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06/08/2009

Crise systémique : le trou noir

Crise systémique : le trou noir

Nous sommes plusieurs à vous le dire, le répéter, insister lourdement, nous ne sommes pas en 1929, c’est bien plus grave ! Il s’agit ici d’une crise systémique, un système de captation du capital par quelques-uns, basé sur la consommation à partir de dettes et donc, parler seulement de dettes revient à occulter le problème de la consommation. Or, il faut le rappeler, sans consommation il n’y a pas de travail.

De plus, l’histoire nous apprend que ce n’est pas en 1929 que la crise a touché le fond mais en 1932 soit 3 ans plus tard.

Nous sommes très peu à informer sur l’ampleur du désastre (Paul Jorion, le LEAP, Abderrahmane Mebtoul moi même ou Pierre Jovanovic entre autres).

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Ce dernier, avec humour résume notre avenir : Koh-Lanta pour tous ! Paul Jorion, plus sobre indique que c’est la fin du capitalisme.

Stiglitz, Krugman et Roubini avaient peut-être prévu la crise mais sont passés à côté de son ampleur.

Le LEAP parle de 3 vagues scélérates, il faudrait plutôt parler de tsunami. Voici donc un petit tour d’horizon qui devrait vous éclairer.

Le 24 juin 2009, « Lepoint.fr » indiquait que les exportations japonaises ont baissé de 40,9 % sur un an. Le commerce mondial est sinistré et l’on assiste à l’effondrement du secteur du transport maritime (- 21 %) et du fret aérien (-28 %)  : FOCUS/Panalpina en baisse après résultats semestriels

Pour le secteur aérien, on est au bord du gouffre (voir le blog de Pierre Jovanovic : www.jovanovic.com, truffé d’infos à ce sujet) avec selon l’ IATA (l’Association internationale du transport aérien ) une baisse de 16,5% pour le fret et de 7,2% pour les passagers en juin par rapport à l’an dernier et donc neuf milliards de dollars de pertes estimées pour 2009.

On le voit ici, 16,5 % déclarés et 28 % réels, voilà comment on triche avec les chiffres.

Si l’on prend en compte, les accidents récents (impact psychologique), la hausse du carburant, la grippe et l’aggravation de la crise, il faudra multiplier par 3, voire 4 ce chiffre. De très nombreuses faillites sont pour bientôt, ce que j’avais annoncé l’année dernière, le 23 octobre 2008 dans mon article Cessation de paiement.

L’industrie automobile est dans un état encore pire. Par exemple aux USA, les ventes de voitures se sont effondrées en juin 2009 :

Ford : - 10,9 %, General Motors : - 33,6 %, Toyota : - 31,9 %, Chrysler : - 42 %, Honda : - 29,5 % - Nissan : - 23,1 %.

C’est vrai, j’oubliais, la crise est terminée !

Bien sûr, mon calendrier a été repoussé de quelques mois car on a injecté dans l’économie des sommes faramineuses. En effet, la Fed la, le 18 mars 2009 (le jour où le dollar est mort), a décidé de racheter des bons du trésor, ce qui revient à monétiser la dette, et, le 29 avril 2009, a confirmé qu’elle se portait acquéreuse de 1700 milliards de dollars soit 12,5% du PIB de titres émis par le privé et d’obligations : (banque centrale US)

http://www.federalreserve.gov/newsevents/press/monetary/2...

Ils devraient d’ailleurs écrire plus petit pour mieux cacher la réalité ! Sélectionnez le texte et copiez-le, le chiffre exact apparaîtra.

Pour les retraites, par exemple, 15 millions de britanniques n’auront pour vivre que 560 livres par mois et pour le reste de l’Europe, l’exemple Letton sera le modèle avec 20 à 30 % de baisse des pensions.

chomagebassedef.jpgMais le pire concerne le chômage qui explose et le moment est venu de vous démontrer comment les chiffres sont tronqués. Jacques Freyssinet, économiste français né en 1937 dont les travaux font autorité sur l’emploi et le chômage a démontré que le chômage réel était plus de 1,5 fois supérieur à celui déclaré par le BIT (Bureau International du Travail) car le calcul ne tient pas compte des demandeurs d’emploi en formation, des cessations anticipées d’activité et de ceux qui sont dans l’absence de recherche d’emploi : 2.5 Le halo du chômage

Par exemple, en France, le chômage a augmenté de 18,7 % sur un an et l’Insee prévoit un taux de chômage de 10,5 % à la fin de l’année (9,1 % au premier trimestre) ce qui signifie, si l’on tient compte de la réalité que nous aurons un taux réel de chômage de 16 % en décembre.

Pour les ÉTATS-UNIS, on atteindra aussi 10,5 % et donc là aussi un taux réel de chômage de 16 % en décembre.

En fait, c’est bien simple, tous les chiffres sont totalement faux et je vous invite à lire ou relire Crise systémique – Les solutions (n°5 : une constitution pour l ... concernant la recapitalisation des banques à l’aide de magouilles comptables. Vous comprendrez ainsi pourquoi tout va mieux.

Cette crise est donc bien une crise systémique, un système basé sur le travail (dont l’essentiel des revenus sont captés par quelques-uns) qui dépend de la consommation, qui elle-même dépend de dettes.

europe5.jpgSelon Maurice Allais, prix Nobel d’économie en 1988 « L’économie mondiale tout entière repose aujourd’hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. »

Pour rappel, depuis 2000, la dette totale des ménages américains a augmenté de 22 %, une catastrophe !

Bernard Lietaer (qui a mis en place l’euro et spécialiste des questions monétaires) avait donné une image exacte de l’ampleur de la crise aux USA, dans son livre blanc en novembre 2008 :

« L’opération de sauvetage américaine coûtera plus que la somme de toutes les activités historiques suivantes du gouvernement américain, ajustée pour l’inflation : prix de l’achat de la Louisiane, le New Deal et le Plan Marshall, les guerres de Corée, du Vietnam, la débâcle de S&L, la NASA et la course à la lune réunis. »

En effet, le montant total des dérivés (des produits financiers qui lors d’une crise majeure ne valent plus rien), est évalué par la BRI (Banque des règlements internationaux) à 591 963 milliards de dollars au 30 décembre 2008, ce qui représente plus de  10 fois le PIB mondial  : http://www.bis.org/statistics/derstats.htm cliquez sur « Amounts outstanding of over-the-counter (OTC) derivatives by risk category and instrument » en pdf ou directement sur http://www.bis.org/statistics/otcder/dt1920a.pdf.

