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20/02/2009

Masterisation et dependances

Master ou fabrique de bouche-trous ?

Jean-Paul Brighelli, Professeur agrégé de Lettres et auteur de «La Fabrique des crétins», revient sur la réforme des concours d'enseignement dont le recrutement serait envisagé à partir du niveau master. Si l'annonce était maladroite, l'idée est-elle si mauvaise? Apparemment oui.

891820-1053517.jpgDans cette histoire de mastérisation, quelque chose m’échappe. Et, visiblement, échappe aussi au ministère, tout étonné de la résistance à son décret, et au refus de la quasi-totalité des universités de faire remonter, avant la date butoir du 15 février, les maquettes requises de ces « master pro ». Tout confus aussi d’avoir ainsi fourni aux enseignants et aux étudiants un excellent prétexte à l’unanimité dans la protestation.

Tout cela au moment où Valérie Pécresse, avec une absence sidérante de psychologie, sort de sa poche un décret sur les enseignants-chercheurs qui ne pouvait manquer d’attiser le mécontentement latent — qui monte, qui monte… La mastérisation potentialise un mouvement qu’on aurait pu, avec un peu de mauvaise foi, faire passer pour une protestation corporatiste. Et voici, grâce à la mastérisation, les enseignants promus défenseurs des étudiants, qui vont faire chorus. Carton plein.

Une conseillère à la Cour des Comptes, Claire Bazy-Malaurie, est aujourd’hui chargée d’aménager ledit décret. Les syndicats, qui sentent le bon bout et l’odeur de la poudre, refusent de la rencontrer — « pourquoi une médiatrice, et pourquoi pas la ministre elle-même ? » disent-ils au soir d’une manifestation réussie. La situation se bloque. Les députés ovationnent Pécresse. Ça va finir par se jouer dans la rue.

Foutoir et foutaises. "C'est déjà l'odeur de 68 que l'on renifle dans les universités", disait hier Axel Kahn. "Ça démarre doucement, puis ça monte…"

 

Suggérer que les concours de recrutement se passent désormais au niveau Master, pourquoi pas ? La valeur marchande de la Licence, qui était jusque là le diplôme requis, a tellement baissé, ces dernières années, du fait de cette « inflation scolaire » dont parle si bien Marie Duru-Bellat (1), qu’il est nécessaire à la fois d’entériner cette dévaluation et de revaloriser le cursus. Lorsqu’un conseiller du ministre, tongue in cheek comme on dit outre-Manche, a déclaré en juin dernier aux membres (inquiets) du jury du CAPES d’Histoire-Géographie que les candidats avaient déjà été testés sur leurs aptitudes disciplinaires, puisqu’ils avaient une Licence, c’était de l’humour à froid. Il sait bien, comme nous tous, que nombre de Licenciés ne le sont que parce que les facs veulent garder quelques étudiants en quatrième année — et les subventions qui vont avec. Déjà qu’ils en perdent 50% dès la fin de la première année, grâce au décalage violent entre le niveau requis et celui des néo-titulaires d’un Bac qui ne vaut plus tripette…

La préparation, en quatrième année, d’épreuves sérieuses était tout de même une (petite) garantie que les postulants aux concours de recrutement maîtriseraient au moins une partie de ce qu’il est nécessaire de connaître pour être prof — nous savons tous que Pédagogie sans Savoir, c’est lettre morte et emplâtre sur jambe coupée.

 

Mais voilà : les « Master pro » sont, d’un côté, la roue de secours des pédagos, un instant malmenés par l’intégration / dissolution des IUFM dans les universités, et, d’un autre côté, généreront des « reçus-collés », comme l’analysait dès le mois d’octobre notre ami Pedro Cordoba, qui fourniront aux Recteurs, toujours en quête de bouche-trous, un volant d’auxiliaires taillables et corvéables à merci.

Tout cela n’est pas bien sérieux. Que vont devenir les étudiants qui n’entreront pas dans ces Masters ? Qu’apprendront-ils, si ces Masters sont principalement dirigés, comme il en a été tout de suite question, par des spécialistes des pseudo-sciences de l’Education ?

