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03/04/2009

G20 : Tout change mais rien ne change

G20 : Tout change mais rien ne change

La presse a adoré ce spectacle du G20 qui refait le mondeà Londres et ne se paye pas de mots pour le dire. A part l'Humanité, seul le net, y compris Jacques Attali, affiche un certain scepticisme face à un dispositif destiné à faire en sorte que tout recommence comme avant.



G20 : Tout change mais rien ne change
« La symphonie du Nouveau Monde ». Etienne Mougeotte a adoré la partition que nous a joué hier à Londres l’orchestre philharmonique du G20 : « D’ores et déjà, cette réunion est un succès d’où va sortir un nouvel ordre mondial. Nouvel ordre économique fondé sur la régulation et le contrôle international du système financier ».

Quelques milliers de milliards de dollars sur la table, une liste de paradis fiscaux et nous voilà donc globalement tirés d’affaire.
Sans donner dans le lyrisme propre au Figaro, Le Parisien note « l’incroyable succès du sommet du G20 », zappant Sarkozy de sa une au profit d’une photo d’Obama et Medevedev dans les bras du président-milliardaire italien Berlusconi, tous morts de rire.


G20 : Tout change mais rien ne change
G20: un succès fou
Un empereur médiatique-industriel-milliardaire-accessoirement président tenant dans ses bras les chefs d'Etat de deux des principales puissances mondiales. Beau symbole d’un monde en pleine mutation…
Pour commenter les résultats de ce sommet, Le Parisien donne la parole à Elie Cohen, expert patenté du «monde d’avant» et commentateur attitré du «monde d’après». Elie Cohen était même hier soir dans le 20 heures de France 2 , invité à décrypter en quasi-direct les résultats de ce sommet.
Elie Cohen sera donc l’économiste en chef du Nouveau Monde.
Pour que les experts du monde d’avant nagent déjà comme des poissons dans l’eau dans le monde d’après, il faut vraiment que ce monde ait changé…  

L’emballement est presque unanime, Libération ne cache pas sa joie, s’autorisant un jeu de mots qu’il ne sort que pour les grands événements : «Un G20 pas vain ». Certes, Laurent Joffrin prend des précautions mais veut croire que « la pédagogie de la crise et la pression des opinions ont fait leur œuvre. Les mots ont changé. Il n’y a plus qu’à juger sur les actes ». Et avec des « Y'a plus qu'à », on en a refait des mondes.



G20 : Tout change mais rien ne change

Changer assez pour que tout continue comme avant

Seul L’humanité s’autorise à jouer sa partition, estimant qu’ils « se moquent du monde ». Rabat-joie, L’Huma écrit « Ils avaient un monde à reconstruire et ils se sont contentés d’achalander les grandes institutions internationales en faisant du FMI, de la Banque Mondiale, du FSF et de l’OMC les garants de l’avenir ». Voilà le pouvoir de nuisance de ces institutions « élargi » selon Patrick Appel-Muller qui conclut « Il s’agit de changer juste ce qu’il faut pour que tout continue comme avant ».

Un scepticisme qui l’emporte largement sur Internet. Sur son blog Déchiffrages, le journaliste économique Jean-François Couvrat note que sur la liste des paradis fiscaux publiée par l’OCDE ne figurent ni Macao, ni Hong-Kong. « Pékin veillait au grain » ; « Israël, qui figura jusqu’en 2003 parmi les pays blanchisseurs d’argent sale, il n’est nulle part lui non plus : ni blanc, ni gris, ni noir » écrit le journaliste qui ajoute que « le communiqué du G20 proclame un peu hâtivement que « l’ère du secret bancaire est révolue ». Or le Royaume Uni figure dans la liste blanche, bien que la City soit le premier centre offshore du monde ; et que les riches étrangers établis à Londres bénéficient d’une exonération fiscale totale de leurs revenus ».

