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16/03/2009

L’Affaire Pérol est loin d’être finie

François Pérol finira-t-il devant un juge ?

Mauvaise humeur des responsables de la Commission de déontologie, risques de poursuites judiciaires, combativité syndicale, le début de mandat de François Pérol à la tête de l'organisme fusionnant les Banques populaires et les Caisses d'épargne risque de ne pas s'avérer de tout repos.

perol penal.jpgCombien François Pérol a-t-il gagné sur l'opération Natixis ? 1,5, voire 2 millions d'euros comme l'affirme Mediapart ? En tout cas, le nouveau président du Conseil de surveillance va devoir faire face à un nouveau front. Sa nomination était déjà contestée, parce que la Commission de déontologie n'avait pas été consultée. Voici qu'il est soupçonné de ne pas avoir respecté la loi...

Jusqu'à maintenant, François Pérol était un haut fonctionnaire au parcours idéal. HEC, Sciences Po et l'ENA (promotion Jean Monnet, 1990) dont il sort major en 1990, comme inspecteur des finances. La voie royale. Suit une longue carrière à la direction du Trésor, puis dans les cabinets du ministère des Finances à partir de 2002.

myimg3.img.jpgL'homme a de l'humour -il imite les politiques à la perfection- et des amitiés à droite comme à gauche (Michel Charasse, Jean-Louis Bianco). En 2004, il devient directeur adjoint du cabinet de Nicolas Sarkozy, alors à Bercy. Il suit de nombreux dossiers, dont celui du rachat d'Ixis par la Caisse des dépots et consignations, prélude à la création de Natixis.

En 2006, François Pérol a quitté l'administration. Il est devenu associé-gérant de Rothschild & Cie, la banque d'affaire chargée de fusionner les deux banques d'investissement des groupes Caisse d'Epargne et Banque Populaire. Il est l'un des deux banquiers chargés de piloter le dossier Natixis. Pour ce travail donc, François Pérol aurait touché une commission oscillant entre 1,5 et 2 millions d'euros, soit 10 à 15% du total perçu par Rothschild & Cie. Or, pendant trois ans à compter de 2005, il n'avait pas le droit de travailler sur ce dossier. Comme l'a rappelé dans un entretien à La Croix Michel Bernard, ex-président de la Commission de déontologie :

« La loi interdit à un fonctionnaire de travailler dans une entreprise privée qu'il contrôlait ou surveillait dans le cadre de ses fonctions précédentes. La commission de déontologie est chargée d'apprécier la compatibilité de toute activité lucrative dans une entreprise avec les fonctions exercées au cours des trois années précédant le début de cette activité. »

Lorsqu'il a demandé sa mise en disponibilité pour rejoindre la banque Rothschild, ce point lui a évidemment été rappelé. Par écrit.

2009-02-26T185601Z_01_APAE51P1GLF00_RTROPTP_3_OFRBS-BANQUEPOP-RESULTATS-ECUREUIL-20090226.JPGLa chute de Natixis et le slalom de la nomination sarkozyenne

La suite est connue :  François Pérol retrouve la fonction publique en devenant en 2007 le monsieur économie de l'Elysée. Natixis ayant massivement investi dans les subprimes, notamment par la société américaine CIFG, la banque d'investissement perd plus de 90% de sa valeur boursière. Pour 2008, la perte est évaluée à deux milliards d'euros.

Arrive l'épisode qui nous occupe aujourd'hui. Là encore, Michel Bernard est formel, la loi interdit formellement le mélange des genres de ce pantouflage à double sens :

35268_une-montage-perol.jpg« La commission doit être obligatoirement saisie dans un certain nombre de cas. Dans celui de M. Pérol, qui serait nommé à la tête de la Caisse d'épargne-Banque populaire, la question est de savoir s'il a été chargé de surveiller ou de contrôler ces deux banques, ou leur filiale commune, Natixis. S'il apparaissait que oui, en principe, il ne pourrait pas aller travailler dans ces entreprises. »

Le risque pénal ? Il est évoqué en creux par les membres de la commission

Depuis le début de cette affaire, le chef de l'Etat s'appuie sur la nécessité. L'idée que la situation est si urgente, qu'une consultation de la commission de déontologie trop tardive ne permettait pas de faire face dans les délais impartis. Vendredi 13 mars, un décret signé Nicolas Sarkozy est publié au Journal officiel. Il valide la démission de François Pérol, qui n'appartient plus à la fonction publique depuis le 11 mars.