 

pecresse-2.jpgIl est de toute urgence de décréter, comme le Ministère en avait d’abord eu l’intention (faut-il que le lobby pédago soit puissant, rue de Grenelle !) que tout master permettra l’inscription aux concours — comme aujourd’hui toute Licence. Cela permettra de conserver les filières actuelles, sans avoir besoin de construire un nouveau tuyau dans l’usine à gaz. De conserver aux enseignants des disciplines la maîtrise de leur discipline. Et d’autoriser les étudiants à se consacrer à la spécialité pour laquelle ils sont entrés en fac, souvent sans trop savoir où elle les mènerait, et qui se tournent vers les métiers de l’enseignement après avoir découvert ce qu’il en était vraiment des Lettres ou des Mathématiques — ce n’est pas en collège ou en lycée qu’ils pouvaient en avoir une idée !

Il ne restera plus qu'à redéfinir les stages des futurs enseignants. Je suggère très fort au ministre, comme je l'ai déjà fait dans Fin de récré, 'en revenir au système qui l'a fait lui-même prof : la résurrection des défunts CPR, sacrifiés sur l'autel des sciences de l'Education. C'est dans une combinaison d'artisanat et de compagnonnage qu'on peut au mieux apprendre les rudiments d'un métier difficile, qu'on ne maîtrise jamais à fond  et certainement pas en suivant, hors les murs des lycées ou des collèges, les cours de gens qui se sont spécialisés en Pédagogie de façon à ne plus être devant de vrais élèves.

Quant à la situation des enseignants-chercheurs… Un décret général jette les bébés (les vrais chercheurs) avec l’eau sale. Et bousille la Recherche, aujourd’hui en danger, sans pour autant relancer l’acquisition des savoirs fondamentaux. Peut-être faut-il laisser jouer à plein les possibilités d’autonomie de la loi LRU : quand chaque fac aura défini son rapport recherche / enseignement, il se dégagera forcément, à terme, une capacité différentielle des universités que les futurs étudiants apprécieront avant de s’y inscrire, et en toute connaissance de cause.

 

Jean-Paul Brighelli

13/02/2009

Chercheurs: face au mépris, la colère

Chercheurs: face au mépris, la colère

Mardi 10 février, piqués au vif par l'attitude de Sarkozy, qu'ils tiennent pour du mépris — ou, au mieux, de la provocation, les chercheurs étaient dans la rue.



(photo : marc_monticelli - Flickr - cc)
(photo : marc_monticelli - Flickr - cc)
Pendant que Valérie Pécresse leur criait son amour devant l’Assemblée nationale, les universitaires soutenus par les étudiants défilaient en direction de la place Bourbon. C’est que nos cerveaux qui ont pourtant un cœur  rejettent en bloc «les preuves d’amour» que la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche entend «leur apporter tous les jours». Les scientifiques ont le sens de la mesure et celle que leur prépare la fille du professeur Dominique Roux en les cajolant les hérisse. Le décalage entre son discours et les actes les a fait descendre en masse dans la rue en ce glacial mardi 10 février. 

« Elle va trop loin, c’est du mépris», note froidement dans le cortège une professeure d’économie de Paris XII Val-de-Marne. « Je pense que les gens au pouvoir n’ont pas le sens du débat et des autres, je n’ai jamais vu ça ! », s’indigne une dame à cheveux gris du CNRS qui avant de prendre sa retraite a tenu à manifester une dernière fois son désaccord. « Le problème, c’est cette accumulation de changements autoritaires décidés depuis un an par les conseillers du Président de la République sans tenir compte des remarques qui sont faites tant par les instances- pourtant en grande partie nommées par le gouvernement lui-même- que par des collectifs représentatifs », rationalise une sommité de l’Institut des hautes études scientifiques. Le ténor de l’école mathématique française, l’une sinon la meilleure du monde, souligne que l’ensemble du Conseil scientifique du CNRS—  dont la moitié des membres sont pourtant désignés d’en haut— s’est « associée à la forte émotion des personnels de la recherche provoquée par le discours du Président de la République du 22 janvier 2009». Les sages ont dénoncé à l’unanimité « l’énoncé de contrevérités manifestes appuyées sur des éléments partiels et des erreurs concernant la recherche, et notamment en ce qui concerne son mode d’évaluation». Ce discours présidentiel leur «  semble procéder de la provocation ».

