées.

Même si Jean Claude Trichet a récemment envisagé de recourir à des moyens non conventionnels, il est probable que la zone euro soit la dernière au monde à recourir à la création monétaire, c'est à dire trop tard !

dollar.jpgVers un effondrement du dollar ?
La situation est en revanche quelque peu différente appliquée au cas des Etats-Unis compte tenu de l’ampleur de leur dette extérieure, de leur situation d’insolvabilité potentielle et du statut de monnaie de réserve du dollar.

La valeur du dollar ne se maintient que grâce à la volonté des pays exportateurs de financer les déficits américains pour éviter que leur monnaie ne s’apprécie. Ces pays, principalement la Chine, sont aujourd’hui pris au piège, contraints de continuer à éponger les dettes américaines, car l’arrêt du financement des Etats-Unis entraînerait une volatilisation de leur épargne en dollar (près de 2000 milliards pour la Chine)

La perspective d’un effondrement du dollar est pourtant envisagée depuis bien longtemps, aussi bien par des analystes critique de la mondialisation (Todd, Sapir) que par ses derniers propagandiste. Ainsi, Alain Minc dans son dernier livre, y consacre un chapitre (Le jour où l’Euro vaudra 2,5 dollar) où il donne du crédit à l’hypothèse. Pour lui, « la conviction que les devises lourdes sont à l’abri d’un choc spasmodique relève d’un pari pascalien qui ressemble à celui que faisait les experts sur la capacité des ménages américains à s’endetter sans limite grâce à une base d’actifs en croissance perpétuelle »

L’hypothèse de l’effondrement du dollar a toujours été envisagée au terme d’un scénario où les investisseurs perdraient confiance, puis seraient gagnés par la panique pour vendre au plus vite leurs avoirs. Elle n’a jamais été envisagée consécutivement à une décision de l’administration américaine elle-même. Une chute du dollar dans une économie fondée sur la consommation et aussi dépendante des importations serait en effet un véritable cataclysme pour la population qui verrait son niveau de vie se réduire de 20 à 30 % !

On peut donc être surpris de voir la FED prendre un tel risque avec sa monnaie. L’Amérique est-elle à ce point aux abois, n’ayant en réalité déjà plus d’autres solution spour financer son déficit qui atteindra cette année 12% du PIB ? A-t-elle à ce point confiance dans son statut d’hyperpuissance pour écarter tout risque sur sa monnaie ? A-t-elle délibérément décidé de faire filer sa monnaie pour se défaire d’un endettement extérieur intenable sur le long terme ?

usdollar07.jpgLa décision de recourir à la création monétaire pour financer ses déficits peut en effet constituer le signal qui déclenchera un processus de défiance, conduisant à la baisse du dollar, puis à sa chute brutale. Les marchés financiers n’ont d’ailleurs pas tardé à réagir. Dès hier, le dollar dévissait contre toutes les devises pour perdre 4 %, soit sa plus forte chute depuis 1985. Ce n’est sûrement que le début d’une longue glissade… L’hypothèse de la fin du roi-dollar n’a jamais été autant d’actualité.

Nul ne sait quelles en seraient les conséquences exactes. Minc dans l’ouvrage précité nous dit que « ce sera (notons l’emploi du futur simple) la crise la plus violente, la plus globale, la moins maîtrisable » Naturellement, ce sera la fin officielle de l’imperium américain, ce qui en soi est plutôt une réjouissante nouvelle. Mais la fin du dollar entraînera aussi d’imprévisibles désordres aussi bien sur les marchés des matières premières (vendues en dollar) ou dans les équilibres du commerce mondial. Des conséquences géopolitiques ne sont pas non plus à exclure, car les pays qui verront leurs réserves s’évaporer pourront avoir la légitime impression de s’être fait escroquer, les uns après avoir livré pendant des années du pétrole gratuitement, les autres des produits manufacturiers …

A court terme, la solution pour éviter la panique serait peut-être que le G 20 fasse des politiques « d’assouplissement quantitatif » une mesure de droit commun, autorisant les tous Etats à émettre des quantités de monnaie mesurées pour favoriser la relance. Encore une fois, la balle est dans le camp de l’Europe. Va-t-elle attendre passivement que l’Euro s’apprécie jusqu’à un niveau qui deviendra intolérable pour l’économie ou va-t-elle se mettre à son tour à racheter la dette publique de ses Etats membres ?

