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19/08/2009

rien n'a changé sur les marchés financiers

Un ancien trader témoigne : rien n'a changé sur les marchés financiers

Ancien trader, Nicolas* est aujourd'hui gérant d'un hedge fund. Selon lui, la politique de taux bas a permis aux banques de se refaire une sante sans pour autant les forcer à relancer la machine du prêt : dès le 1er trimestre 2009, les prises de risquent revenaient. Les banques n'ont pas changé !

Nicolas* était trader dans une grande banque américaine jusqu'à la fin de l'année. Depuis, il gère un fonds financier pour des entreprises. Ses années d'expérience sur les marchés et son poste d'observation privilégié de la vie financière française lui permettent un constat sans appel sur l'évolution du secteur financier depuis la chute de Lehman Brothers : rien n'a changé !

Marianne2.fr : Que pensez-vous des choix qui ont été faits pour par les gouvernements pour aider le secteur financier ?
Nicolas* :
L'objectif était de sauver les banques et, en cela, les Etats ont fait tout ce qu'il fallait : en ramenant les taux d'intérêts à court terme à zéro, les banques centrales leur ont permis de se refinancer presque gratuitement. Un cadeau pour les établissements financiers qui prêtent cet argent «gratuit» aux Etats (qui ont des besoins de refinancement énormes) à plus long terme, 10 ans par exemple, mais à un taux proche de 4% : les banques centrales ont offert l'occasion aux établissements financiers d'operer massivement ce transfert en empochant la différence. Le seul problème, c'est que, en dehors des banques et des Etats, les autres acteurs de l'économie n'empruntent plus : les ménages supportent la hausse du chomage et les grandes entreprises réduisent les coûts au lieu d'investir.

«L'argent "gratuit" des banques centrales a permis aux banques de se refaire en prêtant et en reprenant des risques sur les marchés.»

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A part les PME, qui sont très mal servies en prêts, personne n'a besoin de crédit : la chaîne de distribution des capitaux est bloquée. Avec ces liquidités qui ne circulent pas, les banques peuvent donc renouer avec des activités à risque, très lucratives : au 1er semestre 2009, la «value at risk», qui représente la prise de risque dans les placements,  a explosé dans les bilans des banques américaines. Elles ont renoué avec les positions de marché.

Vous voulez dire que l'aide aux banques a permis aux banques des prises de risques lucratives qui expliquent les résultats exceptionnels des premiers mois ?
Oui et non. Il faut se souvenir que beaucoup de personnes se sont faites virées après la chute de Lehmann Brothers. Beaucoup pensaient d'ailleurs que c'était la fin. Sans compter que les provisions pour pertes sur prêt, qui correspondent à l'activité de crédit traditionnel des banques, ont beaucoup augmenté au premier semestre ce qui est le signe que l'économie va mal.

«Les plans de relance ont donné lieu à un énorme transfert de risque des banques aux Etats.»

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Ce mauvais indicateur et ces pertes ont été compensés par le trading et le conseil, stimulées par la moindre activité sur les marchés qui créait des opportunités intéressantes. Au final, on peut dire que les plans de relance ont été une énorme transfert de risque des banques vers les Etats. Et en cela, les profits jugés scandaleux de Goldman Sachs sont parfaitement cohérents : c'est la plus grande société de placement et de trading du monde, elle est repartie sur les chapeaux de roues.

Comment les conclusions du G20 et les déclarations des chefs d'Etat et ministres des finances en faveur d'une régulation des prises de risque et des rémunérations ont-elles influé sur le secteur ?
Tant qu'il n'y aura pas de loi, rien ne changera ! Le code de déontologie du Medef, le G20, les listes grises et noires, ça a bien fait rigoler. Pour les paradis fiscaux, malgré toute leur communication, personne n'est aujourd'hui capable de trouver le nom des propriétaires des trusts qui y font des affaires. La seule décision qui change un peu les pratiques, c'est l'accord entre les Etats-Unis et la Suisse sur la révélation de l'identité des clients d'UBS fraudant le fisc américain.