Pour ceux qui croient que ces chiffres sont du vent, voici les preuves du crime.

Essayez d’emprunter 10 fois la valeur de votre maison ! La finance, elle, contrôlant l’ensemble de la classe politique du monde, peut tout se permettre.

Or, il faut le rappeler, les entreprises, la finance, les banques sont interconnectées et littéralement infectées par ces produits financiers que Paul Jorion nomme « les métastases ». Les premières grosses défaillances ont commencé ( Chrysler, General Motors par exemple) et nous assistons en ce moment, par effet domino, à l’implosion du système. Les sommes en jeu sont tellement énormes que tel un trou noir, elles font disparaître l’ensemble des Etats-nations et au passage, nos emplois, nos retraites et toutes nos protections sociales.

D’ailleurs, Laurent Carroué, directeur de recherche à l’Institut français de Géopolitique, Expert du groupe Mondialisation du Centre d’Analyse Stratégique (ex Commissariat Général au Plan), en mai 2009 a estimé le coût de la crise à 103 % du PIB mondial soit 55 800 milliards de dollars : La crise mondiale : une ardoise de 55 800 000 000 000 de dollars américains.

C’est vrai, tout va mieux !

jpg_dsk-fmi-2.jpgJ’ai donc encore une fois de plus essayé de vous informer, de vous donner des preuves irréfutables de l’ampleur du désastre à venir et j’espère qu’une prise de conscience collective est en train de naître. Un autre modèle économique est à bâtir, qui ne doit pas être celui de la Banque Mondiale ou du FMI, une constitution pour l’économie (ecce - home) car l’origine de tous les problèmes est là. Pour conclure je vous laisse méditer sur ces paroles qui résument à elles seules la façon dont les choses se passent.

« D’abord nous décidons quelque chose, ensuite on le lance publiquement. Ensuite nous attendons un peu et nous regardons comment ça réagit. Si cela ne fait pas scandale ou ne provoque pas d’émeutes, parce que la plupart des gens ne se sont même pas rendus compte de ce qui a été décidé, nous continuons, pas à pas, jusqu’à ce qu’aucun retour ne soit possible... ». Premier ministre, ministre des finances luxembourgeois, gouverneur de la Banque mondiale de 1989 à 1995 ancien gouverneur de la BERD et du FMI président actuel de l’Eurogroupe. Jean-Claude Juncker dans une interview Der Spiegel n°52/1999 p136 : Wikipedia ou Democratie . Nu - Witte Werf januari 2000

Gilles Bonafi

Source :

http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/crise-...

08/06/2009

Peut-on supprimer l’argent ?

Peut-on supprimer l’argent ?

Aristote.jpgAristote dénonçait en son temps (vers 384-322 avant J.C.) ce qu’il appelait « la chrématistique ». ce terme n’est pas très courant, et il « décrit la pratique visant à l’accumulation de moyens d’acquisition en général, plus particulièrement de celui qui accumule la monnaie pour elle-même et non en vue d’une fin autre que son plaisir personnel » (Wikipedia).

Cette notion s’oppose pour Aristote à l’économie (étymologiquement la règle qui régit la maison, la communauté), indispensable pour réaliser les échanges nécessaires à la vie en société. L’activité qui consiste à accumuler de l’argent pour lui-même est considérée comme déshumanisante, en ce sens qu’ elle nuit à la vie en communauté des animaux politiques que nous sommes.

On voit bien à quel point le problème n’est pas nouveau. Il semble bien que le capitalisme existât (sous une autre appellation) dès l’apparition de la monnaie. Ce qu’il faut également souligner, c’est le caractère nuisible de la pratique chrématistique déjà entrevu par Aristote. L’homme fait pour vivre en société ne participe pas au bien commun lorsque ses pratiques sont égoïstes.

flic_fric.jpgSi cela peut sembler logique à première vue, il faut tout de même rappeler sur quel paradigme est fondée notre économie : l’intérêt de chacun profitant à tous, la « main invisible ». on serait en droit de s’interroger sur la crédibilité d’une théorie se basant sur l’invisibilité de son mécanisme, mais les subtilités de cette théorie ne s’arrêtent pas là. Le terme « économie », qui selon Aristote est l’utilisation « positive » de l’argent (puisqu’elle profite au bien-être de la communauté) devient lorsqu’on change le paradigme fondamental le contraire de « l’économie » d’Aristote (puisque ce paradigme préconise l’accumulation de richesses pour sa satisfaction personnelle). Mais si l’on considère que cette même théorie soutient que la somme des intérêts individuels concoure au bénéfice de tous, alors ce terme « économie » devient acceptable.

Cri_du_peuple_jpg.jpgC’est sur ce renversement de paradigme que s’établit le capitalisme dans son acception d’aujourd’hui. par une subtile transformation des idées que représentent un mot, l’économie communautaire d’Aristote est devenue l’économie individualiste.

Faut-il donc pour se débarrasser de la chrématistique éduquer les populations au bien commun, en espérant que les dérives individualistes se résorbent, ou supprimer l’argent pour pratiquer les échanges autrement ?

Je vois déjà les réponses arriver en masse, les uns arguant que le capitalisme est le moins pire des systèmes, les autres qu’on a bien vu ce que donnait le communisme. sans compter d’autres encore qui se tiennent les côtes en évoquant le troc.C’est généralement à ce niveau de pensée que s’arrête le débat sur la monnaie.

Pourtant, les solutions pour parvenir à un monde « meilleur » (c’est à dire un monde où la chrématistique n’existe pas) existent sans doute, pour peu qu’on débride son imagination et qu’on aille un peu plus loin dans la réflexion.

L’une de ces solutions consiste à établir une gouvernance internationale autoritaire qui réalise au niveau mondial un collectivisme d’Etat, avec contrôle total des agissements des populations, ce qui rendrait rapidement obsolète l’utilisation de la monnaie. Chacun pourrait, suivant sa condition sociale, accéder ou pas à certains lieux, certains produits, certains services.