Seulement voilà :  la rôle de la commission de déontologie -qui ne peut plus se prononcer sur ce cas- est justement d'éviter la commission de délit type corruption ou prise illégale d'intérêt. L'article 432-13 du code pénal est limpide :

Article 431-13 : Est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 Euros d'amende le fait, par une personne ayant été chargée, en tant que fonctionnaire ou agent d'une administration publique, dans le cadre des fonctions qu'elle a effectivement exercées, soit d'assurer la surveillance ou le contrôle d'une entreprise privée, soit de conclure des contrats de toute nature avec une entreprise privée ou de formuler un avis sur de tels contrats, soit de proposer directement à l'autorité compétente des décisions relatives à des opérations réalisées par une entreprise privée ou de formuler un avis sur de telles décisions, de prendre ou de recevoir une participation par travail, conseil ou capitaux dans l'une de ces entreprises avant l'expiration d'un délai de trois ans suivant la cessation de ces fonctions.

35341_une-fouquet2.jpgLes membres de la Commission de déontologie sont furieux
L’Elysée est passé tout près d’un véritable split avec la commission de déontologie si l’on en croit son Président Olivier Fouquet. Furieux de l’instrumentalisation dont il a été victime lorsque le chef de l’Etat a déclaré qu’il avait «consulté la commission», le haut fonctionnaire a regretté publiquement sa correspondance avec l’Elysée et déclaré que les membres de la commission avaient failli démissionner. Par ailleurs, l'ex-président de la Commission de déontologie, François Bernard a déclaré, dans un entretien à La Croix, que si François Pérol avait contrôlé ou conseillé l'une des deux banques (ce qui est une évidence), il ne pouvait pas diriger le nouvel établissement né de leur fusion. D'ailleurs, les membres actuels de la Commission de déontologie font savoir dans le « milieu » qu’une éventuelle saisine de leur organisme sur le cas Pérol se traduirait par un avis négatif.

Lorsqu'Olivier Fouquet, l'actuel président de la commission de déontologie, est interrogé par Le Monde, il n'hésite pas à mettre en garde l'intéressé, au cas où il se passerait de l'avis des sages :

« C'est à ses risques et périls (...) C'est un délit pénal. »

Et de citer un « proche », qui évente un secret de polichinelle :

« Tous les membres du cabinet n'ont pas passé des mois à travailler sur un dossier comme l'a fait M. Pérol. Toutes les réunions sur cette fusion bancaire avaient lieu dans son bureau. »

 

27/02/2009

Corinne Lepage démonte Pérol

Corinne Lepage démonte Pérol

Pour Corinne Lepage, la nomination de François Pérol, secrétaire général adjoint de l'Elysée, à la tête de l’établissement bancaire résultant de la fusion des Banques Populaires et des Caisses d’épargne est une «affaire grave». Elle s'explique pour Marianne2.fr.



(photo : guillaumepaumier - Flickr - cc)
(photo : guillaumepaumier - Flickr - cc)
La nomination de M. Pérol à la tête de l’établissement bancaire résultant de la fusion des Banques Populaires et des Caisses d’épargne est une affaire grave à double titre.

