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09/06/2009

Joseph Stiglitz (Prix Nobel d'économie) : "ce sera une crise prolongée"

Joseph Stiglitz (Prix Nobel d'économie) : "ce sera une crise prolongée"

Le Prix Nobel d'économie, qui pilote une commission de l'ONU sur la crise fiancière, met en garde contre le regain d'optimisme. Pour Joseph Stiglitz, la fin d'une situation économique en "chute libre" ne doit  être confondue avec les signes d'une reprise.

585952.jpgLa fin d'une situation économique mondiale en "chute libre" ne doit être confondue avec les signes d'une reprise, a averti vendredi l'économiste américain Joseph Stiglitz, lors d'une conférence à Estoril, près de Lisbonne. "Nous passons d'une situation extrême de chute libre à, seulement, une profonde récession", a affirmé M. Stiglitz, Prix Nobel d'économise 2001, actuellement chargé par les nations unies de piloter une commission indépendante d'experts sur la crise financière.

"On entend beaucoup parler de pousses printanières, suggérant que la reprise arrive (...) mais ce sera une crise prolongée" a-t-il ajouté. M. Stiglitz participait à un cycle de conférences consacré aux défis posés par la mondialisation, où sont également attendus les anciens Premiers ministres britannique Tony Blair et espagnol José Maria Aznar. Le Prix Nobel a souligné : "Je comprends que les hommes politiques veuillent transmettre un sentiment de confiance, mais la confiance doit se baser sur un certain degré de réalité et la réalité n'est pas favorable", a souligné l'économiste, arguant que le modèle d'une économie mondiale tirée par le consommateur américain est révolu.

Jean-Claude_Trichet.jpgCette analyse est largement partagé par tous les économistes de la planète, en dépit des déclarations résolument optimistes de Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne qui voit "la reprise dans le courant de l'année 2010", mais aussi de Joaquin Almunia, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires qui prétend : "Nous ne sommes plus en chute libre (...). Pour la première fois depuis la mi 2007, des signaux positifs sont apparus au cours des dernières semaines, qui tendent à montrer que l'économie se stabiliserait au second semestre, avant de connaître une reprise progressive en 2010".

Une nouvelle secousse à partir de 2010-2011 ?

Comme Stiglitz, Frédéric Lordon, directeur de recherche au CNRS (1), est très loin de partager cet horizon dégagé. "L'amélioration des résultats des banques qui suscite cette vaguelette d'euphorie, doit surtout à l'effet combiné des plans de sauvetage et à la détente subreptice des normes comptables, qui permet de minimiser l'affichage des pertes sur actifs toxiques" explique cet économiste. "Malheureusement, poursuit-il " le facteur même de la crise, à savoir l'accumulation dans les bilans bancaires des mauvaises dettes, est non seulement toujours bien là, mais voué à s'intensifier". Lordon avertit :"on va voir débouler, sous peu, toute une série de "paquets" de dettes avariées, dont les défauts n'ont pas encore explosé, mais c'est pour bientôt". L'économiste français donne même une date : "le gros des défauts devrait se manifester à partir de 2010-2011".

stress-tests.1241749420.jpgIl faut croire que le point de vue des économistes "pessimistes" est loin d'être négligé puisque le Trésor américain et la réserve fédérale (Fed) ont fait passer des tests de résistance à leurs établissements bancaires "pour rassurer les investisseurs et l'opinion". Des tests dont les résultats ont été rendus publics vendredi et qui vont obliger dix banques US à lever 75 milliards de dollars soit par augmentation du capital (actions et obligations), soit par vente d'actifs ou d'activités, soit, encore, par la convertion en actions ordinaires d'actions préférentielles (assimilés à des prêts) que l'Etat possède déjà.

620400158.2.jpgOn sait que le gouvernement français a demandé les mêmes tests de résistance aux banques françaises lesquelles se refusent à livrer les résultats. "Nos tests reposent sur des hypothèses de crise extrême (selon nos sources, une récession de -4% aurait été prise en compte) qui n'ont pas vocation à se matérialiser. Nous ne souhaitons pas les publier" explique une source proche des autorités de tutelle bancaires, tandis que le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer affirmait que "les établissements français étaient sains".  On notera seulement qu'Obama a obtenu de la Réserve fédérale, ce que Sarkozy n'a pas pu ou voulu arracher aux banques françaises.

Voilà, de toute façon, des faits qui ne plaident pas en faveur des propos euphorisants tenus par le premier ministre, François Fillon, sa ministre de l'économie,Christine Lagarde,  et les médias à leurs bottes, sur "la prochaine sortie de crise".