87911-sexe-fric-glande-et-diplome.jpgUne autre possibilité serait de parvenir à un conditionnement éducatif et social si abouti que le luxe et l’excès seraient considérés comme moralement inconcevables. Cette humanité parfaite n’existe évidemment pas, mais si elle était créée il ne fait aucun doute que le capitalisme s’effondrerait de lui-même, pour laisser place à une sorte d’ « autogestion » éclairée et stagnante, comme un retour au paradis originel. Le conditionnement philosophique de ce monde idéal serait proche des sociétés primitives, où une vie dans laquelle on serait vêtu d’un pagne en cultivant une petite parcelle suffirait à chacun... on peut toujours rêver.

La dernière hypothèse serait la suppression de la monnaie au profit du « don gratuit », une pratique qui rappelle la religion mais qui n’est en réalité que l’aspiration profonde des êtres humains. Le don gratuit est un acte généreux qui se différencie de l’échange par son absence d’obligation de retour. Il implique la mise en place d’un système différent basé sur l’opulence et non plus sur la rareté. L’avantage d’un tel système est grand, car il permettrait à la fois de satisfaire aux besoins essentiels de tous, et cela sans nuire à autrui.

Les suppressions des emplois liés à l’argent pourraient libérer l’homme de la contrainte du temps de travail, en lui en accordant plus pour la recherche de nouvelles méthodes, de nouvelles techniques favorisant l’amélioration des conditions de vie. Car ce système ne remet pas en cause le progrès technique : les défis qui attendent l’humanité sont gigantesques, et l’abondance en est un qui réclame beaucoup d’intelligences et de savoirs-faire.

dog.pngSeulement voilà : il semblerait bien que la première hypothèse soit celle retenue. Face à l’immensité des dégâts engendrés par des siècles d’individualisme centré sur les valeurs de concurrence et de rareté, la tâche consistant à envisager le partage et l’opulence peut paraître irréalisable. Alors, au lieu de s’acharner à comprendre pourquoi le capitalisme fabrique de la misère, l’homme fait semblant de croire que c’est le capitalisme qui la supprimera. Ainsi il peut continuer ses agissements égoïstes, sans avoir à se retourner sur ses propres erreurs. ni entrevoir les conséquences de celles-ci.

par caleb irri

19:04 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : argent, monnaie

07/06/2009

La crise durera dix ans, sauf à changer beaucoup de choses...

Passer aux choses sérieuses

La crise est un moment historique qui appelle à des changements révolutionnaires. La France doit en prendre acte d'urgence sous peine d'être mise hors-jeu. Une véritable politique d'investissement public est plus nécessaire que jamais. De même qu'une redistribution radicale du Pouvoir et des richesses entre ceux qui créent et ceux qui financent.

(photo : ryanhartsock - Flickr - cc - http://www.flickr.com/photos/hartsock/)
(photo : ryanhartsock - Flickr - cc - http://www.flickr.com/photos/hartsock/)

Contrairement à ce qu’on voudrait faire croire, la crise s’approfondit : aux  Etats-Unis, tous les déficits augmentent ; les défauts des banques s’aggravent ; et même si Wall Street est en hausse, sa valeur est encore 40% inférieure à celle  d’octobre 2007.  De plus, chacun murmure, dans les cercles informés, qu’il faut s’attendre à bien d’autres  tsunamis : sur les crédits immobiliers privés, sur les cartes de crédit, et sur l’immobilier commercial.

2009-02-22T084812Z_01_APAE51L0OGH00_RTROPTP_3_OFRBS-USA-OBAMA-FINANCES-20090222.JPGPour y répondre, les Etats-Unis, dans un pari fou, investissent l’argent qu’ils n’ont pas dans les secteurs de pointe. Et la Chine, dans un pari tout aussi audacieux, abandonne tout espoir d’une reprise de ses exportations vers l’Amérique et investit, dans une relance gigantesque, 20% de son PIB en infrastructures internes.

déficit public080 copie.jpgL’Europe, face à cela, ne fait rien. Paralysée par son histoire et par ses prudences, elle préfère croire que la crise va se régler d’elle-même. Ayant tout misé sur une réforme de la gouvernance mondiale, dont la comédie de Londres n’a naturellement pas accouché, elle semble désormais attendre que le marché sorte de sa poche un remède miracle. Privée de dirigeants audacieux à Bruxelles, l’Union ne se donne  aucun moyen nouveau ni pour protéger ses banques, ni pour relancer ses secteurs de pointe. 2008 et 2009 resteront comme les années du néant européen. L’euro lui-même ne résistera pas à un tel choc.

Il est temps pour la France de comprendre que, à ce rythme là, le pire est  presque certain : un marché immobilier en baisse ; une surcapacité de production dans les grands secteurs ; une récession en 2009, 2010, et même de 2011 ; le chômage dépassera les 3,5 millions de personnes ; le déficit budgétaire atteindra, malgré tous les maquillages, les 8 ou même les 10 % du PIB, à moins d’augmenter massivement les impôts, ce qui sera de plus en plus difficile, avec l’approche des élections présidentielles ; les  élites scientifiques et  techniques se révolteront ou partiront, écœurées par la révélation des fortunes  faites  dans la finance.

32442a-une_hausse_des_garanties_de_depots_approuvee.jpgIl faut affronter une réalité difficile, la répéter tous les jours, jusqu’à ce qu’on la comprenne : Si le pouvoir politique n’agit pas massivement, de façon véritablement révolutionnaire, la récession est là pour au moins dix ans ; elle  débouchera sur un décrochage de l’Europe et  de la France, à jamais distancées par les pays qui auront compris l’importance des révolutions en cours.

Agir, c’est donc  relancer massivement l’industrie par des dépenses clairement ciblées sur les secteurs d’avenir : la santé, l’énergie, l’agriculture, les infrastructures, l’environnement, les nouveaux matériaux, les logiciels, les nanotechnologies, les neurosciences, les services de pointe et les industries culturelles.

