Avertir le modérateur

08/04/2009

les paradis sociaux ignorés par le G20

Exclusif : les paradis sociaux ignorés par le G20

Alors que le G20 s'est vanté de démanteler les paradis fiscaux, les paradis sociaux, où les coûts de main d'œuvre minimes facilitent les transferts d'usine, subsistent à travers le monde : Indonésie, Sri Lanka, Mexique... Certains ont même intégré l'Union européenne en toute impunité !



Usine chinoise (photo : Ed-meister - flickr - cc / http://www.flickr.com/photos/edwinylee )
Usine chinoise (photo : Ed-meister - flickr - cc / http://www.flickr.com/photos/edwinylee )

Îles asiatiques paradisiaques, petits Etats d'Amérique centrale et même Etats membres de l'Union européenne : les «paradis sociaux» sont légions ! Alors que le G20 a établit une liste noire et deux listes grises des Etats aux fiscalités minimales sur le capital et à l'opacité bancaire suspecte, Marianne2 vous révèle un premier brouillon de liste des paradis sociaux.

Dans ces pays où le coût de main d'œuvre défit toute concurrence, des milliers d'entreprises, y compris des multinationales françaises du Cac 40, viennent implanter leurs usines et produire en toute impunité au mépris du niveau de vie local et au détriment des pays plus regardant sur les droits sociaux.

Les Etats le savent et ne font rien !
Un petit tour par les sites des agences gouvernementales le prouve : les grands Etats ont tous connaissance de l'existence de ces lieux. Le ministère du Travail américain établit régulièrement une comparaison des coûts de main d'œuvre dans 31 pays, le Bureau international du travail dispose de statistiques précises sur plus d'une centaine d'Etat, Eurostat établit des comparaisons entre les salaires horaires des 27 Etats membres... Bref : l'absence de prise de position sur ce sujet est bien volontaire.


2€ de l'heure en Bulgarie, 0,61$ au Sril Lanka
Portant sur le coût horaire du travail (hourly compensation cost), l'étude du ministère du Travail américain pointe clairement du doigt l'Asie du Sud-Est : alors que le coût horaire moyen d'un ouvrier américain est évalué à 24,59$, son collègue philippin émarge à 1,10$ et leur alter égo sri-lankais à 0,61$. Des prix au regard desquels le très abordable Mexicain (dont l'heure coûterait 2,92$) passe pour un ignoble nanti !


Extrait du rapport du Departement of Labour américain sur la compensation horaire annuelle dans le monde.
Extrait du rapport du Departement of Labour américain sur la compensation horaire annuelle dans le monde.
Mais même pas besoin d'aller en Asie pour faire tourner son usine à bas prix : Eurostat établit ainsi que, s'il vaut mieux placer ses économies que ses chaînes de montage au Luxembourg, où le coût horaire de main d'œuvre est évalué à 33,30€ en 2006, la Bulgarie s'avère, à 1,96€ de l'heure, un paradis social comparable aux plus déshérités des Etats centre-américains, à moins de trois heures d'avion de Paris !

Devises, échelles et autres éléments d'opacité
Mais la situation est bien trop profitable pour les grandes entreprises qui, chaque année, confortent leurs marges en allant dissimuler leurs usines dans les paradis sociaux... Elément d'opacité, les statistiques livrées à l'Observatoire international du travail sont souvent lacunaires, en devises locales et selon des échelles de temps irrégulières : comment comparer une journée indienne à 134,44 rupee avec une année de salaire jordanien à 2309 dinar locaux ? Sans compter le  temps de travail de chaque pays, limité ou non, l'âge des travailleurs, les éventuels taxes sur le travail qui rendent plus illisibles encore la carte des flux d'emploi.

Le blanchiment du travail continue et, avec lui, la fuite des emplois vers ces paradis sociaux où des produits manufacturés sont élaborés à vils prix, maintenant ceux qui les assemblent dans une semi misère.