Quand la parole publique est défaillante...
D’une part, manifestement, et contrairement à ce qui est affirmé, M. Pérol est justiciable de la commission de déontologie. Du reste, le Président de la République a commencé par affirmer que celle-ci n’avait pas formulé d’opposition (ce qui ne signifie du reste pas qu’elle ait donné un avis positif) avant de faire reconnaître par M. Guéant que non seulement elle n’avait pas donné d’avis, mais encore que le Président de cette commission , seul consulté semble-t-il à cette heure, ne serait prononcé que sur le caractère obligatoire ou non de la saisine. Il aurait indiqué que le cas de M. Pérol ne relevait pas d’une saisine obligatoire, ce qui, bien évidemment, ne constitue en rien un avis sur la légalité de cette nomination. Ainsi, les propos du Président sont doublement inexacts, ce qui est grave en soi. Rappelons, en effet, que dans une démocratie, la parole publique est fondamentale.

Mais, revenons au texte. Il serait très instructif que soit rendu public le courrier de M. Fouquet, Président de la Commission de déontologie  pour essayer de justifier que le cas de M. Pérol ne relève pas d’une saisine obligatoire. En effet, la loi du 29 janvier 1993 modifiée par la loi du d 2 février 2007 dispose dans son article 87 :

I. - Une commission de déontologie placée auprès du Premier ministre est chargée d'apprécier la compatibilité de toute activité lucrative, salariée ou non, dans une entreprise ou un organisme privé ou toute activité libérale, avec les fonctions effectivement exercées au cours des trois années précédant le début de cette activité par tout agent cessant ses fonctions. Ces dispositions sont applicables :

1° Aux fonctionnaires placés ou devant être placés en cessation définitive de fonctions, disponibilité, détachement, hors-cadre, mise à disposition ou exclusion temporaire de fonctions ;

2° Aux agents non titulaires de droit public employés par l'Etat, une collectivité territoriale ou un établissement public ;

3° Aux membres d'un cabinet ministériel ;

4° Aux collaborateurs de cabinet des autorités territoriales

5° Aux agents contractuels de droit public ou de droit privé des établissements mentionnés aux articles L. 1142-22, L. 1222-1, L. 1323-1, L. 1336-1, L. 1413-2, L. 1418-1 et L. 5311-1 du code de la santé publique ;

6° Aux agents contractuels de droit public ou de droit privé d'une autorité administrative indépendante.

Ces dispositions ne s'appliquent aux agents non titulaires de droit public mentionnés aux 2° et 6° que s'ils sont employés de manière continue depuis plus d'un an par la même autorité ou collectivité publique...

II. - La saisine de la commission est obligatoire au titre du I pour les agents chargés soit d'assurer la surveillance ou le contrôle d'une entreprise privée, soit de conclure des contrats de toute nature avec une entreprise privée ou de formuler un avis sur de tels contrats, soit de proposer des décisions relatives à des opérations effectuées par une entreprise privée ou de formuler un avis sur de telles décisions.
Pour l'application du premier alinéa du présent II, est assimilée à une entreprise privée toute entreprise publique exerçant son activité dans un secteur concurrentiel et conformément aux règles du droit privé.
La commission peut être saisie, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État, par tout agent entrant dans le champ du I ou par l'administration dont relève cet agent.

Dans tous les cas, la commission est saisie préalablement à l'exercice de l'activité envisagée.

III. - La commission peut être saisie pour rendre un avis sur la compatibilité avec les fonctions précédentes de l'agent, de toute activité lucrative, salariée ou non, dans un organisme ou une entreprise privé ou dans une entreprise publique exerçant son activité conformément aux règles du droit privé dans un secteur concurrentiel ou d'une activité libérale que souhaite exercer l'agent pendant un délai de trois ans suivant la cessation de ses fonctions. La commission examine si cette activité porte atteinte à la dignité des fonctions précédemment exercées ou risque de compromettre ou de mettre en cause le fonctionnement normal, l'indépendance ou la neutralité du service. Au cas où la commission a été consultée et n'a pas émis d'avis défavorable, l'agent public ne peut plus faire l'objet de poursuites disciplinaires et le IV ne lui est pas applicable.


article_photo_1235488079021-1-0.jpgLe Décret n°2007-611 du 26 avril 2007 relatif à l'exercice d'activités privées par des fonctionnaires ou agents non titulaires ayant cessé temporairement ou définitivement leurs fonctions et à la commission de déontologie précise dans son article 1 :

I. - Il est interdit aux agents mentionnés au I de l'article 87 de la loi du 29 janvier 1993 susvisée qui cessent temporairement ou définitivement leurs fonctions :

A. - De travailler, de prendre ou de recevoir une participation par conseil ou capitaux dans une entreprise privée, lorsque l'intéressé a été chargé, au cours des trois dernières années qui précèdent le début de cette activité, dans le cadre des fonctions qu'il a effectivement exercées :
1° D'assurer la surveillance ou le contrôle de cette entreprise ;
2° De conclure des contrats de toute nature avec cette entreprise ou de formuler un avis sur de tels contrats ;
3° De proposer directement à l'autorité compétente des décisions relatives à des opérations réalisées par cette entreprise ou de formuler un avis sur de telles décisions.
Les interdictions mentionnées ci-dessus s'appliquent également aux activités exercées dans une entreprise :
a) Qui détient au moins 30 % du capital de l'entreprise susmentionnée, ou dont le capital est, à hauteur de 30 % au moins, détenu soit par l'entreprise susmentionnée, soit par une entreprise détenant aussi 30 % au moins du capital de l'entreprise susmentionnée ;
b) Ou qui a conclu avec l'entreprise susmentionnée un contrat comportant une exclusivité de droit ou de fait.
Ne sont toutefois pas interdites la seule participation au capital de sociétés cotées en bourse ou la participation intervenant par dévolution successorale.

B. - D'exercer une activité lucrative, salariée ou non, dans un organisme ou une entreprise privé et toute activité libérale si, par sa nature ou ses conditions d'exercice et eu égard aux fonctions précédemment exercées par l'intéressé, cette activité porte atteinte à la dignité desdites fonctions ou risque de compromettre ou mettre en cause le fonctionnement normal, l'indépendance ou la neutralité du service.

II. - Les interdictions prévues au I ci-dessus s'appliquent pour une durée de trois ans à compter de la cessation des fonctions justifiant l'interdiction.

III. - Au sens du présent article, est assimilée à une entreprise privée toute entreprise publique exerçant son activité dans un secteur concurrentiel et conformément au droit privé.


En l’espèce, il apparait évident que M. Pérol a , a minima, proposé des décisions relatives aux opérations effectuées par la future entité qu’il va présider et a fortiori a formulé un avis. Comment dés lors, considérer que la saisine n’est pas obligatoire ? et a fortiori considérer qu’il n’entre pas dans les cas énumérés par la loi de saisine obligatoire ?

35052_une-sarkozy-perol.jpgIncohérence et divergence des discours
La lettre du président Fouquet est très éloignée des versions successives qui ont été présentées par l’Elysée. Tout d’abord, il a été indiqué que la Commission de déontologie avait été saisie. C’est inexact.
Ensuite, il a été indiqué que la Commission avait donné un avis par l’intermédiaire de son Président ; Ce n’est que partiellement exact puisque le Président prend soin d’indiquer qu’il ne peut que donner un avis personnel qui n’engage pas la Commission. Puis, M. Guéant a indiqué qu’en toute hypothèse , le cas de M. Pérol n’entrait pas dans la saisine obligatoire de la Commission. A aucun moment, dans son courrier, le Président Fouquet ne s’exprime sur ce point, mais au contraire évoque la question de fond ; Dès lors, la saisine de la Commission étant préalable, M. Pérol ne peut à ce jour accéder à ses nouvelles fonctions.

« La jurisprudence citée n'est pas concluante  »
Sur le fond, l’avis du président Fouquet doit être lu entre les lignes et ne contredit en rien l’analyse juridique qui précède. Tout d’abord, il vise l’avis du secrétaire général qui estime que les fonctions de M. Pérol à l’Elysée n’entrent pas dans les cas visés par la loi. Ainsi, il se réfère à une interprétation que Le secrétaire général de l’Elysée n’a aucune compétence pour formuler et qui n’engage que lui. Or, la situation de fait est importante pour juger de la  situation de droit ; l’avis est donc émis comme si M. Pérol était totalement étranger à l’opération concernant la naissance du nouvel établissement. De plus, il n’analyse la situation que sur le plan pénal en se référant à l’interprétation nécessairement stricte de la loi pénale. Mais, les pouvoirs de la commission ne sont pas de nature pénale ; ils sont beaucoup plus large et visent l’aspect strictement déontologique. Enfin, la jurisprudence citée n’est pas concluante pour deux raisons ; celle qui est antérieure à 2007 est inopérante car la loi a changé en 2007. quant aux autres exemples, ils ne visent pas des personnes entrant dans un établissement sur lequel ils avaient spécifiquement travaillé ; en toute hypothèse, l’arrêt Bauffret du Conseil d’Etat montre un rigueur beaucoup plus grande du Conseil d’Etat sur le pantouflage.

Ainsi, on voit mal, comment, même si elle n’était pas saisie à titre obligatoire, la commission pourrait rendre un avis favorable. Elle doit être saisie et M. Pérol ne devrait pas prendre de fonctions tant que l’avis n’est pas émis.

photo_1235581092800-1-0.jpgDes dysfonctionnements mis en évidence
Dès lors, dans cette affaire, et indépendamment même des questions déontologiques d’une autre nature liées au fait que par le passé, M. Pérol avait conseillé une des deux parties sur un montage qui est aujourd’hui contesté, si les règles de droit étaient appliquées, M. Pérol ne pourrait être nommé. Cette affaire révèle, au-delà du cas particulier qui ne met évidemment pas en cause les compétences professionnelles de M. Pérol, le dysfonctionnement des instances politiques et juridiques françaises. Comment se fait-il que le Président de la République, garant au terme de la Constitution, du fonctionnement des pouvoirs publics et  du respect de l’état de droit, intervient précisément en violation de la loi. Comment se fait-il que nous ne disposions d’aucun organe qui puisse imposer le respect de la loi, alors même que l’article 432-13 du code pénal a été évoqué par certains ? Comment se fait-il qu’il n’y ait en France aucun pouvoir judiciaire à même de trancher la difficulté juridique à supposer qu’il y ait un débat juridique ?

On le voit. Cette affaire, indépendamment des questions liées au poids du Président dans les nominations pose crûment  la question du fonctionnement de notre état de droit et de la qualification de démocratique de notre système.


Jeudi 26 Février 2009 - 17:04
Corinne Lepage

25/02/2009

Pérol: conflit d'intérêt ou problème de compétence?

Pérol: conflit d'intérêt ou problème de compétence?

La probable nomination du secrétaire général adjoint de l'Élysée à la tête de la future deuxième banque française, née de la fusion entre la Banque populaire et la Caisse d'épargne, suscite nombre de réserves. Certaines sont critiquables, d'autres recevables. Mais personne n'ose remettre en cause la compétence du bonhomme.



(photo : Môsieur J. - Flickr - cc)
(photo : Môsieur J. - Flickr - cc)
François Pérol à la tête de la deuxième banque française qui naitra de la fusion Caisses d’épargne-Banques Populaires. L’annonce n’a pas manqué de faire grimper au rideau un certain nombre de politiques et de commentateurs, comme au PS. Mais les arguments avancés sont différents, voire contradictoires selon les cas.

Première critique, la nomination de Pérol serait anti-déontologique, voire illégale, comme déclaré, par exemple François Bayrou. Sur le plan du droit, il convient apparemment de distinguer deux problèmes bien distincts. François Bayrou a cité sur Europe n°1 article 432-13, « qui interdit qu'une personne qui a exercé une autorité publique, qui a exercé une surveillance ou à donner un avis sur les opérations d'une entreprise privée puisse dans les trois ans occuper un poste de travail ou quelque autre responsabilité à l'intérieur de cette entreprise privée. » Apparemment,  le député Jean-Louis Bianco, proche de Ségolène Royal est moins gêné par cette nomination : «Qu'un politique soit à la tête d'une banque dès lors qu'il est compétent, entouré de gens compétents, ça me paraît même une bonne chose».

En réalité, rappellent les proches du dossier, l’Etat intervient de fait et non de droit dans le dossier ; Autrement dit, les instances dirigeantes en mesure de décider de la fusion entre les deux banques, à savoir le Conseil d’administration de la Banque populaire et le directoire des Caisses d'épargne sont indépendants de l’Etat.

Oui mais dans les faits, les Banques Populaires ont besoin d’une intervention massive de l’Etat, et c’est cette intervention qui motive la désignation d’une personnalité qualifiée pour le représenter

La nomination de François Pérol pose un autre problème déontologique : il a été, lorsqu’il travaillait à la banque Rotschild, le conseiller des Banques populaires. C’est lui qui est notamment intervenu pour agréger Natexis  à Ixis, la banque d’investissement de la Caisse des dépots et consignation, pour créer Natixis sous l’égide commune des caisses d’épargne et des Banques populaires. Or c’est justement cette agrégation qui a plombée la situation financière des deux établissements.

Les dirigeants des Caisses d’épargne considèrent ainsi que sur ce dossier, François Pérol n’est pas légitime pour diriger le nouvel ensemble puisqu’il a été très proche, des années durant de l’une des deux parties. Les syndicats de la Caisse d’épargne seraient ainsi en train de se saisir de ce dossier. Or, on se souvient qu’ils avaient obtenu gain de cause auprès du Conseil d’Etat en 2003, à propos de la nomination, en 1999, de Bruno Mettling au directoire des Caisses d’épargne, après que ce dernier ait été membre du cabinet de Dominique Strauss-Kahn de 1997 à 1999.

Deuxième problème qui revient dans les critiques, la « poutinisation » rampante, comme le dénonce Jean-François Kahn, de la gouvernance de Nicolas Sarkozy. Ce dernier est fort proche de plusieurs dirigeants industriel de Martin Bouygues à Patrick Kron (Alstom) en passant par Vincent Bolloré, Bernard Arnault, Serge Dassault. Il est tout aussi amical avec nombre de grands patrons des médias (qui sont souvent les mêmes, singularité française). Et voici maintenant que la nomination de François Pérol va en faire de cet ami proche du Président le patron de la deuxième banque française ! Ce n’est donc pas tant le fait que l’Etat monte au capital d’une banque qu’il sauve de la banqueroute, ni qu’il en désigne le futur patron qui pose problème, mais bien la personnalité et le parcours de celui qui est nommé.

D’autant que, et il s’agit là d’une critique que l’on ne trouvera guère dans les médias et dans les partis d’opposition, si François Pérol n’a pas la réputation d’être un tueur, sa compétence elle-même pose problème. En conseillant aux Banques populaires d’intégrer Natexis, François Pérol a largement contribué à nourrir cet établissement en créances pourries. Or, dès le moment de cette opération, en 2006, il devenait patent pour nombre d’observateurs du marché, que la crise des subprime était lourde de difficulté à venir.

Ce qui rejoint une question plus générale sur le niveau de conscience de nos élites face à la crise. La nomination de François Pérol à la tête de la future banque née de la fusion Banques populaires-Caisses d’épargne, comme celle de Jean-Pierre Jouyet à la tête de l’Autorité des marchés financiers, on se demande si le pouvoir politique n’est pas en train de nommer des pyromanes à la tête des brigades de pompiers chargés d’éteindre l’incendie de la crise. Il est vrai, et c’est à la décharge de l’Elysée, qu’il n’existe pas beaucoup de candidats compétents. Nicolas Sarkzoy ne va quand même pas demander à son – autre – ami Stéphane Richard de se dévouer alors qu’il s’échine déjà à empêcher tous les jours la noyade de Christine Lagarde à Bercy…


Mardi 24 Février 2009 - 12:18
Philippe Cohen
 
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