Et pour cela augmenter significativement les salaires des chercheurs, des professeurs, des médecins, des ingénieurs, c'est-à-dire de tous ceux, qui par leur créativité apportent aux pays. Au détriment, si nécessaire, des revenus et des privilèges  de ceux qui les dirigent, les financent ou les distraient. C’est accepter provisoirement des déficits ciblés pour financer ces dépenses d’avenir. C’est promouvoir de nouveaux modèles d’entreprises, plus  soucieux du long terme, et proches de ceux des ONG et des services publics ; c’est  orienter la finance vers la prise de risque dans les secteurs de long terme, et non vers le profit pour compte propre.

Ce n’est pas d’un nouveau plan de relance que nous avons  besoin, mais d’une véritable prise de conscience des urgences culturelles et politiques. Et en particulier d’une remise en cause radicale de la répartition des pouvoirs entre ceux qui créent et ceux qui financent, condition, une fois de plus, de notre survie.

Jacques Attali

27/05/2009

Le Yuan pourrait-t-il contester la suprématie du dollar ?


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Les empires commencent à décliner lorsque leur situation financière se dégrade. Largement endettés, les USA doivent s’attendre à terme à voir contester le statut du dollar. Quelle serait alors la devise de référence ? Roubini ne croit pas que la monnaie européenne soit à même de jouer ce rôle, en raison des incertitudes sur la cohésion de la zone euro. Resterait alors le yuan, qui pourrait selon lui supplanter le dollar d’ici à une dizaine d’année.

par Nouriel Roubini, New York Times

Le 19ème siècle a été dominé par l’Empire britannique, le 20ème siècle par les États-Unis. Nous pourrions maintenant entrer dans un siècle asiatique, dominé par la Chine et sa devise. Bien que le statut du dollar comme principale monnaie de réserve de ne disparaîtra pas du jour au lendemain, nous ne pouvons plus le considérer pour acquis. Plus tôt que nous ne le pensons, le dollar pourrait être contesté par d’autres monnaies, et plus probablement par le yuan chinois. Cela entraînerait des coûts importants pour l’Amérique, car notre capacité à financer à bon compte nos déficits du budget et du commerce disparaîtrait.

Traditionnellement, les empires qui détiennent les réserves de devises mondiales sont aussi des créanciers et des prêteurs nets vis-à-vis de l’étranger. L’Empire britannique a décliné - et la livre a perdu son statut de principale monnaie de réserve mondiale - lorsque la Grande-Bretagne est devenue un débiteur net et un emprunteur net durant la Seconde Guerre mondiale. Les États-Unis sont aujourd’hui dans une situation similaire. Ils accumulent d’énormes déficits commerciaux et budgétaires, et comptent sur la bienveillance continuelle de créanciers étrangers qui commencent à se sentir mal à l’aise à l’idée d’accumuler toujours plus d’actifs libellés en dollars. La chute du dollar pourrait n’être qu’une question de temps.

Quelle devise pourrait le remplacer ? La livre sterling, le yen japonais et le franc suisse restent des monnaies de réserve mineures, ces pays n’étant pas de grandes puissances. L’or est toujours une relique barbare dont la valeur n’augmente que lorsque l’inflation est élevée. L’euro est pénalisé par les préoccupations relatives à la viabilité à long terme de l’Union monétaire européenne. Reste le yuan.

dossiermonnaiescomplementaires_mineW-2.jpgLa Chine est un pays créancier ayant un compte courant largement excédentaire, un déficit budgétaire modeste, une dette publique en proportion du PIB beaucoup plus faible que celle des États-Unis, et une croissance solide. Elle a déjà pris des mesures en vue de contester la suprématie du dollar. Pékin a appelé à la création d’une nouvelle monnaie de réserve internationale, sous la forme de Droits de Tirage Spéciaux du Fonds Monétaire International (basés sur un panier de dollars, d’euros, en livres et en yens). La Chine voudra bientôt que sa propre monnaie soit incluse dans ce panier, et que le yuan soit utilisé comme un moyen de paiement dans les échanges commerciaux bilatéraux.

Cependant à l’heure actuelle le yuan est loin d’être prêt à acquérir le statut de devise de réserve. La Chine devrait d’abord à assouplir les restrictions sur les entrées et sorties d’argent, rendre sa monnaie entièrement convertible pour de telles transactions, poursuivre ses réformes intérieures et rendre ses marchés d’obligations plus liquides. Il faudra beaucoup de temps pour que le yuan devienne une monnaie de réserve, mais cela pourrait se produire. La Chine a déjà révélé ses intentions en mettant en place des échanges de devises avec plusieurs pays (dont l’Argentine, le Bélarus et l’Indonésie) et en laissant les institutions de Hong Kong émettre des obligations libellées en yuan, première étape vers la création d’un grand marché national et international de sa devise.

3218983160_6f712be63f_b.jpgSi la Chine et d’autres pays voulaient diversifier leurs avoirs de réserves hors du dollar - et ils finiront par le faire - les États-Unis en souffriront. Nous avons tiré des avantages financiers du statut de monnaie de réserve du dollar. En particulier, la vigueur du marché du dollar permet aux Américains d’emprunter à de meilleurs taux. Nous avons ainsi été en mesure de financer d’importants déficits à faible coût, car la demande étrangère a maintenu des taux bas pour les bons du Trésor. Nous avons également été en mesure d’émettre des emprunts dans notre propre monnaie et non pas en devise étrangère, transférant ainsi les pertes résultant d’une baisse de la valeur du dollar sur nos créanciers. Le fait que les matières premières soient cotées en dollars signifie aussi que la baisse du cours du dollar ne se traduit pas par une hausse du prix des importations.

yuan monde.jpgImaginez maintenant un monde où la Chine pourrait emprunter et prêter à l’étranger dans sa propre monnaie. Le yuan, au lieu du dollar, pourrait éventuellement devenir un moyen de paiement pour le commerce international, une unité de compte pour la tarification des importations et des exportations, ainsi qu’une réserve de valeur patrimoniale pour les investisseurs internationaux. Les Américains auraient à en payer le prix. Nous devrions alors débourser davantage pour les marchandises importées, et les taux d’intérêt augmenteraient, à la fois pour le privé et sur la dette publique. La hausse du coût du crédit pour le privé pourrait se traduire par une consommation plus faible, des investissements moindres, et un ralentissement de la croissance.