15:04 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dollars, états-unis, euro, fed, pib

16/03/2009

tentative de déstabilisation du système bancaire de l'UE et de l'Euro par Wall Street et la City

GEAB N°33 est disponible! Tensions transatlantiques croissantes à la veille du G20 : Exemple d'une tentative de déstabilisation du système bancaire de l'UE et de l'Euro par Wall Street et la City


- Communiqué public GEAB N°33 (15 mars 2009) -



GEAB N°33 est disponible! Tensions transatlantiques croissantes à la veille du G20 : Exemple d'une tentative de déstabilisation du système bancaire de l'UE et de l'Euro par Wall Street et la City
Pour LEAP/E2020, les alternatives offertes aux dirigeants du G20 qui se réuniront à Londres le 2 Avril prochain sont au nombre de deux : reconstruire un nouveau système monétaire international qui permette un nouveau jeu global intégrant équitablement tous les principaux acteurs mondiaux et réduire la crise à une durée de trois à cinq ans ; ou bien tenter de faire durer le système actuel et plonger le monde dès la fin 2009 dans une crise tragique de plus d'une décennie.

Dans ce GEAB N°33, nous décrivons ainsi les deux grandes lignes d'avenir qui resteront ouvertes jusqu'à l'été 2009. Au-delà de cette période, notre équipe considère en effet que l'option « crise courte » sera obsolète et que le monde s'engagera sur le chemin de la phase de dislocation géopolitique mondiale de la crise (1), et de la crise profonde de plus d'une décennie.

D'ailleurs, face à l'urgence, LEAP/E2020 publiera le 24 Mars prochain à l'échelle mondiale une lettre ouverte aux dirigeants du G20, modeste contribution de notre équipe pour tenter d'éviter une crise longue et tragique.

La situation s'avère d'autant plus inquiétante que des tensions croissantes se font jour à la veille du sommet du 2 Avril, qui voient émerger les menaces à peine voilées de certains dirigeants et des opérations de manipulation des opinions publiques par d'autres leaders du G20.

Nous revenons plus en détail sur ces éléments dans le GEAB N°33 dans lequel par ailleurs l'équipe de LEAP/E2020 a décidé de se livrer à un exercice utile pour tous ceux (y compris aux Etats-Unis d'où proviennent plus de 20% des lecteurs de LEAP/E2020) qu'exaspèrent l'illusion entretenue par les principaux médias occidentaux sur l'état du pilier américain de notre système actuel : anticiper l'état socio-économique des Etats-Unis d'ici un an, au Printemps 2010. Les tendances lourdes nous paraissent en effet être déjà suffisamment affirmées pour qu'une telle anticipation ait du sens. Un exercice du même ordre sera bien entendu effectué pour l'Union européenne, la Russie et la Chine dans les prochains numéros de GEAB.


Graphique synthétique de l'évolution du sentiment d'inquiétude collective aux Etats-Unis (en bleu : sentiment d'un risque de crise grave ; en vert : sentiment de pouvoir d'achat; en rose : inquiétude sur l'emploi) - Source : Chart of Doom, 02/2009
Graphique synthétique de l'évolution du sentiment d'inquiétude collective aux Etats-Unis (en bleu : sentiment d'un risque de crise grave ; en vert : sentiment de pouvoir d'achat; en rose : inquiétude sur l'emploi) - Source : Chart of Doom, 02/2009
Dans un même souci de fiabilité des informations, l'équipe de LEAP/E2020, qui dès Décembre 2007, dans le GEAB N°20, avait mis en garde contre le risque immobilier en Europe centrale et orientale, a décidé d'analyser dans ce communiqué public du GEAB N°33 la réalité de la soi-disant « bombe bancaire est-européenne » qui a envahi les médias depuis environ un mois.

Si ce sujet nous paraît pertinent c'est qu'il représente selon nous une tentative délibérée de la part de Wall Street et de la City (2) de faire croire à une fracture de l'UE et d'instiller l'idée d'un risque « mortel » pesant sur la zone Euro, en relayant sans discontinuer de fausses informations sur le « risque bancaire venu d'Europe de l'Est » et en tentant de stigmatiser une zone Euro « frileuse » face aux mesures « volontaristes » américaines ou britanniques. L'un des objectifs est également de tenter de détourner l'attention internationale de l'aggravation des problèmes financiers à New-York et Londres, tout en affaiblissant la position européenne à la veille du sommet du G20.