Le monstre de la finance mondiale ne demande qu'à se réveiller
Dans un article du Monde Diplomatique, Laurent Cordonnier parle, lui,  de « rustines sur le Titanic de finance mondiale ». Si l’économiste affirme qu’on « ne devrait pas faire la fine bouche en jugeant la volonté réformatrice des principaux acteurs de ce sommet (…) alors qu’il y a 18 mois personne n’aurait ramassé un tract d’ATTAC par terre », il pondère aussitôt, « l’approche reste celle de la « gestion des risques »... que l’on ne s’interdit pas de créer. La batterie des mesures envisagées se trouve bien dans ce registre, où il n’est question que d’augmentation de la transparence, de contrôle des systèmes d’incitation, de régulation prudentielle, de supervision, de renforcement de la gouvernance et du management (du risque)... c’est-à-dire de toute une ingénierie d’ordre techno-politique visant à tenter de rattraper les dérives induites par une doctrine restée intacte : celle qui crée les risques au nom de la liberté d’entreprendre et tente ensuite de domestiquer la bête, une fois qu’elle se trouve dépassée par sa créature ». Bref, le monstre ne demande qu'à se réveiller.

Même Jacques Attali sur son blog, n’arrive pas à chanter à l’unisson des éditorialistes et le regrette : «J’aurai tant voulu pouvoir, comme le font presque tous les commentateurs, saluer sans nuance les efforts énormes des uns et des autres pour que personne ne claque la porte. (…) Mais je ne peux m’empêcher de craindre que tout cela n’annonce aussi  l’accumulation de bien de nouveaux nuages à l’horizon, parce qu’on emploie pour résoudre la crise les mêmes armes que celles qui l’ont créée. (…). Tout se passe comme si les alcooliques anonymes, tout heureux de leurs  bonnes résolutions, avaient décidé, au sortir de leur réunion,  de prendre un dernier verre.  Pour la route ».


Vendredi 03 Avril 2009 - 13:23
Régis Soubrouillard

09/03/2009

Du pain et des jeux en ligne !

Du pain et des jeux en ligne !

Par Laurent Pinsolle. Qui est irrité par la libéralisation des jeux d’argent en ligne imposée par Bruxelles. Et dénonce les arguments boiteux des néolibéraux pour défendre leurs intérêts.



(capture d'écran : www.poker770.com)
(capture d'écran : www.poker770.com)

La crise empire, de jour en jour, mais les tenants du néolibéralisme continuent à faire avancer, inlassablement leur agenda de déréglementation. Nouvel exemple en date : la libéralisation des jeux d’argent en ligne, imposée, comme souvent, par Bruxelles.

Faut-il libéraliser les jeux en ligne ?

Les deux principaux arguments des défenseurs de cette libéralisation sont le refus de toute réglementation et le constat que des milliers de Français y jouent déjà. Le Figaro affirme ainsi que 5% de la population joue déjà en ligne et que 2 milliards d’euros y sont dépensés. D’autres affirment que cette libéralisation, qui sera effective au 1er janvier, permettra de rapporter au gouvernement de l’argent, au moment où il en a besoin, faisant un parallèle avec le projet de légalisation de la marijuana en Californie…

Le problème est que les jeux d’argent ne sont pas une activité comme une autre. C’est une activité où les joueurs sont sûrs de perdre collectivement, laissant une marge bénéficiaire sécurisée à leurs promoteurs. C’est pourquoi cet opium du peuple a souvent été strictement réglementé dans beaucoup de pays, voir confié à des entreprises publiques, pour assurer que le bénéfice de cette activité reste à la collectivité. Pire, l’aspect virtuel d’Internet risque de démultiplier les paris des joueurs, à leur détriment.


Ce que révèle ce débat

Le débat sur la libéralisation des jeux en ligne est un puissant révélateur des lignes de partage entre les néolibéraux et les partisans d’un certain encadrement de la société. Les uns trouveront toujours un argument pour ridiculiser cette volonté d’entraver la liberté individuelle (d’entreprendre ou de jouer) tandis que nous autres soulignons que ces règles sont nécessaires au bon fonctionnement d’une société, un peu comme le code de la route est nécessaire pour la sécurité de tous, même s’il entrave certaines libertés.

L’Europe, comme toujours, pousse à toujours plus de libéralisation, de suppressions des règles qui encadraient nos sociétés, par pur dogmatisme intellectuel, sans jamais invoquer l’intérêt collectif. En effet, comment croire une seconde que l’intérêt général consiste à laisser les gens parier en ligne ? Quel bénéfice en tirera la société ? L’activité du jeu, parce qu’elle peut être addictive et mettre en danger la vie de certaines personnes, doit être encadrée pour veiller à limiter ses effets néfastes.

Les jeux en ligne n’apportent strictement rien à la société, mais peuvent coûter beaucoup à certains. C’est pourquoi le gouvernement a tort de suivre la Commission Européenne et d’autoriser cette activité. À moins qu’en ces temps troublés il ne souhaite nous donner du pain et des jeux…


Lundi 09 Mars 2009 - 16:40
Laurent Pinsolle

17/02/2009

La crise? Chut, ce n'est pas bon pour le moral...

La crise? Chut, ce n'est pas bon pour le moral...

Sondages, experts, articles de fond, tout est bon pour suggérer aux journalistes de moins parler de la crise. Décryptage.



(photo : kikozbi1 - Flickr - cc)
(photo : kikozbi1 - Flickr - cc)

L'ordre médiatique est une tyrannie dont l'une des règles vitales est le zapping. Il est très rare qu'un sujet reste plus de deux semaines à la une de l'actualité. La crise a bousculé ce bel ordonnancement. Comment zapper au moment où Lehman Brothers fait faillite, où les milliards valsent au dessus de nos têtes comme dit Olivier Besancenot, et où, tous les jours, les entreprises annoncent des plans sociaux ?

 

Pour résoudre cette équation impossible, une nouvelle théorie est apparue : à trop parler de la crise, les médias l'entretiennent, voire l'amplifient. Les snipers d' Acrimed ont été les premiers à lever le lièvre. Car si cette thèse s’est répandue comme une traînée de poudre dans les médias, c’est grâce à une formidable opération de lobbying d’une association patronale adepte de la pensée positive : Ethic, « le mouvement des patrons enthousiastes » ! Ces dirigeants, qui n’en manquent sûrement pas d’éthique, ont fait appel à un « institut d’études international centré sur l'expérience client » peu connu, GN Research, qui leur a servi sur un plateau d’argent une enquête d’opinion sur le thème.

 

Relayé par Le Figaro sous le titre « Les médias sont accusés d'aggraver la crise », ce sondage d’opinion révèlerait que « pour 65% des Français, le traitement de la crise par les médias finit par nuire à l'économie » et que, dans le même temps, « 45% [d'entre eux] affirment avoir une "overdose" d'information sur la crise ». Comme le démontre habilement l'observatoire des médias, les choses ne sont pas aussi simples : « Les sondés (et non les Français) n'affirment rien. Ils répondent à une question : "Les médias parlent-ils trop de la crise économique ?" Et si 45% des sondés répondent positivement, ils n'affirment certainement pas “avoir une overdose d'information sur la crise." Mieux : à lire le diagramme publié par Le Figaro, on constate que 43% trouvent en revanche que les médias parlent "normalement" (???) de la crise et que pour 12% des sondés, les médias n'en parlent "pas assez" : ces 55% de réponses négatives sont royalement ignorées. »

Autre hypothèse : on peut se demander si la méfiance envers les médias, bien ancrée depuis plus de dix ans parmi les Français, ne les conduit pas à approuver toute critique envers leurs journaux ou leurs télévisions, quel que soit le thème abordé. C'est en tout cas un biais probable. Mais qu'importe : après Le Figaro d'autres médias ont relayé ce sondage douteux : France-Soir, 20Minutes.fr, Eco89, chacun à leur manière, l’ont utilisé.

 

Les Français en ont « “ras le bol” des discours anxiogènes » !

Les Echos, eux aussi, se sont posés la question de savoir si les médias avaient leur part de responsabilité dans la crise. Exit l’enquête d’opinion commandée (commanditée ?) par « le mouvement des patrons enthousiastes ». Place cette fois à un article qui donne la parole à une tripotée d’experts censés répondre à une question : « Les élites — politiques, économistes, médias — n’en font-elles trop ? ». Une question qui est d’autant plus légitime d’après le quotidien économique que « les Français semblent en avoir assez d’entendre parler d’une crise dont-ils ne perçoivent pas toujours concrètement les effets. ». Et pour appuyer ce propos, Les Echos font appel au sociologue Denis Muzet, très en vogue en ce moment. D’après lui, il existerait « trois profils face à la situation économique » : « les “acteurs” — dirigeants, politiques, banquiers, patrons — qui tentent de trouver des solutions ; les “éprouvés” qui ressentent, souvent violemment, la dégradation de la situation ; et la grande masse “des spectateurs” qui la vivent par procuration… »