Cette baisse du dollar pourrait prendre plus d’une décennie, mais elle pourrait intervenir plus tôt encore si nous ne remettons pas de l’ordre dans nos finances. Les États-Unis doivent maîtriser leurs dépenses et leurs emprunts, et rechercher une croissance qui ne soit pas basée sur des bulles d’actifs et de crédit. Durant les deux dernières décennies, l’Amérique a dépensé plus que son revenu, augmentant son passif et accumulant les dettes à des niveaux devenus insoutenables. Le système monétaire mondial où le dollar est la principale devise nous a permis de continuer à emprunter de façon imprudente.

dollar-burning.jpgMaintenant que la position du dollar n’est plus aussi assurée, nous devons changer nos priorités. Cela nécessitera d’investir dans notre infrastructure qui est en ruine, dans les énergies alternatives et renouvelables et le capital humain productif - plutôt que dans des logements inutiles et des inventions financières toxiques. Ce sera la seule façon de ralentir la baisse du dollar, et de maintenir notre influence dans les affaires du monde.

Nouriel Roubini est professeur d’économie à la New York University Stern School of Business et dirige un cabinet de conseil économique.



02:03 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : yuan, dollar, monnaie

25/05/2009

PREPAREZ-VOUS POUR WEIMAR

ATTALI: PREPAREZ-VOUS POUR WEIMAR
du 20 au 24 Mai 2009 : Jacques Attali est plus pessimiste que ma revue de presse: il parle d'un "Weimar planétaire". Ecoutez-le bien, car il est d'une concision rare. Il précise aussi que les trois principales banques françaises SONT des banques zombies et que l'avalanche qui a été déclenchée ne peut plus être arrêtée. J'avais hélas plus que raison dans mes analyses de presse, et cela depuis le 29 septembre 2008.

Pierre Jovanovic

source:

http://www.jovanovic.com/blog.htm

http://fiefparis.com/spip.php?article21

28/04/2009

Après la déflation, très vite, l’hyperinflation

Déclarations de Lyndon LaRouche /
Après la déflation, très vite, l’hyperinflation
28 avril 2009 - 13:35

par Lyndon LaRouche


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Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’économie allemande plongea très vite dans une phase de déflation, avant d’entrer dans une phase hyperinflationniste. Ceci dans les conditions artificielles imposées à l’Allemagne, en vertu du Traité de Versailles, par un cartel centré autour de la Banque d’Angleterre qui allait bientôt projeter sur la scène mondiale le Parti nazi d’Hitler, précisément au moment où le stade d’hyperinflation serait atteint. Aujourd’hui, on avance à grands pas vers un processus similaire devant mener à une explosion hyperinflationniste globale. La conclusion à en tirer est que les gouvernements américain et britannique se comportent comme des idiots.


Comme le clamait le célèbre professeur de Harvard, George Santayana, dans sa tirade la plus connue, « ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à la répéter ». (sic) Cet aphorisme du professeur Santayana n’est pas tout à fait correct, mais à part cette petite erreur, on ferait bien aujourd’hui d’écouter cet avertissement.

Dans le contexte qui s’est instauré depuis juillet 2007, la tentative des administrations de George W. Bush et de Barack Obama de sauvegarder, en Europe occidentale et centrale comme aux Etats-Unis, ce système monétaire en faillite, se traduira inévitablement, si l’on persiste encore quelque temps dans cette folie, par une tendance hyperinflationniste.

20080323-burning-dollars.jpgComme on le voit au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, le recours aux méthodes monétaires hyperinflationnistes mises en oeuvre depuis juillet-septembre 2007, a précipité l’économie réelle de ces deux pays au fond de l’abîme, avec des taux de chômage et de fermeture d’entreprises qui ne cessent d’augmenter. Ainsi, grâce à Larry Summers, le principal décisionnaire de l’administration Obama, le taux d’inflation monte en flèche, tandis que les salaires des travailleurs productifs chutent et que les entreprises industrielles et agricoles essentielles ferment boutique.

Comme dans l’Allemagne de Weimar ou aux Etats-Unis et en Europe aujourd’hui, la déflation dans l’économie réelle non seulement précède, mais provoque l’explosion monétaire hyperinflationniste qui s’ensuivra. Nous sommes sur le point de connaître un mouvement hyperinflationniste des prix absolument explosif, non sans similitude avec celui qu’a connu l’Allemagne de Weimar entre le printemps et novembre 1923.

larouche1.jpgUn exemple

Lors d’une conférence internet, le 25 juillet 2007, j’avais averti que le monde se trouvait au bord de la plus grave crise de l’histoire moderne. Trois jours plus tard, la crise éclatait, comme je l’avais prévu. Au cours de cette conférence, j’ai proposé un remède radical, baptisé Loi de protection des propriétaires de logement et des banques (acronyme en anglais : HBPA), promettant aussi des explications sur plusieurs autres mesures à prendre, promesse que j’ai tenue en septembre.

bernanke_titanic_2.jpgHélas, les mesures proposées, qui auraient été efficaces si on les avait appliquées vers septembre 2007, furent torpillées suite à une opération frauduleuse montée par le député Barney Frank et d’autres. Passant en force et prenant tout le monde de vitesse, le « renflouement » (mesure frauduleuse s’apparentant à une trahison) transforma cette crise générale, qui était encore contrôlable en juillet-septembre 2007, en un cauchemar d’escroqueries financières à répétition comme nous l’avons vu depuis.

Rappelons que mon discours de juillet 2007 portait sur l’état de faillite globale du système financier international, y compris du système bancaire. Si les réformes proposées, basées sur une procédure de redressement judiciaire, avaient été adoptées, la solution à la crise aurait pu être mise en oeuvre dès l’été 2007. Le député Barney Frank et d’autres, au sein de la Chambre des représentants et ailleurs, ont commis une escroquerie massive à l’égard des Etats-Unis et de ses institutions bancaires et gouvernementales.

hyperinflation.jpgDésormais, pour ne considérer que l’aspect limité, interne, de cette crise, le seul remède consiste à imposer au système financier américain une procédure brutale et drastique de redressement judiciaire. Une bonne partie des actifs pouvant être cantonnés dans une bad bank, doivent être purement et simplement effacés des livres des banques, suivant les critères applicables en vertu de la loi Glass-Steagall, en vigueur avant l’escroquerie commise par Larry Summers, alors au Trésor. A ce stade, 15 % paraît une bonne estimation pour la part des actifs non conformes aux critères de Glass-Steagall pouvant échapper à la destruction. Faute de mettre immédiatement en oeuvre la banqueroute organisée, la part des titres sauvés pourrait chuter à un niveau bien en-dessous de zéro, à mesure que la phase hyperinflationniste avance.