Par Daniel Sario

18:00 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : crise, financiere, stiglitz

31/03/2009

La Dernière Chance ?

Sommet du G20 de Londres : la dernière chance avant la dislocation géopolitique mondiale

Lettre ouverte aux dirigeants du G20, publiée en anglais dans l’édition mondiale du Financial Times le 24/03/09

Mesdames, Messieurs,

Il vous reste moins d’un semestre pour éviter que la planète s’enfonce dans une crise dont elle mettra plus d’une décennie à sortir, avec un terrible cortège de malheurs et de souffrance. Cette lettre ouverte de LEAP/E2020, qui dès Février 2006 avait annoncé l’imminence d’une « crise systémique globale », veut tenter de vous indiquer brièvement pourquoi il en est ainsi, et comment éviter cela.

groupe_G20_469_311_3075b.jpgEn effet, si vous avez commencé à soupçonner l’ampleur de la crise il y a moins d’un an, c’est dès Février 2006, dans la 2° édition de son « Global Europe Anticipation Bulletin » (GEAB), que LEAP/E2020 avait annoncé que le monde entrait dans la « phase de déclenchement » d’une crise d’ampleur historique. Et depuis cette date, LEAP/E2020 a continué, chaque mois, à anticiper d’une manière très fiable les évolutions de la crise dans laquelle le monde entier se débat désormais. Ce qui nous conduit à vous écrire cette lettre ouverte dont nous espérons qu’elle éclairera vos choix dans quelques jours.

Et cette crise s’aggrave dangereusement. Récemment, à l’occasion de la 32° édition de son bulletin, LEAP/E2020 a ainsi lancé une alerte très importante qui vous concerne directement, vous les dirigeants du G20 : si, réunis à Londres le 2 Avril prochain, vous n’êtes pas capables d’adopter des décisions audacieuses et innovantes en vous concentrant sur l’essentiel, et d’entamer leur mise en oeuvre d’ici l’été 2009, alors la crise entrera à la fin de cette année dans la phase de « dislocation géopolitique généralisée » qui affectera tout autant le système international que la structure même des grandes entités politiques comme les Etats-Unis, la Russie, la Chine ou l’UE. Et vous ne contrôlerez alors plus rien pour le malheur des six milliards d’habitants de notre planète.

Votre choix : une crise de 3 à 5 ans ou un crise de plus d’une décennie ?

_45611577_bigben_afp_466.jpgHélas, comme rien ne vous a préparé à affronter une crise d’une telle ampleur historique, jusqu’à présent, vous ne vous êtes occupés que des symptômes ou des causes secondaires. Vous avez pensé qu’il suffisait d’ajouter de l’essence ou de l’huile au moteur mondial, sans vous rendre compte qu’il était tout simplement cassé, sans espoir de réparation. C’est un nouveau moteur qu’il faut construire. Et le temps presse car chaque mois qui passe détériore un peu plus l’ensemble du système international.

Comme dans toute crise majeure, il faut aller à l’essentiel. Comme dans toute crise de dimension historique, le seul choix est entre entreprendre au plus vite des changements radicaux et raccourcir considérablement la durée de la crise et ses conséquences tragiques ; ou au contraire refuser les changements radicaux en tentant de sauvegarder l’existant, pour ne réussir qu’à prolonger durablement la crise et accroître toutes ses conséquences négatives. A Londres, le 2 Avril prochain, vous aurez ainsi le choix entre résoudre la crise en 3 à 5 ans d’une manière organisée ; ou bien au contraire, entraîner la planète dans une décennie terrible.

Nous nous bornerons donc ici à mettre en avant trois conseils que nous considérons comme stratégiques, c’est-à-dire, que pour LEAP/E2020, s’ils ne sont pas mis en oeuvre d’ici l’été 2009, la dislocation géopolitique mondiale deviendra inévitable à partir de la fin de cette année.

