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06/08/2009

Crise systémique : le trou noir

Crise systémique : le trou noir

Nous sommes plusieurs à vous le dire, le répéter, insister lourdement, nous ne sommes pas en 1929, c’est bien plus grave ! Il s’agit ici d’une crise systémique, un système de captation du capital par quelques-uns, basé sur la consommation à partir de dettes et donc, parler seulement de dettes revient à occulter le problème de la consommation. Or, il faut le rappeler, sans consommation il n’y a pas de travail.

De plus, l’histoire nous apprend que ce n’est pas en 1929 que la crise a touché le fond mais en 1932 soit 3 ans plus tard.

Nous sommes très peu à informer sur l’ampleur du désastre (Paul Jorion, le LEAP, Abderrahmane Mebtoul moi même ou Pierre Jovanovic entre autres).

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Ce dernier, avec humour résume notre avenir : Koh-Lanta pour tous ! Paul Jorion, plus sobre indique que c’est la fin du capitalisme.

Stiglitz, Krugman et Roubini avaient peut-être prévu la crise mais sont passés à côté de son ampleur.

Le LEAP parle de 3 vagues scélérates, il faudrait plutôt parler de tsunami. Voici donc un petit tour d’horizon qui devrait vous éclairer.

Le 24 juin 2009, « Lepoint.fr » indiquait que les exportations japonaises ont baissé de 40,9 % sur un an. Le commerce mondial est sinistré et l’on assiste à l’effondrement du secteur du transport maritime (- 21 %) et du fret aérien (-28 %)  : FOCUS/Panalpina en baisse après résultats semestriels

Pour le secteur aérien, on est au bord du gouffre (voir le blog de Pierre Jovanovic : www.jovanovic.com, truffé d’infos à ce sujet) avec selon l’ IATA (l’Association internationale du transport aérien ) une baisse de 16,5% pour le fret et de 7,2% pour les passagers en juin par rapport à l’an dernier et donc neuf milliards de dollars de pertes estimées pour 2009.

On le voit ici, 16,5 % déclarés et 28 % réels, voilà comment on triche avec les chiffres.

Si l’on prend en compte, les accidents récents (impact psychologique), la hausse du carburant, la grippe et l’aggravation de la crise, il faudra multiplier par 3, voire 4 ce chiffre. De très nombreuses faillites sont pour bientôt, ce que j’avais annoncé l’année dernière, le 23 octobre 2008 dans mon article Cessation de paiement.

L’industrie automobile est dans un état encore pire. Par exemple aux USA, les ventes de voitures se sont effondrées en juin 2009 :

Ford : - 10,9 %, General Motors : - 33,6 %, Toyota : - 31,9 %, Chrysler : - 42 %, Honda : - 29,5 % - Nissan : - 23,1 %.

C’est vrai, j’oubliais, la crise est terminée !

Bien sûr, mon calendrier a été repoussé de quelques mois car on a injecté dans l’économie des sommes faramineuses. En effet, la Fed la, le 18 mars 2009 (le jour où le dollar est mort), a décidé de racheter des bons du trésor, ce qui revient à monétiser la dette, et, le 29 avril 2009, a confirmé qu’elle se portait acquéreuse de 1700 milliards de dollars soit 12,5% du PIB de titres émis par le privé et d’obligations : (banque centrale US)

http://www.federalreserve.gov/newsevents/press/monetary/2...

Ils devraient d’ailleurs écrire plus petit pour mieux cacher la réalité ! Sélectionnez le texte et copiez-le, le chiffre exact apparaîtra.