Si le changement que je propose ici est rejeté, le monde se trouvera précipité dans la plus grave dépression de son histoire. La réduction accélérée de la population mondiale au niveau revendiqué par le World Wildlife Fund du prince Philip (passant de plus de 6,5 milliards d’individus à moins de 2 milliards) représenterait le plus grand génocide de toute l’histoire connue.

Le rôle du dollar américain

Cartoon Trillion $ .gifEntre les évènements remontant à l’année fiscale 1967-68 aux Etats-Unis et le début des années 1970, sous le double effet de l’escroquerie pétrolière orchestrée par Londres et l’Arabie saoudite et de la politique mise en place par la Commission trilatérale, sous l’égide d’un président Jimmy Carter dupe du jeu, les Etats-Unis ont vu éliminer leur rôle dominant dans le système monétaire mondial ; l’empire britannique, qu’on appelle aussi l’empire financier anglo-hollandais-saoudien, avait pris les rênes. Néanmoins, le crédit international resta en grande partie libellé en dollars.

ReserveDevisesetOr-1.jpgAujourd’hui, comme l’illustre la crise de la Chine, si le dollar était dévalué en faveur d’une quelconque autre monnaie, tous les pays du monde s’enfonceraient immédiatement dans un « nouvel âge sombre », rendant quasi inévitable la chute vertigineuse de notre démographie en dessous de deux milliards, voire moins.

L’importance du dollar comporte deux aspects. Tout d’abord, conformément à notre Constitution, l’économie américaine repose sur un système de crédit, à la différence du système monétaire de type européen, qui relève d’un gouvernement associé à un système parlementaire.

En fait, aucun système monétaire ne serait en mesure de protéger le monde contre les effets de l’effondrement d’économies nationales comme celle de la Russie et de la Chine, sans compter les pays d’Europe occidentale et centrale.

Par exemple, faute d’adopter le système que je propose, la Chine se désintégrera, vu qu’elle dépend des revenus représentés par l’ancienne valeur de la dette américaine envers elle. Moins touchée que la Chine, la Russie le serait toutefois de manière similaire. La situation en Europe deviendrait rapidement désespérée.

12679235.jpgLe seul remède est l’élimination des systèmes monétaires existants à travers une banqueroute ordonnée, en faveur d’un système de crédit à taux de change fixes. C’est le système qu’entendait instaurer le président Franklin Roosevelt, mais au lendemain de sa mort, le 12 avril 1945, son successeur Harry Truman, un traître défenseur de l’impérialisme britannique, adopta immédiatement la politique monétaire anti-Roosevelt de John Maynard Keynes.

Il nous faut un système de crédit à taux de change fixes sur une cinquantaine d’années, avec des crédits d’Etat à Etat dont le taux d’intérêt à long terme se situerait entre 1,5 et 2 %. Ces crédits serviraient avant tout au développement à forte intensité capitalistique des économies d’Asie, d’Afrique et d’Ibéro-Amérique, reposant essentiellement sur des formes d’investissements en capital réel à haute technologie, propres à assurer l’accroissement du potentiel productif des nations, mesuré physiquement, par individu et kilomètre carré de territoire, au niveau mondial.

Soumettre les systèmes monétaires et financiers actuels à une procédure de banqueroute organisée, respectant les normes de la loi Glass-Steagall, est le seul moyen d’empêcher l’effondrement du système mondial.

L’heure de cette réforme est arrivée. Tout gouvernement qui s’y oppose devrait être remplacé par un autre de disposition plus raisonnable et plus productive en matière de coopération mondiale à cette fin. On ne doit pas poser cette question idiote : « Etes-vous d’accord ? », mais plutôt : « Etes-vous réellement déterminés à survivre ? »

à lire aussi :

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http://www.solidariteetprogres.org/article5381.html

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25/03/2009

Les solutions (n°4 : régions et monnaies complémentaires)

Crise systémique - Les solutions (n°4 : régions et monnaies complémentaires)


Dans mon dernier article (n°3), j’ai tenté de démontrer que le dollar ne survivrait pas à la crise. Or, le 18 mars, la FED (banque centrale US) a décidé de racheter des bons du trésor, ce qui revient à monétiser la dette (je l’avais annoncé l’année dernière). Cette information a fait quelques lignes dans les quotidiens nationaux (rien à la télévision) qui, pour l’essentiel, ont commenté cela de façon positive. Pourtant, cette date restera dans les livres d’histoire et sera plus importante que le fameux jeudi noir (krach de 1929) car elle marque la fin, à plus ou moins brève échéance du dollar et donc des USA. Il est donc temps d’éteindre votre télévision et de vous informer sur le net.
purchasing power of the dollar_VtVTzmUa15Yr.gifCe jour là Paul Jorion annonçait sur son blog que c’était « la fin du capitalisme », les analystes de la banque Standard Chartered ont intitulé une note : "le jour où le dollar est mort" et Alan Ruskin, analyste chez RBS, déclarait : « Nous sommes témoins de la chute de Rome ».
Face à l’ampleur de la crise, des experts de plus en plus nombreux, avancent l’idée que l’Europe et les USA risquent l’éclatement. J’ai démontré par ailleurs que de grands pôles continentaux (ASEAN, CEI, North American Union) sont en train d’émerger. Cela peut paraître contradictoire et pourtant ces deux phénomènes auront lieu. Nous assistons donc à la fin des nations avec l’apparition de grands ensembles qui auront pour échelon administratif les régions. Les monnaies nationales peu à peu seront remplacées par des monnaies complémentaires.