«Le code de déontologie du Medef et le G20 ont bien fait rigoler : tant qu'il n'y aura pas de loi, les rémunérations ne changeront pas !»

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En dehors de ça, rien n'a changé. Maintenant, chacun reste dans l'expectative : une hyper-inflation ou une déflation et peut-être une nouvelle bulle : celle de la forte dette des Etats. Si les rémunérations des traders évoluent, ça sera par la loi ou par elle-même : aujourd'hui, la plupart des produits sont «à terme» et il n'est pas logique qu'un trader recoive un bonus pour quelques semaines de performance alors qu'une fois le produit vendu, la banque porte les risques sur plusieurs années de vie du produit.


*Le nom de Nicolas est un nom d'emprunt choisi par notre interlocuteur.
Source :
http://www.marianne2.fr/Un-ancien-trader-temoigne-rien-n-...

Sylvain Lapoix - Marianne

08/08/2009

c’est reparti comme avant…

France Inter, Le sept dix, « Interactiv », le jeudi 6 août de 8h40 à 9h00

Publié par Paul Jorion dans Economie, Monde financier

« Rémunération des patrons : c’est reparti comme avant… »

20/02/2009

«Mieux vaut taxer les traders que leur faire la morale!»

«Mieux vaut taxer les traders que leur faire la morale!»

Olivier Godechot est chercheur en sociologie à l’EHESS. Auteur de deux livres sur l’univers des traders et de nombreux articles de recherche, il commente pour Marianne2.fr la publication d'un texte sur la rémunération des professionnels des marchés financiers.



(photo : ArtemFinland - Flickr - cc)
(photo : ArtemFinland - Flickr - cc)
Marianne2.fr : La Fédération Bancaire Française a publié un texte sur la rémunération des professionnels des marchés financiers. Des mots prudes pour parler de l’encadrement des bonus des traders. Les banques françaises ont annoncé vouloir faire de ce document l’alpha et l’omega de leur politique de rémunération de leur traders. Qu’apporte ce texte, selon vous ?
Olivier Godechot : À mon sens, ce texte n’est ni une révolution, ni même une réforme mais plutôt une entreprise de codification pour généraliser des pratiques qui sont déjà à l’œuvre dans de nombreux établissements. Par exemple, les bonus différés en fonction des résultats sont déjà en train d’être instaurés chez UBS ou Morgan Stanley. Il s’agit en réalité de donner un vernis de volontarisme gouvernemental à des évolutions qui sont en train d’être adoptées par le secteur. Ce texte relève davantage de la soft law, autrement dit de la réglementation de faible intensité, que de l’instauration de nouvelles règles contraignantes. Ces préceptes servent de guide, éventuellement d’éléments de coordination, et en cela c’est mieux que rien, mais ils n’ont pas d’aspect véritablement impératif.

Donc rien ne change ?
O.G. : Certains des principes sur lequel le document insiste sont déjà adoptés depuis plusieurs années. Ainsi  l’introduction de la notion de « coût complet » des opérations financières, c'est-à-dire qui intègre les frais indirects, le coût du risque, le coût du capital. L’idée est d’indexer les bonus des opérateurs financiers sur un flux de revenu qui tienne compte de tous ces éléments et non seulement des performances ponctuelles. Le fait d’étaler les bonus sur plusieurs années et de conditionner le versement de ceux-ci à la pérennité des résultats étaient largement en cours d’adoption lors de la rédaction du rapport.

trader.1227602468.jpgEn revanche, certains principes sont plus nouveaux. Le texte propose ainsi de bannir les bonus garantis tout en ménageant malgré tout de nombreuses exceptions :  recrutement, protection contre les débauchages… Dans le contexte actuel d’un marché du travail anémique dans la finance, le suivi de ce principe ne sera pas trop contraignant. La question se posera plus lors d’une éventuelle reprise.  