Pour les retraites, par exemple, 15 millions de britanniques n’auront pour vivre que 560 livres par mois et pour le reste de l’Europe, l’exemple Letton sera le modèle avec 20 à 30 % de baisse des pensions.

chomagebassedef.jpgMais le pire concerne le chômage qui explose et le moment est venu de vous démontrer comment les chiffres sont tronqués. Jacques Freyssinet, économiste français né en 1937 dont les travaux font autorité sur l’emploi et le chômage a démontré que le chômage réel était plus de 1,5 fois supérieur à celui déclaré par le BIT (Bureau International du Travail) car le calcul ne tient pas compte des demandeurs d’emploi en formation, des cessations anticipées d’activité et de ceux qui sont dans l’absence de recherche d’emploi : 2.5 Le halo du chômage

Par exemple, en France, le chômage a augmenté de 18,7 % sur un an et l’Insee prévoit un taux de chômage de 10,5 % à la fin de l’année (9,1 % au premier trimestre) ce qui signifie, si l’on tient compte de la réalité que nous aurons un taux réel de chômage de 16 % en décembre.

Pour les ÉTATS-UNIS, on atteindra aussi 10,5 % et donc là aussi un taux réel de chômage de 16 % en décembre.

En fait, c’est bien simple, tous les chiffres sont totalement faux et je vous invite à lire ou relire Crise systémique – Les solutions (n°5 : une constitution pour l ... concernant la recapitalisation des banques à l’aide de magouilles comptables. Vous comprendrez ainsi pourquoi tout va mieux.

Cette crise est donc bien une crise systémique, un système basé sur le travail (dont l’essentiel des revenus sont captés par quelques-uns) qui dépend de la consommation, qui elle-même dépend de dettes.

europe5.jpgSelon Maurice Allais, prix Nobel d’économie en 1988 « L’économie mondiale tout entière repose aujourd’hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. »

Pour rappel, depuis 2000, la dette totale des ménages américains a augmenté de 22 %, une catastrophe !

Bernard Lietaer (qui a mis en place l’euro et spécialiste des questions monétaires) avait donné une image exacte de l’ampleur de la crise aux USA, dans son livre blanc en novembre 2008 :

« L’opération de sauvetage américaine coûtera plus que la somme de toutes les activités historiques suivantes du gouvernement américain, ajustée pour l’inflation : prix de l’achat de la Louisiane, le New Deal et le Plan Marshall, les guerres de Corée, du Vietnam, la débâcle de S&L, la NASA et la course à la lune réunis. »

En effet, le montant total des dérivés (des produits financiers qui lors d’une crise majeure ne valent plus rien), est évalué par la BRI (Banque des règlements internationaux) à 591 963 milliards de dollars au 30 décembre 2008, ce qui représente plus de  10 fois le PIB mondial  : http://www.bis.org/statistics/derstats.htm cliquez sur « Amounts outstanding of over-the-counter (OTC) derivatives by risk category and instrument » en pdf ou directement sur http://www.bis.org/statistics/otcder/dt1920a.pdf.

Pour ceux qui croient que ces chiffres sont du vent, voici les preuves du crime.

Essayez d’emprunter 10 fois la valeur de votre maison ! La finance, elle, contrôlant l’ensemble de la classe politique du monde, peut tout se permettre.

Or, il faut le rappeler, les entreprises, la finance, les banques sont interconnectées et littéralement infectées par ces produits financiers que Paul Jorion nomme « les métastases ». Les premières grosses défaillances ont commencé ( Chrysler, General Motors par exemple) et nous assistons en ce moment, par effet domino, à l’implosion du système. Les sommes en jeu sont tellement énormes que tel un trou noir, elles font disparaître l’ensemble des Etats-nations et au passage, nos emplois, nos retraites et toutes nos protections sociales.

D’ailleurs, Laurent Carroué, directeur de recherche à l’Institut français de Géopolitique, Expert du groupe Mondialisation du Centre d’Analyse Stratégique (ex Commissariat Général au Plan), en mai 2009 a estimé le coût de la crise à 103 % du PIB mondial soit 55 800 milliards de dollars : La crise mondiale : une ardoise de 55 800 000 000 000 de dollars américains.

C’est vrai, tout va mieux !

jpg_dsk-fmi-2.jpgJ’ai donc encore une fois de plus essayé de vous informer, de vous donner des preuves irréfutables de l’ampleur du désastre à venir et j’espère qu’une prise de conscience collective est en train de naître. Un autre modèle économique est à bâtir, qui ne doit pas être celui de la Banque Mondiale ou du FMI, une constitution pour l’économie (ecce - home) car l’origine de tous les problèmes est là. Pour conclure je vous laisse méditer sur ces paroles qui résument à elles seules la façon dont les choses se passent.

« D’abord nous décidons quelque chose, ensuite on le lance publiquement. Ensuite nous attendons un peu et nous regardons comment ça réagit. Si cela ne fait pas scandale ou ne provoque pas d’émeutes, parce que la plupart des gens ne se sont même pas rendus compte de ce qui a été décidé, nous continuons, pas à pas, jusqu’à ce qu’aucun retour ne soit possible... ». Premier ministre, ministre des finances luxembourgeois, gouverneur de la Banque mondiale de 1989 à 1995 ancien gouverneur de la BERD et du FMI président actuel de l’Eurogroupe. Jean-Claude Juncker dans une interview Der Spiegel n°52/1999 p136 : Wikipedia ou Democratie . Nu - Witte Werf januari 2000

Gilles Bonafi

Source :

http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/crise-...

26/05/2009

la socialisation des pertes met les Etats en péril

La socialisation des pertes met les Etats en péril

recession.gifLes fragiles « jeunes pousses », les signes sinon de reprise, tout au moins de ralentissement de la chute apparus ce printemps, indiquent-il que nous sommes tirés d’affaire ? Roubini, s’il constate que les interventions massives des autorités financières et les relances budgétaires ont sans doute évité le pire, ne participe pas du consensus prévoyant un retour à la croissance dès la fin de cette année. L’année 2010 sera encore perçue comme une récession, estime-t-il, même si techniquement une légère reprise se dessine. Mais il s’inquiète également du risque dont se sont chargés les Etats : faute d’avoir tranché dans le vif du système financier en restructurant la dette et en faisant supporter une partie des pertes aux créanciers, l’énorme masse des créances douteuses, désormais garantie par la collectivité, pèsera lourdement sur les budgets en venant s’ajouter aux coûts des plans de relance, et pourrait provoquer un désastre, en brisant les reins de ceux qui ne parviendraient plus à se financer. Intervention de Roubini à un colloque organisé par New York Review of Books, rassemblant également Bill Bradley, Niall Ferguson, Paul Krugman, George Soros et Robin Wells.

Par Nouriel Roubini, New York Review of Books, juin 2009

Il est assez clair maintenant qu’il s’agit de la pire crise financière et économique et de la pire récession depuis la Grande Dépression. Un certain nombre d’entre nous s’en inquiétaient depuis un certain temps. A ce stade, c’est devenu un lieu commun.

La bonne nouvelle, c’est probablement qu’il y a six mois, le risque existait d’une quasi dépression. Mais nous avons assisté à une réaction très déterminée des autorités américaines et mondiales. Je pense que les décideurs politiques ont finalement perçu l’abîme : ils ont vu l’économie se contracter à un taux supérieur à 6% aux États-Unis et dans le monde entier, et ont décidé d’utiliser la quasi-totalité des armes à leur disposition. De ce fait, je pense que le risque d’une quasi-dépression a été quelque peu réduit. Je ne pense pas que sa probabilité soit de zéro, mais vraisemblablement nous n’allons pas subir en une.

Toutefois, le consensus devient aujourd’hui plus optimiste et affirme que nous allons passer de moins 6% de croissance à une croissance positive au second semestre de cette année, ce qui signifie que la récession se terminerait en Juin. Pour le quatrième trimestre 2009, le consensus estime que la croissance sera positive, à 2%, et pour l’an prochain supérieure à 2%. Aujourd’hui, concernant ce nouveau consensus des prévisionnistes macroéconomiques - qui se sont trompés par le passé - mon point de vue est beaucoup plus pessimiste.