 

La région, nouvel échelon administratif.
Peu d’experts ont compris l’importance du rapport Balladur sur les régions et surtout sa pertinence en pleine crise systémique. Pourtant, il est au cœur des solutions qui vont être apportées. Pour comprendre, il faut remonter en 1966.
En effet, Herbert Marshall McLuhan, philosophe, sociologue, spécialiste des médias et conseiller du vatican écrit à cette époque là un livre fondamental « War and Peace in the global Village » publié en 1967 et qui signe l’acte de naissance d’un nouveau concept : le glocal. (wikipédia doit modifier sa base de donnée sur le glocal). Un monde bouleversé par les nouvelles technologies.
Le glocal est en effet un mélange de global et de local qui sera l’architecture fondamentale du nouvel ordre mondial avec d’un côté, les continents (dans un premier temps car eux aussi disparaîtront), de l’autre, des régions et de grands pôles urbains.
Le sociologue Blaise Galland a d’ailleurs démontré le bouleversement majeur des technologies de l’information et l’impact économique qu’elles provoquent au niveau de l’aménagement du territoire. Il a déclaré :
« le processus double par lequel la ville se décharge de sa fonction de production, d’échange et de traitement de l’information en la déplaçant dans le cyberespace, tout en développant, conséquemment, de nouvelles formes d’organisations socio-spatiales au niveau local. »
Je suis d’ailleurs surpris que personne n’étudie le krach sous l’angle des nouvelles technologies qui sont en train de bouleverser la « vieille économie ».
415I5S78RjL._SS500_.jpgL’information est en effet fondamentale et elle possède une part de responsabilité majeure dans la crise actuelle car elle a permis d’accélérer les flux financiers de façon colossale et sur l’ensemble de la planète (crise mondiale). L’information, qui évolue de façon exponentielle pose ainsi le problème du contrôle, un contrôle totalement défaillant que certains ont appelé « la crise de la régulation » et que l’on va tenter de résoudre en renforçant les structures du FMI.
Bernard Lietaer, économiste, spécialiste des monnaies (il a écrit « The Future of Money »), membre du club de Rome et surtout un des créateurs de l’euro a d’ailleurs brillamment étudié les liens existants entre information et économie. Pour lui, « Tout système complexe en forme de réseau, comme sont les écosystèmes, les organismes vivants, et les économies peut être perçu comme des systèmes de flux de matière, énergie et d’information. » Je vais d’ailleurs démontrer que le rapport Balladur et les travaux de Lietaer sont intimement liés.
Je vous invite à vous procurer le livre blanc de Bernard Lietaer intitulé « Toutes les options pour gérer une crise bancaire systémique » que vous pouvez télécharger en pdf car c’est un document fondamental.
Bernard Lietaer, ainsi, pense que le fonctionnement en réseau de l’économie doit reposer sur les régions. Il a d’ailleurs écrit « Pour une Europe des Régions : les Régions, compléments nécessaires à l’Euro », (Paris : Fondation Mayer, 2008).
La même idée se retrouve dans le rapport Balladur qui déclare à la page 10 (rapport Balladur : Il est temps de décider) :
« L’échelon régional est apparu au Comité comme le mieux adapté aux conditions nouvelles de la compétitivité étant observé, au surplus, qu’il existe un consensus européen sur l’importance du niveau régional dans les politiques de développement. »
Les régions vont de plus en plus se retrouver seules face à des Etats-nations ruinés.
Par ailleurs les articles 2 et 3 de la Charte européenne de l’autonomie locale précisent :
« l’autonomie locale doit être reconnu dans la législation interne » et que « par autonomie locale, on entend le droit et la capacité effective pour les collectivités locales de régler et de gérer, dans le cadre de la loi, sous leur propre responsabilité et au profit de leurs populations, une part effective des affaires publiques »
monnaielocale.jpgBernard Lietaer, lui, va plus loin : « Une décision importante de la part des gouvernements sera de permettre aux villes et aux gouvernements locaux de choisir eux - mêmes les monnaies complémentaires qu’il leur semble intéressant d’encourager en les acceptant en paiement de taxes de la ville ou de l’état. » ( Livre blanc p 28).
Vous avez bien lu, les villes et les régions pourront créer des monnaies complémentaires. Certains pensent que cela est impossible et pourtant des expériences fonctionnent un peu partout comme en Suisse (WIR), ou en Allemagne (Chiemagauer).
podcast