Des chercheurs vexés
En tout cas, il est gravé dans les têtes et parfois détourné sur les tee-shirts des manifestants qui arpentent le pavé sous la pluie gelée. Une jeune femme porte sur son dos l’inscription : « Enseignante feignante, chercheuse médiocre, historienne inutile, universitaire non rentable et… en plus en grève ». Une autre arbore un écriteau « je ne suis pas un ours, je ne grogne pas».  Une troisième « le temps est pourri, le gouvernement aussi». Il faut être fou pour croire qu’un chercheur -enseignant qui gagne 1800 euros par mois avec un Bac+8, va accepter en prime de perdre sa liberté. « Sarkozy en thérapie», s’époumonent les membres d’une UFR de psychologie. Alors que le décret Pécresse octroie aux Présidents d’Université des pouvoirs démesurés, neuf  d’entre eux ont lancé le 9 février «l’appel de la  Sorbonne» pour exiger le retrait de tous les projets de réformes controversées. Pour le monde universitaire, les enjeux sont énormes. Sous la bannière Paris VII, les têtes des filières scientifiques s’échauffent en marchant. Morceaux choisis :

Un physicien nucléaire :« Nous ne voulons pas que les mauvais chercheurs fassent uniquement de l’enseignement parce que par principe à l’Université ce sont les meilleurs chercheurs qui aiment  enseigner ».

Un biophysicien : « La modulation, nous la pratiquons déjà entre collègues, mais nous ne voulons pas qu’elle devienne une sanction imposée par notre dirlo. On ne peut pas dire comme Nicolas Sarkozy que l’on veut mettre l’Université au centre du système de recherche et d’enseignement et parallèlement transformer l’Université en crèche pour post ado ».

Un mathématicien : « Contrairement à ce qu’on affirme ici ou là, nous ne refusons pas l’évaluation. D’ailleurs personne n'est autant évalué que les chercheurs, à part peut-être les sportifs. L’échelle de notation par les pairs est la plus étendue qui soit. Elle va de nul : travail trivial, ou sans intérêt, ou résultats faux parce que la procédure expérimentale est viciée... à plus l'infini : découverte scientifique d'importance majeure. Qui d'autre que des scientifiques travaillant dans le même domaine peut porter un tel jugement ? »

Un spécialiste de la théorie des groupes : « Le gouvernement veut singer les Universités américaines sans en avoir les contraintes : là-bas l’évaluation se fait par les pairs et leurs budgets n’ont aucune communes mesures avec les nôtres. La prestigieuse Harvard à elle seule dispose de presque autant d’argent que toute la recherche française ».

Le mathématicien : « Je voudrais bien être évalué comme mon fils mathématicien à Boston : il a été bien noté et il a reçu en plus de son salaire 100 000 dollars pour s’acheter du matériel,  embaucher un post-doc ou ce qu’il veut ! »

Le spécialiste de la théorie des groupes : « La présence policière est parfaitement disproportionnée comme si on se préparait à des manifestations plus dures. Les CRS nous ont barré la route de l’Assemblée et toutes les rues adjacentes avec des grilles nous obligeant à remonter sur un kilomètre le flux descendant des manifestants. Le chef de l’Etat en s’attaquant à un maillon qu’il croit faible veut faire passer un message à la nation ».

«Non à l'université bling bling»
En début de cortège, sous la banderole « non à l’université bling bling», les enseignants - chercheurs de l’Université du Maine au Mans se prennent en photo. L’ambiance est bon enfant. Jusqu’à ce que, alors que la manif touche à sa fin, les CRS avisent la banderole « bling bling ».

Professeur, Directeur Adjoint du Laboratoire d'Acoustique de l'Université du Maine (LAUM), Rachid  El Guerjouma raconte la suite : « Quelques CRS courent devant nous. On croit au début qu'ils coursent  quelqu'un ou qu'ils ont loupé leur bus… Eh non, c'est nous qui sommes ainsi pris à partie, subitement dangereux. Ils nous encerclent en quelques secondes. Les questions fusent : où allez-vous ? revenez sur vos pas ! On nous demande d'enlever nos badges (très subversifs puisqu'il est écrit dessus : UNIVERSITE DU  MAINE). "Qu'est-ce qu'on fait ? y'en a un qui s'énerve", demande le chef de section au talkie-walkie ». L’ordre a du être de laisser filer.  Les chercheurs-enseignants  ont donc pu repartir en courant rejoindre leur car.  C’est bon pour cette fois, mais qu’on ne vous y reprenne pas à faire des calicots « bling bling ». C’est, apparemment, une grave insulte à la République…


Vendredi 13 Février 2009 - 12:57

11/02/2009

Les psychiatres vers la désobéissance civile ?