Ensuite, il est affirmé que la rémunération des fonctions support et de contrôle des risques doit être à la fois revalorisée par rapport aux traders qui sont en relation directe avec les clients et être rendue indépendante par rapport à eux. Voilà un vrai changement. Dans les années passées, les bonus de ceux qui évaluent le risque (la fonction dite « suppports ») étaient strictement proportionnels à ceux gagnés par le « front », c’est-à-dire ceux qui vendent aux clients et prennent des risque, ce qui n’incitait pas les premiers à assurer pleinement le rôle prudentiel. En même temps, les formes de cette politique alternative de rémunération restent étonnamment floues et entrent aussi en contradiction avec la nécessité d’aligner tant la rémunération du front-office et que celle des supports sur les résultats de l’entreprise.

Quels effets peut-on en attendre ?
O.G. : Je voudrais insister sur cette notion de « coût complet ». A priori, on pourrait se dire qu’il n’y a pas de politique plus saine que de faire supporter aux opérateurs financiers les risques que leurs opérations engendrent. Cette analyse est juste dans le cas des produits les plus simples et les plus standards pour lesquels on sait bien mesurer les risques. Mais ça ne l’est pas forcément pour les produits les plus complexes. Les risques sont en effet mal connus et il existe alors plusieurs hypothèses de valorisation. La mesure des risques est in fine négociée entre le « front office » et les services de contrôle des risques. Dans le cadre d’une politique rémunération fondée sur le coût complet, le front office fera pression pour sous estimer la mesure des risques et maximiser son budget de bonus. En finance, il y a pire que de prendre trop de risques, c’est de les sous estimer. C’est peut-être là le drame des subprimes.

Différer les bonus et les conditionner aux résultats aura des effets ambivalents. D’un côté cela rallonge, comme souhaité, l’horizon des traders et diminue la tendance à la prise de risque à court terme. En outre, cela limite le turn-over des salariés et cela freine la spirale inflationniste sur le marché du travail. Mais d’un autre côté, cela risque de formaliser considérablement la distribution des bonus. Celle-ci est en effet discrétionnaire. Elle est décidée par le chef d’équipe qui introduit une certaine mutualisation entre les membres de son desk, laquelle pourrait disparaître dès lors que le bonus est différé et promis sous certaines conditions, qu’il faudra alors écrire, à l’opérateur. Qui plus est on peut craindre que ce processus cloisonne encore plus en interne les métiers de traders par rapport aux autres métiers. Pourquoi bouger, dès lors que votre successeur, peut ruiner votre résultat et vos bonus différés ?

TraderES1903_468x350.jpgQu’aurait-on pu faire d’autre ?
O.G. : Alors qu’il existe une fenêtre idéale pour une véritable régulation, ce code n’est sans doute pas à la hauteur des enjeux. Premièrement, si l’on estime que la politique de rémunération dans la banque peut engendrer un risque global dont le coût est pris en charge par la collectivité, il n’y pas à tergiverser. Il faut que les autorités de régulation surveillent ces risques induits par les rémunérations et que les banques leur communiquent des données détaillées sur la constitution, la ventilation et la distribution des enveloppes de bonus. Enfin dès lors que l’État vient au secours des banques en difficulté et que l’on nous dit que ces difficultés sont des conséquences de la politique de rémunération, il faut que l’État entre dans le capital des banques, et qu’il soit présent au sein des conseils d’administration pour imposer ses options, beaucoup plus impératives…

Plutôt que de fustiger l’immoralité des patrons et des banquiers voyous, plutôt qu’un traitement moral des rémunérations, qui ne mène nulle part, préférons un traitement fiscal. Taxons plus fortement les rémunérations supérieures à un million d’euros. L’élection d’Obama, les velléités d’Angela Merkel ou de Gordon Brown en la matière ouvrent une fenêtre de coordination internationale qui pourrait mettre un terme à la désastreuse politique du moins-disant fiscal.

Dernier livre paru d'Olivier Godechot : « Working rich. Salaires, bonus et appropriation du profit dans l'industrie financière »,  éd. La Découverte.


Jeudi 19 Février 2009 - 18:58
Propos recueillis par Emmanuel Levy
 
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