En 1971 Jaime Lerner, le maire de Curitiba au Brésil a créé une monnaie sous forme de jeton de bus que les gens gagnaient en ramassant les ordures ce qui a permis à cette ville d’être une des plus prospère du Brésil. Jean-François Noubel parle même de monnaies libres qui permettraient un troisième niveau d’organisation économique dont la clé serait le travail collaboratif (comme Wikipédia par exemple).
dossiermonnaiescomplementaires_semeursW-2.jpgBernard Lietaer propose ainsi de créer des systèmes « Business-to-Business (B2B) » au niveau des entreprises (livre blanc p 27).
Ceci n’est pas une hypothèse mais une réalité que Guerman Sterligov homme d’affaires russe est en train d’exploiter. Il a mis en place, dans toutes les grandes capitales (il a investi des millions d’euros dans ce projet à Londres, Paris, Bruxelles, Hongkong) un centre anticrise qui permet aux entreprises d’organiser des paiements à base de troc. Il a ainsi déclaré :
« Adieu argent, crédit, taux d’intérêt... Le système capitaliste a atteint ses limites, il faut trouver de nouvelles règles du jeu","Il ne s’agit pas seulement de troc mais d’un nouveau système de paiement, d’une nouvelle comptabilité. » (Le Monde du 11.03.09).
La réalité dépasse la fiction et prouve que la crise systémique actuelle est bien plus grave que celle de 1929.
Face à l’ampleur du désastre économique, certains pourtant se posent la question de savoir si cette « régionalisation » du monde ne se fera pas dans la violence.
Igor Panarin, ancien analyste du KGB, spécialiste des USA qui enseigne aux futurs diplomates de la Russie a déclaré en décembre 2008 qu’il y aurait une guerre civile aux USA. Le LEAP / E2020 a d’ailleurs repris la même analyse. Pour Panarin, la guerre civile démarrerait à l’automne 2009, et en juin 2010, le pays serait divisé en 6 blocs. Sergueï Rogov directeur de l’Institut des études américaines et canadiennes pense que ce scénario est probable. RIA Novosti du 24.11.2008.
1270811836.jpgLe 13 mars, Chuck Norris a ainsi organisé une rencontre des délégués de centaines de groupes armés texans pour discuter d’une éventuelle sécession du Texas. Face aux risques de guerre civile la Fema a rapatrié un bataillon de l’armée US qui était en poste en Irak pour le déployer sur le sol US. Source : Army news.
Nathan Freier professeur au US Army War College, la principale institution de formation de l’armée pour les futurs officiers, conseiller et expert de politiques et d’analyse à la sécurité et à la défense. » a d’ailleurs rédigé un rapport qui met l’accent sur les risques de guerre civile aux USA (pages 31, 32 et 33 : www.strategicstudiesinstitute.army.mil/pdffiles/PUB890.pdf)
Quoi qu’il en soit l’Union nord américaine du Canada et des USA est déjà une réalité et les régions (états désunis) qui seront créées par la violence ou sans violence s’intègreront au sein de cette union.
texas_vote_secession_1861.jpgN’oublions pas que le 27 novembre 2006, la Chambre des communes du Canada a reconnu que le Québec formait une « nation » au sein du Canada. Vous pouvez d’ailleurs trouver des cartes du Canada sur les sites officiels comprenant 5 régions : Le Canada atlantique, le Nord, l’Ontario, l’Ouest canadien et le Québec. Nous aurons donc une North American Union organisée dans un premier tant autour d’une dizaine de régions et qui intègrera le Mexique plus tard.
En ce qui nous concerne, nous assistons au même phénomène et le rapport Balladur qui prévoit dans sa proposition numéro 1 de « favoriser les regroupements volontaires de régions et la modification de leurs limites territoriales pour en réduire le nombre à une quinzaine » n’est qu’un épisode local qui se répètera partout en Europe.
Nous somme en train de changer de monde et pourtant pour reprendre la célèbre formule du Comte de Lampedusa : « il faut que tout change pour que rien ne change ».
En effet, toutes ces réformes ne résoudront pas les problèmes fondamentaux d’un système économique obsolète. Francis Neri (spécialiste de l’éducation, de la formation et du conseil, Président de l’Institut Européen de socialisation et d’éducation) a pourtant dit l’essentiel : « Les crises : économique, sociale, écologique, énergétique, des matières premières, alimentaires, sont inter reliées et l’on ne peut considérer l’une sans se préoccuper des autres. »
Il faut donc analyser le problème dans sa globalité et à différents niveaux.
-Le premier niveau d’analyse, celui de la finance et de la titrisation a déjà été abondamment débattu.
1574941374.jpg-Le deuxième niveau qui sera l’objet de ma prochaine étude (n°5 : une monnaie mondiale) car malheureusement, nos dirigeants sont incapables d’aller plus loin (ils servent le système), concerne le problème de notre système monétaire dont le pilier (le dollar) est en train de s’effondrer.
-Le troisième niveau concerne l’adaptation de notre système économique aux nouvelles technologies de l’information qui détruisent les emplois par millions. Une réflexion profonde doit être engagé sur la notion de travail (le chômage explose) qui est ne l’oublions pas une invention tardive de l’homme. Les tribus dites « primitives » estiment que c’est une aberration. Smohalla, chef indien Sokulls déclarait : « Mes jeunes gens ne travailleront jamais. Les hommes qui travaillent ne peuvent rêver. Et la sagesse nous vient des rêves. »
-Le quatrième niveau concerne l’énergie. La fin du pétrole est programmée et nous n’avons encore pas trouvé d’alternatives valables. Or, il faut le rappeler, toute notre économie repose sur cette énergie encore bon marché et facile d’utilisation (mais polluante).
-Le cinquième niveau concerne le capitalisme lui-même qui est basé sur la consommation à partir de dettes. Un système totalement injuste que les plus grands économistes comme John Maynard Keynes ont critiqué : « nous commençons à le mépriser. » (L’autosuffisance nationale, 1933).
nwo.jpg-Le sixième niveau concerne la démocratie et notre liberté qui sont en danger. Par accumulation du capital (l’argent appelle l’argent), une petite poignée d’hommes finissent par avoir la réalité du pouvoir. J. K. Galbraith économiste et conseiller des présidents Roosevelt et Kennedy nous a pourtant mis en garde :
« En fait, il peut n’y avoir qu’un ou quelques vendeurs assez puissants et persuasifs pour déterminer ce que les gens achètent, mangent et boivent ». Source : « Les nouveaux mensonges du capitalisme » Publié dans le Nouvel Observateur (4/11/05) Interview de John Kenneth Galbraith par François Armanet.
ecocide.jpg-Le septième niveau concerne l’écocide que provoque notre système économique (Un écocide est un acte de destruction d’un écosystème, notamment par l’exploitation excessive de celui-ci).Certains parlent même d’écophagie. Je signale au passage que l’eau potable, élément essentiel de la vie commence à manquer.
Au final nos élites « s’efforcent de réduire notre malheur plutôt que de construire notre bonheur » pour reprendre la célèbre phrase de Bernard Weber et nous avons, nous intellectuels, un rôle majeur à jouer. La crise systémique actuelle est une opportunité unique pour changer de monde, mais il faut tout d’abord changer nous-mêmes et nous remettre en question.
« Le boulot des intellectuels du courant dominant, c’est de servir en quelque sorte de « clergé laïque », de s’assurer du maintien de la foi doctrinale. Si vous remontez à une époque où l’Église dominait, c’est ce que faisait le clergé : c’étaient eux qui guettaient et traquaient l’hérésie. Et lorsque les sociétés sont devenues plus laïques [...], les mêmes contrôles sont restés nécessaires : les institutions devaient continuer à se défendre, après tout, et si elles ne pouvaient pas le faire en brûlant les gens sur le bûcher [...], il leur fallait trouver d’autres moyens. Petit à petit, cette responsabilité a été transférée vers la classe intellectuelle - être les gardiens de la vérité politique sacrée, des hommes de main en quelque sorte. »
Comprendre le pouvoir, deuxième mouvement, Noam Chomsk éd. éditions Aden, 2006, p. 187.

Gilles Bonafi

15:14 Publié dans economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : monnaie, region, economie, crise

 
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