L'idée est brillante : reprendre un thème déjà bien connu des opinions publiques, assurant ainsi une adhésion facile au nouveau contenu ; y intégrer une ou deux analogies frappantes pour assurer une large reprise dans les médias et sur l'Internet (faites « crise bancaire europe est » sur Google, le résultat est éloquent) ; puis utiliser le concours de quelques hommes et organisations liges influentes toujours disponibles pour un mensonge supplémentaire. Avec un tel cocktail, il est même possible de faire croire pour un temps que la guerre en Irak est un succès, que la crise des subprime n'affectera pas la sphère financière, que la crise financière n'affectera pas l'économie réelle, que la crise n'est pas vraiment grave, et que si elle est grave, tout est en fait sous contrôle !

Alors en ce qui nous concerne ici, le thème déjà bien connu, c'est la « séparation entre la « Vieille Europe » et la « Nouvelle Europe », entre une Europe riche et égoïste et une Europe pauvre et pleine d'espoir. De Rumsfeld pour l'Irak au Royaume-Uni pour l'élargissement, c'est une antienne qui a nous a été répétée sans discontinuité pendant dix ans par tous les médias anglo-saxons et affidés, et dont en particulier certains médias britanniques se sont faits une spécialité (3).

Les analogies sont ici au nombre de deux : l'Europe de l'Est, c'est « la crise des subprime de l'UE » (sous-entendu, chacun a forcément une crise de subprime chez soi (4)); et une crise en Europe de l'Est aura le même effet terrible que la Crise asiatique de 1997 (sûrement parce que tout ça se passe à l'Est (5)).

Et les relais disponibles sont nombreux. Tout d'abord, on trouve une agence de notation, en l'occurrence Moodys (6), qui comme ses congénères, est d'une part au service intégral de Wall Street, et d'autre part incapable de voir un éléphant dans un couloir (ils ont juste raté les subprimes, les CDS, Bear Stearn, Lehman Brothers, AIG, ….). Mais, mystérieusement, la presse financière continue à relayer leurs opinions, appliquant sûrement un principe plein d'humanité consistant à penser qu'un jour par simple hasard statistique ils finiront pas évaluer quelque chose correctement. Dans notre cas, l'écho fut unanime : Moodys avait identifié bien à l'avance une énorme « bombe » cachée dans l'arrière-cour de la zone Euro (car c'est bien de l'Euro qu'il s'agit ici) … qui ne manquerait pas de dévaster le système financier européen.

Ensuite, pour crédibiliser la chose, on utilise quelques médias viscéralement anti-Euro (comme le Telegraph par exemple, qui par ailleurs produit pourtant de très bonnes analyses sur la crise, mais que la chute de la Livre et de l'économie britannique a tendance à aveugler ces temps-ci en ce qui concerne la zone Euro) et on diffuse une information qu'on supprime ensuite (car elle est inexacte) pour lui donner le sel de l'interdit, du secret (7) qui dévoilerait un « tsunami financier » mondial en préparation notamment du fait des engagements des banques de la Vieille Europe dans le secteur financier de la Nouvelle Europe (8). On remue tout cela chaque jour via les principaux médias financiers américains et britanniques, sachant que les autres suivront par habitude. Et avec l'UE c'est tellement facile puisqu'il lui faut toujours un long moment pour comprendre et encore plus de temps pour réagir, avec l'inévitable dissension qui permet de faire rebondir la manipulation. Cette fois-ci, c'est le Premier Ministre hongrois, Ferenc Gyurcsany, qui joue le rôle du « pauvre petit nouvel Européen martyr ». Pour mémoire, les Hongrois tentent en vain de se débarrasser de lui depuis qu'il a involontairement avoué il y a 2 ans avoir menti à son peuple pour se faire réélire, en confirmant dans la foulée qu'il avait endetté son pays au-delà de toute limite raisonnable. Et c'est lui qui annonce des chiffres délirants pour un plan de sauvetage du système financier de l'Europe de l'Est, mettant à nouveau en position de « méchants » ou d' « inconscients » les vieux Européens. Le refus de ces derniers est mis en exergue par l'ensemble de la presse américaine et britannique, concluant bien entendu à l'inévitable échec de la solidarité européenne, … et minorant (ou oubliant même parfois) le fait que ce sont les Polonais ou les Tchèques qui ont été les plus virulents contre les exigences aberrantes du Premier Ministre hongrois (9). La tentative d'affaiblir la zone Euro et l'UE par l'Est peut donc se poursuivre. Il faut attendre les déclarations répétées des dirigeants de la zone Euro, l'annonce d'un plan de soutien financier substantiel (au regard des risques réels) et les communiqués musclés des dirigeants politiques et des banquiers centraux de la région pour que cette manipulation commence à perdre un peu de sa vigueur. Mais elle n'a toujours pas disparu, car le parallèle est maintenu dans les médias mentionnés entre crise des subprime et crise de l'immobilier en Europe de l'Est; comme si la Hongrie équivalait à la Californie, ou la Lettonie à la Floride.