LES 3 CONSEILS DE LEAP/E2020

1. La clé de la crise, c’est la création d’une nouvelle devise internationale de référence !

World_Top.jpgLe premier conseil se résume à une idée très simple : la clé de la crise actuelle se trouve dans la réforme du système monétaire international hérité de l’après-1945 afin de créer une nouvelle devise internationale de référence. Le Dollar américain et l’économie des Etats-Unis ne sont plus en mesure d’être les piliers de l’ordre économique, financier et monétaire mondial. Tant que ce problème stratégique n’est pas abordé directement, puis traité, la crise s’approfondira car il est au coeur des crises des produits financiers dérivés, des banques, des prix de l’énergie, … et de leurs conséquences en terme de chômage massif et de baisses des niveaux de vie. Il est donc vital que cette question soit l’objet principal du Sommet du G20 de Londres et que les premiers éléments de solution y soient lancés. La solution à ce problème est d’ailleurs bien connue : 270209top.gifil s’agit de créer une devise de référence internationale (qu’on pourrait appeler le « Global ») fondée sur un panier de monnaies correspondant aux principales économies de la planète, à savoir le Dollar US, l’Euro, le Yen, le Yuan, le Khaleel (monnaie commune des etats pétroliers du Golfe qui sera lancée au 1° Janvier 2010), le Rouble, le Real, … . et de faire gérer cette devise par un « Institut Monétaire Mondial », dont le Conseil d’ Administration reflète les poids respectifs des monnaies composant le « Global ». Vous devez demander au FMI et aux banques centrales concernées de préparer un tel plan pour Juin 2009 avec objectif de mise en oeuvre au 1° Janvier 2010. C’est votre seul moyen de reprendre l’initiative sur le temps de déroulement de la crise. Et c’est le seul moyen de concrétiser la mise en oeuvre d’une globalisation partagée, en en partageant la monnaie qui est au coeur de toute activité économique et financière.

tsunami.1206208219.jpgSelon LEAP/E2020, si une telle alternative au système actuel en plein effondrement n’a pas commencé à être préparée d’ici l’été 2009, démontrant qu’il existe une autre voie que le « chacun pour soi », le système monétaire international actuel ne passera pas l’été. Et si certains Etats du G20 pensent qu’il vaut mieux garder le plus longtemps les privilèges que leur procure le statu quo, ils devraient méditer sur le fait qu’aujourd’hui ils peuvent encore influencer de manière décisive la forme que prendra ce nouveau système monétaire mondial. Une fois la phase de dislocation géopolitique entamée, ils perdront au contraire toute aptitude à le faire.

2. Contrôlez l’ensemble des banques au plus vite !

Le second conseil est déjà largement évoqué dans les discussions préalables à votre réunion. Il devrait être donc aisé de l’adopter. Il s’agit de mettre en place d’ici la fin 2009 un système de contrôle des banques à l’échelle mondiale qui supprime tout « trou noir ». Plusieurs options vous sont déjà proposées par les experts. Tranchez dès maintenant. Nationalisez au plus vite quand il le faut ! C’est en tout cas le seul moyen de prévenir un nouvel endettement massif des établissements financiers comme celui qui a contribué à la crise actuelle ; et de montrer aux opinions publiques que vous êtes crédibles face aux banquiers.

3. Faites évaluer au plus vite par le FMI les systèmes financiers US, britannique et suisse !

08-10-19-dsk-strauss-kahn.jpgLe troisième conseil touche à nouveau une question très sensible politiquement qui pourtant est incontournable. Il est indispensable que le FMI remette au G20, au plus tard, en Juillet 2009, une évaluation indépendante des trois systèmes financiers nationaux au coeur de la crise financière : ceux des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la Suisse. Aucune solution durable ne pourra en effet être efficacement mise en oeuvre tant que personne n’a la moindre idée des ravages causés par la crise dans ces trois piliers du système financier mondial. Et il n’est plus temps de « prendre des gants » avec des pays qui sont au coeur du chaos financier actuel.

Ecrivez un communiqué simple et bref !

_45611576_children_pa_466.jpgPour terminer, nous nous permettrons seulement de rappeler que vous avez désormais à restaurer la confiance chez 6 milliards de personnes, et des dizaines de millions d’institutions publiques et privées. Alors, n’oubliez pas de rédiger un communiqué court, qui ne fasse pas plus de deux pages, qui ne contienne pas plus de trois ou quatre idées centrales et qui soit lisible par des non-experts. Sinon, vous ne serez pas lu hors du cercle étroit des spécialistes et vous ne pourrez donc pas ressusciter la confiance du plus grand nombre condamnant ainsi la crise à s’aggraver. Si cette lettre ouverte vous aide à sentir que l’Histoire vous jugera pour ce que vous aurez réussi à faire ou pas lors de ce Sommet, alors elle n’aura pas été inutile. Sachez simplement, que selon LEAP/E2020, vos peuples respectifs n’attendront pas plus d’une année pour vous juger. Une chose est néanmoins certaine : cette fois-ci vous ne pourrez pas dire que vous n’avez pas été prévenu !

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Franck Biancheri Directeur des Etudes de LEAP/E2020 Président de Newropeans

 



 
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