Les psychiatres vers la désobéissance civile ?

Les psychiatres sont en colère, allant jusqu'à dénoncer le saccage de leur discipline et à envisager la désobéissance civile. Philippe Petit revient sur le mouvement pour Marianne2.fr.


Les psychiatres vers la désobéissance civile ?
Ils s’attendaient à accueillir quatre cents personnes. Il y en eut deux mille pour la réunion de « la nuit sécuritaire » du 7 février dernier à Montreuil. Les psychiatres venus témoigner du saccage de la psychiatrie ont partagé leur inquiétude avec des infirmiers, des représentants des familles de patients, des psychologues, des étudiants, des psychanalystes, des fonctionnaires de justice, d’horizon politique différent. Les personnalités présentes ont fait honneur à l’intelligence. L’ancien ministre de la santé Jack Ralite a prononcé un grand discours « malrucien ». Domique Voynet, le maire de Montreuil, s’est montrée éloquente. Jean Oury, le directeur de la clinique de La Borde, du haut de ses quatre-vingt-cinq ans, a provoqué l’enthousiasme. Et pas moins de trente-neuf intervenants se sont succédé à la tribune. Il régnait une atmosphère de veillée d’arme, entre la répétition générale et le banc d’essai, où chacun tentait de retrouver les mots de la conquête, comme abasourdi par tant d’années de silence, de repli sur son pré carré, incapable de redresser la tête.

ff1418e8cc993fe8abcfe3ce2003e5c5-2.jpgFaire reculer le gouvernement
Les psychiatres qui sont à l’initiative de ce rassemblement à « La Parole Errante à la Maison de l’Arbre », dirigé par Armand et Stéphane Gatti, peuvent se dire satisfaits de cette journée. Ils ont réussi leur coup. Ils sont entrés en dissidence et se préparent désormais à la désobéissance civile. Ils ont commencé par réagir avec dignité au discours de Nicolas Sarkozy à Antony le 2 décembre 2008 et ils se croient aujourd’hui assez mûrs pour entamer une longue marche qui les conduira à faire reculer le gouvernement sur la nouvelle loi de santé mentale qui sera présentée au parlement au printemps. La pétition de l’« Appel des 39 » lancée mi-décembre par par le psychiatre Hervé Bokobza, l’un des organisateurs des États généraux de la psychiatrie en 2003, contre la politique  de santé mentale du gouvernement, fut le point de départ de ce mouvement. D’autres pétitions toutes aussi hostiles  à une politique qui tend à faire de la psychiatrie la gardienne de l’ordre social circulent sur le net.

deuil colere.jpg« Des mesures en totale contradiction avec les finalités du soin »
Face à une telle effervescence, le rassemblement de Montreuil  marque une étape importante dans la prise de conscience qui se fait jour depuis trois mois parmi le personnel soignant. Mais il serait injuste de le réduire à un simple réflexe corporatiste, voir à de l’anti-sarkozysme primaire. Le président, comme Dieu chez Malebranche, a fourni l’« occasion » d’un réveil, il n’en est pas le seul agent. Jean Oury a fait rire la salle en le comparant à une puce, mais il a mis en garde les participants contre la tentation du fétichisme. Car à trop s’occuper de son cas, on en oublie les raisons qui ont conduit à l’augmentation du nombre de demandes de soins en même temps qu’à une politique tendant à éliminer du corps social les individus qui ne correspondent pas aux normes prescrites par une administration de plus en plus normalisatrice. 

« Cet appel, je l’attendais depuis longtemps, souligne le psychanalyste Jean-Pierre Winter, il est le symptôme positif de l’entreprise de destruction du tissu social qui est à l’œuvre depuis trente ans, Sarkozy n’est que la pointe immergée de l’iceberg. Dans nombre de cités, on supprime tous les lieux de parole, du simple bar au commerce de proximité, on supprime les lieux d’hébergement, les centres d’accueil, pour les jeunes et les anciens taulards, on réduit le temps du suivi, qui était autrefois de six mois, pour ne répondre aux situations de détresse que dans l’urgence. On détruit le temps nécessaire à l’échange ».
Il n’est pas étonnant que dans cette enceinte, le beau mot de parole ait été aussi souvent prononcé. Le mouvement qui est en train de naître n’est pas un simple mouvement de protestation, il est surtout un mouvement de réappropriation.