Car là est bien le noeud du problème : la taille a de l'importance en matière économique et financière, et ce n'est pas la queue qui fait bouger le chien, comme certains voudraient visiblement le faire croire.

Si dès Décembre 2007, à un moment où nos « experts actuels en crise d'Europe de l'Est » n'avaient pas la moindre idée du problème, LEAP/E2020 avait souligné le risque immobilier important pesant sur les pays européens concernés (Lettonie, Hongrie, Roumanie,...) et bien entendu leurs créditeurs (Autriche, suisse en particulier), il était tout aussi évident pour notre équipe que c'était un problème très limité aux pays concernés. Il y a bien des problèmes à venir pour ces opérateurs et ces pays, mais ils ne sont pas plus grave que la moyenne des problèmes du système financier mondial ; et sans aucune mesure avec les problèmes des places financières de New-York, Londres ou de Suisse. Rappelons-nous que la banque la plus citée comme « détonateur » de cette « bombe est-européenne », à savoir la banque autrichienne Raiffeisen, a réalisé un profit en hausse de 17% en 2008 ; une performance au-delà des espoirs les plus fous de la plupart des banques américaines ou britanniques comme le fait remarquer fort justement William Gamble, l'un des rares analystes s'être intéressé à la réalité de la situation (10).


PIB de l'Union Européenne, de la zone Euro et des Etats-Membres - Source : Eurostat, 2008
PIB de l'Union Européenne, de la zone Euro et des Etats-Membres - Source : Eurostat, 2008
Pour ceux qui connaissent mal la géographie de l'UE, le titre « la Hongrie en banqueroute » ou « la Lettonie en banqueroute » peut paraître tout-à-fait comparable à « la Californie en banqueroute ». Pour ceux qui perdent leur travail à cause de ces faillites, c'est en effet un problème identique. Mais en terme d'impact plus large, il n'y a aucun rapport entre les deux. Ainsi, la Californie, durement frappée par la crise des subprimes, est l'état le plus peuplé et le plus riche des Etats-Unis alors que la Lettonie est un pays pauvre avec une population égale à moins de 1% de celle de l'UE (contre 12% de la population US pour la Californie (11)). Le PIB de la Hongrie représente à peine 1,1% du PIB de la zone Euro (pour la Lettonie ce chiffre est de 0,2%) (12) : soit une proportion comparable à celle de l'Oklahoma (1% du PIB des Etats-Unis (13)), pas à celle de la Floride. On est donc loin d'une Europe de l'Est porteuse d'une crise des subprime à l'européenne. L'ensemble des nouveaux Etats membres de l'UE pèse moins de 10% du PIB de l'UE (et parmi ceux-là, les plus riches ou les plus gros comme la Tchéquie ou la Pologne ne sont quasiment pas affectés). La somme en jeu, pour le système financier européen, se situe dans le pire des cas autour de 100 Milliards EUR (130 milliards USD) (14), soit une somme très modique à l'échelle du système financier de l'UE (15). D'ailleurs, l'UE a pris la tête d'un consortium injectant déjà près de 25 Milliards € (soit 20% du scénario le plus grave) pour stabiliser la situation (16), dont la récente baisse du Franc suisse diminue encore la gravité.