 

C’est vrai, pourquoi parler de la crise puisque tout le monde n’est pas encore frappé de plein fouet ? C’est ennuyeux, voire « anxiogène ». Et, comble du mauvais goût, ce n’est pas vendeur ! À dégager donc la crise des colonnes des journaux, on ressortira le sujet des placards quand la situation sera vraiment critique et que tout le monde sera enfin touché! Poussé à son paroxysme, ce raisonnement donne la « une » du Parisien – Aujourd’hui en France de samedi dernier, jour de consommation débridée pour cause de Saint-Valentin : « Et si on parlait d’autres choses » !

 

Mais que Les Echos se rassurent car d’ici très peu de temps, la majorité des Français percevront très « concrètement » les « effets » de la crise. Pessimiste comme vision ? L'Unedic prévoit simplement 282.000 chômeurs de plus en 2009. Une année 2009 qui sera aussi l’occasion pour Denis Muzet de réviser son analyse car il est à prévoir que dans quelques mois, il ne restera plus que deux « profils » de personnes face à la crise : les « acteurs » qui en seront encore et toujours à chercher des « solutions » et « la grande masse » des « éprouvés » qui ressentira (pas vraiment « par procuration ») « la dégradation de la situation »...

 

La crainte de la « prophétie auto-réalisatrice »

En filigrane de tous ces articles, on trouve une notion née à la fin des années 1950 sous la plume d’un sociologue américain, Robert King Merton. Ce concept, c’est celui de la « prophétie auto-réalisatrice » . Son énoncé est simple : la « prophétie auto-réalisatrice » est une prophétie qui « se produit lorsqu'une croyance a modifié des comportements de telle sorte que ce qui n'était que croyance advient réellement. » Autrement dit, la crise viendra puisqu’on n’a de cesse d’en parler. Mais c’est oublier que la crise n’est pas une « croyance » mais une situation déterminée par une réalité sociale que reflètent des indicateurs statistiques. Croire au concept de « prophétie auto-réalisatrice », c’est aussi croire en un concept exactement contraire appelé « prophétie auto-destructrice ». En clair, parler d’un événement suffit à le contrecarrer. C’est par exemple ce qui a pu arriver lors de la campagne du référendum sur le Traité constitutionnel européen. Pour certains, si le « non » l’a emporté, c’est en réaction à des médias béni oui-ouistes.

 

D’après Philippe Juhem, maître de conférence en sciences politiques à l’université Robert Schumann de Strasbourg et spécialiste du travail des politiques et du récit qu’en font les journalistes, le concept de « prophétie auto-réalisatrice » est « un concept séduisant mais très douteux » : « A ma connaissance, il n’existe aucune étude qui démontre qu’il existe un effet d’autosuggestion. Les politiques pensent par exemple que plus ils seront présents dans les médias et plus leur discours aura un impact alors que l’impact varie en fonction de l’idée que se font d'eux les gens. S’ils ont une mauvaise opinion d’un politique, sa surreprésentation dans les médias pourra même se retourner contre lui » L’universitaire va même plus loin avec l’exemple des enquêtes d’opinion : « Les sondages sont accusés de deux effets totalement contraires sans que personne n’ait pu prouver leur véracité. Soit on estime qu’un sondage va entraîner un ralliement derrière celui qui a été placé en tête, soit on considère qu’il va favoriser un outsider. » Bref, parler massivement de la crise pourrait avoir deux conséquences tout aussi contraires : la renforcer ou la chasser.

 

En recommandant de moins parler de la crise, les patrons d'Ethic rejoignent également ceux de la presse. Interrogez n'importe quel responsable de la publicité de magazine ou de quotidien et il fera immédiatement le procès de l'information « anxiogène ». Pour se vendre, la publicité a besoin d'un climat positif, propice à la consommation. La crise c'est la sinistrose, la lutte classes. Mieux vaut parler de la Saint-Valentin, ça fait sourire. Et ça fait marcher le commerce...


Lundi 16 Février 2009 - 07:54
Gérald Andrieu
 
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