illus491.jpgLes psychiatres présents à Montreuil ne veulent pas de ces mesures qui entrent en totale contradiction avec les finalités du soin. « Or on leur demande aujourd’hui de répondre à trois objectifs: prédisez l’avenir, expertisez, enfermez. J’oubliais, évaluez vous, avec des questionnaires issus de l’industrie. En instrumentalisant les faits-divers, en annonçant qu’une loi va être votée au printemps, l’État risque de parachever cet immense gâchis : nous couper de notre histoire et dénier celle des patients, dont il souhaite réduire la maladie à des symptômes qu’il faudrait traiter soit en les enfermant à vie, soit en trouvant le médicament « adéquat », les transformant ainsi en individus transparents, homogènes, et enfin maîtrisés », s’insurge Hervé Bokobza.

Mercredi 11 Février 2009 - 07:00

10/02/2009

La Révolte des universitaires !

La Révolte des universitaires !

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Il y eut la loi LRU en août 2007. Le mouvement étudiant qui suivit ne fut soutenu que par une minorité d’universitaires, la majorité espérant encore pouvoir s’en accommoder. Mais aujourd’hui les conséquences de la LRU se font sentir, et un vent de révolte a fini par emporter les plus sages.

 

 

L’une après l’autre, les AG d’enseignants votent la grève. Une coordination regroupant trois quarts des universités s’est mise en place. Outre un millier de suppressions de postes et une régression budgétaire considérable, deux contre-réformes ont en effet apporté la preuve du pudding…

 

 

Mastérisation bidon

C’est d’abord la prétendue “mastérisation” de la formation des enseignants qui ne peut être digérée. Jusqu’à présent, les concours de recrutement des enseignants (1er et 2nd degrés) se déroulaient dans l’année suivant la licence. Une année de fonctionnaire stagiaire suivait au cours de laquelle une formation professionnelle était dispensée en IUFM. C’est donc à bac+5, au niveau master, que les enseignants commençaient leur carrière. Reconnaitre ces cinq années de formation par un diplôme universitaire est légitime. Mais reculer d’un an le concours, supprimer l’année de stage, remplacer cette année de salaire et de cotisations par de misérables bourses, évacuer la formation professionnelle… non ! Derrière cette réforme se profilent la fin des concours, le recrutement de contractuels par les chefs d’établissement, en lieu et place de fonctionnaires… Sommées de rendre au ministère des projets de master dans un délai record et sans aucun cadrage national, les universitaires ont commencé par demander un moratoire. Puis, dans des établissements toujours plus nombreux, ils ont décidé de ne pas renvoyer ces projets.

Casse du statut national

Le second plat empoisonné est la remise en cause du statut des enseignants-chercheurs. Au nom de la “modulation des services” inscrite dans la LRU, les présidents d’universités pourraient varier les services d’enseignement de ces personnels jusqu’à les doubler. Soumission aux “objectifs de l’institution” et clientélisme seraient au rendez-vous. Ce serait la fin de l’indépendance des enseignants-chercheurs jusque là garantie par la constitution et donc d’une recherche (encore) libre. Ce serait surtout un moyen économique de réguler les pénuries d’enseignants en taillant dans la recherche, au moment où Sarkozy annonce le démantèlement du CNRS ! La quasi-totalité des enseignants-chercheurs et de leurs instances représentatives rejette ce projet. C’est aujourd’hui l’élément moteur de la mobilisation de ces personnels, alors que la “mastérisation” suscite celle des étudiants.

Mobilisation nationale

La LRU était censée ramener tous les problèmes à un niveau local. Sa mise en place est susceptible de réaliser ce qui ne s’était jamais réalisé, sinon peut-être en 1968 : l’unité dans la lutte des enseignants et des étudiants au niveau national. Dès le 26 janvier, le SNESup-FSU appelait à la grève. La coordination réunie dans l’amphi Richelieu de la Sorbonne ce lundi 2 février a renouvelé son appel de la semaine dernière. Les prochains jours seront décisifs ! Décidément, la LRU ne passe pas… L’université n’est pas une entreprise, l’enseignement et le recherche ne sont pas des marchandises !.

 

 
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