Et, last but not least, en Europe de l'Est, l'immobilier récent gardera une valeur importante (même si plus faible qu'en 2007/2008) car, après 50 ans de communisme, il y a une pénurie d'immeubles modernes. Alors qu'aux Etats-Unis, les maisons construites pendant le boum immobilier de ces dernières années sont des constructions en surnombre, d'une qualité très variable et qui déjà sont en train de se dégrader dans les états les plus touchés. Il y a là une vraie destruction de richesse pour les propriétaires, l'économie, les créditeurs et les banques.

La complexité de cette crise impose d'être très vigilant pour identifier les tendances et les facteurs qui sont réellement porteurs de graves dangers et ne pas se laisser abuser par les rumeurs ou les fausses informations.

Nous espérons donc que cette explication détaillée permettra non seulement de tordre le cou au mensonge orchestré autour de la soi-disant « bombe financière » d'Europe de l'Est (17) ; et qu'elle servira d'exemple pour permettre à chacun de « briser les apparences » et d'aller chercher « derrière le miroir » des médias financiers dominants les éléments factuels qui seuls permettent de se faire une idée précise.

Si le sommet du G20 de Londres ne parvient pas à éviter l'entrée dans la phase de dislocation géopolitique mondiale, ces opérations de manipulation et de déstabilisation vont se multiplier, chaque bloc cherchant à discréditer son adversaire, comme dans tout jeu à somme nulle (18) : ce qu'il perd, je le gagne.


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Notes:

(1) Voir GEAB N°32

(2) Relayés par tout ce que ces deux places comptent de médias et experts financiers, dont la plupart n'avait même pas idée du problème immobilier/financier de certains pays d'Europe de l'Est quand LEAP/E2020 l'analysait en décembre 2007.

(3) Nulle surprise donc à ce que Marketwatch reprenne dans un article sur le sujet les accusations à leur propos de la Banque Centrale tchèque. Source : Marketwatch}, 09/03/2009.

(4) Ce qui est pourtant faux. Aucun autre pays, à part les Etats-Unis et le Royaume-Uni ne connaît une telle convergence de facteurs catastrophiques.

(5) Alors que les pays d'Europe centrale et orientale touchés (Hongrie, pays baltes, Bulgarie, Roumanie) sont totalement marginaux dans l'économie mondiale, les pays d4asie du Sud-Est étaient des acteurs-clés de la globalisation des années 1990.

(6) Source : Reuters, 17/02/2009

(7) Et qui fait que même les sites avisés sont incertains sur l'attitude à avoir vis-à-vis de cette « information », entretenant donc la crédibilité de l' «information »., comme par exemple c'est le cas de Gary North, le 19/02/2009, sur le site LewRockwell.com.

(8) Source : Telegraph, 15/02/2009

(9) Source: EasyBourse, 01/03/2009

(10) Source : SeekingAlpha, 26/02/2009

(11) Source : Statistiques 2007, US Census Bureau.

(12) Source : Statistiques 2008, Eurostat. Et les pays baltes sont « couvés » par les pays scandinaves, en particulier par la Suède qui prend grand soin à éviter une spirale incontrôlable dans la région. Source : International Herald Tribune, 12/03/2009

(13) Source : Statistiques 2008, Bureau of Economic Analysis, US Department of Commerce.

(14) Source : Baltic Course, 05/03/2009

(15) Et ridicule au regard des centaines de milliards que n'arrêtent pas d'injecter dans leurs banques de manière répétée les gouvernements américain et britannique.

(16) Source : Banque Européenne d'Investissement, 27/02/2009

(17) Et nous ne nous attardons pas ici sur l'amalgame fait avec l'Ukraine (amalgame auquel Nouriel Roubini, pourtant généralement plus avisé, a également prêté son concours – source : Forbes, 26/02/2009), qui non seulement n'appartient pas à l'UE, mais en plus est un pion de Washington et Londres depuis la « révolution orange ». L'actuel effondrement de l'Ukraine, s'il peut poser problème à l'UE comme tout facteur d'instabilité à ses frontières, illustre surtout l' « effondrement du Mur Dollar » au détriment des positions américaines car c'est la Russie qui va y retrouver son influence. Au moment où à Wall Street et à la City, les grandes banques s'effondrent ou sont nationalisées, on a vraiment assisté avec cette manipulation à faire cacher la forêt américano-britannique par l'arbre est-européen. Certains s'y sont certainement laissé prendre en toute honnêteté d'ailleurs car l'histoire était si crédible : « "si non è vero è bello" » comme disent les Italiens.

(18) Ce que deviendra le monde à partir de la fin 2009 si un nouveau jeu n'est pas lancé d'ici l'été prochain.

19/02/2009

L'EURO SURVIVRA-T-IL A CES CRISES ?

L'EURO SURVIVRA-T-IL A CES CRISES ?

inflation_euro_record_routiers.jpgAvec la crise économique et les différentes annonces de plans de relance -- dans lesquels seront dépensés des milliards d'euros et de dollars que les pays n'ont pas -- la guerre a tendance à se déplacer sur le terrain des notations et des monnaies des pays. Ces montagnes de dettes qui vont s'accumuler risquent de les fragiliser à un autre niveau, autrement plus important.

Les pays sont de moins en moins solvables
La dégradation des finances publiques autant que les augmentations des déficits budgétaires inquiètent sérieusement les agences de notation. Ces dernières, après leurs terribles négligences sur leur travail d'avant crise, ayant même été accusées d'avoir contribué à l'éclatement des subprimes, se mettent à montrer plus de sévérité.

Standard & Poor's et Moody's dégradent les notes de la dette souveraine de certains pays comme la Grèce passée à A-, l'Espagne passée AA+, le Portugal passé A+ fin janvier. Elles ont des velléités de perspectives négatives sur l'Irlande. Le Royaume-Uni peut malheureusement être amené à suivre cette voie, qui n'a rien de royal.

La prime de risque en cas de défaut de paiement n'en finit plus d'augmenter, et la notation des pays -- qui indique le degré de risque à acheter la dette dudit pays -- de s'abaisser. Pour les agences, acheter la dette souveraine, même de pays réputés fiables, devient de moins en moins sûr ! Premier point : n'achetez plus de bons du Trésor et autres obligations d'Etat, mais achetez de l'or. Au moins, si les Etats ne peuvent plus rembourser, vous serez assis sur un vrai trésor.

euro.h13.gifL'euro risque-t-il d'imploser ?
Deux écoles se font jour à ce sujet. Certains spécialistes, financiers ou économistes, avancent la thèse d'une implosion de l'euro. Comment gérer une Zone euro dont les participants n'ont plus du tout les mêmes taux d'intérêts... avec l'Allemagne à un bout et la Grèce ou l'Espagne à l'autre ? De jour en jour l'écart se creuse, aboutissant à des situations intenables et mettant à jour un véritable risque de faillite de l'état concerné.

En dehors de la Zone euro, mais dans ce même espace européen, s'ajoutent les différents taux de change entre les devises des pays qui ont conservé leur propre monnaie. La couronne suédoise par exemple a baissé de 15% par rapport à l'euro ; la livre sterling pour le Royaume-Uni (tout comme d'ailleurs la livre turque) a chuté de 20% par rapport à l'euro. Or, tous ces pays proposent des produits manufacturés dont la compétitivité s'est mécaniquement améliorée du fait de la dévalorisation de leur monnaie.

Euro.jpgLe risque, c'est d'une part de conduire les pays européens à la déflation (baisse des prix pour pouvoir lutter... puis baisse inévitable des volumes) puis à la dépression. Mais en ce moment même... certains pays réfléchissent sur l'éventualité de quitter la monnaie unique, histoire de dévaluer leur monnaie afin de retrouver une certaine compétitivité. Cela risquerait à coup sûr de mener à une crise politique européenne, si ce n'est l'explosion de l'euro.

De l'autre côté de la lorgnette figure un certain Joachim Almunia, commissaire européen aux affaires économiques qui, pour sa part, pressent au contraire une forte probabilité à l'arrivée du Royaume-Uni, de la Suède et du Danemark au sein de la monnaie unique.

Les mois prochains devraient trancher entre ces deux discours. Moralité en ce qui concerne vos finances : achetez de l'or pendant qu'il est temps. Les devises vont valser.

18:18 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : euro, crise, economie, krash, europe, pays

18/02/2009

C'est la monnaie qui dirige le monde

LE VRAI COUPABLE DE LA CRISE : LA MONNAIE FIDUCIAIRE

argent_gagner.jpgLa presse financière quotidienne fait état des différents plans de sauvetage, tandis que la presse magazine cherche des coupables au chaos actuel. Malgré la noirceur de ces lignes, un espoir surgit : le bon sens qui, hélas !, ne possède ni école, ni université, ni diplôme, commence à refaire surface.