Liste noire des paradis sociaux (moins de deux dollars de l'heure)
  • Bulgarie
  • Chine
  • Costa Rica
  • Inde
  • Indonésie
  • Malaisie
  • Myanmar
  • Philippines
  • Salvador
  • Sri Lanka
  • Vietnam
  • Thaïlande


Liste grise des paradis sociaux (moins de dix dollars par heure) :
  • Brésil
  • Estonie
  • Hong Kong
  • Lituanie
  • Lettonie
  • Portugal
  • Pologne
  • Roumanie
  • Slovaquie



Bien plus que les paradis fiscaux, les paradis sociaux sont à la base du système néolibéral qui vient de faire faillite sous nos yeux. Par un enchaînement diabolique que l'on peut aujourd'hui reconstituer : à force de tirer le marché du travail vers le bas en mettant en concurrence les mains d'oeuvre du monde entier, le système a fini par engendrer la plus grave crise de la demande depuis la deuxième guerre mondiale. Mais comme il fallait bien que les entreprises continuent à vendre, on a développé une offre de crédit inédite pour acheter sa maison, sa voiture ou simplement pour consommer ou survivre. D'où les subprime, puis les faillites bancaires.
Malheureusement, les dirigeants du G20, les socialistes du FMI, de l'OMC et de la Banque mondiale, les experts qui les inspirent et les managers qu'ils persistent à aduler demeurent pour le moment persuadés que le même libre-échange intégral qui a provoqué la crise nous permetrta d'en sortir.

 

Sylvain Lapoix

12/03/2009

CAC40 dans les paradis fiscaux

Le CAC 40 est au paradis... fiscal!

Des Bermudes à la Suisse en passant par Panama, toutes les grandes entreprises françaises possèdent des filiales dans des paradis fiscaux. C'est ce que révèle une enquête du magazine Alternatives Économiques sur la présence du CAC 40 dans les centres financiers «offshore».



La Place de la Bourse à Paris (photo : Panoramas - Flickr - cc)
La Place de la Bourse à Paris (photo : Panoramas - Flickr - cc)

Alors que les paradis fiscaux sont de plus en plus montrés du doigt et constituent un sujet clé des discussions du G20 sur la régulation du capitalisme, l'enquête menée par Alternatives Economiques montre que toutes les entreprises françaises du CAC 40 sont fortement présentes dans les pays offrant des services financiers de type « paradis fiscaux ». Avec pratiquement 1 500 filiales offshore, réparties sur près d'une trentaine de territoires, des Bermudes à la Suisse en passant par Malte et Panama et... le Royaume-Uni.

Enquête exclusive : la présence des entreprises du CAC40 dans les paradis fiscaux

Des Bermudes à la Suisse en passant par Panama, toutes les grandes entreprises françaises possèdent des filiales dans les paradis fiscaux. C'est ce que révèle notre enquête sur la présence des entreprises du CAC40 dans les centres financiers « offshore ».

Voir le tableau complet : les sociétés du CAC40 implantées dans les paradis fiscaux.

Retrouvez notre enquête complète, avec l'analyse détaillée de la présence des banques françaises et anglo-saxonnes dans les paradis fiscaux, dans le prochain numéro d'Alternatives Economiques (en kiosque début avril).

A lire aussi : le dossier documentaire sur le paradis fiscaux.

Alors que les paradis fiscaux sont de plus en plus montrés du doigt et constituent un sujet clé des discussions du G20 sur la régulation du capitalisme, l'enquête menée par Alternatives Economiques montre que toutes les entreprises françaises du CAC 40 sont fortement présentes dans les pays offrant des services financiers de type « paradis fiscaux » [1] . Avec pratiquement 1 500 filiales offshore, réparties sur près d'une trentaine de territoires, des Bermudes à la Suisse en passant par Malte et Panama et... le Royaume-Uni.

Le secteur financier se révèle être le plus engagé dans les paradis fiscaux. BNP Paribas, le Crédit agricole et la Société générale disposent de 361 entités offshore. Si l'on y ajoute les Banques populaires, Dexia et la Banque postale (présente au Luxembourg), on atteint un total de 467 entreprises. Ce qui représente, en moyenne, 16 % des entreprises de ces six groupes. Les banques françaises s'installent dans les centres financiers offshore pour faire fructifier discrètement et au moindre coût fiscal le patrimoine des personnes aisées, gérer les salaires des cadres à haut revenu en dehors du regard du fisc, accompagner les stratégies internationales des multinationales qui pratiquent « l'optimisation fiscale ».