6a00d8341c52a953ef00e552aa42c18834-640wi.gifJe suis d’accord sur le fait que le taux de contraction de l’économie se ralentit. Mais la contraction se poursuit sur un rythme accéléré. Je prévois que l’économie se contracte sur l’ensemble de l’année, passant de moins 6% à moins 2%, et non pas plus 2%. L’année prochaine, la croissance sera très lente, de 0,5%, contre les 2% prévus par le consensus. Le taux de chômage s’établira également cette année au dessus de 10%, et est susceptible d’avoisiner les 11% l’année prochaine. De ce fait, l’année 2010 sera encore ressentie comme une période de récession, même si techniquement nous sommes sortis de la récession.

Les perspectives pour l’Europe et le Japon, à la fois pour cette année et l’année prochaine, sont encore pire. La plupart des économies avancées auront des résultats pire que ceux des États-Unis pour un certain nombre de raisons, y compris les facteurs structurels au Japon et la faiblesse des mesures prises dans le cas de la zone euro.

zombie7mc8 copy.jpgLes problèmes du système financier sont très graves. Beaucoup de banques sont insolvables. Si on ne veut pas finir comme le Japon, avec des banques zombies, il est préférable, comme Bill Bradley l’a suggéré, de procéder comme la Suède l’avait fait : prendre le contrôle des banques en faillite, les nettoyer, séparer les bons et les mauvais actifs, puis les revendre rapidement au secteur privé.

Concernant la question des politiques menées, il n’y a pas de contradiction entre l’ assouplissement monétaire et l’assouplissement budgétaire. Les deux devraient stimuler la demande, et l’assouplissement monétaire devrait également permettre la restauration de crédit. Bien sûr, dans une situation où l’économie souffre non seulement d’un manque de liquidité, mais aussi des problèmes de solvabilité et d’un manque de crédit, la politique monétaire traditionnelle ne fonctionne pas aussi bien. Il faut également prendre des mesures non monétaires, et il faut assainir les banques. Nous avons besoin d’une relance budgétaire, parce que chaque segment de notre économie est en forte baisse : la consommation, l’investissement résidentiel, la construction non résidentielle, les investissements, les stocks, les exportations. La seule chose qui peut augmenter et soutenir l’économie pour l’instant, c’est la politique de dépenses budgétaires du gouvernement.

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Toutefois, la politique budgétaire ne peut pas résoudre les problèmes de crédit, et n’est pas sans coût. Au cours des quelques années à venir, elle va ajouter environ 9 trillions de dollars à la dette publique. Niall Ferguson a déclaré que c’était la fin de l’époque de l’effet de levier. Ce n’est pas vraiment le cas. Il n’y a pas de désendettement, de delevaraging. Il y a toutes les dettes du secteur des ménages, des banques et des institutions financières, des entreprises, et maintenant nous avons décidé de socialiser ces créances douteuses et de les porter au bilan du gouvernement. etats en peril.jpgC’est la raison pour laquelle la dette publique est en augmentation. Alors qu’au contraire, lorsqu’existe un problème d’endettement excessif, on doit convertir cette dette en participations. C’est ce que l’on fait lors des restructurations d’entreprises : convertir la dette non garantie en capital. C’est ce que l’on devrait faire avec les banques : inciter les créanciers à convertir leurs créances en actions. On pourrait procéder de même avec le marché du logement. Mais nous ne mettons pas en oeuvre cette conversion de la dette en participations. Ce que nous faisons, c’est d’empiler la dette publique au-dessus de la dette privée et de socialiser les pertes. A un moment donné, les reins de certains gouvernements pourraient se rompre, et si cela arrive, ce sera un désastre. Nous avons donc besoin de mesures d’incitation fiscales à court terme, mais nous avons également à nous inquiéter sur le long terme la viabilité des finances publiques.

Source:

http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2743

Lire aussi :

Le capitalisme est entré dans une phase d’autodestruction, par Paul Jorion

http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2604

CDS : le monstrueux contraire d’une assurance, par Paul Jorion

http://www.contreinfo.info/article.php3?id_article=2171

 



 
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