"Il pleut à verse des bonnes paroles qu'on ne croit plus et des milliards d'euros, de dollars, dont personne ne saisit d'où ils sortent, puisque les Etats occidentaux ne disposaient plus, théoriquement, d'un sou qui vaille."

"Les caisses étaient vides, non ?", se moque Marianne citant François Fillon qui s'exprimait au début de l'année. "Les Etats-Unis ont créé une orgie de liquidités, qui a favorisé une bulle financière qui a fini par éclater", constate l'économiste Daniel Cohen dans les colonnes de Challenges. "Rappelons que le montant des transactions financières est six fois plus élevé que la totalité de la richesse mondiale", évalue Felix Rohatyn, ancien associé gérant de Lazard New York.

Les chiffres qui sont cités à l'occasion de la crise dépassent l'entendement. Pêle-mêle : 700 milliards de dollars pour le premier plan de sauvetage Paulson ; 60 000 milliards d'encours pour les credit default swaps, qui sont les contrats d'assurance contre un risque financier, l'équivalent du subprime appliqué aux entreprises ; 20 000 milliards de dollars, le montant de la capitalisation boursière qui est parti en fumée la semaine dernière. L'ampleur de ces chiffres ne signifie rien pour le commun des mortels.

Pour tenter de les ancrer dans la réalité, il faut donner le montant du PIB mondial. La somme des biens et des services produits en un an dans le monde se montait à 65 610 milliards de dollars en 2007.

D'où vient l'argent ?
873833-1035184.jpgCette interrogation flotte à chaque annonce de plan de sauvetage, de recapitalisation, de nationalisation, d'aide exceptionnelle. Mais personne ne répond clairement. La réponse est sinistre : au mieux, cet argent ne vient de rien, au pire c'est de la dette. Il suffit de mettre en regard l'endettement des pays et les sommes dont on parle. La dette cumulée des Etats-Unis se monte aujourd'hui à 10 278 milliards de dollars et son PIB 2007 était de 13 780 milliards de dollars. L'Amérique est donc un pays endetté à hauteur de 75% de ses recettes annuelles.

La situation en Europe est pire : Irlande, France, Allemagne, Italie, Autriche, Hollande sont endettées à plus de 100% de leurs revenus annuels. Les bons élèves sont entre 80% et 100% d'endettement.

Les citoyens effrayés commencent à réaliser que l'argent du renflouage vient nécessairement de plus de dette. "Tandis que les politiciens se dépêchent d'offrir des garanties aux déposants et aux autres créditeurs des banques, leurs promesses soulèvent une question : les finances publiques de ces pays peuvent-elles endosser ces nouvelles responsabilités ?", s'interroge The Economist. Avant de répondre plus loin : "un gouvernement peut satisfaire à ses engagements en levant de nouveaux impôts. En dernier ressort, il peut imprimer de la monnaie : il ne peut pas se trouver à court de sa propre monnaie.

Rien de tout cela n'est vraiment réconfortant. Si les promesses d'un gouvernement semblent dépasser sa capacité à lever de l'impôt, le marché obligataire mettra en doute sa solvabilité et demandera soit des taux d'intérêt plus élevés, soit fuira sa monnaie. Et si ce pays commence à imprimer de l'argent, il suscite l'inflation."

DecDollar9front.jpgOn ne saurait mieux dire. Poursuivons le raisonnement : la crise est mondiale. Chaque pays riche et endetté va avoir besoin d'émettre de la dette ou d'imprimer du papier. Jusqu'à présent, les pays émergents avaient pris l'habitude d'acheter la dette de leurs riches clients. Que va-t-il se passer s'ils décident de ne plus se jeter sur les bons du Trésor, puisque leurs riches clients leur achètent de moins en moins ?

Revenons à l'ardoise des plans de renflouage. Le plan Paulson se base sur 700 milliards de dollars pour les Etats-Unis, mais l'Europe prévoit, selon L'Agefi, plus de 1 400 milliards d'euros, dont 360 milliards pour la France. L'incohérence de ces chiffres témoigne de la confusion. La crise financière coûterait deux fois plus à l'Europe qu'aux Etats-Unis, pays d'où tout est parti. Qui sous-estime la casse ?

 
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