Mais notre enquête montre aussi que toutes les banques françaises ne font pas appel aux paradis fiscaux avec la même ampleur. BNP Paribas est, de loin, le plus mauvais élève du secteur et du CAC 40. Pourquoi cette banque a-t-elle besoin d'une présence plus de trois fois plus importante que la Société générale dans ces territoires douteux ? En dépit de contacts téléphoniques répétés, il ne nous a pas été possible d'obtenir de justifications. Une banque du secteur mutualiste comme les Banques populaires ne se distingue pas des autres : elle est même présente dans les îles Caïmans, à Malte et à Panama, dont la réputation est plus que sulfureuse.

BANQUES : UN APPETIT VARIE POUR LES PARADIS FISCAUX

Source : Alternatives Economiques, documents de référence des entreprises concernées 2007 ou 2008

Au-delà du secteur bancaire, notre enquête révèle que toutes les multinationales françaises sont implantées dans les paradis fiscaux. Les plus mauvais élèves étant (en valeur absolu comme en pourcentage) LVMH, Schneider, PPR, France Télécom, Danone, Pernod et Capgémini. Les entreprises françaises suivent la voie de leurs concurrentes : à partir des données de la Cnuced, on peut montrer qu'un tiers du stock d'investissements à l'étranger des multinationales se situe dans les paradis fiscaux.

Les principaux paradis fiscaux

Sept territoires offshore concentrent à eux seuls 90 % de la présence française : le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suisse, le Luxembourg, Singapour, l'Irlande et Hongkong. La City de Londres confirme sa première place en la matière. Certes, toutes les entreprises françaises, y compris les banques, qui sont présentes à Londres ne le sont pas uniquement pour bénéficier des activités parasites de la finance britannique. Mais le fait d'avoir 13 filiales pour EADS, 21 pour Peugeot (8 seulement pour Renault) ou encore 43 pour Schneider ne s'explique pas uniquement par la nécessité d'être présent sur le marché britannique. Créer une société écran à la City coûte aujourd'hui environ 250 euros. C'est aussi ce genre de services que viennent y chercher les multinationales de tous les pays pour y minimiser leurs impôts, gérer une partie des revenus de leurs dirigeants, etc.

 

LES ENTREPRISES FRANÇAISES DANS LES PARADIS FISCAUX

Nombre de filiales dans les paradis fiscaux

En % du nombre total de sociétés dans le groupe

BNP Paribas

189

23

LVMH

140

24

Schneider

131

22

Crédit agricole

115

19

PPR

97

17

Banque populaire

90

9

France Telecom

63

24

Société générale

57

17

Lagardère

55

11

Danone

47

23

EADS

46

19

Peugeot

39

11

Carrefour

32

6

Pernod

32

24

Capgemini

31

24

Unibail

31

20

Axa

28

22

Michelin

27

18

Air liquide

22

8

Essilor

22

10

L'Oréal

22

9

Bouygues

18

18

Sanofi Aventis

18

14

Renault

16

11

Dexia

15

33

Accor

11

11

Lafarge

11

12

Saint-Gobain

11

14

GDF Suez

9

13

EDF

8

12

Veolia

8

7

Alstom

6

15

Alcaltel Lucent

5

14

Vallourec

5

8

Suez environnement

4

10

Vivendi

4

11

Auchan

3

5

Arcelor Mittal

1

13

Banque postale

1

6

Total

1 470

16

Source : Alternatives Economiques, à partir des documents de référence 2007 ou 2008

Pour aller plus loin : le dossier documentaire sur le paradis fiscaux.

Christian Chavagneux et Marie-Salomé Rinuy

 


11 Mars 2009

Notes

(1)
Périmètre de l'étude : les entreprises du CAC 40 moins Air France-KLM, STMicroelectronics, Total et Vinci, pour lesquelles les informations ne sont pas disponibles. Inclus Auchan, Banques populaires (avant la fusion avec les Caisses d'épargne pour lesquelles les données ne sont pas disponibles) et la Banque postale. Les données BNP Paribas n'intègrent pas la banque Fortis.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu